LES EPOQUES DE I/1HST01RE
blier tous les autres en livrant une bataille, à laquelle la destinée réserve d’incalculables conquêtes. Personne ne prévoit le résultat de son œuvre dans la société, où les forces individuelles, ajoutées les unes aux autres, changent de nature, de direction et de but. Aristote transmet son Organon à la scolastique chrétienne; la République de Platon trace le plan de l’Église catholique; les sophisme^ de M égare préparent les sept sacrements. Partout les prémisses sont tellement hors de proportion avec les conséquences, que les grands inventeurs des choses les plus indispensables à la vie, le marteau, le clou, le soufflet, le moulin, la cloche, n’ont laissé aucune trace dans la mémoire des hommes. Partout les combattants espèrent que l’avenir sera le triomphe de leur personne, de leur famille, de leur parti, de leur nation, et, au contraire, à part les victimes, indispensables au combat, tous les individus, tous les partis, toutes les nations, survivent pour transporter leurs éternels contrastes dans les luttes des époques ultérieures.
Toujours est-il que les intervalles succèdent aux intervalles, et les quatre phases composant une période se lisent dans les diverses époques de l’histoire moderne. Prenons-nous celle de la réformation religieuse, l’Angleterre, traditionnellement libre, la proclame par le despotisme des Tudor, en jouit librement à la mort d’Élisabeth, la voit contestée par la race incorrigible des Stuarts et se dégage de cette réaction en exécutant Charles 1 er l’année même où la période des guerres de religion finit avec la paix de Westphalie. La France, au contraire, qui traduit le progrès libéral de la réformation dans sa démocratie monarchique, nous montre d abord la liberté des huguenots, ensuite la monarchie victorieuse avec la Saint-Bar-
thélcmy; plus tard, la réaction quasi républicaine de la Ligue, et enfin Richelieu, qui perfectionne la monarchie en achevant la Saint-Barthélemy. Ces mêmes phases se répètent en Allemagne, en Russie, en Italie, partout. L’ère successive du despotisme éclairé nous présente également, dans tous les États, des phases qui répondent à l’intèrrnèdc républicain de la Fronde, à la solution monarchique de Versailles’ à la conspiration Cellamarc, qui ramenait la France sous l'influence religieuse de l’Espagne et aux doctrines des encyclopédistes, qui divulguaient les idées occultes des rois. Personne ne doute que notre période n’offre les quatre temps de Robespierre, Napoléon, Louis XVIII et Napoléon III, qui suscitent dans tous les Étals des mutations équivalentes et indispensables pour tenir tête à la France. Toutes les époques du moyen âge que j’ai analysées, d’après le type de l’histoire d’Italie, ne se subdivisent pas moins exactement en révolutions et en réactions semblables à celles des périodes modernes.
Pour nous résumer, il suffira de dire qu’à partir de l'an 1000, quatre intervalles de trente ans composent toujours une époque qui s’épuise en cent vingt ou en cent vingt-cinq ans. Ainsi la grande ère des évêques avec ses quatre phases, des comtes expulsés, de Conrad II vaincu, des évêques librement élus et des réactions déjouées, finissait en 1122, et on peut dire en 1125 avec la paix des Investitures. Les consuls, qui renouvelaient tous les États, cessaient de briller vers 1250, le jour où commençait le grand interrègne; l’épouvantable lutte des Guelfes et des Gibelins, suivie de la brillante conciliation des seigneurs, se développe avec le grand interrègne et ne s’arrête qu’en 1578 à la veille du grand schisme; le