‹ Histoire de la recherche, de la dâecouverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut franðcais, dans la Flandre franðcaise et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 18 sur 70 · SUR LA JONCTION DES DEUX MERS · texte numérisé non relu

SUR LA JONCTION DES DEUX MERS

La Garonne et le Tarn en leurs grottes profondes Soupiraient de tout teras pour marier leurs ondes , Et faire ainsi couler, par un heureux penchant , Les trésors de l'aurore aux rives du couchant; Mais à des vœux si doux, à des flammes si belles, La nature, attachée à des lois éternelles, Pour invincible obstacle opposait fièrement , Des monts et des rochers l'affreux enchaînement. France, ton grand roi parle, et les rochers se fendent : La terre ouvre son sein, les plus hauts monts descendent : Tout cède, et l'eau qui suit les passages ouverts Le fait voir tout puissant sur la terre et les mers.

« Il est fâcheux, dit Fauteur de la vie de Colbert, que Corneille ait substitué le Tarn à l'Aude, et que ni le nom de Riquet ni celui de Colbert n'aient trouvé place dans ses vers » (2). — Un semblable oubli, évidemment volontaire, serait inexplicable dans un autre siècle, sous un autre roi que Louis XIV. Il faut plaindre Corneille d'avoir vécu dans cet atmosphère de basse flatterie, où pour plaire au grand roi l'on n'osait louer d'autre grandeur que la sienne. Plus heureux que Riquet, Laurent fut personnellement l'objet des plus honorables

Vers de la La Condamine, qui se trouvait à St. -Quentin en l'année 1773, où mourut

Condamme *

et de Demie Laurent, lui adressa l'impromptu suivant:

<ur Laurent.

( 1 ) Duthilleul Galerie des hommes remarquables de la ville de Douai. (2) Clément. Histoire de la vie et de l'administration de Colbert. p, 211 .

L'homme, depuis Noè, s'asservissant les mers, Avait su rapprocher les bouts de l'univers ; Neptune était soumis, Pluton devint traitable ; A la voix de Laurent la terre est navigable.

Une autre muse payait, par les vers suivans, son tribut d'admiration au génie de notre compatriote.

Les talens du hasard ont réparé l'outrage ;

Ton nom n'est dû qu'à toi ; ta gloire est ton ouvrage.

D'autres feront parler d'antiques parchemins.

Ces monumens fameux qu'ont élevé tes mains,

Ces chefs-d'œuvres brillans, ces fruits de ton génie

Tant d'utiles travaux qu'admira ta patrie,

Voilà de ta grandeur les titres glorieux.

Là, ta noblesse éclate et frappe tous les yeux.

Laurent « Quoique Laurent n'eût fait aucune étude, nous écrit M. Onésime Leroy à

bienfaiteur „ . , , ,

de Demie. ' occasion de ces vers, il ht entr autres découvertes merveilleuses, celle du talent poétique d'un homme encore obscur, comme il l'avait été lui-même. Cet homme, modeste professeur du collège d'Amiens, était le chantre futur des trois règnes de la nature , le Virgile français, Jacques de Lille enfin, à qui notre Laurent, déjà riche alors, assura une existence et fit des dons qui se trouvèrent placés à haut intérêt, car le poète s'acquitta envers son bienfaiteur par l'épître susdite qui est un chef-d'œuvre. Malgré cette haute recommandation, les biographes ont longtemps omis le nom de l'ingénieur Laurent ; ce n'est que depuis que les sciences utiles ont pris ce rang qu'elles auraient dû toujours avoir, que la biographie universelle de Michaud vient enfin, dans son supplément, de consacrer un article à Laurent. »

Ses Laurent eut de sa femme, Suzanne Darlot, deux enfants: — Pierre-Charles

descendants

depuis marquis de Villedeuil (vers \ 776), et Félicité.

Pierre- \ " Pierre-Charles Laurent de Villedeuil, né à Bouchain le 11 octobre 1742(1),

uarquis de <( ful successivement conseiller au parlement de Flandre, maître des requêtes,

Villedeuil.

