‹ Histoire de la RédemptionChapitre 17 sur 30 · L. LT-LX · texte numérisé non relu

L. LT-LX

site des Mages, comme nous le voyons dans l'ouvrage d'Origène dirige contre lui. (1)

Chalcidius , platonicien du commencement du quatrième sièc'e, et païen, comme le prouvent ses ouvrages (2), a un passage remarquable dans son commentaire sur le Timce dé Platon :

« Il y a, dit-il, une autre historié plus sainte et plus digue de remarque , qui rapporte qu'on vit une étoile, destinée non pas à menacer les hommes de maladie ou de mort , mais au contraire à faire connaître la venue ici-bas d'une divinité vénérable descendant du ciel pour le salut des hommes. Les Chaldéens , vrais savants et gens experts dans la contemplation des signes célestes, observant cette étoile pendant leur voyage nocturne, se mirent, dit-on, immédiatement à la recherche du Dieu nouveau-né, et, ayant trouvé l'enfant majestueux, ils l'adorèrent et lui présentèrent les offrandes qui étaient dues à un pareil Dieu. »

(1) Oiugene, contre Celse, 1. i, ch. 58.

(2) Cette opinion, qui est celle du docteur Sepp, est aussi celle de Stolberg (Vovez Stolbeug, Histoire de notre Seigneur Jésus-Christ, traduction P. D., i, 5.'3); — de M. Rossignol, qui paraît supposer cependant qu'il voulait concilier le paganisme et le Christianisme. (Voyez Rossignol, Lettres sur .Jésus-Christ, i, 249.) — M. James a suivi l'opinion du docteur Sepp. (Voyez James, Histoire du nouveau Testament et des Juifs ;8.) — M. de Jessé adopte aussi ce sentiment. (Voyez de Jks?é, Histoire de noire Seigneur Jésus-Christ et de$ Apôtres, i, 26-27.)

Un philosophe anonyme de la même école, dont on conserve encore dans les bibliothèques un dialogue manuscrit, (1) parle aussi de l'étoile qui aunonça aux Mages la naissance du Dieu Logos, dont les chants sybillins, composés dès les premiers siècles, disaient:

« La terre et le ciel se réjouissaient de la naissance de l'enfant, le trône souriait, le monde poussait des cris de jubilation, et les sages de l'orient se prosternaient devant la nouvelle étoile, devant l'étoile pleine de présages. »

Les Juifs croyaient que le Seigneur des armées enverrait une étoile pour annoncer son Messie, qui éclipserait tous les astres du ciel, ou en d'autres termes: qui engloutirait les soixante-dix planètes des peuples (2), qui devaient s'incliner devant le soleil et la lune comme , dans le songe, ces deux asires s'inclinaient devant Joseph l'Égyptien. (3)

(i) Dans un dialogue intitulé Hermippus, de astrologid.

(2) Nous appelons l'attention sur ces paroles de M. Rossignol: « Les livres sybillins... annonçaient une lutte des astres, la chute de la niagie astrale... le triomphe d'une nouvelle étoile... Les Poissons devaient se précipiter sur le Lion... L'époque était bien précisée et bien connue, car on lit dans le Talmud que l'arrivée du Messie devait avoir lieu lorsque la conjonction de Saturne et de Jupiter se ferait dans le signe des Poissons. » (Rossignol, Lettres sur JcsuîClirisi, i, lettre xi, Les Mages.)

(3) Voyez Cause, xxxvn.

Mais quoique le peuple de Dieu n'ait pas reconnu publiquement l'accomplissement de cette prophétie, les astronomes juifs n'ignoraient pas cependant ces calculs, dont parle S. Jérôme, et savaient qu'ils aboutissaient à la naissance du Christ. Hérode trembla donc, et Jérusalem partagea son émotion, quand, interrogeant les Mages sur le moment de l'apparition de l'étoile, il apprit de leur bouche la confirmation de ce qui l'effrayait, c'est à dire la naissance du roi des Juifs. D'ailleurs les Pharisiens, que l'on croyait doués du don de prophétie, lui avaient aussi annoncé depuis peu le renversement de son royaume d'après un décret de Dieu, — relation que Josèphe nous a conservée. (1)

Si ces mêmes Pharisiens demandaient plus tard à Jésus un signe dans le ciel (2), ils pensaient alors évidemment à l'étoile du Messie, à celle qui précédera le second avènement au jour du jugement, comme s'exprime l'Évangile: « Alors apparaîtra dans le firmament le signe du Fils de l'homme.»

Philon lui-même, contemporain de Jésus, dit que les Juifs de tous les pays du monde, pour peu qu'ils aient fait pénitence, seront de nouveau rassemblés dans un seul lieu par l'apparition d'un phénomène céleste. On voit par là combien une at-

(1) Voyez Josèphe, Antiquités, xvn, 2, 4.

(2) Voyez Si Matthieu, xvi. 1.

tente pleine de fol en un signe précurseur du Messie était profondément gravée dans les esprits. Cette prédiction s'accomplit en partie lorsqu'à la suite de la venue de l'étoile du Libérateur les Juifs de toutes les contrées de la Palestine se rassemblèrent à Jérusalem. Et lorsque sous Adrien ils se levèrent dans leur dernière révolte, ils saluèrent leur chef et prétendu messie du nom de Barcochéba, Fils de l'étoile. Le prophète de la Mecque, pour satisfaire aux exigences de la prophétie et s'appliquer à lui-même l'antique attente, ne craignit pas de donner la grande comète de Halley, qui peu de temps avant l'entrée en scène de Mahomet, en l'an 612 de notre ère, s'était de nouveau approchée de la terre, pour l' avant-coureur et le signe de sa mission.

L'étoile de Jacob était apparue: c'était le Christ, cette brillante étoile du matin, comme Y Apocalypse (1) l'appelle; mais comme une grande partie du peuple hébreu ne reconnut pas son véritable Messie, et en conséquence n'obtint pas sa délivrance, les Juifs cherchèrent à se consoler par l'espoir d'un accomplissement plus tardif, et continuèrent de s'attacher à cette antique promesse : ils croyaient être débarrassés du joug d'Edom, et, selon la différence des temps, ils enten-

(1) Voyei S. Jbaiï, Apocalypse, xun, 16.

claient par là im ennemi différent, quand l'astre d'Israël viendrait à se lever, dans le signe planétaire des Poissons; (1) l'astrologie des rabbins s'empara de cette attente comme d'un sujet de spéculations continuelles, qui peuvent servir de témoignages remarquables, quoique indirects, de l'apparition réelle de l'étoile promise à l'époque de la naissance du Christ. (2)

(1) Voyez Midrasch Bereschit rabba, section 85, et Dcbarim rabba , section i, fol. 249.

(2) Nous allons citer quelques preuves de cette assertion destinées à ceux qui s'intéressent aux questions historiques et dans les mains desquels ce livre pourrait tomber. — Ouvrons le Zokar, un des plus anciens restes de l'érudition rabbinique et en même temps le principal ouvrage des Juifs sur la métaphysique, et qui contient tant de choses remarquables sur le Messie. Ce livre, par ce qu'il renferme, par le style, semble se reporter jusqu'à l'époque qui a suivi les temps apostoliques, à peu près comme les écrits d'Hermas et de S. Barnabe. D'aprîs la tradition rabbinique il a Simon ben Jochai pour auteur; Simon, le disciple de Rabbi Akiba. Akiba avait été le porteglaive et le visir de Barco-cbéba, et avait déclaré que celui-ci était le Messie. Le Zohar dit (InGen., fol. 74, col. 292,293) : « Au commencement du sixième cycle de mille ans le Seigneur visitera la fille de Jacob, le roi Messie apparaîtra dans la Galilée, et une étoile en se levant dévorera sept étoiles prêtes d se coucher. s Etc. — Plus loin (Exod., fol. 3, col. 11, 12) : « Après ces jours d'affliction sur Israël, une colonne de feu se montrera dans le ciel pendant quarante jours; elle atteindra depuis le point le plus élevé jusqu'au point le plus bas, en sorte que tous les habitants de la terre pourront la voir. Le roi Messie sortira ensuite du jardin d'Éden, du lieu qui est appelé le pays

Ceci suffit sur l'étoile du Messie et sur le temps

de son apparition. Nous apprenons par les écrits

rabbiniques que depuis les temps les plus reculés

les Juifs établissent une liaison entre la venue du

des oiseaux, et il se montrera publiquement en Galilée. Mais après les quarante jours, quand le Messie apparaîtra, il se lèvera dans l'Orient une étoile qui brillera de couleurs diverses et nombreuses, sept autres étoiles seront autour d'elle. Ellesl'attaqueront de tous côtés trois fois par jour pendant soixante-dix jours, jusqu'à ce qu'elle les ait dévorées ; et après les soixantedix jours cite étoile restera cachée pendant douze mois, et le Mis^ie sera enseveli et l'on ne verra plus la colonne de feu. Mais douze mois apr's, le Messie montera au ciel dans cette colonne, puis il y recevra la souveraineté et la couronne royale. » — a Sun étoile luira pendant quarante jours, et, le roi Messie devenant visible, tous les peuples s'assembleront autour de lui. d — Plus loin (m, fol. 85, col. 340) : « C'est une tradition : Dieu a résolu de rebâtir Jérusalem et de montrer une étoile qui apparaîtra accompagnée de soixante dix satellites, de laquelle sortiront soixante-dix planâtes au milieu du ciel, et avec laquelle soixante-dix autres étoiles seront emprisonnées. Mais quand celte étoile cessera de briller, de rudes guerres éclateront aux quatre coins de la terre, et il n'y aura plus de fidélité parmi les homme?. Mais au milieu de la terre (c'est à dire à Jérusalem), quand cette ttoile luira au plus profond du ciel, il se présentera un grand et puissant roi qui s'élèvera au dessus de tous les rois. » — L'ouvrage rabbinique Pcsitka Solarta, commentaire de la plus haute antiquité, qui appartient, ainsi que le Zohar, aux premiers temps du Christianisme, appelle le Christ l'étoile du Messie (in Xum.r., xxiv, 17. fol. 58, 1): «11 existe, dit-.l, unetraditim sorde de la botc'ie de nos rabbins: Pendant la semaine où le fils de David doit venir, il se lèvera

Messie et la constellation des Poissons ; et il n'est pas rare encore aujourd'hui de les voir mettre deux poissons sur leurs cachets. En effet, une conjonction des planètes de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons devait être pour les élus le signe de la venue du Rédempteur.

