SAINTE MARIE DE CLÉOPAS
« Nous ne savons que peu de particularités de sa vie. On tient qu'elle était sœur de la sainte Vierge et qu'elle fut mère de Jacques le Mineur, de José ou Joseph, de Siméon et de Jude, qui sont nommés dans l'Évangile (1) les frères de Jésus-Christ, c'est à dire ses cousins germains. Elle crut de bonne heure à Jésus-Christ, et elle l'accompagna dans ses voyages pour le servir. Elle se trouva à la dernière PAque et à la mort du Sauveur ; elle le suivit au Calvaire, et durant la Passion elle était avec la Vierge au pied de la croix (2). Elle fut aussi présente à sa sépulture, et prépara dès le vendredi des parfums pour l'embaumer (3) : mais étant allée à son tombeau le dimanche, de très grand matin, avec quelques autres femmes, elles y apprirent de la bouche des anges qu'il était ressuscité, et en furent porter la nouvelle aux apôtres (4). En chemin
(1) S. Matthieu, xiii, 55 et xxvii, 56. — Marc, \i, 3. — Butler, Vies des Pères, S. Joseph, fait aussi Marie de Cléopas sœur de la Vierge.
(2) S. Jea>, xix, 26.
(3) S. Luc, xxiiï, 57.
(h) S. Luc,xxrv , 1, 2, 3, h, 5.
Jésus leur apparut, et elles lui embrassèrent les pieds en l'adorant (1). On ne sait pas l'année de la mort de sainte Marie de Cléophas; mais les Grecs font le 8 d'avril mémoire des saintes femmes qui portèrent le parfum pour embaumer le corps du Sauveur (2), et ils prétendent avoir leur corps a Constantinople dans une église de la sainte Vierge, Mtie par Justin II. Le Martyrologe romain marque la fête de sainte Marie de Cléophas le 9 d'avril, et il met la translation de son corps dans la ville de Véroli, dans la campagne de Rome, au 25 de mai. D'autres prétendent qu'elle est dans une petite ville de Provence appelée les Trois-Maries, sur le bord du Rhône et de la mer. » (3)
« Baronius , ajoute Tillemont , dit que tous les Pères anciens et nouveaux soutiennent qne la Vierge n'avait ni frère ni sœur. Il ne cite néanmoins rien sur cela; et tout ce que nous en avons trouvé, c'est que Marie de Cléophas était sa sœur selon les termes de l'Évangile ; ce que rien n'oblige d'expliquer d'une cousine germaine....
« S. Jérôme paraît avoir cru que Marie de Cléophas était effectivement sœur de la Vierge, puisqu'il l'appelait ainsi sans aucune explication dans
(1) S. Matthieu, xxviii, 9.
(-2) Voyez Acia sanclorum, 9 avril, p. 814, 817, etc. (.'5) Calmet, Dictionnaire de la Bible, article Marie de Cléophas.
- ^93 — son commentaire sur S. Matthieu et dans le livre contre Helvide, et cela en traitant la question des frères du Seigneur. Bède fait la même chose. S. Jérôme ajoute même dans tous les deux endroits qu elle était la tante maternelle de notre Seigneur, et il y en avait d'autres qui le disaient aussi bien que lui. Théodoret dit aussi que S. Jacques le Mineur était cousin germain de Jésus- Christ, parcequ'il était fds de la sœur de sa mère. Car beaucoup croient que celle que S. Jean ap pelle Marie de Cléophas est celle qui était mère de S. Jacques le Mineur et de José selon S. Matthieu et S. Marc; et S. Jérôme le tient lui-même. S. Pierre Chrysologue a cru aussi qu'elle était sœur de la Vierge, et que ses enfants étaient à cause d'elle cousins germains de Jésus-Christ. Il est visible que Bède a été dans la même opinion. Le Martyrologe romain l'appelle absolument sœur de la sainte Vierge. Cependant, comme les noms de frère et sœur se donnent quelquefois dans l'Écriture aux proches parents et surtout aux cousins germains, beaucoup de nouveaux auteurs ont cru que Marie de Cléophas était seulement cousine ou belle-sœur de la Vierge, comme nous le remarquerons plus amplement dans la note sur S. Jacques le Mineur, dans l'histoire duquel nous traiterons ce qui regarde cette Marie sa mère. Mais le sens littéral et simple de l'Écriture est toujours le plus favorable
quand il n'y a rien qui le combatte, comme en cette occasion où il est même appuyé par l'autorité des Pères. Il nous donne de plus beaucoup de facilité pour expliquer la généalogie de ceux qui sont appelés frères de Jésus-Christ, et pour montrer qu'ils n'étaient pas fils d'une première femme de S. Joseph, comme plusieurs Pères l'ont cru.
Outre Marie de Cléophas la tradition populaire a trouvé à la Vierge une seconde sœur ; savoir, Salomé (1), à laquelle on donne aussi le nom de Marie, et sur cela beaucoup d'églises ont fait autrefois la fête des trois sœurs et des Trois-Maries.
