‹ Histoire de la RédemptionChapitre 22 sur 30 · S. JOSEPH · texte numérisé non relu

S. JOSEPH

Le rôle important que joue S. Joseph dans le premier livre de cette histoire nous engage à donner des détails un peu étendus sur sa vie et à bien distinguer ce qui est établi par une tradition solide de récits légendaires très répandus d'ailleurs :

« Joseph , fils de Jacob , petit-fils de Malhan,

(1) Butler, Vies des Pères, des Martyrs, etc., trad. Godescard, ix, S. Joseph.

époux de la sainte Vierge et père nourricier de Jésus-Christ. Tout ce que l'on dit de son âge et des autres circonstances de sa vie, à l'exception de ce qui se lit dans l'Évangile, n'étant fondé que sur des autorités apocryphes, nous ne nous y arrêterons pas. Plusieurs anciens ont cru qu'avant son mariage avec la sainte Vierge il avait eu une autre femme nommée Escha ou Marie, de laquelle il avait eu S. Jacques-le-Mineur et les autres que l'Écriture appelle les frères de Jésus-Christ. Mais cela est entièrement contraire à ceux qui tiennent que S. Joseph a toujours gardé une virginité parfaite, sentiment qui est enseigné par S. Jérôme contre Helvidius, et qui est aujourd'hui communément suivi par les Latins. (1)

(J) • Ce qu'on peut dire être certain, dit Tillemont, c'est qu'il n'y a aucune preuve que S. Joseph ne soit pas vierge ; et de là il est aisé d'aller jusqu'à dire qu'il est bien probable que la souveraine pureté qui a voulu naître d'une mère vierge lui a aussi voulu donner un époux vierge. Et il ne faut pas objecter que, s'il était aussi vieux que les peintres nous le représentent d'ordinaire, il y aurait peu d'apparence qu'il fût demeuré si longtemps sans se marier, puisque cela n'était pas ordinaire parmi les Juifs. Quelque estime qu'on fasse de l'art des peintres, on sait qu'ils sont peu considérés dans l'histoire. Il ne faut donc pas s'étonner qu'on croie aujourd'hui assez communément dans l'Église que S. Joseph était vierge. » (Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, S. Joseph, note m.) — Il ne faut pas perdre de vue que, parmi les Hébreux, le célibat n'est pas sans exemple chez les hommes

« L'Évangile apocryphe de la naissance de la Vierge, suivi par S. Épiphane et par plusieurs autres, porte que S. Joseph était fort vieux lorsqu'il épousa la sainte Vierge. S. Épiphane lui donne plus

de quatre-vingts ans Il n'épousa pas la sainte

Vierge pour en user avec elle comme avec sa femme, mais simplement pour être le gardien de sa virginité. Plusieurs croient qu'il fut obligé de l'épouser comme étant son plus proche parent et son plus proche héritier. La verge fleurie que les peintres mettent entre les mains de S. Joseph désigne la verge qu'il présenta au grand-prêtre, avec les autres de la maison de David, qui pouvaient prétendre au mariage de Marie. De toutes ces verges il n'y eut que celle de Joseph qui lleurit : c'était le signe par lequel Dieu déclarait ordinairement sa volonté sur ces sortes de mariage des vierges qui lui étaient consacrées. Mais laissons ces rêveries tirées des livres apocryphes (1), comme

renommés par leur sainteté. On le gardait dans les écoles des prophètes à l'exemple d'Élie et d'Elisée.

(1) Voyez aussi Tillf.mont, Mémoires, La sainte Vierge, note vi, fausses traditions sur le mariage de la sainte Vierge. On a pu remarquer que nous avons donné une autre cause au mariage de S. Joseph avec la sainte Vierge, celle de la parenté. (Voir page G6.) Seulement nous avons reproduit à tort ( page 69) une expression du docteur Sepp, qui suppose que Marie n'avait point de sœur. Mais quoique l'opinion contraire soit certainement la plus fondée, elle se concilie très bien avec

les appelle S. Jérôme, et attachons-nous à ce que l'Évangile nous apprend de S. Joseph.