Sorti du labyrinthe des recherches préparatoires, nous allons ajouter un mot sur l'étoile elle-même que les documents sacrés, les écrits de tant de Pères et la tradition orale de tous les siècles disent avoir précédé le Messie ; sur cette étoile qui conduisit les sages depuis l'Orienl jusqu'à la crèche.

Sans rien soupçonner encore de ces traditions conductrices, sur lesquelles, après Sommer et Scholtgen, Miïnter a principalement attiré l'attention, le grand Kepler a le premier bien compris le sens de l'étoile. En supputant l'apparition de ce signe précurseur, d'après les lois astronomiques, il fit immédiatement une application pleine d'importance en déterminant la naissance du Seigneur. C'est dans ce but qu'il composa un ouvrage (1) dans lequel il se prononce pour l'année 748 de la fondation de Rome; puis, lors-

à l'Orient une étoile, qui est l'étoile du Messie, et elle restera fixée à TOrient pendant quinze jours ; mais si cela dure plus longtemps, ce sera avantageux pour les Israélites. »

(1) Kepler, De Jesu Christi servatoris nostri vero anno natalitiœ, Francof., 1606.

que le savant Séthus Calvisius (1) le combattit, il traita encore plus à fond le même sujet dans un second ouvrage (2). C'est en prenant Kepler pour guide que plusieurs savants ont donné le calcul de cette grande constellation qui apparut du temps du roi Hérode, et de l'astre majestueux qui s'y trouva joint. Il ne sera pas difficile d'y reconnaître l'étoile conductrice des Mages, qui précéda la naissance du Sauveur du monde et accompagna son apparition. (3)

(1) Sbthls Calvisius, De vero nativitatis Christi anno, Epistola ad Joh. Keplerum. Lipsh-e, 1613, 4.

(?) Kepler, De vero anno quo celemus Dei Filius humanam naturam in utero benedictœ virginis Mariai assump$it. Francof., 1614.

(3) Nous croyons devoir donner ici le résumé que le docteur Sepp fait de ces curieux calculs. Comme ils seront complètement dénués d'intérêt pour presque toutes les personnes qui liront cet ouvrage, nous les avons relégués dans une note, qu'il est très facile de passer. — « Les tables astronomiques encore incomplètes dont se servait Kepler prouvent déjà, dit-il, d'après les lois des mouvements célestes, qu'il exista à trois reprise» différentes une conjonction des deux planètes Saturne et Jupiter en l'an de Rome 747, en juin, en août et en décembre. D'après ces tables, Saturne et Jupiter entrèrent d'à bord en conjonction dans le vingt-troisième degré des Poissons, dans l'année Julienne 39, c'est à dire dans l'année 747 de la fondation de Rome, le 2-2 juin. Elles devinrent ensuite stationnaires, et Jupiter, malgré sa marche plus prompte, devança très peu Saturne. Mais lorsqu'elles opérèrent en août leur mouvement rétrograde, Jupiter se rapprocha de nouveau de Saturne dans le

Plusieurs savants d'une grande autorité adoptent, comme nous venons de le voir, l'opinion que M. Rossignol résume en ces termes :

<r Dieu a — il créé une étoile pour le berceau de son Fils ?

vingt-unième degré des Poissons, et il l'atteignit pour la troisième fois le 3 de décembre, dans le dix-septième degré des Poissons. En l'année Julienne 40 vint se joindre la planète Mars, elle atteignit Jupiter entre le vingtième et le trentième degré des Poissons, et Saturne au commencement du Bélier. Après Mars vint se joindre le soleil, qui avait été le 22 juin dans le troisième degré avant le commencement de l'Ecrevisse, par conséquent dans le vingt-septième des Gémeaux, et en même temps s'approchèrent Mercure et Vénus, et la conjonction se prolongea pendant les mois de mais, d'avril et de mai de l'année Julienne 40, 748 après la fondation de Rome. « Cette réunion extrêmement rare des trois principales planètes Saturne, Jupiter et Mars, dans une portion si significative du Zodiaque, dit Kepler, appela l'attention astrologique des Mages, et cela d'autant plus qu'une étoile extraordinaire paraît être venue s'y joindre. Or, que l'on admette que la nouvelle étoile ne fût pas seulement aperçue d'abord dans le moment où Saturne et Jupiter étaient près l'un de l'autre, mais encore dans le même lieu que ces planètes, comme cela arriva d'une manière étonnante de nos jours (1603, 1604, 1605), que pouvaient en conclure les Chaldéens , d'après les règles encore subsistantes aujourd'hui de leur art, sinon un événement de la plus haute importance?» — « Si pour notre calcul, continue le docteur Sepp, nous préférons nous servir avec Ideler des tables de Jupiter et de Saturne de Delambre, nous obtenons alors le résultat suivant : les deux planètes se réunirent pour la première fois l'an 747 delà fondation de Rome, le 22 mai, dans le vingtième degré

« Singulière conséquence ! Créa-t-il, en 1572 et

en 1604, les deux étoiles qui parurent alors, la

première dans la constellation de Cassiopée, l'autre

dans celle du Serpentaire? Les moyens les plus

des Poissons ; elles se montraient à eette époque le matin à l'Orient, avant le lever du Soleil ; elles n'étaient éloignées que d'un degré l'une de l'autre. Jupiter passa au nord de Saturne. Vert le milieu de septembre les deux planètes se trouvèrent en opposition avec le Soleil dans le sud à minuit, Saturne le 13 et Jupiter le 15 de ce mois. La différence de longitude entre elles était alors d'un degré et demi. Leur marche devint rétrograde, et elles se rapprochèrent de nouveau l'une de l'autre; elles se réunirent une seconde fois en octobre dans le seizième degré des Poissons, et le 12 novembre, lorsque le mouvement de Jupiter se dirigeait de nouveau vers l'est, eut lieu une troisième conjonction dans le quinzième degré du même signe. Lors des deux dernières conjonctions la différence de latitude ne fut que d'un degré à peu près, de telle sorte que pour une vue faible l'une des planètes se trouva presque dans le cercle de divergence de l'autre, et qu'en conséquence les deux planâtes pouvaient n'apparaître que comme une seule étoile. » — Si nous interrogeons d'autres témoignages nous trouvons celui du professeur Pfaf d'Erlangen. (Voyez Pfaf, La lumiérs et les contrées du monde, avec un traité sur les conjonctions -planétaires et sur l'étoile des trois sages. Bamberg, i8-21, v. p. i72 et suiv.) Nous pourrions encore ajouter à ces autorités celle du professeur Schuhmaclier de Copenhague. — Le docteur Sepp, en terminant les calculs que nous venons de reproduire en les abrégeant, arrive aux conclusions tuivantes : « La chronologie, dans sa partie la plus essentielle, n'est que l'astronomie appliquée; nous avons donc fait entrer celle-ci dans le domaine de nos recherches, et cherché aussi bien l'étoile du Messie que l'époque où elle apparut, par

simples sont plus dignes de l'intelligence de Dieu. L'étoile des Mages fut créée, comme les autres, dès le commencement. D'ailleurs, vous avez donc ou-

ïe moyen de l'astronomie. Kepler s'est le premier signalé dans ce genre de recherches; les autres savants, surpris agréablement de sa découverte, se sont tout d'une voix écriés que l'étoile des Mages n'était point une comète ni un météore passager , mais bien la grande constellation , e la grande étoile, » des Orientaux, la triple conjonction .des deux grandes planètes, Saturne et Jupiter , dans le signe des Poissons, qui a eu lieu en l'an 747 de l'ère romaine, et cela dans le printemps, dans le mois des récoltes et enfin pour la troisième fois dans le mois du Christ, à Noël et vers l'Epiphanie, jointe en même temps à un astre lumineux extraordinaire, d'un éclat semblable à celui des étoiles fixes. Lorsqu'ensuite Mars, déjà près du Bélier, le Soleil, Mercure et Vénus vinrent s'y joindre, il y eut alors jusqu'en mai 748 une réunion de presque toutes les planètes, formant une constellation composée de sept astres, une brillante pléiade; car dans son centre brillait cette étoile merveilleuse que le Tout-Puissant avait tirée du milieu des corps lumineux dispersés dans l'univers, et qu'il avait allumée dans les cieux , afin qu'elle éclairât pendant quelque temps avec une splendeur pleine de mystère, et qu'elle devînt un signe éclatant pour les habitants de la terre. — C'est le mystère des sept étoiles que le Fils de l'Homme tient dans sa main droite, au milieu des sept flambeaux d'or, comme il est dit dans l'Apocalypse (i, 16, 20; n, 1). Cette merveille captiva l'attention des Mages ; car ils se trouvèrent en quelque sorte préparés à son apparition par ces prédictions qui, comme Tacite et Suétone nous l'apprennent, étaient répandues dans tout l'Orient, et étaient aussi depuis.longtemps parvenues à leurs oreilles.

bliô que la lumière d'un astre attaché à la voûte des deux n'arriverait à la terre qu'après des siècles ! Et quand elle y serait arrivée, y a-t-il bien des hommes qui s'en apercevraient? Et quand elle aurait disparu, y en a-t-il bien davantage, après deux ou trois siècles, qui sauraient qu'elle a brillé? Parmi tous les lecteurs de feuilletons et de revues, parmi tous les académiciens, si vous voulez, et les membres des congrès scientifiques, combien y en a-t-il qui aient sur leurs tablettes l'apparition des deux étoiles dont je viens de vous parler? Et pourtant elles furent visibles, je ne sais combien de mois. Aucune étoile de première grandeur ne peut par son éclat être comparée à ces astres nouveauvenus, qui égalaient presque Vénus dans sa plus belle splendeur. Ne vous étonnez donc pas, mon cher ami, qu'après dix -huit cents ans il n'y ait presque que les astronomes chaldéens ou persans de l'Évangile qui se souviennent de l'Étoile de Bethléem. » (1)

La plupart des anciens interprètes ont cru qu'il était facile d'expliquer les différentes circonstances du récit évangélique en admettant une autre supposition.

