‹ Histoire de la raison d'ÉtatChapitre 42 sur 78 · POURQUOI Y A-T - IL DES ÉCOLES POLITIQUES · texte numérisé non relu

POURQUOI Y A-T - IL DES ÉCOLES POLITIQUES

formes contraires, se sont dérobés au regard des observateurs, et la politique a paru confuse, obscure et complètement accidentelle. C’est ainsi que du premier abord le cristal de roche semble une œuvre du hasard; ses angles, ses surfaces, s’enchevêtrent, se croisent, se troublent, s’atrophient réciproquement; rarement on voit dans sa pureté hexaèdre que la nature veut engendrer; mais, pour l'homme attentif, toute la confusion n’est qu’un ordre merveilleux où le désordre même ne se glisse que par l’excessive fécondité de la force, s’obstinant à multiplier sans cesse une même forme avec une brutale impatience.

Samuel ne songeait qu’à défendre les républiques du désert, Lao-tsc qu’à délivrer la Chine de la barbare unité des premiers empereurs, Confucius qu’à la reconstituer sous une monarchie plus humaine; Lycurgue protégeait Sparte contre Athènes, et Solon Athènes contre Sparte. Chaque théorie s’élevait absolue comme le devoir, chaque poliliquc généralisait une situation, un parti, une attitude momentanée; c’était partout un principe de ne considérer que l’État isolé, le gouvernement dans une solitude parfaite, le peuple, le sénat, le consul, le roi, le guerrier, dans une situation unique, typique, invariable, et, au lieu de dominer la nature, on tombait sous sa domination. Chaque politique n’était que l’instrument de ses combats, chaque théorie le délire de ses partis. La guerre des nations et des factions se reproduisait dans les écoles; Platon, Aristote lui-même, ne représentaient que la dualité grecque avec ses deux tendances opposées des républiques dirigées par Sparte et de la monarchie à la suite d’Alexandre.

Les écrivains de la raison d’État obéissaient aux illusions qui subjuguaient Aristote et Platon. Bien que souvent su-

périeurs à toute conviction morale, à toute foi politique, bien que jaloux d'imiter le pontife qui régnait sur toutes les formes et sur tous les gouvernements, ils se mêlent à toutes les révolutions italiennes, les représentent, les généralisent, les propagent. C’est ce qui les fait parler, écrire, formuler des préceptes, et c’est ce qui les aveugle et les rend si ingénus en dépit de leurs intentions malicieuses. Leur histoire nous les montre soumis, comme des automates, à ces lois de la raison d’Êtat qu’ils ont soupçonnées sans pouvoir les comprendre. Très-nombreux, d’un esprit ingénieux,, leurs prétentions sont trop solennelles pour que nous manquions l’occasion d’exposer rapidement leurs idées et de confirmer ainsi les contrastes que nous avons découverts. Si ces hommes n’avaient énoncé que des vérités, ils ne sauraient être l’objet d’une histoire ; la vérité est ou n’est pas. Mais ils forment la longue chaîne des illusions et des erreurs qui relie les révolutions d’Italie; leurs préceptes multiplient les antithèses; leurs contradictions, dans une science encore nouvelle, délient l’esprit, l’habituent à apprécier les combinaisons des gouvernements, l’influence des nations, la force des révolutions; ce sera donc compléter nos aperçus que de montrer l’origine de la science qui rend compte de tout mécanisme politique.

PREMIÈRES ÉCOLES

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