ce que nous avons dit des raisons du mariage. En effet, le docte Tillemont, qui fait Marie de Cléopbas sœur de la Vierge, raisonne ainsi : o S. Jérôme et beaucoup d'autres allèguent que la loi obligeait les filles à se ma/ier dans leur tribu... Mais les nouveaux (commentateurs) restreignent la loi aux filles qui, n'ayant point de frères, héritaient des biens de leur maison, ou seules, ou avec d'autres sœurs, qui est le cas des cinq filles de Salphaad, sur lequel la loi fut faite ; et ils prétendent tirer des paroles de" la loi qu'elles devaient se marier non seulement dans leur tribu, mais même dans leur famille. Ils supposent ensuite que la Vierge était dans ce cas, et ils infèrent de là que la généalogie de S. Joseph est aussi celle de la Vierge jusqu'à son grand-père. Je ne sais si l'on peut dire que la loi obligeât les héritières à se marier dans leur famille, et qu'elle ne leur permit pas de choisir dans leur tribu. Il est certain qu'elle leur laisse quelque choix, o nubant quibus volunL « Nous ne voyons point, d'ail eurs, qu'on ait aucune preuve que la Vierge fût héritière de sa maison. Néanmoins cela se peut croire aisément, n'y ayant non plus aucune preuve du contraire ; et nous ne trouvons point que qui que ce soit ait jamais donné aucun frère à la Vierge, quand il a été question d'expliquer comment S. Jacques et les autres étaient parents de Jésus-Christ. Car pour Marie de Cléopbas, appelée sa sœur par Jean, la loi ayant été faite sur cinq sœurs tilles de Salphaad, il est visible que le nombre des sœurs n'empêchait pas que chacune d'elles ne passât pour héritière et ne fût obligée de se marier selon la loi des héritières. Peut-être que quelques paroles assez obscures de S. Epipbane «peuvent signifier que Marie épou?a S. Joseph cc.mme son plus proche parent, parcequ'elle était héritière de sa maison. » (Tjllemojïî, Mémoires, La sainte Vierge, note x.)

« S. Joseph était juste, dit l'Évangile, et c'est le plus grand éloge qu'on puisse faire de sa vertu , puisque la justice comprend toutes les vertus. Il épousa la sainte Vierge, qu'il savait bien être dans la résolution de garder la virginité , et par conséquent il était lui-même dans la même résolution. Sa demeure ordinaire était à Nazareth, surtout depuis son mariage ; car il y a des auteurs qui croient que sa véritable patrie était Capharnaum, d'autres que c'était Bethléem. Il vivait du travail de ses mains, et était artisan de son métier; mais on n'est pas d'accord quel métier il exerçait. »

Les opinions de S. Justin martyr, de S. Ambroise, de S. Pierre Chrysologue, de S. Hilaire, qui paraissent au premier coup d'oeil contradictoires (1), peuvent à notre avis se concilier très facilement. L'Évangile emploie seulement à l'égard de la profession de S. Joseph le mot vague d'ouvrier (Texrwv, Faber), ce qui n'indique pas une profession bien déterminée. Il nous semble d'après les différentes traditions que S. Joseph s'occupait de ce que nous appellerions travaux de construction, et qu'il travaillait par conséquent le bois et le fer, et peut-être même quelquefois la pierre. On peut remarquer en effet que dans certains pays pour

(1) V. Tillemont, Mémoires, S. Joseph, note n. — Calmet, Dictionnaire de la Bible, article S, Joseph.

construire les modestes habitations des champs on trouve des ouvriers qui sont en état de manier en même temps le marteau, la hache et la lime. Il nous parait très probable que S. Joseph était dans ce cas.