Voici ce qu'on dit de plus probable, selon le P. de Ligny, sur la nature de l'étoile qui apparut

(i) Rossignol, Lettres sur Jésus-Christ, lettre xi, Les Mages.

aux Mages, sur la partie du ciel où ils la virent, sur la manière dont elle dirigea leur marche ; a Ce n'était pas une étoile véritable, mais un météore plus

brillant que des étoiles ordinaires Placée sur la

Judée, cette étoile, par sa position seule, leur servait de guide, et il n'était pas nécessaire qu'elle fût mise en mouvement pour qu'ils sussent de quel côté ils devaient tourner leurs pas. Lorsqu'ils arrivèrent à Jérusalemr ils cessèrent de la voir. Si ce fut, comme on le dit, afin d'éprouver leur foi que Dieu la fit disparaître, son intention principale était de faire connaître aux Juifs, par le moyeu des Mages, la naissance du Messie, et aux Mages, par le moyen des Juifs, le lieu où le Messie devait naître, et l'accord des prophéties avec le signe miraculeux qui les avait attirés. » (1)

Mais quels étaient ces personnages mystérieux qui venaient des régions orientales adorer le Sauveur naissant et auxquels l'Évangile donne simplement le nom de Mages ? (2)

(1) De Ligny, Histoire de la Vie de notre Seigneur Jcsus- Christ, i, chap. l\. — C'est aussi l'opinion de M. de Jessé, qui dit que les anciens Hébreux comprenaient sous le nom d'étoiles tous les corps célestes lumineux, à l'exception du soleil et de la lune. (De Jessé, Histoire de notre Seigneur Jésus-Christ et des Apôtres, lre époque.) — Cette idée, assez conforme à celle de Maldonat, de Grotius, de S. Léon-le-Grand, est celle de la plupart des commentateurs de l'Évangile.

(2) Mog ou Mage est un mot pehlvi, selon le docteur Sepp.

- se3 —

Voici ce que la tradition persane dit des Mages : Hoin , le prophète célèbre qui vivait du temps de Djheinschid, a été le fondateur de leur caste. L'établissement de leur ordre, avec ses traditions, se perd au sein de la nuit des temps. Zoroastre réforma les Mages. A l'est de la contrée de la lumière, disent les traditions de la Perse , dans le pays de Balkh, à la frontière du Mugian, en deçà du Gilion , s'élève la montagne sainte sur laquelle s'arrêta l'arche, et de laquelle la race humaine descendit pour parcourir la terre : c'est le mont Albordj. Sur le sommet de l'Albordj, qui était éclairé par le feu tombé du ciel, Zoroastre, pendant qu'âgé de trente ans il s'était retiré du commerce des hommes et s'était adonné sur la hauteur des montagnes à l'étude de la sagesse, Zoroastre, dis-je, reçut d'Ormuzd (1) « la parole vivante » ou l'Avesta. Zoroastre, dont le nom est « astre d'or,i Zoroastre, qui avait connu les Juifs, avait, dit-on, prédit l*étoile céleste de la naissance du Rédempteur à venir. Des membres de la race des Mages s'étaient retirés après sa mort dans la solitude qu'il avait habitée ; ils gardaient le feu céleste, et s'occupaient de l'observation des astres, cherchant à découvrir les révolutions des temps.

Il n'est pas sans intérêt de rapporter ici uue

(1) Le bon principe ou Ahura-Mazda,

légende remarquable, et qui pourrait contenir des éléments véritablement historiques. Or voici ce que dit la tradition de l'Orient, telle qu'elle nous est parvenue en Occident à l'époque des croisades (1) : Près du mont Vaus (2), non loin du pays des Indes, avait habité une race royale de Mages, de la même manière que l'école des prophètes d'Élie s'était établie sur le mont Carmel. Or, ayant depuis leur captivité une connaissance complète des livres saints des Juifs, ils s'y seraient occupés de la contemplation des choses divines, et une tradition de la plus haute antiquité affirmait qu'une étoile leur apparaîtrait dans les derniers temps, et les conduirait à la connaissance de la vraie lumière de Dieu. C'est pourquoi, continue le récit, les Mages se rassemblaient tous les ans à un jour donné sur le sommet de la montagne, pour regarder s'ils n'apercevaient pas l'étoile du Désiré des nations.

Mais lorsque les temps furent arrivés, lorsque la nouvelle lumière se leva sur eux, quand l'étoile

(1) Voyez Liber de gcstis ac trina beatist. trium regum translatione pcr Barilwlomœum de Unckel annoa nativitate Christi IZ18I fidcli eraratione impressus.

(2) Le « mont lumineux » ou comme il s'appelle dans le Livre de Scth, mons victorialis, une de ces montagnes mythiques qui, d'après la croyance religieuse des pcuplcs.^n'avait point été souillée par le déluge, ou du moins n'était sortie qu'après du sein des eaux.

de la promesse fut aperçue du haut de la montagne sainte, brillante au milieu des cieux, alors retentit à leurs oreilles une voix céleste qui disait : « Le rardes Juifs, qui est l'attente et le souverain des pafens, vient au inonde aujourd'hui; partez pour aller le chercher et l'adorer. »

L'Écriture sainte ne détermine pas plus le nombre de ses prêtres-rois qu'elle ne nomme le pays d'où ils vinrent vers la crèche de Jésus. Une ancienne relation, rapportée par S. Augustin et par S. Chrysostôme (1) , en nomme douze. Mais on pense généralement qu'ils n'étaient que trois.

t S. Léon, dit Calmet, le suppose en plusieurs endroits. S. Césaire le dit aussi très expressément. On voit la même chose dans deux sermons attribués autrefois à S. Augustin, mais dont l'un est de S. Léon, et l'autre se trouve ailleurs sous le nom d'Eusèbe dÉmèse. Bède, l'abbé Rupert et après eux une foule de commentateurs l'enseignent de la même sorte. Ce sentiment paraît fondé principalement sur les trois sortes de présents qui sont marqués dans l'Évangile. Ils lui présentèrent de l'or, de la myrrhe et de l'encens. Nous leur donnons communément les noms de Gaspar, Melchior et Balthasar ; mais ces noms sont inconnus à l'antiquité

(1) Voyez S. Jbah Chutsostome, Homélie VI sur le chapitre II de S. Matthieu,

aussi bien que d'autres, qu'on leur attribue dans quelques ouvrages peu autorisés et assez nouveaux. » (1)

Quelques considérations relatives à l'organisation du sacerdoce chez les Perses nous engagent à croire que la tradition qui porte à trois le nombre des Mages est la plus solide et la mieux établie.

Parmi les anciens prêtres de l'Egypte, il existait trois classes, d'après une division de races qui avait eu lieu dès les premiers temps. Dans l'Inde, les brahmanes, en remontant aux plus anciennes époques dont l'histoire garde le souvenir, formaient trois classes, dont chacune avait à sa tête un grandprêtre. Ceux du premier rang lisaient et expliquaient seuls les livres saints (2). Ceux du second rang étaient chargés de veiller sur les vases sacrés, et portaient, lors des assemblées solennelles, les images de Dieu. Mais ceux de la troisième classe étaient préposés à l'exécution des actes de moindre importance dans le temple. Cette classification correspondait jusqu'à un certain point à celle des Scribes, des prêtres et des Pharisiens chez les Juifs; mais elle ressemblait bien davantage à la hiérar-

(1) Sur la question du vrai nom des Mages on trouvera des renseignements étendus dans Sepp, Vie du Christ, i, L'Étoile des Mages, — et dans Hebbssxbeit, de Magorum nomine, Jéna, 1709.

(2) Les Védas.

chie sacrée des évêques, des prêtres et des diacres. Zoroastre avait aussi partagé l'ordre des Mages en trois classes, et déterminé pour chacune d'elles le genre de vie, les connaissances, les droits et les occupations. Le premier rang comprenait les plus sages, qui ne vivaient que de légumes et de fruits; on les appelait les Destur-Mobeds ou les maîtres accomplis ; venaient ensuite les Mobeds ou les maîtres, et enfin les Herbeds ou écoliers. Eubulus, cité par Porphyre (1) et par S. Jérôme (2), nous fait connaître ces trois grades du clergé perse. Cette division en trois classes s'est perpétuée jusqu'à nos jours parmi les Guèbres et les Parsis à Kirman et à Surate. Ces considérations nous servent à comprendre pourquoi la tradition nous apprend que trois Mages vinrent adorer le Sauveur naissant Les Mages étaient donc d'abord les prêtres, ensuite les savants, les naturalistes, les astrologues et les médecins de l'empire des Perses ; mais aussi, et en conséquence de cela, les conseillers permanents des rois, les gouverneurs et les précepteurs des princes, et comme tels ils exerçaient une grande

(1) Voyez Porphyre, de fîymph. ant.t 253, 254; — De Absilnentia, iv, 46.

