‹ Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 43 sur 104 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Exploitations de la compaguie d'Anzin. — Débouchés. — Moyens de transport. — Bénéfices. — 1757-1791.

Deux espèces ^jf/^[p'i0LS av0DS vu °iue les établissements du bassin de Mons étaient en

' possession de nous fournir la houille , lorsque la compagnie

Désandrouin vint faire la découverte dans le Hainaut Français (1).

; — Deux espèces de charbon furent trouvées ; l'anthracite ou charbon

maigre à Fresnes , et plus tard , à Vieux-Condé ; le charbon gras à

Anzin et à St.-Vast (2).

(1) Voir ci-dessus, p. 19.

(2) Voir ci-dessus, p. 36, il, 81 et 101.

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Débouchés Nous avons dit les difficultés qu'éprouva d'abord la compagnie Désandrouin la houille ^ pjacer |e charbon de Fresncs, propre seulement à la cuisson des briques et de la chaux (I). — Plus tard, la spécialité même de ce charbon en assura le débit : « L'on saura , dit le directeur Mathieu , en 1790 , que les charbons de Fresnes et du Vieux-Condé ont une qualité particulière pour la cuisson des briques et de la chaux , et que le pays de Mons , si riche en charbon , n'en a point de cette qualité. Les fours à chaux de Tournai et les briqueteurs de ce pays ne peuvent se passer de ce charbon Français. » — « Les charbons de Fresncs sont vendus à Tournai au môme prix qu'ils le sont en France; ils sont payés en espèces Françaises » (2). — Le charbon de Fresnes et de Vieux-Condé , nous dit M. Iléearl à la même époque, « va presqu'en totalité dans la Flandre Autrichienne, il s en brûle peu dans l'intérieur de la France » (3).

Malgré donc les avantages que la compagnie exploitante eût pu retirer de sa découverte, nous serions restés tributaires de la Belgique, si Ton n'eût point trouvé le charbon gras. Aussi ce ne fut, comme nous l'avons déjà dit, qu'à partir de la découverte à Anzin que commença la lutte avec les exploitants de Mons,

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lutte qui fil diminuer d'un tiers le prix de la houille (4). — Au moyen de cette baisse de prix, et par le développement remarquable que la compagnie d'Anzin sut donner à ses établissements, cette compagnie, nous dit Dieudonné, fut bientôt « en état de fournir du charbon de terre, non-seulement aux ci-devant provinces qui composent aujourd'hui le département du Nord , mais encore aux provinces

voisines et môme à la Hollande. Ce combustible, devenu abondant

remplaça avec avantage celui que l'on lirait précédemment de l'étranger » (5).

« La Flandre Française et Autrichienne , dit M. Hécart , font un grand usage de charbon de terre ; le Cambrésis , la Picardie et l'Artois n'ont pas d'autre

(1) Voir ci-dessus, p. 47.

(2) Rt'ponse et observations sur l'analyse, etc., p. 17. (5) Hécart. Manuscrit de 1791.

(4) Voir ci-dessus, p. 68.

(5) Dieudonné, 1. 1 , p. 165.

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chauffage, à l'exception d'an peu de toarbe » (1). — Le directeur Mathieu nous apprend, en 1700, que « l'entreprise dWnzin fournit du charbon aux verreries de Fresnes, de Douai, de Lille et de Dunkerque. » Que deux verreries du district d'Avesnes « ont déjà commencé à prendre de ses charbons ; les autres usent des charbons de Liège , de Charleroi, ou des mines d'Oudct. m II a l'espoir de voir encore s'accroître la vente dans ce district manufacturier, car, « les forges viennent de trouver la manière de désouffrer le charbon pour suppléer au bois » ('2). — Le district dWvesnes avait une grande importance pour la vente de la houille ; on y comptait alors G verreries , un fourneau et 22 forges à fer, occupant jusqu'à 8 ou 10,000 ouvriers, et fabriquant pour plus de 2 millions par an (3).

