‹ Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791Chapitre 76 sur 104 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

SuHe des recherches faites endeça et audelà de la Scarpe, en Artois.

a compagnie Havez et Lecellier ne fut pas la seule qui chercha de la houille en Artois. En 1 741 , les états de cette province avaient accueilli une demande en concession formée par la compagnie Dona, comprenant Lens, Servin, Villers-Châtel , Sombrin, Arras, Fampoux et Farbus(l).

La compagnie Désandrouin , dit-on, avait voulu supposer aux desseins de la

(1) Courrier du Pas-de-Calais, du i octobre 1838.

compagnie Dona, en vertu de son privilège de 1 736 (1) ; mais les Elats d^Artois firent maintenir la nouvelle compagnie, qui, du reste, paraîtrait-il, pas plus que celle de Désandrouin, ne fit de travaux en Artois (2).

A Pemes, En 1747, le sieur de Villers, de Frévent , obtint, par arrêt du 10 mars, la

à st.-Lauren't, concession de tout l'Artois (3). Sa compagnie lit des recherches dans les environs

" Mpreuxy."le" d'Arras, à Pemes (4), à Souchez (5), à Saint-Laurent (6), à Monchy-le-

1747 à 1702 preus (7), — E]|es eurent lieu de 1747 à 1762 et furent abandonnées, dit-on,

« sur l1idée que certains de ses membres ( de la compagnie ) s'étaient faite , que

les ouvriers du Hainaut, qu'elle employait, étaient infidèles » (8).

M. de Bonnard raconte qu'à Pernes on n'a employé qu'un treuil et que Ton n'est allé qu'à 30 mètres, <. quoique les habitants aient montré pendant longtemps un peu de houille qu'ils prétendent avoir été extrait d'un trou de sonde fait au fonds du puits ; il parait certain que cette substance aura été apportée par quelqu'ouvrier qui voulait continuer à y gagner ses journées » (9).

En 1762, les Etats d'Artois demandèrent la concession de toute la province (10). L'oblinrent-ils? nous ne le savons pas, mais toujours est-il que les

(1) Arrêt du 16 décembre 1736. — Voir ci-dessus, p. 58.

(2) Courrier du Pas-de-Calais du 4 octobre 1838. — Voir ci-dessus, i>. 121 .

(3) Arrêt du 10 mars 1747. — Le Courrier du Pas-de-Calais dit que cette concession était pour « les environs de Pernes et d'Arras. » — ■ Elle était donnée pour tout l'Artois , dit un Mémoire des députés d'Artois du 5 décembre 1762. (Archives du département du Nord).

(4) Courrier du Pas-de-Calais. — Le Mémoire par demandes et réponses dit aussi à Pernes (p. 49) — Pajot-Deschprmes dit à Pernes, arrondissement de S. -Pol ([p. 417).

(5) Courrier du Pas-de-Calais. — Mémoire par demandes et réponses, p. 49.

(6) Mémoire par demandes et réponses, p. 49.

(7) Pajot-Descharmes parle d'une fosse qui y fut tentée en 1755 puis abondonnée. p. 416.

(8) Courrier du Pas-de-Calais. — D'après ce journal , cet abandon aurait eu lieu « à l'époque de 1763. » — Mais on voit dans le Mémoire des Etats d'Artois de 1762 que le privilège de la compagnie de Villers était alors abandonné.

(9) Journal des mines, t. 26, p. 429.

(10) Mémoire des députés d'Artois. 5 décembre 1762.

•sêHIê ô«2o mm*

Compagnie

d'Àniche.

Compagnie d'Anzin.

compagnies qui vinrent postérieurement faire des recherches demandèrent le consentement des Etats à rohtenlion des concessions qu'ils sollicitèrent (1).

Les Etats avaient promis une récompense de 200,000 liv. à qui exploiterait le premier le charbon dans l'Artois (2). — Trois compagnies se présentèrent en 1778 et 79 entre lesquelles la province fut partagée (3).