(2) Voyez S. Kaft— , Adv. Jovinianum, lib. n. a Eubulus quoque, dit-il, qui historiam Mithrae miiltis vokuninibus explicuit, narrai apud Persas tria gênera Magorum. i

influence sur les affaires de l'état (1). L'antiquité tout entière savait que Pythagore entre autres avait été leur élève; le célèbre Démocrate d'AMère avait reçu leurs leçons. Ce n'est donc pas sans raison que les anciens regardaient la sagesse de leurs hommes les plus distingués comme venant de l'Orient. Les Mages se montrent donc à nous comme les premiers témoins illustres du Verbe fait chair. La raison pour laquelle la tradition les appelle rois vient de ce qu'on leur appliquait littéralement les prophéties d'Isaïe (2) et des psaumes (3) relatives à l'adoration des rois de tous les pays, qui devaient un jour se prosterner aux pieds de l'oint du Seigneur. Hyde pense qu'ils vinrent comme ambassadeurs au nom du roi. Nous ne devons point passer sous silence ce que Cicéron (/*) et Philon écrivent sur les Mages du temps même du Christ : « La vraie magie (c'est à dire la science spéculative) qui fit voir plus clairement dans les œuvres de la nature paraît si respectable et si digne de nos efforts que non seulement des particuliers, mais encore des rois eux-mêmes, et les plus grands rois, je veux dire les rois de Perse, s'ea occupent beaucoup, et

(1) Pline, Histoire naturelle, xxx, 1 et 2 ; Cicéron, de Divinatione, i, 1.

(2) Voyez Isaii, lx, y. 10.

(3) Voyez Psaume lxxii, 10, 15.

(4) Voyez Cicébon, De natura Deorum, h, S.

l'on dit que personne chez eux ne parvient a la dignité royale s'il n'est devenu mage auparavant. » De même que, dans les temps les plus anciens de l'empire de la Chine, l'empereur montait à l'observatoire à l'époque de la nouvelle lune, et célébrait avec une religieuse solennité l'achèvement du petit cycle de temps, image de cette plus grande et sainte période, l'année prophétique de Dieu dont les peuples attendaient la fin, ainsi nous lisons que Darius, fils d'Hystaspe, sous le règne duquel vivait Zoroastre, s'était appliqué à la science astronomique, et qu'il s'était même vanté d'être un des maîtres des Mages.

Il ne faut pas oublier que sous la domination des Parthes les anciennes races Indigènes de la Perse s'étaient élevées à une certaine indépendance ; les Juifs avaient alors eux-mêmes dans Babylone leurs chefs particuliers. Les pieux Mages peuvent donc être considérés comme étant des chefs de races indigènes. Sur les monnaies, comme sur les vieux sarcophages de Rome souterraine, nous les trouvons représentés avec le bonnet phrygien ou la mitre. Ils s'habillaient de vêtements blancs ; ils n'aimaient point les ornements ,d'or, et ils por-

(1) Le roi Phraate régnait alors. C'était Phraate IV ( ou Hradad IV) qui monta sur le trône trente-sept ans avant Jésus-Christ, et régna jusqu'en l'an 13 de l'ère vulgaire.

taient aussi des cetntures blanches, précisément comme les Druides chez les peuples celtiques. Pline (l) vante en eux le don de prophétie.

L'astre du Messie s'était montré au miliea des deux; les Mages s'apprêtèrent à le suivre, de même qu'autrefois Israël avait suivi vers la terre promise la colonne de feu qui marchait devant lui. L'étoile conductrice les mena en Judée ; mais le voyage de Perse en Judée exige au moins cinq à six mois pour une caravane. (2)

En suivant le signe céleste, ils vinrent ainsi de l'Iran, le pays de la lumière, ou d'Ur, au-delà de l'Euphrate (3). Ils achevèrent leur voyage à travers le désert, et, descendant la montagne des Oliviers,

(1) Voyez Pline, Hist. nat., xxix, 3 : In Pcrsis augurantur et divinant Magi, et congregantur in fano. — Voyez également Cicéron, de Divinat.j i, c. 23 et 41.

(2; Voyez S. Chstsostûm;-:, Homélie VI sur S. Matthieu, — Cum multurn an te tempus in rogione sua stellam apparere vidissent, venerunt ad eum, qui erat nalus videndum. Conscquenti vero ratione colligitur stellain ipsam ante multum apparuisse tempus. Quia enim Magi plurimum erant ilineri» longinquitate remorandi ut possent mox nato puero assislefe, — quem, ut mirabilius rei digniias eluceret, pannisadhuc infini lia; colligatura oportebat adorari, — ante multum tempus Stella se demonstrat. Si eum, quando puer natus est iu Palcsiina, tune illis Stella apparuisset in Perside, plurimum in itinere teinpus terentes nequaquam illum adhuc in pannis invenire petuissent.

(3) Parmi les dêcouverlesqu'a faites le savant abbé Bore dans

où plus tard une chapelle commémorative fut bâtie eu leur honneur, ils arrivèrent à la ville de Jérusalem.

Ils espéraient sans doute trouver le nouveau maître et sauveur dans la ville royale; venant d'un pays si lointain, ils ignoraient probablement la cruauté d'Hérode, et ils ne pouvaient s'imaginer que le nouveau fils de roi devait naître au sein de la pauvreté, dans la petite ville de Bethléem, comme leur célèbre Féridoun, le vainqueur de Zoliack. D'ailleurs ils étaient obligés de traverser la capitale.

« L'aspect de Jérusalem était morne, dit 31. l'abbé

ses voyages en Orient, une des plus intéressantes est celle du pays des Mogs en Arménie. Il expose dans le § VIII de la première partie de son Mémoire ce qu'était ce pays et pourquoi il avait reçu ce nom. C'est à cette occasion qu'il s'exprime en ces termes : « A l'ouest de Gordjaïk s'étend un canton arménien dont le nom était aussi inconnu que le pays qui le portait. C'est la contrée que l'historien Thomas Ardzerouni (qui visait vers l'an 908 de notre ère) appelle la région des Mogs... Le nom de Mog est un mot zend et pehlvi, qui a passé dans la langue chaldéenne à l'époque où le symbole religieux de la Perse fut adopté de Babylone. Il représentait la classe pontificale initiée sans doute à des doctrines secrètes dont l'abus et l'imposture firent tomber ensuite ce titre en discrédit.» (Page 174.) — «Les prêtres ainsi désignés (par le mot Mogs) étaient ces anciens desservants du temple de Belus qu'avait visités et entretetrtM Héndote, et qu'il nomme Chaldéens, aussi bien que leproph'te Daniel. (Hérodote, lib. i, <83; Daxiel, h, 4, 5, 8). Us avaient

Orsini ; sa population, affairée et silencieuse, n'avait ni air de joie ni air de fête : seulement des groupes se formaient de distance en distance pour voir passer les voyageurs... Chemin faisant les cavaliers orientaux, se penchant sur le cou de leurs dromadaires, demandaient à quelqu'un des nombreux specta-

encore les noms de Sages et de Philosophes (Dam., n, 12. 18; 24, 27; iv, 3, 15; v, 7, 8; — Jérémie, L, 35; Isaïe, xliv, 25,) de Voyants et Astronomes (Isaïe, xlvii, 13). Lorsqu'ils mêlèrent aux principes élevés de la science et de la sagesse les superstitions de l'idolâtrie et toutes les erreurs de l'astrologie et de la divination, ils furent appelés Enchanteurs, Interprètes des songes, Sorciers, en un mot, Magiciens. (Daniel, i, 20; n, 2, 10, 27; iv, 4; v, 7,11.) (Pag. 174, 175). — Le nom de la contrée arménienne des Mogs est la traduction du mot persan Mage, et les Arméniens l'ont donné au pays, comme étant habité par les Chaldéens, c'est à dire par la race dominatrice de Babylone, qui reçut des nations étrangères le môme nom que les prêtres dont ils avaient accepté la croyance réformée du magisme. Un district de Djunlamerk et une petite ville suspendue comme le nid d'un faucon à un roc aride, qu'environnent et ^menacent d'autres rocs gigantesques, sont encore appelés le canton et la ville des Mogs ou Moks... Tous les habitants, à l'exception de quelques curdes, sont chrétiens... Leur principale Église est dite l'Église de Y Universel Rédempteur... Ce lieu est le but d'un pèlerinage célèbre comme possédant la châsse de S. Gaspar, l'un des trois rois maires venus de l'Orient à Bethléem de Juda. (Géogr. mod. de l'Arménie.) — Certains auteurs syriens élèvent à douze le nombre de ces pèlerins, et nous ont transmis soigneusement leurs noms, dont les uns chaldéens et les autres persans prouvent que la tradition leur assigne justement pour patrie ces contrées orientales, — (Page 183, 184.)

teurs qui se pressaient sur leur passage où était le Roi des Juifs, nouveau-né, dont ils avaient va l'étoile en Babylonie. Ceux de Jérusalem, se regardant avec surprise, ne savaient que répondre

à cette interrogation Un roi des Juifs Quel

roi? Ils ne connaissaient eux qu'Hérode, qu'ils abhorraient du fond de l'âme et qui n'avait point de fils au berceau. Étonnés à leur tour de ce que chaque Hébreu qu'ils interrogeaient protestait de son ignorance , et ne voyant d'ailleurs autour d'eux aucun signe de fête, les Mages montaient avec consternation les rues populeuses qui conduisaient à l'ancien palais de David, et dressèrent leurs tentes dans ses cours ruineuses et ombragées.