La Belgique et la Hollande étaient aussi un marché considérable pour nos houilles grasses. Les charbons de Mous étaient alors à un haut prix à Tournai, à Gand , à Anvers et en Hollande ; aussi les charbons d'Anzin que Ton y envoyait y étaient « mieux et plus chèrement vendus qu'en France ;• (4).

« On sera peut-être étonné, dit M. Hécart, de ce que je marque de l'exportation du charbon d'Anzin.... dans la Flandre Autrichienne, parce qu'on n'ignore pas que Mons , qui est à l'empereur, produit une immense quantité de charbon , et qu'il y est d'autant meilleur marché qu'il ne faut pas creuser bien avant dans la terre pour le trouver ; qu'il suffit même d'une seule pompe à feu pour 8 ou 10 fosses différentes; il n'en est cependant pas moins constant que le charbon. . . . d'Anzin est embarqué sur l'Escaut d'où il passe à Morlagne, à Tournai, à Gand où il s'en trouve des magasins très-considérables ; la meilleure raison que l'on puisse donner de cette préférence , c'est que les bateaux qui

(1) Manuscrit de 1791.

(2) Réponse et observations sur l'analyse, etc., p. 8. — Nous a\ons déjà parlé du désouffrement du charbon, t. 1, p. 163. — Les houilles ainsi désouffrées furent assujetties aux mêmes dioils que le charbon de bois. (Arrêt du 11 février 1780. — Pièces justificatives ).

(T> Hrponse et observations sur l'analyse , etc., p. 8. '4; Idem. p. 18.

viennent du pays étranger, sont obligés de passer à Condé, où ils paient un droit de transit un peu fort » (1).

Transport par Mais si la compagnie d'Anzin profitait, pour l'exportation de ses produits, des entraves apportées au transit des charbons Belges, elle avait à souffrir de son côté, des abus dont était grevée la navigation intérieure.

Nous avons vu qu'après la conquête du Hainaut et de la Flandre , le gouvernement Français avait établi ou rétabli les communications , par eau , entre Valenciennes, Condé, Douai, Arras, Lille et Dunkerque. — Les transports se fesaient alors par des corporations de bateliers ayant leurs privilèges et leurs charges. — Nous avons dit qu'autrefois les bateliers de Valenciennes avaient seuls le droit de charger et transporter toutes les marchandises qui étaient à charger dans la ville jusqu'au pont du village de Fresnes (2). Mons , Condé, Lille, Aire et autres villes avaient également des corporations de bateliers, des navigations privilégiées. — La navigation de Condé, aussi appelée chambre de navigation, joue un rôle important dans l'histoire de la houille.

Privilèges L'existence de ce corps remonte au temps où la ville de Condé appartenait

de Condé"5 a l'Espagne, et ses privilèges paraissent émanés originairement des grands baillis

— du Hainaut. Il fesait, à cette époque, la navigation de la Haisne en commun avec

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houille Beige, les bateliers de Mons (3).

Après la réunion à la France, des démêlés entre les bateliers de Mons et de Condé amenèrent la convention connue sous le nom de traité de Crespin, convention qui assurait à ces bateliers le transport de la houille du Hainaut Impérial (4), mais qui, quoiqu'on l'ait souvent citée comme un litre, n'eut jamais de valeur, n'ayant été ratifiée ni par la France ni par l'Empire (5).

(1) Manuscrit de 1791.

(2) Voir t. 1, p. 61.

(5) Précis pour les maîtres-bateliers de la navigation de Condé, 1771, p. 2, et autres pièces fournies par eux. — Rapport de Hannecart au conseil des Cinq-Cents, p. 2. (4) Traité du 14 aoiït 1686 (pièces justificatives). ^5) Cette convention , signée à l'abbaye de Crespin par l'abbé de Bonne -Espérance , député des

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Cependant plusieurs ordonnances des intendants confirmèrent ce privilège qui fut définitivement acquis aux bateliers de Coudé par le règlement du 4 novembre 1718 (1).

