CHAPITRE PREMIER
Recherches faites dans les terrains situés à la droite de l'Escaut , en Hainaut et en Cambrésis.
Caractère de ces
tentatives.
[n vient de voir quelles compagnies trouvèrent plus ou moins utile— ,ment la houille et en suivirent ou en essayèrent l'exploitation; il Sf*" "nous reste à dire , autant que le peu de documents que nous possédons sur ce point nous le permettra, quelles recherches complètement mtiles furent faites. Ces recherches , qui se sont malheureusement renouvelées depuis , et qui , depuis comme alors , ont englouti de nombreux capitaux, ont été suscitées, nous dit Léonard Mathieu, « par l'aveuglement et la manie de trouver du charbon partout » (1).
(I) Voir ci-dessus, p. 76. — L. Mathieu ajoute : « 11 vient encore de se former de nouvelles
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Celle aveugle manie , pour nous servir des expressions du directeur de la compagnie d'Anzin , paraît en effet avoir été le seul mobile des hommes qui s'associèrent pour faire ces recherches. Nous ne voyons point alors cet esprit d'agiotage, cette fièvre de spéculation qui, de nos jours , suscités par quelquesuns, s'emparèrent de tous les esprits et troublèrent un instant, même les plus sages. Si nous voyons parfois user d'un peu de charlatanisme , ce n'est point dans le but de s'enrichir aux dépens des dupes, mais bien de faire passer, dans l'esprit du public , une conviction plus ou moins fondée , afin d'obtenir un concours nécessaire à la poursuite d'un résultat plus ou moins raisonnablement espéré.
Voici ce que nous avons pu recueillir de renseignements sur les tentatives inutilement faites pour découvrir de la houille en Hainaut , en Flandre et en Artois ('!).
compagnies toutes composées de personnes de Valenciennes et de M. Daubresse , receveur des fosses d'Anzin , de son fils, de son frère , etc. , qui vont reporter au pays de Mous l'argent qu'ils ont gagne à Anzin » (Histoire de l'entreprise).
A l'égard des associations qui se formèrent alors , comme depuis , pour exploiter la houille en Belgique, voici quelques détails que nous empruntons à un mémoire adressé à M. LaBoulaye, intendant des mines et minières de France, par Charles Desvignes , le 26 septembre 1185. Inutile de dire que nous laissons à l'auteur toute la responsabilité des attaques qu'il dirige contre nos voisins. — Le besoin croissant de la houille « a fait naître, dit-il, parmi beaucoup de particuliers du Hainaut et de la Flandre Française, l'idée de former de pareils établissements de houillères dans le Hainaut Autrichien, surtout d'après les assurances que les charbonniers de ce pays-là donnaient verbalement aux crédules sujets Français qu'il n'était rien de plus facile que d'exploiter ces veines , dont une partie se trouvait à fleur de terre et l'autre n'avait, en général, été exploitée que superficiellement, c'est-à-dire à la plus grande profondeur de 20 à 30 toises seulement.
« Les sujets Français , et surtout les familles aisées de Valenciennes , de Douai et Lille , séduits par ces assurances flatteuses, s'engagèrent insensiblement dans diverses entreprises du pays Autrichien, exportèrent de leur patrie plusieurs millions qu'ils exposèrent dans ces établissements étrangers , à leur grand détriment , pour ne pas dire à la ruine totale de plusieurs d'entre eux , occasionnée par la mauvaise foi de ces charbonniers étrangers , uniquement attentifs à profiter de la bourse du crédule spéculateur, de sorte que j'ose assurer que , de trente établissements formés dans ce pays par des sujets Français , il serait difficile d'en citer deux réussis avec bénéfices.
a Cette passion de former des houillères dans le pays Autrichien comme une maladie
épidémique, s'est emparée depuis douze ans des habitants de Valenciennes, Douai et Lille »
(1) En plaçant toutes les recherches dont nous allons parler au rang des tentatives inutiles, c'est assez dire que nous ne partagerons pas les illusions qu'ont pu se faire les auteurs de ces recherches , pas-
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A droite à droite de la Sambre , on peut citer, comme lieux où furent faites des re-
cherches : — Barbençon (alors du Hainaut Français, aujourd'hui appartenant à la Belgique), — Glageon, — et Trélon.
a Barbençon. Pajot-Descharmes indique , en 1 784 , à Barbençon , une ancienne tentative d'exploitation de mines de houille (1).