(1) Etat-civil de Bouchain.

intendant de la librairie, intendant de la généralité de Rouen, contrôleurgénéral des finances et ministre de la maison du Roi » (1). — Il épousa Mlle Dagay, fille de l'intendant de Picardie, il en eut quatre enfants, deux Thimoiéon do f,is et (jeux fjnes dont un seul encore existant, l'aîné des fils. — Thimoléon

Villedeuil. ... . . .

Laurent, marquis de Villedeuil, est aujourd'hui régisseur de la compagnie des mines à charbon d'Anzin, comme le fut son grand-père lors de la création de celte compagnie. — Charles Laurent de Villedeuil, frère du précédent, a laissé deux filles et une fils.

2° Félicité Laurent épousa Louis de Moutmerquée, dont elle eut trois filles, Mesdames Marchai, — Oursin de Monchevrel, — et Lebas de Courmonl de Pomponne.

Laurent de Pierre-Joseph Laurent avait élevé et pris en affection un fils de son frère

Lyonne ,

neveu de Jean-Baptiste , le même qu il associa , comme nous I avons vu , a son entreprise îerre- osep ^ fourrage qq neveu, Charles- Eustache Laurent connu sous le nom de Laurent de Lyonne, était né, comme son oncle, à Auberchicourt et dans la même maison, le 21 juillet 1 751 . Il Pavait aidé dans tous ses travaux de canalisation, dans lesquels il lui succéda.

Suspension En 1775, le gouvernement ordonna la suspension des travaux du canal

du caual de . . . 0 . . .... , , ¥

St.-Quentin. Laurent (canal de St.-yuentm); un million y avait ete consacre. La guerre d'Amérique ne permettant pas d'employer des fonds suffisants à la navigation intérieure, le canal parut oublié jusqu'en 1781, époque à laquelle la famille Laurent voulut lever les obstacles qui s'opposaient à sa continuation, en offrant de se charger de la moitié de la dépense, moyennant une concession de 108 années (2). Elle obtint cette concession, par lettres patentes de

(1) Duthilleul. Galerie des hommes remarquables de la ville de Douai.

(2) Rive. p. 48. — Opinion delà minorité, etc. p. 10. — Cette demande existe aux archives du ministère de la guerre. — Arthur Youg écrivait en 1789, « quand on voit de pareils travaux suspendus faute d'argent, on demande avec raison, quels sont donc les services que l'on continue à payer. » (Jouy. L'Ermite en province.)

1783, mais le parlement ne voulut pas les enregistrer, parce qu'il considérait l'entreprise comme trop avantageuse aux concessionnaires.

En 1 791 , les départements du Nord et de l'Aisne demandèrent à l'Assemblée nationale de décréter la continuation du canal Laurent ; mais les guerres de la révolution absorbaient toutes les ressources. Ce ne fut qu'en Tan IX (1) que le gouvernement s'occupa de cet objet. Une commisssion d'ingénieurs se rendit à St. -Quentin, où le premier consul lui-même se trouva ; tous les projets pour joindre la Sambre à l'Escaut, l'Oise à la Sambre, ou la Somme à l'Escaut, furent examinés ; le canal souterrain fut préféré par le gouvernement après avoir pris l'avis conforme des ponls-et-cbaussécs et du ministre de la guerre qui se détermina sur le rapport qui lui fut fait par les généraux Rosières, inspecteurgénéral des fortifications et Estourmel général de division (2) .

Restait à choisir entre le projet de l'ingénieur Devic et celui de Laurent. Le dernier l'emporta et fut adopté par l'assemblée des ponts-et-chaussées, à la majorité de 21 voix contre 9 dans la séance du 15 ventôse an X (3). — Laurent de Lyonne, qui avait assisté à la délibération « adressa des remerciemens à l'assemblée pour le témoignage de déférence qu'elle venait de donner à la mémoire de son oncle » (4).

Abandon Cependant le gouvernement crut devoir prendre l'avis de l'institut. Confon-

du projet de ment à cet avis et contrairement à celui des ponts-et-chaussées, il donna la

Laurent. r '

(1) Arrêté des consuls du 25 nivôse an IX, qui prescrit au ministre de l'intérieur de leur présenter un rapport sur la manière d'ouvrir une communication avec la Belgique.