■ Cependant les surprenantes paroles des Mages avaient causé dans la ville une sourde rumeur. Bientôt elles furent portées au palais par ces serviteurs officieux et payés pour l'être qui mettent leur dévouement de reptiles au service de tous lespouvoirs. Hérode réfléchit; son vaste front, sillonné de rides profondes et chargé de sombres pensées, se rembrunit comme un ciel orageux; il fut troublé en lui-même, dit l'Évangile, et Jérusalem avec lui. Le trouble du roi des Juifs est concevable, et s'explique par sa position. Hérode n'était ni l'oint du Seigneur ni l'élu du peuple (1) : une

(1) Il est question dans l'histoire de ce temps de plusieurs

branche de laurier, cueillie dans l'enceinte idolâtre du Gapitole, formait sa couronne tributaire; couronne de servage, entrelacée d'épines, dont chaque feuille avait été payée par des monceaux d'or prélevés sur les économies du riche et l'indigence du pauvre. Haï des grands, dont il faisait tomber les têtes au premier soupçon; redouté de ses proches, dont il remplissait tragiquement les tombes; en horreur aux prêtres, dont il avait foulé aux pieds les privilèges; détesté du pauvre pour sa religion problématique et son origine étrangère, il ne pouvait opposer que ses courtisans, ses sicalres, ses artistes et la secte opulente, mais peu nombreuse des Hérodiens, que fascinait sa magnificence, à la haine active, ardente et ouvertement déclarée du

princes de ce nom, qu'il ne faut pas confondre. — i° Hérodele-Grand, dont nous parlons ici, fils d'Antipater et de Cypros. 2° Hérode, que l'Évangile nomme Philippe, fils d'Hérodc-le- Grand. Il avait épousé Hérodiade, sa nièce, dont il eut Salomé, qui demanda la tête de Jean-Baptiste. 3° Hérode Antipas, fils d'Hérode- le -Grand et Tétrarque de la Galilée. Après avoir répudié sa femme, il prit chez lui la femme de son frère Philippe, et fit trancher la tête à Jean-Baptiste, qui lui reprochait son crime. C'est lui qui joue un si triste rôle dans la Passion. 4° Hérode Agrippa, fils d'Aristohule et petit-fils d'Hérode-le- Grand. Il fit trancher la tête à S. Jacques, mit S. Pierre en prison et mourut dévoré par les vers. C'est devant son fils Agrippa que S. Paul plaida sa cau=e. 5° Hérode, roi de Chalcide, frère d'Ay ippa et d'Hérodiade et petit-fils d'Hérode-le- Grand.

reste de la nation. Souvent l'ami de César était bravé en face par ses opiniâtres sujets. Les Pharisiens, secte artificieuse et puissante, lui avaient refusé, avec insulte et moquerie, le serment de fidélité; les Esséniens, que leur courage dans les combats rendait redoutables, avaient suivi l'exemple des Pharisiens... De toutes parts des complots s'ourdissaient contre la vie du prince; et chaque fois que le bruit mensonger de sa mort se répandait, soit par hasard, soit à dessein, dans les provinces éloignées, le peuple, saisissant avidement la nouvelle trompeuse qui flattait ses antipathies, se hâtait d'allumer partout des feux de joie..., qu'Hérode éteignait dans le sang. Au milieu de ces éléments de discordes civiles, lorsqu'une fièvre d'insurrection travaillait sourdement l'armée, et que la révolte, comme un fruit mûr, semblait inviter la main du séditieux, il arrive à Jérusalem des étrangers de haute apparence qui voyagent avec tout le faste persan, et qui demandent, sans mystère et sans détour, un roi des Juifs nouvellement né dont ils ont aperçu l'étoile. Hérode s'étonne ; il interroge, il rassemble ses souvenirs; les prédictions fatales à sa race, que font circuler studieusement les Pharisiens, les oracles des voyants, auxquels il n'a prêté jusque là qu'une attention distraite et secondaire, reviennent à sa mémoire. Ce Messie guerrier, ce prophète issu de David, qui doit pro-

mener du couchant au levant ses enseignes victorieuses, commence à lui donner de vives inquiétudes ; ce n'est pas le Dieu qui fait ainsi rêver le vieux roi ; c'est le prince. Plus il y songe, plus cet éve'nement, qui étonne sa politique, lui semble rattaché à un vaste complot tendant à élever sur les ruines de sa puissance une puissance occulte et rivale. Eh quoi ! il aurait répandu comme l'eau le sang illustre des Machabées, sans s'inquiéter s'il faisait battre le cœur de sa femme et de ses enfants : il aurait largement élagué toutes les sommités sociales, broyé sous les roues de fer de son despotisme tout ce qui lui opposait quelque résistance ; perdu son âme, son honneur, le repos de ces nuits où ses victimes sanglantes troublaient ses songes. . . et cela pourquoi ? pour mieux aplanir le chemin

du trône à la famille de David!

« Que cet enfant soit prince de la terre ou prophète de Dieu, dit Hérode après une pause, il faut qu'il meure. . . et il mourra. Mais où se cache-t-il donc ce roi des Juifs nouvellement né que proclament les astres ? Ce sont de pures rêveries d'astrologues peut-être.... N'importe, il faut s'en assurer.... Peu d'heures après les docteurs de la loi et les princes des prêtres, rassemblés en conseil sous la présidence d' Hérode, écoutaient cette question qui leur parut étrange dans la bouche d'un pareil prince : En quel lieu le Messie doit-il naître?

« Al'époque de l'arrivée des Mages, Simon, fils de de Boéthus, beau-père d'Hérode, d'une famille d'Alexandrie, siégeait dans le conseil des Grands- Prêtres en qualité de souverain pontife ; à côté de luise plaçaient Jésus Phabès, grand-prêtre déposé; Matthias, fils de Théophile, de Jérusalem, le successeur immédiat de Simon , enlevé de son siège pontifical, et Joseph, fils d'Ellem^ qui pontifia à la fête des expiations à cause de la souillure du grand -prêtre, et qui était parent de Matthias.

«Le Sanhédrin des scribes comptait alors parmi ses membres le célèbre Hillel (1 ), le maître illustre, sage et plein de mansuétude, qui le présidait en qualité de Nasi ou de prince d'Israël; Schammaï, son rival dans l'école et son successeur au grand conseil; en outre Judas et Josua, les fils de Belira, les collègues de Schemaïa et d'Abtalion,qui avaient cédé volontairement le siège de grand-juge à Hillel comme au plus digne ; Rabbi Siméon, fils de Hillel et son successeur dans la plus haute chaire qui fût en Israël, Siméon, doué de moins de talents et de vigueur que son père. A la vérité, Néhumia ben Hakkana n'existait plus, lui qui, dans la dernière semaine jubilaire avant le Christ, avait prononcé ces paroles prophétiques : Que le Messie ne pouvait

(1) Perpetuo sit homo mansuetus sicut Hillel» et non iracundus sicut, Schammai,

pas tarder plus de cinquante ans à venir; qui avait composé un livre pour le prouver, intitulé : Iggereth hnssodoih ou les Mystères dévoilés, et qui en mourant laissa à son fils., appelé comme lui Hakkana , l'espoir consolant qu'il pourrait voir les jours du Seigneur (1). Ce Hakkana siégeait précisément dans le conseil des Grands- Juges; à côté de lui prenait place le célèbre disciple de Hillel, Jonathan ben Uzziel, le rédacteur de la paraphrase chaldaïque dont le Targum eut une telle réputation chez les Juifs que l'on disait qu'il en avait appris le contenu de la bouche même des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie (2). Nous ne pouvons passer sous silence Baba ben Bota, le disciple du sévère Schammaï, qui avait échappé avec peine à la mort lors de la conquête de Jérusalem et de la destruction de l'ancien Sanhédrin par Hérode. Ce fut lui Jqui proposa au nouveau roi de faire rebâtir entièrement le temple du Seigneur, en expiation de ce crime, et qui dirigea lui-même la bâtisse (3). Mais

(1) Voyez PetrusGalatinus, De Arcanis catholicœ veritatis, lib. 1, cap. 3.

(2) Megilla, fol. 3, 1.

(3) Juchasin, fol. 52, 2. — Ben Buta fuit Schammai discipulus valde doctus et senex. Rex Herodes oculos ipsius slibio fucavit, cum in initio regni sui sapientes interficeret. Ille etiam est qui Herodi dédit consilium sanctuarium resedificandi, ut scilicet in expiationem quod lumen mundi, id est sapientes depresserat, alteruna lumen mundi, id est templum restauraret,

lorsque l'ouvrage s'éleva si magnifique et comme une nouvelle merveille, le bruit courut parmi le peuple, bruit semblable à ceux que l'on a répandus aussi plus tard à propos du maître ouvrier de la grande horloge de Munster, que le roi Hérode lui avait fait crever les yeux, afin que cet édifice restât le seul de son espèce. On comptait encore parmi les docteurs d'Israël Sainéas ou Siméon, le vieillard prophétique, et son compagnon Pollion qui, avec Ménahem l'Essénien, avait prédit a Hérode pendant qu'il occupait un rang inférieur sa future élévation au trône de Juda, ce qui fut cause qu'il leur conserva la vie, et que le dernier, après la mort des sénateurs de l'ancien Sanhédrin, devint même pour quelque temps le président du nouveau. On remarquait encore Judas, fils de Sariphé, et xMatthias, fils de Margalolh, qui passaient pour les plus grands jurisconsultes et les plus habiles maîtres de la jeunesse : ils étaient alors à latêle des écoles; mais lorsque le grand-prêtre Matthias, fils de Théo, phile, fut de nouveau chassé de son emploi, le tyran les fit mourir par le feu, pareequ'ils firent renverser en plein jour, par leurs disciples, le pesant aigle d'or qu' Hérode avait fait placer sur la grande porte du temple. C'est à cette occasion que trois mille autres Juifs furent punis de mort.

« Tels étaient entre autres les membres du grand conseil que le roi avait appelés à l'arrivée des

Mages, tous hommes devant lesquels le roi luimême devait trembler, car ils étaient les défenseurs de la loi, les lumières d'Israël, les chefs fidèles et les protecteurs de tous les Juifs. Si l'ancien Sanhédrin avait, trente ans auparavant, hardiment résisté à Hérode le conquérant, par ces paroles de l'Écriture : « Tu n'établiras sur toi aucun roi étranger (1) ;'» s'il avait en même temps reconnu par là de fait que le sceptre était sorti de Juda et que le temps du Messie était arrivé, courage que presque tous ses membres avaient payé de leur vie ; le Sanhédrin nouvellement installé n'avait point oublié sa dignité sous les chefs que nous avons nommés. Après avoir recueilli les voix, il décida unanimement que le Messie devait venir de Bethléem. (2) « Ces indications, dit M. l'abbé Orsini, peu rassurantes ne suffirent pas à Hérode, qui voulait savoir où porter ses coups ; il résolut d'interroger les Mages et de connaître, s'il était possible, l'époque précise de la naissance de l'enfant, calculée sur celle de l'apparition de l'étoile. Trop habile politique pour accorder aux sages d'Iran une audience publique, qui eût donné delà consistance à un bruit

(1) Deutéronome, xvn, 15.