Mais comme nous ne voyons aucun fondement à croire que Salomé fût sœur de la sainte Vierge, nous n'avons pas cru pouvoir avoir aucun égard à cette prétendue tradition, non plus qu'à la persuasion opposée où diverses personnes sont aujourd'hui qu'il faut que la sainte Vierge ait été unique, sans avoir eu ni frères ni sœurs. Cette dernière opinion est plus ancienne que l'autre, et elle paraît tirer son origine des histoires apocryphes de la Vierge ; mais aussi elle combat la lettre de l'Évangile et le sentiment de plusieurs Pères. Le jésuite
(1) Doni Calmet pense que Salomé, qu'où appelle à tort Marie Salomé, était nièce de la sainte Vierge, fille de Marie de Cléopas et sœur de ceux que l'Évangile appelle frères du Seigneur. (Voyez Dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, article
Marie Salome.)
Maldonat soutient comme une chose sans difficulté que Marie de Cléophas était sa sœur (1). Possevin dit sans autre explication que S. Jacques était fils de Marie, sœur de la Vierge. M. Fleury la mis sans difficulté dans sou histoire ecclésiastique. »
S. CLÊOPAS.
« Cléophas (:*), selon les anciens Pères qui en ont parlé, était frère de S. Joseph et fils comme lui de Jacob. Il fut père de S. Siniéon, évoque de Jérusalem, de S. Jacques le Mineur, de S. Jude et de Joseph ou José. Cléophas avait épousé Marie, sœur de la sainte Vierge. Ainsi il était oncle de Jésus-Christ, et ses fils étaient les cousins germains du Sauveur. Cléophas, sa femme et ses fils étaient du nombre des fidèles disciples de Jésus-Christ et
(1) ! ùit autant, Biographie universelle, article Marie de Cléophas.
(2) Ou Cléopas, ou Clopas, ou AlphJe. — Ces trois uouis sont les mêmes, quoi qu'en dise Huré, selon M. Alhanase CoqneTel. (Voyez Atiiaaase Coqcerel, Biographie sacrée, article. Clcopas, et CjUpfet, Diclionnaire de la Bible, article Alphée.) Il ne faut pas confondre Cléopas ou Alphée avec Alphée, père de S. Matthieu, comme l'a fait M. Coquercl.
le croyaient le rédempteur et le sauveur d'Israël. Mais Cléophas n'avait point assez compris le mystère de la croix et ce que Jésus-Christ avait dit si souvent à ses disciples, qu'il devait mourir et s'en retourner à son Père. Cléophas, ayant vu le Seigneur expirer sur la croix, perdit l'espérance de voir le royaume de Dieu s'établir par son moyen sur la terre.
« Il partit de Jérusalem deux jours après la mort du Sauveur, c'est à dire le jour même de sa résurrection, et comme il allait à Emmaiis (1) avec un autre disciple, comme ils s'entretenaient de ce qui s'était passé durant la fête, surtout à l'égard de Jésus-Christ, le Sauveur, sous la forme d'un voyageur, se joignit à eux, leur demanda de quoi ils s'entretenaient, les rassura en leur montrant par les Écritures qu'il fallait que le Christ souffrît la mort....
« On ne sait pas distinctement ce que fit Cléophas le reste de sa vie ; mais Usuard et Adon disent qu'il fut martyrisé par les Juifs, et enterré dans la même maison où il avait reçu Jésus-Christ à sa table. En effet S. Jérôme croit que Cléophas avait sa demeure ordinaire à Emmaiis, et que ce fut dans cette maison où il invita le Sauveur à demeurer. On croit qu'on y bâtit dans la suite une église. Mais supposé que Cléophas fût frère de S. Joseph et père de
(1) S. Luc, xxiv, 13, 35.
S. Jacques, de S. Jude, de Simon et de José, il y a plus d'apparence qu'il était Galiléen, et que sa demeure était dans quelque ville de la Galilée. Quoi qu'il en soit, les Latins honorent Cléophas au nombre des saints le 25 de septembre. Les Grecs en font mention le 13 d'octobre, ou plutôt le 30, et lui donnent le titre d'apôtre. » (1)
Nous ne parlerons que d'un des fils de S. Cléopas. Les trois autres ayant fait partie du collège apostolique, nous y' reviendrons dans le volume suivant
Joseph, que le texte grec de l'Évangile appelle José, est seulement nommé dans l'histoire évangélique. On a dit qu'il était le même que Joseph surnommé le Juste, qui fut proposé à la mort de Judas avec Matthias pour remplacer l'apôtre infidèle. Cela n'est point certain. Il ne serait pas surprenant pourtant que l'attention des disciples se fût portée sur un aussi proche parent du Seigneur, dont les frères étaient tous trois membres du collège apostolique. Quoi qu'il en soit, on ne sait rien de sa vie. S. Chrysostôme nous affirme que les frères de Jésus- Christ se signalèrent par la grandeur de leur foi et de leur vertu (2) ; s'il en est ainsi, comme on n'en
(1) Dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, article Cléophas.
(2) S. Jean Chrtsostôme, Homélie sur S. Matthieu.
peut clouter, tout porte à penser que Joseph fut (ligne de ses frères.