(2) Le projet du canal souterrain est attaqué dans le moniteur du 12 ventôse an IX, par M. Lespinasse membre du corps législatif qui lui oppose l'opinion du général du génie Clavé. — Le général Estournel répond, dans le moniteur du 28 ventôse, en indiquant le rapport du député Poncin à l'assemblée constituante (I 791), et fait observer que la préférence n'a été donnée au canal souterrain que sur l'avis des ponts-et-chaussées et de la guerre, comme nous le disons ici.

(3) Opiniondes ingénieurs composant laminorité, otc. p. 15

(4) Idem. p. ï6.

préférence au canal Devic qui fut exécuté; le nom de canal Laurent fit place à celui de canal de St. -Quentin (1).

Visite « Tout inachevé qu'il était avant la révolution, ce canal avait été visité par tous

Laurent par 'es grands personnages qui venaient en France. L'empereur d'Allemagne, .XeJnpereur Joseph II s'y fit conduire dans son voyage de 1781 . Sur la porte de Tune des

descentes se trouve l'inscription suivante, consacrée à rappeler le souvenir de

celte mémorable visite :

« Van \ 781 , le comte cf Agay étant intendant de cette -province, M. Laurent rfe Lyonne étant directeur de l ^ancien et nouveau canal dePicardie , et M. de Champrosé , inspecteur, Joseph II , empereur, roi des Romains, a parcouru en bateau le canal souterrain , depuis cet endroit jusqu aux puits numéro 20 et 28, et a témoigné sa satisfaction en ces termes : « Je suis

(t) « Vous avez ordonné, dit le rapport du ministre de l'intérieur aux consuls, que l'institut national serait consulté sur la question du choix à accorder à l'une des deux directions proposées pour le canal de St. -Quentin.

« La majorité de l'assemblée des ponts-et-chaussées s'était déclarée en faveur de la direction jadis entreprise) par Laurent ; la minorité insistait sur une direction anciennement indiquée par l'ingénieur Devic. Ses motifs étaient assez forts pour faire désirer que la question fut examinée de nouveau. »

Pour appuyer la nécessité d'une jonction de la Somme à l'Escaut, le ministre ajoute : « les propriétaires d'Anzin sont convaincus que le sort de leurs mines dépend de l'ouverture d'une navigation entre. l'Escaut et la Somme; ils ont souvent voulu établir cette navigation à leurs frais ; mais l'entreprise était trop vaste. » . . . .

Suit le décret du 11 thermidor an X, qui ordonne de commencer les travaux et donne au canal le nom de canal de St.-Quenlin. (Moniteur du 15 thermidor an X).

« Le canal, aujourd'hui connu sous le nom de canal de St. -Quentin, dit M. Thiers, (histoire du Consulat et de l'Empire, t. 2. 1. 8.) était abandonné, on n'avait jamais pu se mettre d'accord sur la manière d'exécuter le percement au moyen duquel on devait passer de la vallée de l'Oise dans celle de la Somme et de l'Escaut. Les ingénieurs étaient divisés de sentiment. Le premier consul s'y rendit de sa personne, le-* entendit tous, jugea la question, et la jugea bien. Le percement fut décidé et continué dans une direction meilleure, celle mémo qui a réussi. » — On voit, parce qui précède, que l'indécision n'avait pas toujours existé, qu'elle n'existait même pas dans le conseil des ponts-et-chaussées, puisque le canal Laurent y obtint 21 voix contre 9. 11 n'est pas d'ailleurs prouvé que l'empereur choisit bien. Le canal Devic a réussi et devait réussir, mais cela n'implique pas que le canal Laurent n'eût pas réussi mieux encore.

« fier d'être homme quand je vois quun de mes semblables a osé imaginer « et exécuter un ouvrage aussi vaste et aussi hardi. Cette idée m élève « Vâme » (1).

I Jouy. L'wmite en province.

Généalogie n° 5.

Jacques Laurent, né à Auberchicourt , mort au même lieu en 1759.

Jacques- Laurent,

marié

à Marguerile-Nicole Benoit,

a Rheims.

Pierre- Philippe ,

marié

a Mademoiselle

Muiron de Rheims.

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