(2) C'est pour cela qu'après tant de siècles les vieilles traditions conservées dans le Talmud déclarent que le Messie est réellement né à Bethléem de Juda, pendant le temps du dernier temple.

qu'il lui importait d'étouffer, le roi les fit appeler en secret, et les pressa de questions sur le temps où l'étoile leur était apparue. Il s'informe minutieusement non de l'enfant, mais de l'étoile, dit S. Jean- Chrysostome, afin de garder toute la circonspection possible dans le piège qu'il voulait tendre. Instruit de ce qu'il désirait savoir, l'homme de sang congédia les étrangers d'une manière affable et gracieuse. Allez, dit-il, allez à Bethléem, informezvous exactement, et lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi l'adorer. « Or les Mages, comme tous les hommes supérieurs, comme tous les fils de la méditation et de la science, étaient bons, sincères et peu enclins à soupçonner le mal. Ils comprenaient l'arbitraire et la cruauté dans un prince; ils ne comprenaient pas le mensonge, car la première chose que les rois de Perse apprissent dans leur enfance c'était à dire la vérité. Ils crurent donc aux fausses paroles de l'Iduméen, et, repassant sous les élégants portiques de ce palais, qui le disputait en magnificence à ceux du Grand Roi, mais qui n'avait point, au milieu de ses bronzes et de ses arcades, la cloche d'or des suppliants, ils quittèrent le Betzetha, firent plier leurs tentes, et traversèrent une seconde fois la ville sainte pour se rendre au lieu présumé de la naissance du Messie. » (1)

(1) Orsiki, La Vierge, Marie à Bethléem.

« Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marcha devant eux jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât sur le lieu où était l'eufant. » (1)

Arrivés à Bethléem, les Mages trouvèrent l' enfant divin, et le saluèrent comme le roi Messie. Mais lorsqu'on se présente devant les princes de l'Orient et spécialement devant les rois de Perse, on leur

(1) Ceux qui admettent l'hypothèse du docteur Sepp expliquent ainsi ce passage. Lorsqu'ils quittèrent Jérusalem, les planètes dont il a été question étaient de nouveau et pour la troisième fois en conjonction pendant les heures du soir dans la partie méridionale du ciel. T, 'étoile se leva dans la région de l'est, et leur montra en quelque sorte le chemin, en se dirigeant dans la direction de Bethléem. On peut admettre que les Mages suivirent la nouvelle étoile, l'oriflamme lumineuse des rois, et que le Christ naquit lorsque les deux planètes étaient encore dans le signe des Poissons, et qu'elles étaient si près l'une de l'autre que leur lumière se confondait dans un rayon majestueux, c'est à dire à la fin de l'an de Rome 747. Un an plus tard, c mme l'a supposé Kepler (probablement j our se rapproche.- de l'an de Rome 749, adopté à cette époque comme l'an de la naissance), la constellation n'était plus à beaucoup près la même; en outre, sa supposition n'est pas conforme à l'antique tradition juive. Mars, qui dans les premiers mois de l'année suivante 748 se trouvait à peu de distance des deux planètes, était alors très bas dans la partie ouest du ciel, et n'avait l'air que d'une étoile insignifiante; à cette époque Jupiter et Saturne se perdaient aussi dans les rayons du soleil couchant, et lorsqu'en avril 749 ils reparurent de l'autre côté du soleil ils s'étaient déjà considérablement éloignés l'un de l'autre. — « Mais l'étoile marchait devant eux. » ■ — Cependant ils arrivèrent ; ils la virent constamment dans la

fait des présents; ils lui offrirent donc de l'or, de l'encens et de la myrrhe (1). Ce fait n'a rien qui doive nous surprendre, car il était tout à fait conforme aux habitudes des peuples delà Perse. Nous voyons une autre fois les mages venir dans la ville de .Minerve faire des offrandes sur le tombeau du divin Platon, parcequ'ils le regardaient comme un être d'une nature supérieure. (2)

Avertis par un songe, inspiration qu ils reconnurent pour diviue, parcequ'ils l'avaient unanimement ressentie, les Mages ne retournèrent point à Jérusalem ; mais, pour éviter le tyran, ils prirent probablement d'abord le chemin de l'Idumée ara-

même direction, — « arrêtée sur le lieu où demeurait l'enfant.» — Cette expression de l'évangéliste est rendue encore plus sensible par la structure de la contrée ; car en sortant de Jérusalem le chemin parcourt un ravin profond appelé Gihon ou l'Enfer, qui formait la limite entre Juda et Benjamin; et Bethléem luimême, éloigné seulement de trente à trente-cinq stades de la ville sainte dans la direcUon du sud, est situé contre et sur uue montagne, et en conséquence l'horizon sud qui s'étend derrière la petite ville doit paraître 1res borné à l'observateur.

(1) La Perse, comme l'Arabie, avait de l'encens précieux. (Voyez Stiubon, liv. xvi, ch. 3, § 25.) Les caravanes du commerce en apportaient jusqu'en Palestine. (Pline, Hist. net., 1. xii, c. 14, et 1. xxiv, c. 29.) — Magi faciebant medicinam, et thus atque myrrham adhibebant.

(2) Sénèque, Lettre 58. — Ideo Magi, qui forte Athenis erant, immolaveruut defuucto Platoni, amplioris fuisse sorUs quaui illumina' rati.

bique, qui s'étendait à cette époque jusque vers Ilébron (1) ; après quoi ils se trouvèrent en peu d'heures hors des frontières, et rentrèrent dans leur patrie par d'autres chemins qui longeaient la lisière du désert d'Arabie. (2)

Le voyage des Mages dut faire une vive sensation dans les pays environnants. La nouvelle mystérieuse que le Messie était né se répandit de bouche en bouche parmi le peuple.

Non seulement toute la Judée, mais le monde entier ouvrait les yeux et prêtait l'oreille pour voir ou entendre les phénomènes qui devaient avoir lieu à la naissance du Christ. C'est pour cela que les anciens Juifs disaient , — et la tradition de ces temps-là est conservée par le Talmud et autres ouvrages des Rabbins, — qu'à l'époque de la décadence du royaume des Juifs le Messie était déjà né depuis longtemps à Bethléem de Juda, mais qu'il s'était toujours tenu caché à cause des péchés de son peuple, et qu'il ne se montrerait (lue lorsque Israël aurait fait sincèrement pénitence.

Le vrai Messie paraissait trop humble et trop

(1) Lightfoote, éd. Leusden., t. n, p. 399.

(2) La constellation, dit le docteur Sepp, les éclaira tant qu'ils furent en voyage pour leur retour, même jusque dans le mois de mai de l'année de Rome 748, par conséquent pendant le cours d'une année entière après sa première apparition.

pauvre à ces hommes charnels pour qu'ils le regardassent comme celui qu'ils savaient être né; c'est pourquoi ils voulaient que le Christ se fût retiré dans une retraite obscure. C'est aussi par la même raison que les Pharisiens adressèrent malicieusement cette question à Jésus : « Quel signe nous donnes-tu dans le ciel ?» (1) Le Seigneur leur reprocha leur incrédulité, et, n'étant pas disposé à entrer en discussion au sujet de miracles qui avaient eu lieu avec ceux qui devaient croire en lui, il leur dit : « Il ne sera plus donné d'autre signe à cette race impie que celui du prophète Jonas. »

Le docteur Sepp attribuerait volontiers les progrès du Christianisme en Orient aux efforts des Mages, et il pense qu'on pourra trouver, avec le temps, plus d'une trace du voyage qu'ils entreprirent au berceau du Sauveur du monde. (2)

Nous trouvons en effet un écho de ce pèlerinage

(1) Les Juifs essayaient hypocritement de savoir s'il revendiquerait en sa faveur cette étoile de la promesse apparue dans le signe des Poissons d'après la prophétie.

(2) Voyez sur la Chaldce et les Chaldèens le Mémoire de M. l'abbé Eugène Bore, adressé aux membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans le tome n de sa Correspondance et de ses Mémoires, page 157 et suiv. J'emprunterai à cebeau travail (première partie, § xv) un morceau concernant la prédication de l'Évangile dans la Chaldée. « La tradition nous apprend, dit M. Bore, que la vocation des Gentils commença par le peuple chaldéen, puisque trois de ses princes, initiés au

— 22*3 des Mages dans les livres sacrés de l'Inde, car les anciens Pouranas (1) racontent ce qui suit :

Lorsque Vikramaditya régnait sur Tlnde en qualité d'empereur (2), l'attention de ce prince ayant été éveillée par les prédictions de la naissance d'un enfant miraculeux, il fit partir un jour des envoyés pour découvrir si cet enfant du ciel était réellement né. Ceci arriva en l'an 3101 du kali-youga ou 4181 après la création; mais, d'après le mode

culte et à la science des Mages, furent miraculeusement appelés au berceau du Rédempteur. L'annonce de la lionne Nouvelle se (it dans la nation, à l'arrivée de ces rois ambassadeurs ; de sorte qu'elle était déjà préparée à recevoir la doctrine de l'Espérance lorsque les Apôtres, assistés de l'Esprit saint, se partagèrent l'empire spirituel du monde. S. Thomas, qui deux ans après l'assemblée du cénacle, avait déjà parcouru la Perse, la Bactriane, les vallées de Caboul, de Candahar et de Cachemire, et pénétré dans l'Inde plus avant que le conquérant Alexandre, et S. Barthélémy, qui déposa les premières semences delà foi en Arménie, dans le pays des Ibères et chez les peuplades du Caucase, avaient d'abord l'un et l'autre traversé la Chaldée, et leur parole avait enfanté des disciples à la vie spirituelle. » — Nous ferons remarquer seulement que rien n'établit que la Chaldée fîit la patrie des Mages. Ils pouvaient 1res bien en venir, et être originaires d'un autre pays. M. Bore l'admet évidemment dans le fragment que nous a\ons cité sur la patrie des Mages.

(1) Voyez "Wilford dans les Recherches asiaf'ques, vol. ix.