En 1771, suivant des notes reposant aux archives de la République et au ministère des travaux publics, les sieurs Puissant et compagnie auraient demandé l'autorisation d'exploiter la houille sous les prairies d'Avesnes; ils auraient obtenu cette autorisation en 1772 (2). — Mais rien ne nous dit qu'ils y aient donné suite.
A Glageon.
Vers 1775, nous dit Poirier-St.-Brice, on lit à Coupelivoie, hameau dépendant de la commune de Glageon , « deux fosses carrées de 6 pieds de côté et à 10 pieds seulement de distance l'une de l'autre; à 30 pieds de profondeur on rencontra le schiste argileux , et l'on s'enfonça de 100 pieds dans cette roche ; les travaux furent ensuite abandonnés. Ils ne présentaient aucune chance de succès, car on n'était nullement dans un schiste houiller, mais bien dans le schiste argileux micacé , bleuâtre , qui fait partie de la formation de calcaire fétide ; au milieu des anciens déblais, j'en ai trouvé plusieurs morceaux renfermant les coquilles fossiles de cette formation » (3).
a Tréion. Pajot-Descharmes indique aussi cette recherche (1) et une autre près de là , à Trélon (5).
plus l'opinion de ceux qui ont pu croire à des découvertes. Cependant , en historien exact, nous avons cru devoir reproduire toutes les opinions émises , toutes les assertions avancées. C'est au lecteur à adopter telle opinion que sa sagacité lui fera tirer des faits que nous racontons ; nous n'avons pas la prétention de l'influencer.
(1) Carte minéralogique.
(2) Ministère des travaux publics. Bureau de statistique (notes du carton nord). — Archives de la République. Papiers de mines .
(5) Mémoire sur la géognosie du département du Nord (Annales des mines , 1. 13. 1826. p. 296 ).
(4) Pajot-Descharmes, p. 412.
(5) Idem p. 412 et carte minéralogique (planche 25).
sui îaSambre. Des travaux eurent lieu le long de la Sambre , — à Jeurnonl , — à Aulnovlez-Berlaimont , — à Sassegnies , — à Landrecies , — et à Saint-Rémy- Chaussée.
a Jeumont, En 1 733, il se présenta une compagnie qui obtint le privilège exclusif de tirer
s Berlaimont , , , , ... , , . .
à sassegnies, de la houille le long de celle rivière (1). — Elle commença ses fouilles en à L^ecies. 1T35 ^2) . e||e en fit à Jeumont, à Berlaimont, à Sassegnies (3) et à Landrecies (4). — Ces travaux l'entraînèrent à des dépenses considérables qui la ruinèrent. — Elle n'existait plus en 1756 (5).
A Aulnoy-lez
Berlaimont.
En 1782, le sieur Honnet avait une permission provisoire de l'intendant pour 1782. fouiller les terrains entre Bavai, Le Quesnoy, Maubeuge et Landrecies (6). Après une seconde permission provisoire, il expose qu'il « n'a cessé de s'occuper avec ses associés de la recherche de ces mines à grands frais, » et il obtient le privilège d'extraire la houille pendant vingt -cinq ans dans la subdélégation du Quesnoy et les terrains situés entre elle et les villes de Bavay, Maubeuge et Landrecies (7).
C'est, sans aucun doute, la compagnie du sieur Honnel qui fit faire , vers cetle époque, à Aulnoy-lez-Berlaimont , « deux puits de recherches qui furent, dit Poirier-Sl.-Brice, poussés jusqu'à 120 ou 130 pieds de profondeur. L'opinion la plus répandue dans le pays est que l'on trouva réellement une mine de houille. On ne précise point les motifs qui , dans ce cas , ont pu faire abandonner son exploitation » (8). — A l'appui de cette opinion , l'on pourrait citer la minute
(1) Pajot-Descharmes, p. 522.
(2) Mémoire par demandes et réponses, p. 49. — Dieudonné, t. 1, p. 171. (5) Idem. p. 49.
(4) La carte rainéralogique de Pajot-Descharmes indique une fosse abandonnée. Cette fosse n'a pu être faite par une des compagnies dont nous allons parler et qui fesaient leurs recherches en 1184 , car Pajot-Descharmes (p. 524) dit, comme on va le voir, que la compagnie Holnet se disposait alors à fouiller entre les villes du Quesnoy, Bavai, Maubeuge et Landrecies.
(5) Mémoire par demandes et réponses , p. 49.
(6) Ministère des travaux publics. — Bureau de statistique (notes du carton nord).
(7) Arrêt du 27 avril 1T84 (pièces justificatives ).
