‹ Histoire de la recherche, de la dâecouverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut franðcais, dans la Flandre franðcaise et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 17 sur 70 · LETTRE DE VOLTAIRE A LAURENT · texte numérisé non relu

LETTRE DE VOLTAIRE A LAURENT

Je savais, Monsieur, il y a longtemps, que vous aviez fait des prodiges de mécanique ; mais je vous avoue que j ignorais, dans ma chaumière et dans mes déserts, que vous travaillassiez actuellement par ordre du roi aux canaux qui vont enrichir la Flandre et la Picardie. Je remercie la nature, qui nous épargne les neiges cette année; je suis aveugle quand la neige couvre nos montagnes ; je n'aurais pu voir les plans que vous avez bien voulu m'envoyer ; j'en suis aussi surpris que reconnaissant. Votre canal souterrain surtout est un chef-d'œuvre inoui. Boileau disait à Louis XIV, dans le beau siècle du goût :

J'entends déjà frémir les deux mers étonnées,

De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées.

Lorsque son successeur aura fait exécuter tous ses projets, les mers ne s'étonneront plus de rien, elles seront très accoutumées aux prodiges.

Je trouve qu'on se fesait peut-être un peu trop valoir dans le siècle passé , quoiqu'avec Justice , et qu'on ne se fait peut-être pas assez valoir dans celui-ci. Je conmiissais le poème de l'empereur do la Chine, et j'ignorais les canaux navigables de Louis XV.

Vous avez raison de me dire, Monsieur, que je m'intéresse à tous les arts et aux objets de commerce.

Tous les goûts sont entrés dans mon âme.

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de la France. Dans ce but, un canal, dont le projet avait été arrêté en 1727 (1), fut creusé pour joindre l'Oise à la Somme, entre Chauny et St. -Quentin. Il se nommait canal Cruzat du nom de son concessionnaire, ou canal de Picardie, du nom de la province. Onéreux à la famille Crozat, elle obtint par M. le duc de Clioiseul, alors ministre, qu'il fut acquis par Tétai, ce qui eut lieu le 23 août 1767. M. de Clioiseul, à la satisfaction duquel Laurent avait dirigé et distribué les eaux de la terre de Chanleloup qui appartenait au duc, le fit nommer, par arrêt du Conseil du 7 décembre de la même année, directeur-général du canal Crozat (2). Il le chargea en outre d'examiner et de proposer les moyens d'opérer la jonction de la Somme à l'Escaut, par continuation du canal de Picardie, afin de tirer de ce dernier tous les avantages que l'on pouvait en espérer (3). Déjà , en 1727, un projet avait été fait par l'ingénieur Devic (4).

Laurent Entre tems, Laurent fut nommé, par arrêt du Conseil du 24 février 1769,

navigation directeur-général, non-seulement de la continuation projetée du canal Crozal,

de Paris à la frontière.

Quoique octogénaire, j'ai établi des fabriques dans mes solitudes sauvages ; j'ai d'excellens artistes qui ont envoyé de leurs ouvrages en Russie et en Turquie ; et si j'étais plus jeune, j° ne désespérerais pas de fournir la cour de pékin du fond de mon hameau suisse.

Vive la mémoire du grand Colbert qui fit naître I industrie en France,

Et priva nos voisins de ces tributs serviles Que payait à leur art le luxe de nos villes !

BOILEAl.

Bénissons cet homme qui donna tant d'encouragement au vrai génie, sans affaiblir les sentiments que nous devons au duc de Sulli , qui commença le canal de Briare, et qui aima plus l'agriculture que les étoffes de soie, Illa debuit facere, et ista debuit non omittere.

Je défriche depuis longtemps une terre ingrate , les hommes quelquefois le sont encore plus ; ma^ vous n'avez point fait un ingrat en m' envoyant le plan de louvrage le plus utile.

J'ai l'honneur d'être avec une estime égale à ma reconnaissance, etc.

(Correspondance générale de Voltaire.)

(1 ) Rive . Précis historique et statistique des canaux et rivières navigables de la Belgique etc. p. 47.

(2) Notes de M. de Villedeuil. — Opinion des ingénieurs composant la minorité de l'assemblée des ponts-et-chaussées, p. 8.

(3) Idem. — ■ Idem.

(4) Rive. p. 47.

depuis St. -Quentin jusque Cambrai , mais encore de l'Escaut navigable depuis Cambrai jusqu'à la frontière.

Le nouveau canal fut alors commencé d'après les études et les plans que Laurent avait fait à ses frais ; une somme annuelle de 300,000 liv. fut affecté à ses travaux (1), que Laurent poussa avec activité jusqu'à sa mort.

Le projet de Laurent, préféré à celui de Devic, en différait en ce qu'il traversait sur un seul alignement tout le plateau par un canal souterrain de 13,772 mètres (3 lieues) , tandis que dans le projet Devic il n'y avait que 8,400 mètres de souterrain, mais divisés en deux canaux séparés par un canal à ciel ouvert (2).

Le Ier juillet 1770, le nouveau canal de Picardie ou canal d'Amiens, aujourd'hui canal de la Somme, fut déclaré d'utilité publique. Les plans et devis de ce canal faits par Laurent, ayant été adoptés, il en fut nommé le directeurgénéral, qualité qui lui fut confirmée par arrêt du Conseil du 2 septembre 1 771 , qui réunit l'ancien et le nouveau canal de Picardie sous une même administration.

Sa mon C'est au milieu de ces immenses travaux que la mort enleva, à l'âge de 60 ans,

Pierre-Joseph Laurent , devenu, d'éclusier à Bouchain, le directeur-général des

plus importans canaux de France, et l'un des premiers ingénieurs de l'époque.

Tombé malade à Paris le 12 juillet 1773, en revenant de visiter ses travaux, il

C°"cionUi'0n mourut 'e 1 2 octobre suivant. — L'année qui précéda sa mort , « Laurent que le

jouissait canai de Picardie a rendu célèbre, dit le journal des mines, appelé sans doute par

comme ingé- ..... n

meur. l'administration de la province, se transporta en Bourgogne, pendant la durée des Etats, en 1772, » pour donner son avis sur l'emplacement et la direction du point de partage du canal de Bourgogne (3). — « Sa réputation s'était lelle-

(1) Notes de M de Villedeuil. — Opinion des ingénieurs composant la minorité de l assemblée des ponts-et-chaussées, p. 9.

(2) Rive. p. 47 et 48.

(3) Mémoire sur la constitution géologique de la portion du département de la Côle-d Or, dans laquelle doit se trouver le point de partage du canal de Bourgogne. {Journal des mines, t. 33. 1815. p. 38).

ment répandue en Europe, que plusieurs souverains le sollicitèrent pour qu1il allât s'établir chez eux ; il préféra rester en France où il se fit chérir par sa bienfaisance » (1).

Vers de Lorsque Riquet eut fait le canal du Languedoc, Pierre Corneille écrivit les

Corneille sur

Riquet.

vers suivants :

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