Nous avons parlé avec quelques détails du mariage de S. Joseph avec Marie. L'Écriture nous raconte cette union sans nous en découvrir le mystère. (1)

« La tradition de l'Église nous instruit davantage des desseins qu'eut Dieu dans la conduite qu'il tint sur la Vierge ; car elle nous apprend que la sagesse éternelle, ne devant naître que d'une vierge, voulut néanmoins que cette vierge fût mariée, afin que son honneur fût à couvert contre la malignité de la médisance, aimant mieux que quelques-uns doutassent du miracle de sa naissance que de la chasteté de sa mère, et voulant dès lors nous apprendre à ne donner aucune atteinte à notre répu-

(1) Il ne faut pas oublier, eii'effet, que Marie avait fait vœu de virginité : « Une des plus grandes grâces que Dieu répandit sur la sainte Vierge est celle qu'il lui fit d'embrasser pour toute sa vie l'état de la virginité. Mais elle a encore eu l'avantage d'être comme l'Église Vierge et Mère, et mère de son Créateur et de son Dieu; sans parler de sa maternité spirituelle, par laquelle elle est encore mère de Jésus-Christ dans ses membres, ayant coopéré à nous faire naître dans l'Église. » (Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, La suinte Vierge.)

tation dans le bien même que nous faisons. Dieu voulait encore que la Vierge eût un secours humain et ordinaire dans les peines et les fatigues dont il ne voulait pas l'exempter. » (1)

« Enfin le temps arriva où Marie mit au inonde le Rédempteur du genre humain, le Désiré des nations. Joseph fut le premier de tous les hommes qui eut le bonheur de l'adorer. Il faudrait avoir son cœur pour comprendre ce qu'il dut alors éprouver et pour se former une juste idée de la dévotion, du respect et de l'amour avec lesquels il adora le Sauveur qui voulait bien être réputé son fils. Quelle fidélité à correspondre aux desseins du Père Éternel, qui l'avait chargé tout à la fois de nourrir le Verbe fait chair, et de garder sa bienheureuse Mère ! C'est là, dit S. Bernard en parlant de S. Joseph, « c'est là ce serviteur fidèle et pru- « dent que notre Seigneur a établi sur sa famille, « pour être le soutien et la consolation de sa mère, « son père nourricier et son digne coopérateur « dans l'exécution de ses desseins miséricordieux « sur la terre... Quel bonheur pour lui de voir non- « seulement Jésus-Christ, mais encore de l'enten- « dre, de le tenir dans ses bras, de le porter d'un « lieu à un autre, de le nourrir, d'être admis dans

(2) Tillemont, Mémoires, La sainte Vierge, article n. — Ces réflexions sont tirées de S. Jérôme et de S. Ambroise.

« la participation de ces ineffables secrets qui ont « été cachés aux yeux du monde ! »

« O prodige d'élévation ! ô dignité incomparable, « s'écrie le pieux Gerson en s' adressant à S. Jo- « seph ! La Mère de Dieu, la Reine du ciel vous « appelle son Seigneur; le Verbe fait chair vous « appelle son père et vous obéit. O Jésus, ô Marie, « ô Joseph, qui formez sur la terre une glorieuse « trinité, en qui l'auguste Trinité du ciel met toutes « ses complaisances ! jtrue peut-on imaginer ici- « bas d'aussi grand, d'aussi bon, d'aussi excellent?» (1)

Nous racontons dans cet ouvrage les circonstances les plus importantes de la vie de S. Joseph (2) et les rapports qu'il eut avec le Rédempteur.

(1) Bctleb, Vies des Pères, des Martyrs, etc., traduction Godescard, S, Joseph.

(2) Dans un de ces récits : Songe de S. Joseph (p. 115), nous avons reproduit une expression du docteur de Hirschcr qui, quoiqu'elle ne soit que la traduction littérale d'une expression de S. Luc, n'est pas assez claire : « Joyeux de savoir la Vierge, sa fiancée, etc. » — Nous n'attachons pas à ce mot un autre sens que Tilleniont : o Les termes de l'Écriture, dit-il, portent à croire que la Vierge n'était que fiancée lorsque l'ange la vint trouver, et beaucoup d'anciens l'ont dit. Néanmoins nous voyons que S. Luc se sert du même terme de desponsata immédiatement avant la naissance de Jésus-Christ, lorsqu'on ne peut pas douter que la Vierge ne fût mariée autant qu'elle le pouvait être, sans intéresser sa virginité. Ainsi il y a quelque lieu de croire que l'Évangile ne se sert du terme de