(8) Mémoire sur la géognosie du département du Nord (Annales des mines , 1. 13. 1826. p. 296 ).
mmSi 297
A St.-Rémy-
Chaussée.
d'un tableau des mines de bouille abandonnées , reposant aux archives de la République (I).
En 1 783, le sieur Deulin , qui avait près de là des travaux , et qui prétendait y avoir trouvé de la houille, demande une concession limitrophe. Son mémoire expositif est renvoyé à l'intendant « pour prendre, dit-il, des éclaircissements sur cette découverte ; ce magistrat ordonna au suppliant de lui fournir des échantillons du charbon qu'il avait trouvé , ce qu'il fit , ainsi que cela est constaté par le procès-verbal du subdélégué de Landrecies, qui se rendit auprès d'une fosse qui a environ 150 pieds de profondeur, que le suppliant avait fait ouvrir à Saint— Rémv-Chaussée. Alors le suppliant donna un second mémoire au conseil , en 1784, dans lequel il rendit compte de ces différentes circonstances et demanda de nouveau la permission de faire la recherche du charbon de terre et le privilège exclusif d'exploiter. Sur le second mémoire , renvoyé à M. l'intendant, il obtint, le 2G janvier 1785 , une ordonnance de ce magistrat portant permission provisoire Le suppliant, encouragé par cette permission, a poussé ses travaux
avec la plus gronde vigueur ; il a trouvé (c'est toujours lui qui parle ) du charbon à la sonde à 34 toises de profondeur, il a fait creuser plusieurs fosses pour le
découvrir et l'exploiter » Sur nouvelle demande, « le roi. . . . accorde au
suppliant la permission d'exploiter, exclusivement à tous autres, pendant vingt années, à compter de ce jour (16 mai 1786) , les mines de charbon qui peuvent se trouver au village de Fayl-le-Château , Prisches , Ténières , dépendances de Landrecies, et à Saint-Rémy-Chaussée , dépendance de Maubeuge, et dans les terrains limités d'un côté par la route de Landrecies à Maubeuge , et passant par Maroilles , Noyelles et Bâchant , de l'autre par la grande route de Maubeuge
Nord.
Tableau des mines de houille dont l'exploitation a été abandonnée.
Arrondissement d'Avesnes.
(Extrait).
Canton de Doilers.
Canton de Trélon.
(Archives de la République. F. 13, 661 '
Aussitôt que l'épreuve a été faite et la qualité reconnue supé- I rieure à celle de la houille des mines de Valenciennes, on en a fait cesser les travaux. Il serait Glageon. \ cependant bien avantageux de les reprendre , car cette mine parait abondante.
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à Rouillies, et par le chemin de Rouillies à Fémy par la grande route de Féray à Landrecies » (1).
A Fépoque de la Révolution , les travaux furent abandonnés : lorsque le concessionnaire voulut les reprendre , il produisit un plan des deux fosses ci-dessus citées , plan qui indique , de la manière la plus précise , la présence de la houille. A ce plan , que nous reproduisons ci-contre , se trouve joint entr'autres pièces un certificat du maire de la commune , à la date du 28 juillet 1791, qui atteste que les ouvriers ont déclaré avoir trouvé les veines figurées au plan (2).
Cependant , Poirier-St.-Brice porte , sur le résultat de ces travaux , le jugement suivant : « A Saint-Rémy-Chaussée , entre Pont-sur-Sambre et Avesnes, on avait commencé, dit-il , il y a trente ou quarante ans (il écrivait en 1826), deux puits de recherche qui n'ont pas été poussés très-profondément. Sur ce point, le schiste est encore d'un gris bleuâtre , presque toujours un peu effervescent et souvent même encrinétique ; ces caractères Téloignent entièrement du schiste houiller » (3).
Entre Entre la Sambre , la Rhonelle et TEscaut , des recherches eurent lieu ,
dRhoneiie et à Obies , — à Orsinval , — à Villerspol , — à Saméon , — et à QuiéîEscaut. vrechain.
a Obies. Si Fon en croit des notes reposant dans les dépôts publics , les nommés Rue
auraient découvert, en 1772, une mine de houille sur le territoire de Bavai,
lans la seigneurie d^bies (A).
A vnierspoi Avant 1756, on avait fait des tentatives à Villerspol et à Orsinval (5). On
et Orsinval avant 1756.
(1) Arrêt du 16 mai 1786 (pièces justificatives).
(2) Archives du département du Nord. Travaux publics. Liasse 305.