La compagnie d'Aniche ou du marquis de Trainel eut, comme nous Pavons déjà dit (4), le terrain compris dans une ligne qui prenait entre le chemin de Douai à Arras, jusqu'à Gravelle , une ligne droite tirée de Gravelle à Monchyle-Preux , le chemin d'Arras à Cambrai , depuis la direction du dit Monchy-le- Preux jusqu'à Cambrai, enfin la limite de l'Artois entre Cambrai et Douai (5). — Cette compagnie, que nous sachions, ne fit point de travaux dans l'Artois. — Elle décida seulement, comme on l'a vu, en 1779, qu'un forage y serait fait, mais rien n'indique qu'il fut donné suite à cette décision (6).

La compagnie d'Anzin eut les terrains compris dans une ligne partant de Lens, allant à Houdain, Pernes, Crépy, Ambricourt et Azincourt , suivant le chemin qui va à Hesdin, remontant la rivière de Cauche jusqu'à Filièvre, allant à Framecourt, à Terme, à Pemins, à Tilloy, traversant Hermaville, Etrun, Roclincourt, Gravelle, Bois-Bernard, Méricourt et Lens (7).

Le 15 décembre 1 778 , le directeur de la compagnie avait présenté requête aux Etats afin d'obtenir: — 1° La protection des états contre le trouble que

(1) Voir plus bas ce qui est dit pour la compagnie d'Aniche.

(2) Requête du sieur Mathieu , directeur d'Anzin. 1 5 décembre 1778. — Consentement des Etats à l'obtention de la concession sollicitée par le duc de Guines. 26 juin 1779 (pièces justificatives). — Arrêt de concession de la compagnie d'Anzin. 21 août 1781 (pièces justificatives ).

(3) Voir les trois actes de concession cités plus bas.

(4) Voir ci-dessus, p. 276.

(5) Consentement des Etats d'Artois à "a concession du duc de Guines. 26 juin 1779. — Arrêt du 6 août 1779.

(6) Voir ci-dessus, p. 276.

(7) Consentement des Etats d'Artois a la concession du duc de Guines. 26 juin 1779. — Arrêt du 21 août 1781.

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pourraient apporter à ses travaux les seigneurs sur les terres desquels la compagnie devrait rechercher la houille. — 2° Le privilège exclusif de la recherche dans la province d'Artois pendant quatre années. — 3° La récompense de 200,000 liv. aussitôt après la découverte de la houille, et la propriété de la mine découverte aussi long-temps qu'elle existerait , en payant une reconnaissance annuelle de 2,400 liv. au seigneur de la terre sur laquelle la découverte aurait eu lieu (1).

La demande du privilège exclusif pour tout l'Artois ne fut point admise ; deux concurrents , le duc de Guines et le marquis de Trainel , y mirent sans doute obstacle. — Par convention avec les Etats d'Artois, la compagnie d'Anzin réduisit ses prétentions aux limites ci-dessus indiquées, qui, après une permission provisoire de l'intendant de janvier 1780, lui fut définitivement accordé par arrêt de concession du mois d'août 1781 . La compagnie avait renoncé à la récompense des 200,000 liv. promise par les Etats, et s'était soumise à l'annulation de plein droit de son privilège si dans l'espace de huit ans elle n'avait point deux fosses en pleine extraction. A ces conditions elle avait obtenu le privilège par elle demandé pour cinquante ans (2).

a Viiiers- ^es travaux furent commencés en vertu de la permission provisoire de

B"g'n- 1780 (3). — Un sondage, placé près du chemin de Villers-Brulin , était arrivé,

en novembre 1781 , à 20 toises environ dans les bleus (4), — Un autre , placé à

i78ieU° Berlette, entre Arras et Saint-Pol, en 1 781 , était arrivé, la même année, à 1 97

pieds, ou 32 toises 5 pieds, dont 60 pieds dans les dièves. Continué le 21 janvier

1782, il fut abandonné, toujours dans les dièves, à 67 toises 2 pieds (5).

(1) Requête du sieur Mathieu aux états d'Artois.

(2) Arrêt du 21 août 1781.

(3) Idem.

(4"i Registre de L. Mathieu.

(5) Renseignements sur divers for ay es, etc., par F. Boisseau.

Trou de sonde do Villers Brulin ( Registre de L. Mathieu ) :

Argile 18 pieds. Bonne pierre »

Cornus 6 Bleu 5

Marlettes 19 Pierre blanche i

Pierre solide 65 Bleu 12

1> Arras

a si -po!

et au-delà.

