BOURDALOUE
sinon par la prédication de Jésus-Christ? N'est-ce pas par la splendeur de ce nom que Dieu nous a appelés à son admirable lumière? C'est de là que S. Paul a pris sujet de nous dire: «Vous n'étiez « autrefois que ténèbres, mais à présent vous êtes « lumière en notre Seigneur. » Combien cette lumière a-t-elle été resplendissante , et combien a-t-elle éclairé tous ceux qui l'ont reçue lorsque, sortant comme un éclair de la bouche de Pierre, elle affermit les jambes et les pieds d'un boiteux , et rendit la vue à plusieurs infidèles auparavant aveugles selon l'esprit! Ne furent-ils pas subitement éclairés par ces paroles de l'apôtre comme par un trait de lumière : «Au nom de Jésus de Nazareth, levez-vous, et marchez. » Mais le nom de Jésus n'est pas seulement une lumière, c'est une nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés toutes les fois que vous vous en souvenez. Qu'y a-t-il en effet qui fortifie autant l'esprit, qui répare aussi bien les forces épuisées, qui rende les vertus aussi mâles, qui fomente avec autant de succès les bonnes habitudes, et qui entretienne aussi constamment les inclinations chastes et honnêtes? Oui, toute nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est trempée dans cette huile ; elle est insipide, si elle n'est assaisonnée de ce sel: une lettre n'a point de goût pour moi, si je n'y trouve le nom de Jésus ; une dispute ou un entretien ne me plaisent point , si l'on n'y parie de
Jésus. Jésus est un miel à la bouche, une symphonie à l'oreille, un chant d'allégresse au cœur; mais il est encore un remède. Quelqu'un de nous est-il triste, que Jésus vienne dans son cœur, que de là il passe à sa bouche ; ce nom sacré n'est pas sitôt prononcé qu'il dissipe les nuages de la tristesse, qu'il chasse l'ennui, et ramène le calme et la sécurité. Quelqu'un est-il tombé dans le péché, est-il tenté de se livrer au désespoir; au moment où il invoque ce nom de vie il commence à respirer et à revivre. En présence de ce nom salutaire, qui a jamais persisté dans son endurcissement, dans sa paresse, dans son animosité, dans sa langueur ? Qui est celui qui, ayant perdu le don des larmes, ne les a pas senties couler de ses yeux avec plus d'abandon et de douceur aussitôt qu'il a invoqué Jésus ? qui, étant saisi de frayeur, dans l'appréhension d'un péril imminent, n'a pas été délivré de toute crainte, et n'a recouvré la confiance dès l'instant qu'il a invoqué ce nom tout puissant? Quel est celui dont l'esprit flottant et irrésolu n'a pas été délivré de ses doutes aussitôt qu'il a imploré le secours? Enfin quel est celui qui, étant près de succomber sous le poids de quelque grande adversité, n'a pas repris une nouvelle vigueur en entendant prononcer ce nom secourable ? C'est le remède universel de toutes les langueurs et de toutes les maladies de l'âme. Rien de plus efficace que ce
remède pour arrêter l'impétuosité de la colère, pour guérir la plaie de l'envie, pour éteindre le feu de la convoitise, pour apaiser la soif de l'avarice et pour bannir de notre cœur tous les désirs déréglés. En nommant Jésus je me représente un homme doux et humble de cœur, un homme sobre, chaste, miséricordieux, doué de toute sorte de perfection et de sainteté. Je me représente en même temps un Dieu tout puissant, qui, en me guérissant par son exemple, me soutient et me fortifie par son secours. »
C'est avec justice que le nom de Sauveur a été donné à un Homme -Dieu.
« Ah ! continue S. Bernard (1), nous ne devons pas considérer ce Sauveur comme les autres, car mon Jésus n'est pas semblable à ces anciens sauveurs du peuple de Dieu, et ce n'est pas en vain qu'il porte son nom (2) : il n'a pas seulement l'ombre, comme ceux-là, mais la vérité (3). Quand les princes naissent sur la terre, nous les appelons rois, monarques, souverains; mais ce sont des titres pour signifier ce qui doit être un jour, et non pas ce qui est. Bien loin d'être en état de gouverner les peuples, ils ne sont pas encore en état
(1) S. Bernard, Premier Sermon sur la Circoncision.
(2) Neque enim ad instar priorum meus iste Jésus nomen vacuura et inane portât.
(3) Nou est in eo magni nominis uinbra, sed veritas.
de se connaître, et dans cet âge tendre et sans expérience leur faiblesse les réduit à se laisser conduire par leurs propres sujets avant qu'ils puissent les conduire eux-mêmes. Mais Jésus-Christ ne commence à prendre la qualité de Sauveur qu'au moment qu'il commence à en faire l'exercice ; et dès ce jour on peut dire de lui ce que l'Écriture a dit du brave Éléazar (1). Il n'est pas plus tôt né qu'il se livre pour le salut des siens, et pour acquérir un nom immortel, qui est le nom de Jésus. » (2) « Dieu seul pouvait donner à l'enfant qui vient de naître le nom de Sauveur, non seulement parcequ'il fallait pour cela une autorité supérieure à celle de l'ange et des hommes, mais pareequ'il n'y avait que Dieu qui pût parfaitement comprendre tout le sens et toute l'étendue de ce nom. Nom divin qui ne peut être prononcé avec respect que par un mouvement particulier du Saint-Esprit (3); nom vénérable, qui fait fléchir le genou, et qui humilie toute grandeur (h) ; nom sacré, que l'enfer redoute, et qui suffit pour mettre en fuite le démon (5)'; nom plein de force et en vertu duquel
(1) Dédit se ut Iiberaret populum suum, et acquireret sibi nomen sternum.