‹ Histoire de la RédemptionChapitre 16 sur 30 · LES MAGES · texte numérisé non relu

LES MAGES

L'esprit de prophétie parle ainsi par la bouche de Balaam :

« Voici ce que dit Balaam, fils de Béor ; voici ce que dit un homme dont l'œil est fermé ; voici ce que dit celui qui entend les paroles de Dieu, qui connaît la doctrine du Très-Haut, qui

(1) Nous mettons l'adoration des Mages avant la Présentation. Nous avons, pour éviter les discussions étrangères à notre plan, suivi l'opinion commune, quoique l'hypothèse du docteur de Hirscher soit appuyée sur de fortes raisons. L'extrême brièveté du récit évangélique sur les temps antérieurs à la vie publique du Sauveur explique ces divergences parmi les savants sur le classement de certains faits.

voit les visions du Tout- Puissant, et qui en tombant a les yeux ouverts :

Je le verrai, mais non maintenant; je le considérerai, mais non de près. Une Étoile sortira de Jacob. » (1)

Comme les Pères chrétiens : Origène, Eusèbe, S. Cyprien, S. Jérôme, S. Augustin, S. Chrysostôme, Théophilacte, etc., les rabbins, malgré leur haine contre nos doctrines, ont constamment interprété ce passage comme s'appliquant à l'apparition miraculeuse du Christ '

Le monde était tranquille à cette époque et soumis avec une tristesse morne à la domination romaine; il attendait avec anxiété les grandes choses qui se préparaient dans les conseils de Dieu. C'était ce calme plein de pressentiments que l'on voit ordinairement à la veille des événements qui changent la face du monde : Quelle merveille allait bientôt se révéler ! Dieu descendant sur la terre pour élever l'humanité jusqu'à sa lumière, toutes les idoles du paganisme renversées, tous les royaumes de l'antiquité transformés, et le monde moderne sortant des ruines du passé !

Depuis la plus haute antiquité, les peuples de

(1) Sur cette prophétie justement célèbre il faut consulter Scbmitt, liédemption du genre humain, traduction Henrion, dans les Démonstrations évangéliques de M. Migne.

l'ancien monde, à cause d'une tradition généralement acceptée, rattachaient à l'expiration de certains cycles et à la fin de la grande année de Dieu, de &320 années lunaires, l'attente de l'incarnation d'un Sauveur né de Dieu. On dit que cette tradition avait déjà, été révélée aux patriarches avant le déluge, et plus tard à Moïse, et que la sainte période du sabbat ou jubilé des tribus d'Israël n'était qu'une image imparfaite de cette période sacrée. D'autres peuples attribuaient ces prophéties à leurs propres révélateurs, tels que les Perses à Zoroastre, et les Chinois à leur Confucius, qui pouvaient du reste les avoir reçues de leurs traditions nationales. Mais en outre la sagesse de l'Orient avait aussi ses récits merveilleux, ses calculs sur l'apparition d'une étoile extraordinaire, et sur certaines constellations qui devaient annoncer la venue du Sauveur du monde, vers la fin du temps dont nous venons de parler. Ces supputations s'étaient conservées par une transmission continue jusque dans les derniers temps du judaïsme, et s'étaient formulées d'une manière de plus en plus claire à mesure que les siècles marchaient. Nous les voyons encore dans les livres des rabbins. A ces calculs s'ajoutaient des traditions astronomiques sur les signes célestes qui avaient déjà paru lors du déluge universel et à l'époque de la délivrance du peuple hébreu de l'Egypte sous

Moïse, et qui, d'après ce qu'avait annoncé Balaam ? devaient se reproduire à l'apparition du Messie ( i ). ^'oublions pas non plus la prophétie de Daniel, que les orientaux et leurs prêtres avaient bien connue depuis la captivité des Juifs à Babylone et eu Perse.

« Rappelez-vous, dit M. Rossignol, qu'avant Jésus- Christ les Juifs, répandus dans le monde? sont innombrables : dix tribus, établies sur les bords du Tigre et de l'Eupbrate, se sont multipliées et versées en tous sens, comme un flux qui déborde. Les enfants d'Abraham, qui virent une de leurs

(1) Le docteur Sepp fait sur ce point quelques remarques curieuses : « Saturne et Jupiter entrent en conjonction tous les vingt ans; mais il se passe près de Luit cents ans jusqu'à ce qu'ils aient parcouru le zodiaque entier et qu'ils forment une constellation dans le même trigône, pour recommencer une nouvelle révolution. Ces conjonctions, revenant tous les huit cents ans, ont de tout temps paru significatives aux observateurs des astres. L'illustre Kepler partagea donc le cours des temps en sept grandes périodes pareilles de huit cents ans, ou en sept âges du monde. Chaque période pareille est un des degrés de l'âge de la terre et de la vie de l'humanité. — Le premier âge du monde commence à Adam, 4000 ans avant Jésus-Christ, et finit à Enoch, 3200 avant Jésus-Christ. — Enoch ouvre le second ége, qui se termine au déluge, environ 2400 ans avant Jésus-ChrisL — Noé se présente à l'entrée de la troisième période, dont la révolution conduit jusqu'aux temps de Moïse, 1600 ans avant Jésus-Christ. — Un nouvel âge"recommence à la sortie d'Egypte, le quatrième âge du monde qui conduit jus-