(5) Mémoiresur la géognosie du département du Nord (Annales des mines, 1. 13, 1826, p. 296).
(4) Archives de la République. Section administrative. Papiers de mines. — Ministère des travaux publics. Bureau de statistique ( carton nord).
(5) Mémoire par demandes et réponses, p. 48.
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A Saraéon.
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avait fait deux fosses dans ce dernier village. — Nous avons vu qu'en 1784 il y avait une nouvelle fosse en tentative à Villerspol (1).
On trouve, aux archives de la République, un long mémoire d'un sieur Bleuzé, procureur à Valenciennes, dans lequel l'auteur explique comment il est parvenu à découvrir les mines de houille au moyen de la baguette de noisetier. C'est ainsi qu'il fut conduit à faire des travaux à Saméon (2).
En avril 1787, il avait obtenu de l'intendant une permission provisoire pour faire la recherche des mines qui pourraient se trouver sous les seigneuries d'Artres et de Saméon (3). — En octobre 1788 , il annonce , par la voie du Journal du Hainaut et du Cambrésis , qu'il vient d'apprendre qu'il a obtenu du roi un privilège exclusif pour ces deux seigneuries où, «< selon que tous les maîtres mineurs le proclament , » il doit exister de la houille.
« Ledit M" Bleuzé , désirant se rendre digne de son privilège , demande aux naturalistes, minéralogistes et chimistes :
» 1 ° A quels signes reconnaître l'existence d'une mine de charbon , sa profondeur, sa largeur, sa longueur et sa valeur ?
» 2° Y a-t-il des mines de charbon à Artres et à Saméon ?
» 3° Pourquoi n'y en aurait-il pas de même qu'à Anzin , dont la côte est du même parallèle que celle de ces villages?
» 4° Quel est la nature de ce combustible ?
(1) Voir ci-dessus, p. 258.
(2) Archives de la République. Section administrative, n° 167, 2Ç série de papiers de mines.
(3) Permission du 18 avril 1787 ( pièces justificatives). — Nous avons déjà parlé de cette permission qui a été donnée sur le vu de l'autorisation d'extraire donnée au sieur Bleuzé par les seigneurs des lieux (t. 1, p. 280).
» 5° Comment il s1est formé dans les entrailles de la terre ?
» 6° Et d'où vient que les veines marchent régulièrement d'Orient en Occident ?
« L'entreprise du dit M9 Bleuzé , intéressant le bien public , il espère qu'on voudra bien l'éclairer sur ce qu'il pourrait ne pas connaître suffisamment et lui écrire franc de port.
» De plus , il désire qu'on lui fasse connaître pourquoi d'autres compagnies voisines ont délaissé leurs établissements, et quels sont les écueils à craindre et à éviter dans celle partie de la nature et de commerce » (1 ).
Quelques jours après, Bleuzé annonce avoir reçu « des observations trèsfavorables pour son entreprise, » mais v ce n'est pas encore assez pour lui. Il prie tous ceux qui ont des connaissances en minéralogie de se transporter sur sa démarcation des dits Artres et Saméon , d'y visiter les travaux et de faire part de leurs jugements au sieur Carpentier, mayeur de Saméon
Deux numéros après , le journal insère une lettre d'un abonné qui félicite ironiquement Bleuzé des observations favorables qu'il a reçues. « M. Bleuzé, ajoute-t-il , est trop désintéressé pour se réserver à lui seul le fruit des observations qui lui ont été faites; le public pour qui la loyauté de ses sentiments le porte à s'intéresser, a lieu d'espérer qu'il voudra bien lui en faire part par la voie de votre journal » (3).
Nous n'avons rien trouvé dans le journal qui répondît à celte provocation; mais, deux mois après, une nouvelle invitation de Bleuzé aux minéralogistes d'aller visiter ses travaux. Celte fois, il ajoute : « Le sieur Bleuzé désire de s'as-
(1) Journal du Hainaut et du Cambrésis. 8 octobre 1788, n° 29 aux affiches.
(2) Idem. 18 octobre, n° 52 aux affiches. (5) Idem. n°54.
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surer des associés de Valenciennes ou voisins, pour se soulager du fruit de ses études, et, lorsque la fortune le lui permettra, il travaillera à un traité de minéralogie pour la province » (1).
Quelques jours après Bleuzé publie une lettre que le célèbre Buffon lui avait adressée de Montbard , le 23 septembre 1786. Nous la reproduisons ici sans commentaires, comme nous avons fait tout ce qui précède , laissant ce soin à nos lecteurs :