(2) Vikramaditva, que l'histoire nous montre comme maître, en l'an 56 avant le Christ, des pays du Gange jusqu'au Cachemire.

indien de supputation des temps, cette date correspond exactement à la naissance du Christ.

« L'an 65 de notre ère, dit M. l'abbé Sionnet, l'empereur Ming-ti envoya dans le Sy-yu une ambassade pour y chercher le Saint qui devait être apparu dans le Thian-Tcho. Ces ambassadeurs rencontrèrent sur leur route, dans le pays des Yue-chi, deux Cha-men ou religieux de Fo, et croyant que le dieu qu'ils vénéraient était le Saint, objet de leur voyage, ils les amenèrent avec eux. A l'examen de la doctrine de ces Cha-men l'empereur et ses courtisans reconnurent que ce n'était pas celle du Saint qui leur avait été annoncé; ils laissèrent là ces imposteurs, et le seul prince de Tchou se déclara leur partisan; mais il ne fut plus envoyé d'ambassade à l.i recherche du Dieu nouveau-né, et Mingti se contenta de recommander à ses sujets l'étude des Rings et autres livres sacrés (1). Qui pourrait ne pas reconnaître, à cette indication précise du lieu et de l'époque de la naissance du Sauveur, l'enseignement des frères de ces Juifs qui, peu d'années auparavant, dans le Thian-tcho môme . répondaient aux Mages conduits à Jérusalem par une semblable communication que « les temps fixés

(1) Le P. de Maill», t. in, p. 357 et suiv. J'ai complété et corrigé le récit de cet auteur par des renseignements puisés à des sources plus anciennes. (Note de M. Sionnet.)

« par les prophètes étaient écoulés, et que le Mes- « sie devait naître dans Bethléem? » (1)

« Le Fils de Dieu n'était pas seulement né pour les Juifs, mais pour le monde entier; et c'est pour cela que dès les premiers jours de sa naissance il commence à se manifester au monde. Les ténèbres de l'ignorance répandues sur la surface de la terre commencent à se dissiper ; ceux qui étaient ensevelis dans les ténèbres de la mort se trouvent tout à coup éclairés d'une grande lumière, et les nations idolâtres viennent à la connaissance du vrai Dieu. Le Sauveur du monde n'était encore connu que dans la Judée ; mais aujourd'hui il se fait connaître dans la Gentilité. Il n'était même connu dans la Judée que de quelques pasteurs ; mais en ce jour il appelle à sa crèche des sages, des grands du siècle, des rois. Pour annoncer sa naissance aux pasteurs il leur envoie un ange, et pour l'annoncer aux Mages il leur fait paraître dans le ciel une nouvelle étoile. Enfin les pasteurs n'étaient venus lui offrir que quelques présents modiques et pauvres; mais tout est mystérieux dans les trois offrandes que lui font les Mages ; tout est magnifique et glorieux pour lui : ce sont autant d'hommages différents qu'ils rendent à sa divinité,

(1) Sionnet, Essai sur l'époque de l'entrée des Juifs en Chine, dans les Annales de philosophie chrétienne, 2e série, xiv.

à son humanité, ce qui fait que l'Église appelle proprement ce grand jour la Manifestation (1) du Sauveur. » (2)

« Le Sauveur du monde prévient les Mages, et les tire de leur infidélité pour faire éclater sur eux son admirable lumière. Il les attire d'une manière pleine de douceur, par la beauté d'une nouvelle étoile, dont la vue devait faire une impression agréable sur des hommes sages, adonnés à la contemplation des astres; il fait marcher cette étoile devant eux pour adoucir la difficulté de leur voyage, et s'il la cache pour un temps ce n'est que pour épurer leur amour avec leur foi, et redoubler par cette épreuve la joie qu'ils ont de la revoir, et de trouver à la fin le trésor qu'ils cherchent. Voilà comme Dieu se gouverne avec nous par l'excès de sa bonté. Nous devrions aller les premiers nous prosterner à ses pieds; il nous prévient; il nous fait prier de nous réconcilier avec lui ; nous devrions nous conformer à ses volontés et mettre tous nos soins à le contenter ; et il s'accommode à nos inclinations; il condescend à nos désirs, et ajuste ses grâces et ses lumières à la portée de nos esprits. Voyez l'étoile des Mages, elle représente naïvement

(J) Epiphanie signifie : Manifestation.

(2) Le P. Le Valois, Entretiens sur les Mystères de nuire Seigneur.

tous les moyens dont Dieu se sert pour nous attirer à son service ; mais surtout, la grâce intérieure, qui est le principal ressort de son amour et de sa sagesse. » (1)

Puissions-nous imiter l'empressement avec lequel les Mages répondirent à la voix du ciel, qui les appelait !

« La promptitude des Mages à suivre la vocation du ciel fut le premier effet de la foi des Mages, et le premier trait de cette haute sagesse qui, par un changement divin, d'infidèles qu'ils étaient les mit en état de trouver le Dieu Sauveur. Dès qu'ils virent son étoile, ils partirent pour aller à lui (2". Ils ne balancèrent point, ils ne délibérèrent point, ils ne s'arrêtèrent point ni à former de vains projets ni à prendre de longues mesures. Attentifs à l'étoile qui les éclairait, et uniquement appliqués à chercher ce qu'elle leur annonçait, ils hâtèrent leur marche. Pourquoi ? parcequ'ils étaient déjà remplis de cet esprit et de cette sagesse surnaturelle qui conduit les élus à Dieu. Or, comme remarque S. Chrysostôme, chercher Dieu de la manière efficace et solide dont le cherche une âme fidèle, ce n'est plus raisonner ni délibérer, c'est

(1) Le P. Nouet, Vie de Jésus-Christ dans Cétable de Bethléem.

(2) Vidimus stellam ejus, et venimus.

exécuter et agir. D'où il suit, dit ce saint docteur, que quand ou délibère, quand on consulte et quand on raisonne, quelque intention qu'où ait de trouver Dieu, le cherchant toujours, ou pour mieux dire se flattant toujours de le chercher, on ne le trouve jamais. Voilà sur quoi fut fondée la promptitude des Mages; ils virent l'étoile, et, animés d'une foi vive, pressés d'un désir ardent d'arriver au terme où l'étoile les appelait, ils n'écoutaient rien de ce qui pouvait les retenir. » (1)

« Ils s'exposent généreusement à la mort, en demandant le roi dos Juifs dans la capitale de la Judée. Heureux Mages! s'écrie un Père, qui en présence d'uu roi cruel, avant de connaître le Sauveur, s'en déclarent hautement les confesseurs. La même grâce que le Seigneur a faite à des païens, on peut dire qu'il nous l'a faite une infinité de fois. En effet, les exemples édifiants que nous voyons, les prédications que nous entendons, les bons livres que nous lisons, les saintes inspirations que nous ressentons, les pieuses réflexions que nous faisons sont autant d'étoiles que le Seigneur fait luire à nos } eu \ : il nous appelle, dit S. Grégoire, par les écrits des Pères, par la voix des pasteurs, par les maladies qui! nous envoie, par les adversités qui nous accablent. Voyez, dit ce saint docteur, par coin-

(1) Bolt.daloie, Sermon sur l'Epiphanie.

Lien d'étoiles nous sommes invités d'aller à Jésus- Christ. Or, si nous voulons imiter nos saints rois, dans la fidélité avec laquelle ils correspondent à la grâce du Seigneur, sitôt que nous apercevons l'étoile il faut nous mettre en chemin : quel chemin , sinon la voie étroite qui mène à la vie ? Hâtons-nous d'y entrer ; et quand nous y serons une fois que rien ne soit capable de nous rebuter ou de nous faire retourner en arrière ; mais faisons en sorte de marcher toujours, jusqu'à ce que nous ayons trouvé Jésus-Christ. Voilà ce que nous devons faire pour suivre l'exemple que les Mages nous ont donné. Mais, hélas! voilà tout le contraire de ce que nous faisons ; bien loin d'avoir une attention continuelle à la grâce, bien loin d'avoir toujours les yeux ouverts pour apercevoir l'étoile, et assez de fidélité pour suivre aussitôt le mouvement, les uns ferment les yeux pour ne pas voir la lumière qui vient l'éclairer, et les autres remettent à un autre temps à exécuter les bons desseins qu'elle leur inspire. » (1)

Quel contraste entre la conduite des Mages et celle du perfide Hérode et des Juifs endurcis !

« Le trouble d' Hérode et l'émotion qui arrive dans Jérusalem, l'étonnement des princes des prêtres et des docteurs du peuple lorsqu'ils surent que les Mages, sous l'apparition d'un nouvel astre,

(1) De Monmorei, Homélie sur l'évangile du jour des Rois.

étaient venus de si loin, et avaient traversé tant de pays pour chercher le Roi des Juifs, et pour l'adorer quand ils l'auraient trouvé ; ce trouble, dis-je, et cette émotion déclarent, Seigneur, aux peuples qui vous attendent depuis si longtemps qu'enfin vous étiez au monde. Cela lui donne quelques pensées ; cela lui cause quelques mouvements ; mais au lieu de profiter d'une si grande nouvelle, il l'oublie, et la mémoire s'en efface. Le souvenir qu'Hérode en conserva ne servit qu'à lui faire commettre l'action la plus inhumaine et la plus cruelle qui fut jamais, en faisant passer par le fil de l'épée tous les enfants qui se trouvèrent dans Bethléem et dans le pays d'alentour, à l'âge de deux ans et au dessous. Pour les prêtres et les scribes, au lieu de brûler d'une impatience sainte pour savoir ce que c'était que ce Christ, ce nouveau roi des Juifs qui paraissait dans le monde, ils se contentèrent de faire quelque légère recherche de l'endroit où Jésus-Christ devait naître. » (I)

Cependant avec quelle bonté Dieu s'efforce de dissiper les ténèbres qui couvraient leurs yeux!