filles sur le trône des Perses, ces hommes dont le caractère Religieux se rapprochait davantage des systèmes orientaux que des idées de l'Occident, se trouvant dans un pays qui avait été le berceau de leur père commun, et qui, plus que tous les autres, avait des traditions vraies, durent naturellement exciter l'attention des peuples asiatiques et même celle des rois, qui trouvaient parmi les Hébreux des âmes fortes et belles, des esprits énergiques, capables de gouverner les satrapies. L'un d'eux ne fut-il pas premier ministre de la cour de Babylone, puis déclaré chef de tous les Mages ? Et cet Hakim, à la vue d'aigle, qui dictait à Cyrus des édits, n'est-ce pas lui qui, plongeant dans les profondeurs de l'avenir, annonçait, sur les marches mêmes du

qu'au moment où commence l'ère des Grecs, des Babyloniens et des Romains, à peu près au temps d'Isaïe, qui ouvre le cinquième âge 800 ans avant Jésus-Christ. — Le Christ enfin parait à l'entrée du sixième jour du monde, comme le second Adam dans l'histoire de l'humanité. — La première période des temps modernes se termine à Charlemagne, 800 ans après le Christ; —la seconde, de l'expiration de laquelle Kepler a été lui-même le témoin, finit au siècle de la Réforme, 1600 ans après Jésus-Christ ; et à la vue du bouleversement général à son époque, portant d'avance ses regards sur la fin de la troisième période de la révolution planétaire, ou 2/î00 ans après Jésus- Christ, il s'écrie douloureusement : Ubi tune nos et modo iloreutissima nostra Germania? et quinam successores noslri? An et memores nostri erunt? »

trône des rois l'époque précise de la venue du Messie? Si les pauvres exilés ne chantaient pas sur les bords du fleuve de Babylone les hymnes de Jéhova, ils ne se refusaient certainement pas à raconter ses grandeurs, à dire ses miséricordes, au moins à ceux qui les interrogeaient. Et croyez-vous que Daniel et tous ses frères, en lisant le livre de Moïse, sur les bords de l'Euphrate, ne se sont pas arrêtés sur le passage où il s'agit de Balaam, qui demeurait à Pethor sur ce fleuve, et n'aient pas du doigt montré à leurs hôtes le nom d'un de leurs ancêtres, se levant dès l'aube pour bénir les Hébreux des hauteurs de Phasga, et dire à Balac, avant de descendre de la montagne : « Je connais la doctrine du Très-Haut ; une Étoile doit sortir de Jacob ; il sortira de Jacob un dominateur. »

Voici donc en Mésopotamie un homme sage, connaissant la doctrine du Très-Haut, comme Job en Arabie, une étoile et un dominateur qui se rencontrent. Les dix tribus vinrent ensuite annonçant que cette doctrine était la leur, et qu'elles attendaient, dans soixante-dix semaines d'années, la venue de cette étoile et de ce dominateur. Aussi le célèbre restaurateur des Mages , le second Zoroastre, que les Nestoriens regardent comme le précurseur du Messie, a-t-il prédit en termes non équivoques qu'à une époque peu éloignée une vierge sans tache enfanterait un saint, dont l'apparition serait annon-

cée par une étoile (1). Aussi du temps dé Jonathan, d'Onkelos, de Josèphe, de Tacite, de Suétone ; du temps du Christ, en un mot, dans tout l'Orient on attendait l'Astre nouveau que dans l'Occident Virgile

(1) Si Ton en croit Jules Africain, Zoroastre aurait prédit cette étoile, et S. Justin, Clément d'Alexandrie, Abulfaradsch, Scharistani , Salomon , évêque de Bassorah , attestent qu'il avait d'avance annoncé la venue du Messie. (Voyez S. Jistin, II Apologie. — Clément d'Aleiandkik, Stromaics , vi.) — Abulfaradsch (qu'on appelle aussi Aboulfaradj , Abulfaragius et Bar-Hebraeus) est un écrivain arabe qui a composé en syriaque, puis en arabe, un livre traduit par Edouard Pococke, sous le titre de Historia compendioSa dynastiarum. — II parle ainsi, 1. xiv : « Zeradusht, prjcceptor Magusscorum... Persas docuit de manifestatione Domini Christi, jubcns illos ea dona afferre : indicavitque futurum ut ultimis temporibus virgo conciperet fœtura absque contactu viri, cumque nasceretur, apparituram stellam, quoe interdiu luceret, et în ejus medio conspiceretur figura puellœ virginis. Vos autem, «5 filii mei, ante omnes gentes ortum ejus percepturi estis. Cum ergo videritis stellam, abeuntes quo vos illa dirigat, natum islum adorate, offerentes ei munera vestra : est quidem illud verbum, quod cœlum condidit. » — « Heeren, dit Schmilt, a reconnu avec beaucoup de sagacité la base sur laquelle repose la théogonie de Zoroastre ; c'est à dire l'opinion généralement répandue en Orient que le règne de la paix, de la vérité et de la justice y devait refleurir. — Tous les préceptes et les lois de Zoroastre étaient, sous le rapport physique et moral, calculés de manière à frayer la route à cette grande restauration. Or cette idée fondamentale de tout le système est assurément et ne peut être autre que l'idée du Messie. — « Le règne de Djemschid re- « viendra, dit Zoroastre, et la paix et la justice refleuriront. » — Traduisons-nous cette allégorie dans la langue da Christianisme,

