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POURQUOI Y A-T-IL DES ÉCOLES POLITIQUES

Erreurs des écrivains politiques. — Leur somnambulisme au milieu de la guerre universelle. — Les inventeurs de la raison d’État sont soumis aux hallucinations qui ont fourvoyé Aristote et Platon, — mais leurs aberrations savantes confirment les contrastes naturels que nous avons exposés.

Autant les nations obéissent aveuglément aux inexorables lois de la politique, autant les individus qui ont aspiré à connaître ces mômes lois se sont lourdement mépris dans leurs tentatives, Que de théories fautives, illusoires, arbitraires! que d’utopies tour à tour absurdes ou triviales! quo de donneurs d’avis, dont les préceptes sententieusements naïfs se laissent réfuter par une foule d’autres préceptes non moins malheureux ! Remontez-vous à la plus haute antiquité, vous entendez les voix discordantes de Lao, de Confucius, de Samuel, de Valmici, d’Homère ;

chacun d’eux vous transporte dans un monde imaginaire, s’accusant mutuellement de folie. Écoutons-nous les Grecs, nos maîtres en tout, Aristote et Platon se portent le défi; chaque secte propose son système, chaque école nous transmet son plan de la véritable république; tantôt c’est la pauvreté, tantôt la richesse qu’on doit se procurer comme le souverain bien de la vie. Passons au moyen âge; nous trouvons saint Thomas aux prises avec Dante, les Guelfes ennemis des Gibelins, et, plus tard, quatre cents politiques italiens s’évertuent à multiplier les aphorismes contradictoires pour nous enseigner l’art de parvenir. Ils ne se taisent que pour céder la parole à Montesquieu, à Rousseau, à cent publicistes, qui se combattent avec un acliarnernent qui donne encore des vertiges.

Pourquoi donc tant d’incertitude dans une science si limitée, si positive et on peut dire si humble? Elle se borrçe aux questions les plus élémentaires sur le mécanisme général des nations. Certes, son sujet n’offre pas plus de difficulté que celui de la stratégie ou de l’escrime. Il ne s’agit que de fixer la valeur de quelques formes de gouvernement, d’en apprécier les inconvénients, d’observer les habitudes les plus vulgaires des peuples, de s’arrêter à la routine imposée d’avance à toutes les nations, quels que soient leurs idées, leurs progrès, leurs amours ou leurs haines. Comment se fait-il donc qu’on trouve tant de dissidences parmi les écrivains? Elles tiennent toutes à cela seul qu’ils „se sont toujours proposé un triomphe ; personne n’a voulu être le législateur de la guerre universelle ; la guerre a paru un désordre transitoire, une anarchie fille du hasard; ses dualités, ses États agencés les uns contre les autres, ses révolutions et ses réactions se développant d’après des

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