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CHAPITRE VII

Elles sont à leur tour républicaines ; — Mais elles passent aussi vite que les

explosions révolutionnaires.

A toute révolution succède régulièrement son inévitable réaction qui la considère comme un accident, une surprise, un sacrilège momentané destiné à bientôt disparaître. C'est alors que les ingénus de la vieille monarchie s'éprennent d’un amour soudain pour la liberté des interrègnes; ils s’attachent aux anciennes lois, aux institutions décrépites, aux droits acquis ; ils forment une véritable opposition, une sorte de république sinistre et suffoquante, qui empoisonne de ses miasmes l’atmosphère de la monarchie régénérée. L’État souffre dans toute son étendue ; semblable au malade qui éprouve la sensation douloureuse de ses pulsations, de ses digestions, de tous ses mouvements intérieurs, il sent le joug des résistances s’appesantir sur tous ses organes avec une intolérable pression. Le progrès conquis s’évanouit, le peuple retombe dans son passé; on le ramène vers son berceau qui devient pour lui le lit de Procuste. Il voit ses idées contestées, ses

dogmes mis en doute ; ses moindres velléités rencontrent une objection émise dans des formes légales, avec des prétentions parlementaires, et son despote devient soudain bonhomme, fainéant, respectueux pour les formes, incapable de rien décider sans s’astreindre aux plus fastidieuses

consultations ; rien ne se fait plus que par l’entremise des sénats, des chambres et des hommes solennellement incapables. S’il s’agit de réformes urgentes, de mesures indispensables, on discute, on délibère, on réfléchit, on s’attendrit et rien n’aboutit.

Quoique la forme des réactions soit aussi républicaine que celle des révolutions, ces deux phases se distinguent aussi nettement que le jour et" la nuit. Dans le feu des révolutions on ne parle que de détruire; l’insurrection éclate avec une force magique; elle emporte, elle broie ses propres chefs, les pousse à la gloire, à la mort et les condamne par l’absurde à donner la couronne au prétendant qui achève le mouvement. Au contraire, dans les réactions tout est prévu, tout préconçu; elles s’avancent avec préméditation, calculant leurs surprises, préparant leurs explosions, se traçant d’avance le plan de leurs attentats et conspirant sans cesse sous prétexte de légalité. Rien d’analogue entre la liberté des huguenots et celle de la Ligue,, la première créatrice de la démocratie moderne, la seconde délétère et funeste; aucune ressemblance entre la république foudroyante de Robespierre et les trente-deux ans de liberté et d’impuissance que les alliés ont imposés à Paris. Entre la liberté des révolutions et celle des réactions, il n’y a d’autre conformité que celle de l’état anormal, de l’interrègne, de la suspension forcée du pouvoir discrétionnaire et souverain, bref de la douleur qui préside également à la naissance et à la mort.

La paix forcée des réactions passe aussi rapidement que les tumultes créateurs du progrès. Si elle continuait, c’en serait fait de l’État ; un parlement conservateur à Vienne ne serait pas moins funeste à la domination autrichienne

qu’une assemblée incendiaire beaucoup trop prolongée ; un sénat de boyards à Moscou serait la ruine de la Russie. On se hâte donc de renverser ces foyers de misère, les révolutionnaires s’insurgent contre la fausse révolution, les tribuns se révoltent contre les chambres rétrogrades, et au moment où ils rêvent d’autres lois, d’autres chambres et de plus vastes assemblées, la multitude effrayée applaudit à un coup d’État qui rétablit enfin la monarchie réparatrice avec un surcroît de vitalité, d’énergie et de progrès. C’est le dénoûment traditionnel de tous les retards parlementaires de la France, et quand Paris accueillait Henri IV en haine des odieuses libertés de la Ligue, le royaume rajeuni, l’Espagne déjouée, et la popularité proverbiale qui s’attachait au souvenir du roi montraient assez qu’en dehors de la couronne il n’y a pas de salut pour un pays unitaire. C’est d’ailleurs après les réactions que l’on comprend mieux la valeur de la révolution

revendiquée, les conséquences qui en découlent et les

conditions qui la rassurent ; les deux fanatismes opposés du progrès et du recul tombent également, et l’oscillation que les partis ont communiquée à l’État détermine le milieu où doit demeurer le pouvoir.

LE£ NATIONALITÉS MONARCHIQUES

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