chantait (1). Les imposteurs se faisaient appeler Fils de L'Étoile. Les livres sybillins (2), dont les auteurs passaient pour originaires de la Chaldée, parlant des symptômes qui devaient précéder l'arrivée d'une religion plus pure, annonçaient une lutte des astres, le triomphe d'une nouvelle étoile et la chute de la magie astrale.

Êtes-vous étonné maintenant que des bords du Tigre et de l'Euphrate, du fond de la Perse, où la doctrine de l'attente était si connue, de sages astronomes soient venus à Bethléem à la vue d'une nouvelle étoile qui aurait paru à la fin des seinai-

elle équivaut à ces mots : « La condition primitive de l'homme, t l'état d'innocence, de justice, de sainteté lui seront rendus. » Nous devons d'autant moins hésiter à voir ici l'annonce précise de la rédemption que cette opinion était universelle en Orient (chose incompréhensible si nous ne supposions pas que cette opinion découle de la révélation) ; nous le devons d'autant moins que l'idée de la rédemption se trouve pareillement reproduite dans les Psaumes et dans les Prophètes, avec des images semblables. — Ce concours ne démontre-t-il pas l'ideutité d'origine? — Un œil pur, que ne fascine aucun préjugé, reconnaîtra aisément ici les traces de la tradition sacrée. » (Schmitt, De la rédemption du genre humain. — Perses.)

(1) Il faut lire dans les Annales de philosophie chrétienne l'excellente disserlation de M?r Grassellim sur le Pollion de Virgile, que M. l'abbé C. M. André a traduite pour ce recueil.

(2) Cette question si superficiellement étudiée a été traitée avec une véritable science par le baron Gcibaid dans le Correspondant, a, 667,

nés de Daniel, l'ancien chef des Mages persans?» (1)

Dans un vieux livre, appelé le Livre de Seth (2), qui s'est retrouvé chez un peuple d'Orient, et qui rappelle les révélations des hommes des anciens temps sur la science du ciel, on parle aussi de cette étoile.

Nous lisons dans le Testament des douze Patriarches (3) une prédiction attribuée à Lévi : « La lumière du nouveau grand-prêtre se lèvera dans le ciel, et elle fera briller la lumière de la foi ; » et S. Jérôme commente ainsi le chapitre II de S. Matthieu : « Cette étoile était connue de Balaam par le calcul, Balaam dont ces Mages étaient seuls les successeurs. »

Mais quelle sensation l'apparition de cette étoile ne fit-elle pas dans le monde entier ? Écoutons à cet égard quelques témoignages que nous allons citer brièvement :

Les Chinois rapportent dans leurs tables astronomiques: Qu'une nouvelle étoile était apparue dans

(1) Rossignol, Lettres sur Jésus-Christ, xi, Les Mages.

(2) Quoique ce livre ne vienne pas du saint patriarche dont il porte le nom, il peut très bien contenir d'anciennes traditions. Sur les connaissances astronomiques de Seth et de ses enfants, il faut consulter Josèphe, le P. Troito, Philos. Inst. Modène, 1774.

(3) Nous appliquerons à cet ouvrage les mêmes réflexions qu'au Livre de Seth.

uu temps qui, selon Fouquet (1), coïnciderait avec la quatrième (ou plus exactement, selon le docteur Sepp, avec la cinquième ou sixième) année avant notre ère.

Les Indiens parlent également de l'apparition d'une étoile à l'expiration des quatre yougas, ou de leur période sacrée nommée salivahana. Ce cycle de 4320 années lunaires tirait précisément à sa fin au moment de la naissance du Christ.

Une étoile indiquait aussi aux peuples de l'Occident la fin du vieux siècle et le commencement du siècle nouveau, avec la naissance d'un grand roi, d' un héros et d'un triomphateur du monde. Mais malheureusement cette partie de l'ouvrage de Dion Cassius (2), depuis le consulat d'Antistius et de Balbus, 748, jusqu'à celui de Messala et de China, en 758 de la fondation de Home, qui faisait probablement mention de cette étoile , et lui assignait peut-être une signification relative à l'empire des Parthes, s'est trouvée perdue ou ne nous est parvenue qu'imparfaitement. Cependant Celse, l'ennemi furieux des chrétiens, tenait de la bouche de son Juif une relation défigurée de la vi-

(1) Voyez Focqfbt, Tabula chronoL hitt. synicœ, connexa cum eyelo, qui vulgo Kia-tse dicitur, latino strmone exhibita.

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