La houille n'étant point encore découverte dans le Hainaut Français , les '■nouille . '

Française magistrats de \ alencienues, dont la navigation n'existait plus , ne firent aucune opposition. Mais quand plus tard ils voulurent réclamer, leurs plaintes furent repoussées , aussi bien que celles des exploitants , des marchands de charbons et des bateliers des navigations lésées ; le privilège du transport de la houille fut confirmé aux bateliers de Condé , non-seulement pour le charbon Belge, mais encore pour le charbon Français; non-seulement sur la Ilaisne , mais encore sur l'Escaut et les autres rivières du Hainaut et de la Flandre (2). — De telle

élats île Mous , et le sieur de Valicourt , subdélégué de l'intendant du Hainaut , a Condé , était conditionnelle et faite , disentlcs signataires , sauf l'approbation des rois nos maîtres. Il ne parait pas, quoi qu'enaient toujours dit les bateliers de Condé, qu'elle ait jamais été ratifiée. Il résulte seulement d'une ordonnance de l'empereur, du 25 mai 1689, qu'un décret contraire viendrait à cesser. « Et quant au roi de France , il l'avait désavoué formellement par arrêt de 26 août 1687, qui fut signifié le 10 du même mois à Michel Belliome , grand-maître de la confrérie des marchands de charbon de Mons, par Louis Wuiq , facteur des bateliers , et, le môme jour, au bateau d'Antoine d'Assonville, connétable de la navigation de Condé » (Rapport de Hannecart au conseil des Cinq-Cents, p. 4).

(1) Mémoire des bateliers de Condé, 1807, p. 4. — Rapport de Hannecart, p. 5. — Hannecart cite une ordonnance de l'intendant de 1699 et l'arrêt de 1718 : ce sont, dit-il , « les premières traces qu'on découvre des privilèges exclusifs de la navigation de Condé. »

(2) Les intendants de Flandre et du Hainaut ont fait application de l'arrêt de 1718 au charbon do Fresnes par diverses ordonnances. (Ordonnances des 7 septembre 1724 , — 2 octobre 1725 . — 6 septembre 1731, — 29 juillet 1752. — Pièces justificatives ), et notamment, en 1733, en approuvan, les conventions faites entre ces bateliers et la compagnie Désandrouin. ( Ordonnance du 31 mars 1735. — Pièces justificatives). — Si, en 1744, l'intendant permet aux autres bateliers do charger, c'est dans le cas où les bateliers de Condé se refuseraient à transporter tout le charbon qui se présenterait. (Ordonnance du 28 mars 1744 ).

En 1752. un arrêt du conseil reconnut aux bateliers de Condé le droit exclusif « de charger les charbons de terre de Mons, de Fresnes et d'Anzin , le long de 1 Escaut. » Comme aussi de « les transporter par la Scarpe , la Deûle et la Lys. » Toutefois , cet arrêt conservait implicitement la libre navigation delà Scarpe, de telle sorte que les charbons d'Anzin pouvaient être conduits à St.-Amand par terre et de là être embarqués sur la Scarpe dans les bateaux des bateliers de Douai, Lille et autres. (Arrêt do 2S janvier 1752. art. 14, 15 et 16. Pièces justificatives. — Mémoire sur la nécessité dp rendre libre la navigation , 1780, p. 3 et 4). Mais après 18 ans, pendant lesquels les choses u\ aient

sorte qu'il fut même défeiulu de transporter par terre les charbons d'Anzin à St.-Amand pour qu'ils y fussent pris par tous les bateliers indistinctement, et que Ton fut forcé de les embarquer à Valenciennes et sur des bateaux de Condé (1).

Accroissement [)e semblables privilèges durent faire prospérer la navigation de Condé , navigation soil par le transport du charbon Belge qu'elle lésait avec les Montois, soit par le transport du charbon Français qu'elle fesait seule. Le nombre des bateaux de ces deux navigations était comme suit aux époques ci-après :

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