« On croit avec beaucoup de probabilité qu'il était mort avant que Jésus-Christ commençât à prêcher l'Évangile. S. Joseph ne paraît point ni aux noces de Cana ni dans aucune autre circonstance de la prédication du Sauveur; et Jésus - Christ à la croix recommande sa sainte Mère a S. Jean, ce qu'il n'aurait pas fait sans doute si elle avait eu son mari. Les voyageurs prétendent que son tombeau est dans la vallée de Josaphat , à l'orient de Jérusalem; mais les anciens n'en ont point parlé. On ne montre nulle part aucune relique de son corps, mais seulement quelques-uns de ses meubles, comme son anneau nuptial, qu'on prétend avoir à Pérouse , en Italie. Son nom se trouve dans de très anciens martyrologes au 19 de mars; mais on n'a commencé à faire sa fête qu'assez tard. On croit que ce furent les Carmes qui apportèrent cette fête d'Orient dans les églises d'Occident; et la dévotion particulière qu'eut sainte Thérèse envers S. Joseph n'a pas peu con-

iiancée, desponsaia, que pour marquer qu'elle n'avait point cessé d'être vierge. Que si elle n'eût passé pour mariée qu'après que l'ange eut dit à S. Joseph : « Noli timere accipere Mariant « covjugem lnam, » elle eût aussitôt paru grosse que mariée, et aurait accouché six mois après son mariage, ce qui eût exposé son honneur, et eût été contre le dessein de Dieu. Le voyage de trois mois qu'elle fit aussitôt après avoir conçu Jésus-Christ ne convient pas, ce semhle, a une fille qui n'est pas mariée.)) (Tillemont, Mémoires, La sainte Vierge, n. vu.)

tribué dans le dernier siècle à augmenter la solennité de son culte. » (1)

« Avant que les Évangiles eussent été publiés, Jésus quelquefois a été cru fils de Joseph {Matthieu, xih, 35 ; Luc, iv, 22 ; Jean, i, 45, VI, 42); et les historiens sacrés ont rapporté sans crainte et sans scrupule cette erreur, que leurs récits réfutaient si bien. Son exemple prouve avec quel soin les généalogies étaient encore conservées , puisqu'un simple artisan se faisait inscrire sans contradiction comme issu du sang de David. D'un accord unanime on prend aujourd'hui la liste donnée par S. Matthieu pour la généalogie de Joseph. Cet évangéliste dit formellement que Jacob fut père de Joseph; S. Luc se sert d'un terme beaucoup plus vague lorsque, rapportant la descendance de Marie, il remplace son nom par celui de Joseph. Le plus souvent, en effet, les Juifs, dans leurs listes généalogiques, dressées avec une attention si excessive que S. Paul peut-être le leur reproche (i Tint, i, 4), omettaient les noms des femmes, et suivaient la ligne masculine ; de là vient que S. Matthieu, écrivant principalement pour les chrétiens de la Palestine, s'est conformé à l'usage, et donne la généalogie de Joseph ; S. Luc au contraire, qui n'a point composé son Évangile pour cette classe de fidèles,

(1) Calmet, Dictionnaire de la Bible, article Joseph.

a inséré 6clle de Marie. Sans doute aussi il a voulu aller au devant d'une objection qui s'offrait d'ellemême : Jésus n'étant pas fils de Joseph, on devait naturellement demander quelle était l'extraction de sa mère. Le seul but des deux auteurs sacrés a été de démontrer que le Messie descendait de David, et les Juifs n'ont jamais révoqué en doute cette origine, quoique le titre de fils de David ait été souvent donné à Jésus en leur présence. Enfin l'on comprend, puisque Joseph et Marie appartiennent tous deux au sang royal, que deux généalogies doivent quelquefois se séparer et quelquefois se confondre.

« Joseph, selon le témoignage de S. Matthieu, était un homme intègre et droit; toute sa conduite est pleine de modération et de prudonce. La lâche que la sagesse divine lui réservait demandait un caractère pareil ; il a fait précisément tout ce qu'il devait faire , sans plus ni moins : c'est toujours assez pour l'homme de répondre aux vues de la Providence. » (1)

(!) Athanase Coquerex, Biographie sacrée, arliole Joseph.

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