« Comme Jésus- Christ venait sur la terre pour appeler tout le inonde à la connaissance de son nom et pour se faire reconnaître et adorer de toutes les nations, il ouvre d'abord aux Gentils la porte de

(1) L'abbé de Rancé, Réflexions sur l'Evangile.

la foi , et il instruit son propre peuple par des étrangers. Dieu, voyant l'indifférence avec laquelle les Juifs écoutaient toutes les prophéties qui promettaient la naissance du Sauveur, fait venir de loin des sages chercher le roi des Juifs au milieu des Juifs, et il veut que des Perses leur apprennent les premiers ce qu'ils ne voulaient pas apprendre des oracles de leurs prophètes, afin que, s'ils avaient quelque reste de bonne volonté, cette occasion les portât à croire, et que, s'ils voulaient toujours être rebelles, il ne leur restât plus aucune excuse ; car que pouvaient-ils dire en voyant ces Mages le chercher à la seule apparition dune étoile, et adorer celui qu'ils avaient rejeté?» (1)

« Ne permettez-pas, Seigneur, qu'il m'arrive ce qui arriva aux Juifs : ils avaient le Messie au milieu d'eux, ils étaient son peuple, et ils ne le reconnurent pas, tandis que des étrangers le venaient chercher dans la Judée, et l'y allaient adorer. Père des lumières, vous les répandez tous les jours sur des nations infidèles, et vous les retirez des chrétiens qui en abusent : je ne vous demande pas que vous cesssiez d'éclairer ces peuples aveuglés ; au contraire, je vous conjure de vous en souvenir, mais en même temps ne m'oubliez pas : enrichissez-les, mais que leurs richesses ne fassent pas ma pauvreté,

(1) S. Jean Csrïsostome, sur le chapitre H de S. Matthieu.

car, hélas ! n'y a-t-il point au-delà des mers quelque idolâtre à qui vous vouliez substituer le talent de la foi, qu'il ferait valoir au centuple, et qui demeure inutile dans nies mains? Ce transport et cette substitution est un effet de votre justice, que j'ai grand sujet d'appréhender pour le mauvais usage que j'ai fait jusqu'à présent d'un si précieux trésor ! Vous en avez usé de la sorte à l'égard des Juifs, qui sont dans un terrible aveuglement, pendant que des étrangers sont appelés pour prendre leur place. Ah ! mon Dieu, ôtez-moi tout le reste : je dis tous les biens temporels ; s'il faut pour vous satisfaire en être dépouillé, j'y consens; mais je ne puis consentir et je ne consentirai jamais à perdre un don aussi précieux qu'est la foi. C'est ma ressource, c'est le fondement de mou espérance, c'est le premier principe de mon salut ; je commence à bien comprendre qu'en le perdant je perds tout; et c'est ce qui me fait redoubler mes vœux auprès de vous, et vous conjurer de ne retirer point ce don de la foi que j'ai reçu de votre bonté, et dont je me suis rendu taut de fois indigue par ma malice. » (1)

Le sort d'Hérode ne doit pas nous faire moins trembler que celui des Juifs.

(1) Le P. Lb Valois, Entretien* sur les mystères de notre Seigueur.

« La passion dominante d'Hérode était une damnable ambition, à laquelle il sacrifia tout ; ce qui le précipita dans le plus profond abîme de l'iniquité. Ayant appris le sujet de la venue des Mages, il sut par ce même moyen que les Juifs attendaient un nouveau roi. Il n'en fallut point davantage pour piquer sa jalousie ; sa jalousie inquiète et tyrannique le porta aux derniers excès de la violence et de la fureur, et lui inspira contre le Saint des saints une haine irréconciliable. On lui dit que ce roi qu'il craint est de la maison de David ; pour s'assurer donc ou pour se délivrer de lui, il forme l'affreuse résolution d'exterminer toute la race de David. En vain lui remontre-t-on que celui qu'il veut perdre est le Messie promis par les prophètes, que c'est lui qui doit sauver et racheter Israël, il renonce à la rédemption d'Israël plutôt que de renoncer à son intérêt, et il aime mieux qu'il n'y ait point de sauveur pour lui que d'avoir un concurrent. Bien loin de se préparer à recevoir le Messie et à profiter de sa venue, il jure sa ruine : l'arrivée des Mages à Jérusalem lui fait comprendre qu'il est né ; il emploie la fourberie et l'imposture pour le découvrir. Il feint de vouloir l'adorer, pour l'immoler plus sûrement à sa fortune, et pour en être le meurtrier il contrefait l'homme de bien. Lorsqu'il se voit trompé par les Mages et frustré de son espérance, il lève le masque, et se livre à la

— 2i7 — colère et à la rage, et dans son emportement il oublie toute humanité ; car pour ne pas manquer son coup il ordonne que dans Bethléem et aux environs on égorge tous les enfants âgés de deux ans et au dessous, et, pourvu qu'il s'affermisse la couronne sur la tête, il compte pour rien de remplir de sang et de carnage tout un pays.

Combien la sagesse du monde est vaine et inutile ! Hérode a beau chercher le roi des Juifs, il ne le trouvera pas; il a beau user d'artifice en dissimulant avec les Mages pour les engager à lui en venir dire des nouvelles, les Mages prendront une autre route, et ne retourneront plus à Jérusalem. Il a beau faire un massacre de tous les enfants qui sont aux environs de Bethléem, celui qu'il cherche n'y sera pas enveloppé. Il en égorgera mille pour un seul dont il veut s'assurer, et c'est celui qui lui échappera : pourquoi? parcequ'il est écrit qu'il n'y a point de conseils ni de prudence contre le Seigneur (1). Ainsi, chrétiens, sans parler d'Hérode, jamais le mondain avec sa prétendue sagesse ne parvient ni ne parviendra à la fin qu'il se propose ; car il se propose d'être heureux, et jamais il ne le sera. Il sera riche, si vous voulez, comblé d'honneurs, si vous le voulez. Mais, suivant les principes

(i) Non est pradentia, non est consilium contra Dominum. {Proverbes, xxu)

et les règles de la fausse prudence, il n'arrivera jamais au bonheur où il aspire. Or dès la sa sagesse n'est plus sagesse, puisqu'elle ne peut le conduire à son but. » (1)

« Cependant les Mages continuèrent leur route sans soupçonner la perfidie du roi des Juifs. Quand ils furent entrés dans l'étable où était celui qu'ils cherchaient, il sortit à l'instant une lumière bien plus divine que celle de l'étoile qui les avait conduits jusque là ; ce fut une lumière qui pénétra dans leurs cœurs, et leur fit connaître que cet enfant était leur Dieu et leur Sauveur, dans lequel étaient cachés tous les trésors de la Divinité. Qui n'admirera ici la foi de ces saints rois : laquelle est enfin au comble de sa perfection? Ils en firent un acte héroïque, lorsque l'étoile parut en Orient, et leur fit abandonner leur pays sur la créance qu'ils avaient que le roi de l'univers était né. Ils en firent encore un autre plus excellent, lorsque cette étoile disparut à l'entrée de Jérusalem, sans aucun refroidissement de leur part, persévérant toujours dans les mêmes sentiments qu'ils avaient auparavant; mais celui qu'ils exercèrent à l'entrée de l'étable surpassa de beaucoup les deux premiers; car en voyant un enfant couché dans une crèche, nonobstant la pauvreté et la bassesse de tout

(1) Bourdaloue, Sermon sur l'Epiphanie,

ce qui paraissait à leurs yeux, ils crurent fermement qu'il était Dieu et le monarque de l'univers. Oh ! que les yeux de la foi sont puissants ! elle aperçoit la majesté de Dieu sous la petitesse d'un enfant. » (1)

« Il fallait, Seigneur, que parmi toutes les humiliations et les abaissements que vous cherchiez avec tant de soiu il se rencontrât des événements qui marquassent ce que vous étiez, et qui empêchassent que la gloire de votre divinité fût étouffée parmi les confusions où vous étiez incessamment exposé, et il fallait que ceux qui vous voyaient un homme revêtu de la faiblesse humaine reconnussent tout à la fois dans votre personne la majesté et la toute-puissance d'un Dieu. C'est ce qui est cause que ces trois Mages, gens considérables par l'autorité qu'ils avaient dans le monde comme par leurs grandes connaissances, viennent, par une inspiration de Dieu, des extrémités de l'Orient à Bethléem, sous la conduite d'une étoile, pour vous rendre des honneurs et des hommages qui ne sont dus qu'à Dieu seul, t, (2)

« Les Mages, Seigneur, vous présentent de l'encens, et par cet encens ils reconnaissent votre Divinité. L'encens est employé dans les sacrifices; et

(1) Le P. Nocet, Vie de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem.

(2) L'abbé de Rakcé, Réflexions sur l'Evangile.

en se conformant on devient un sacrifice soimême, et ce n'est qu'à vous, mon Dieu, qu'on doit se sacrifier. Ils vous présentent de la myrrhe, ils reconnaissent votre humanité. La myrrhe leur servait à embaumer les corps après la mort, et ils confessent ainsi que, tout Dieu que vous êtes, vous êtes encore un homme mortel. Enfin ils vous présentent de l'or, et par cet or ils reconnaissent votre souveraineté ; c'est un tribut que nous payons aux souverains en témoignage de notre dépendance et pour honorer leur suprême grandeur. Je viens faire, Seigneur, au pied de l'autel, ce que firent les Mages au pied de votre crèche ; je viens reconnaître votre Divinité, et lui rendre un hommage d'adoration ; votre humanité, et lui rendre un hommage de reconnaissance et d'amour; votre souveraineté, et lui rendre un hommage de soumission et d'obéissance. Je viens devant vous renouveler ce que je fis moi-même à mon baptême, ou ce qu'on fit en mon nom; je viens renoncer au monde, à toutes ses pompes et à toutes les erreurs du monde, pour m'attacher à vous par une vive foi, docile, pratique, fervente et courageuse. Tels sont, mon Dieu, mes sentiments, telles sont mes résolutions. » (1)

(1) Le P. Le Valois, Entretiens sur les Mystères de notre Seigneur.

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