àSt-Poi A la même époque, la même compagnie fit divers autres sondaecs où Ton

trouva « les terrains a peu près semblables et de pareille épaisseur que Ton a passé à Berlette. » Savoir:

Entre Arras et Saint-Pol.

à Tinques /,0 toises.

à Ronalcourt Zjo

à Haut-Avesnes 35

Au-delà de Saint-Pol.

à Gressard 40

à Gauchin 24 terrain brouillé.

à Ha 3G terrain assez réglé

et au fond des dièves (1).

Dubamel nous apprend qu'en 1 783 , la compagnie d'Anzin avait fait faire dans la concession de l'Artois beaucoup de trous de sonde qu'il porte à plus de 60 toises chacun. Le sieur Mathieu, directeur, lui disait qu'on continuait, mais que Ton n'avait pas rencontré le charbon (2).

C°dî!du8cn" ^a troisième des compagnies entre lesquelles l'Artois fut partagé, était celle dn Guines. du duc de Guines.

En juin 1779, le duc de Guines fit sa soumission aux étals d'Artois d'être en exploitation dans l'espace de cinq ans (3), et les Etats donnèrent leur consentement à ce que les terrains de la province non compris dans les concessions de la

Trou de sonde de Berlelte ( L. Mathieu et F. Boisseau ) :

Argile 18 pieds. Bleus 6

Silex ou cornu 6 Pierre blanche 4

Marlettes 19 Bleus 18

Bonne pierre • C6 Dièves 60

(1) Renseignements sur divers forages, etc., par F. Boisseau.

(-2) Notes du carton nord du bureau de statistique du ministère des travaux publics.

(5) Déclaration du duc de Guines du 20 juin 1779.

compagnie (TAnziii (autorisées alors seulement par les Etats) et du marquis «le Trainel, fussent concédés à sa compagnie. Ces terrains se trouvaient ainsi bornés par les limites des compagnies existantes et les provinces de Picardie , Boulonnais, Calaisis et la Flandre maritime et wallonne (1).

La compagnie avait également obtenu , la même année , une permission provisoire de Tintendant (2), permission qui fut renouvelée en mai 1782 (3) et convertie en concession définitive en octobre de la même année. Cette concession a st.-HUaire. fut donnée pour cinquante ans (A). — En 1780, le duc de Guines et sa compagnie avaient fait un sondage à Saint— Hilaire , entre Lille et Aire; il fut poussé à 73 mètres (5).

a Achicourt. Vers 1 781 , la compagnie entreprit un puits sous la direction du sieur Libotton , à Achicourt (6), au sud de la ville d'Arras, à peu de distance des fortifications (7), « malgré les efforts réunis de deux pompes à feu et une machine à quarré posées sur le même puits, on ne put, par sept années de travaux infructueux, vaincre les eaux du niveau » (8). Ce puits n'atteignit tout au plus qu'une profondeur de 5 7 mètres (9) .

En 1788 ou 89 on commença une fosse àTïlloy (10), près et à gauche de la grande route qui conduit d'Arras à Cambrai (11)- — « Ce puits, nous dit

(1) Consentement des Etats d'Artois à la concession du duc de Guines. 26 juin 1779. — Le 21 juin 17 82 ils déclarèrent également que c'était de leur consentement que le porion du duc de Guines allait percer dans différents endroits assignés à mondit sieur le duc de Guines.

(2) Arrêt du 29 octobre 1782.

(3) Permission de l'intendant du 9 mai 1782 (pièces justificatives).

(4) Arrêt du 29 octobre 1782 (pièces justificatives).

(5) DeBonnard. (Annales des mines, t. 26, p. 429).

(6) Renseignements sur divers forages, etc., par F. Boisseau.

(7)" Mémoire de M. Garnier sur les recherches du Pas-de-Calais, p. 57.

(8) Renseignements sur divers forages , etc., par F. Boisseau.

(9) Mémoire de M. Garnier sur les recherches du Pas-de-Calais, p. 58. — DeBonnard. Annales des mines , t. 26, p. 430.

(10) Renseignements sur divers forages , etc., par F. Boisseau. — De Bonnard. Annales des mines. t. 26, p. 431.

(1 1) Mémoire do M. Garnier sur les recherches du Pas-de-Calais, p. 58.

M. Garnicr, fit connaître , sur une profondeur de 1 75 mètres , des argiles , puis des craies marneuses, ensuite des bleus, des dièves, du tourtia , de la terre noire vitriolique, enfin , et sur une hauteur de 23 mètres , des schistes et des grès micacés inclinés. Ces deux derniers terrains furent particulièrement reconnus à l'aide de deux galeries de 55 mètres chacune de longueur que Ton poussa vers le nord et vers le sud à partir du fond du puits. » — Les travaux, suivant M. Garnicr, furent abandonnés après quatre ans, à cause de l'augmentation incessante des eaux et d'un accident qui arriva et compromit la sûreté du puits. La Révolution dispersa les associés (1).

F. Boisseau , directeur d'un des établissements de la compagnie d'Ànzin , revenant d'une mission de la compagnie , en 1815, recueillit sur les lieux , d'un ancien mineur nommé Vireuil , qui avait travaillé à cette fosse jusqu'à son abandon, les renseignements suivants : — La fosse « a été creusée jusqu'à 96 toises de profondeur : de ce niveau, on a boweté 30 toises au nord dans des rocs assez belles mais pleines d'eau , et 40 toises au midi dans le terrain que l'on avait en partie recoupé dans la fosse puisqu'il s'incline au sud : ce terrain était si dur qu'il fallait parfois employer deux pauses de mineur pour faire un seul trou de mine, et qu'il y venait trop d'eau pour pouvoir les extraire au tonneau, puisque l'on s'est trouvé obligé de faire un serrement pour tenir les eaux de l'une des deux bowettes afin de pouvoir travailler à l'autre : il y a du grisou , il s'y est enflammé une fois pendant le temps que François Vireuil était au fond du puits.

« Le tourtia se trouve à 80 toises de profondeur ; il a 30 pieds d'épaisseur, il est très-dur et à gros rognons; enfin les terrains d'alluvion sont extraordinairement solides , au point qu'il fallait se servir de la poudre pour faire éclater les dièves.

« Les niveaux des eaux ne sont pas forts ; la pompe à feu que l'on avait montée pour les passer était pour ainsi dire superflue ; cependant elle était devenue irèsutile pour extraire les eaux du fond , mais , comme on n'avait pas de pompes

(1) Mémoire de M. Garnier, p. 58 et 39.

travaillantes et qu'à cette époque (c'était le moment de la défection du général Dumouriez) on ne put en tirer d'Angleterre , on fut forcé de cesser tous travaux.

« Comme plusieurs habitants d'Arras et environs m'avaient assuré que Ton avait extrait du charbon à cette fosse et qu'ils savaient de bonne source qu'on en avait brûlé, et, comme je l'ai déjà dit, j'en avais trouvé (à côté de la fosse), ainsi qu'un de ces rognons que l'on voit assez ordinairement dans la veine , j'avais enveloppé le tout avec quelques morceaux de rochers que j'ai montré à Vireuil au moment où j'allais le quitter ; à la vue de ces objets, Yireuil a affirmé positivement qu'il n'y avait jamais eu de passée ni de veine de charbon dans la fosse , mais que pour le rocher il le reconnaissait très-bien ; cela me fit croire que ces morceaux provenaient du charbon que l'on avait acheté pour faire aller la pompe à feu )> (1).

Toutes ces recherches inutiles , dont nous venons de faire l'analyse succincte, ne sont probablement pas les seules qui furent tentées en Hainaut , en Flandre et en Artois; les documents nous ont sans doute manqué pour quelques-unes. Toutefois, ce que nous avons pu en dire suffit pour montrer que ce qui se passa de nos jours ne fui qu'une répétition , plus l'agiotage , de ce qui s'était passé du temps de nos pères. Nous n'avons qu'un regret , c'est que les documents qui nous ont servi à faire connaître et ces travaux et leur inutilité, n'aient point été rendus publics il y a quinze ans. Cette publicité eut peut-être prévenu bien des maux.

(1) Renseignements sur divers forages, etc., par F. Boisseau.

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