‹ Histoire de la RédemptionChapitre 3 sur 30 · NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA VIE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA VIE DU SAUVEUR

« Nul ne peut, dit l'apôtre, poser un autre fondement que celui qui est posé, qui est Jésus- Christ. » (1)

« Dieu, dit S. Augustin, est l'être source de tout bien; l'homme est l'être vide de tout bien. » (2)

Si nous voulons asseoir notre âme dans l'éternelle stabilité et contenter nos désirs, appuyons-nous sur la pierre angulaire, puisons à la source intarissable des eaux vives.

(1) Fundamentum aliud nemo potest ponerc, prater id quod positum est, quod est Jésus Cbristus. (S. Paul, I Corinthiens, m, n.)

(2J Deus res summe sufliciens, homo res summe deficiens. (S, Acgi'STI.v, Soliloques, livre i.)

Que le pécheur qui désire déposer le fardeau de ses iniquités et arriver à la paix de l'esprit écoute le Seigneur, qui l'invite au pardon, lui disant : Venez à moi, vous tous qui travaillez du labeur de la souffrance, et qui êtes chargés du poids de vos fautes ;je vous soulagerai; vous trouverez en moi le repos pour vos âmes. Que le malade écoute le compatissant médecin ; qu'il aille à lui par une profonde contrition, une confession exacte, une ferme résolution de fuir le mal et de pratiquer le bien. Qu'après avoir été réconcilié à Jésus-Christ par la pénitence il médite assidûment sa vie très sainte, et célèbre chaque jour le doux sabbat de la contemplation, en lequel il se reposera du tumulte du monde et de la mutabilité des choses humaines; car la vie du Christ est au pécheur tout ce dont il a besoin tandis qu'il habite cette terre de ténèbres et de misère. Elle efface en lui le péché : Dieu est un feu dévorant qui détruit toute souillure (1). Elle dissipera l'ignorance de son esprit : le Christ est la lumière qui brille dans la nuit; guidé par sa claFté, il apprendra à dis-

(1) Peu* îgnis consumons est. (DnUctoromc, iv, 84.)

poser sa vie en conformité à l'ordre éternel, et à user des créatures de telle sorte qu'elles lui servent à lui et à ses frères à s'approcher du Créateur. Elle donne la grâce des larmes ; elle est l'onction de la sécheresse ; car le Christ est la fontaine des jardins, le puits des eaux rafraîchissantes. Elle est à l'âme un suave entretien qui jamais ne produit l'ennui, mais toujours la joie paisible (1). Elle est la consolation du solitaire, le doux nid où, semblable à la colombe, il réchauffe nos amoureuses pensées. Elle est la part excellente qui ne sera point enlevée à celui qui l'a choisie, et qui s'assied aux pieds de Jésus pour recevoir ses enseignements. La récompense de cette âme sera de garder éternellement ce qu'elle a pris pour son partage sur cette terre. La vie du Christ nous élève jusqu'à la connaissance de l'essence divine, jusqu'au Père inaccessible que nul ne sait que par le Fils, seule voie ouverte pour mener du néant à l'infini (2). Elle est l'apprentissage du ciel; en elle nous regardons sans cesse celui dont la vue fait

(1) iNon habel t.Tdium convictus illius. (Sagesse, vin, 16.)

(2) Nemo novit Patrein nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare. (S. Matthieu, xi, 27.)

les délices des anges (1). Elle ôte les périls et les terreurs de la mort ; car le pécheur fidèle qui chaque jour aura préparé dans son cœur à Jésus-Christ l'hospitalité et le lit embaumé de l'oraison sera à son tour reçu par le Seigneur dans les célestes demeures, où il continuera durant l'éternité l'union commencée sur cette terre.

Approchez-vous donc de Jésus, mes frères, d'un cœur recueilli ; et, le suivant tous les jours de sa vie, goûtez les fruits abondants de consolation et de doctrine que vous olfre chacune de ses paroles et de ses actions. Avec l'ange, soyez témoins de son incarnation; voyez-le descendre du sein de son Père dans le sein de Marie. Félicitez la bienheureuse Vierge qui l'a porté pour votre salut. Aidez Joseph dans les soins qu'il prit d'elle et de lui h Bethléem. Suivez les mages, imitez la confiance de leur foi, adorez comme eux le désiré des nations. Portezle avec ses parents à Jérusalem ; présentez-le au temple ; méditez les années de sa soumission

(1) In quem tlesidcrant angeli prospiccro. (S. Pierre, I Kpître, i, 12.)

et de son obscurité dans la petite ville de Nazareth. Et vous tous qui êtes pauvres et ignorés, réjouissez-vous de ce que la divine sagesse a voulu consacrer trente ans de son séjour sur la terre à vous servir de modèle. Puis accompagnez avec les apôtres le bon Pasteur à travers les campagnes où il cherchait la brebis perdue. Voyez comme toujours il a été miséricordieux envers les pauvres, condescendant envers les pécheurs à la table desquels il s'asseyait. Considérez que jamais il n'a rebuté personne, il ne s'est détourné de personne, pas même des lépreux. Il a été patient envers les injures, doux dans ses réponses, toujours prêt à être le serviteur de tous, ainsi qu'il le dit (1). A tous il a laissé des exemples que tous nous devons suivre (2). En compagnie de sa mère et de son cher disciple, assistons-le à l'heure de sa mort, comptons les blessures qu'il a reçues pour notre amour, cherchons-le comme Marie- Madeleine jusqu'à ce que nous méritions de le trouver.

(1) Ecce in medio vestrum sum sicut qui minislrat. (S. Lie, xxh, 27.)

(2) Lxemplum dedi vobis ut qucniadmodum feci, ita et vos faciatis. ( S. Jeax, xm, 15.)

Suivons-le de nos désirs lorsqu'il remonte dans la commune patrie, où il va préparer nos couronnes.

Que cependant, ainsi qu'il convient à des hommes faibles, accablés de beaucoup de maux, tout ce qui dans la vie de Jésus-Christ parle d'humiliation et de souffrances soit le sujet préféré de nos pensées, la méditation choisie de notre âme; car telle est la nourriture qui nous convient pendant que nous habitons cette vallée de larmes, où nous semons avec tant de gémissements ce qui ne doit fleurir que dans le ciel. « Imitons, dit S. Bernard, la prudence de l'Épouse des Cantiques, qui s'était fait de son bien-aimé un bouquet de myrrhe qu'elle avait placé sur son cœur (1). » Pour moi, à la place de tous les mérites dont j'étais dépourvu, j'ai recueilli les angoisses et les amertumes de mon Maître, la pauvreté de son enfance, l'abaissement de sa passion, les tressaillements de son agonie, les douleurs de sa mort. Je m'en suis fait un faisceau de myrrhe, ne cessant de re-

(1J Fasciculus myrrhae dileclus meus milii. Intcr ubera mca coumiorabilur. (Cantique des Cantiques.)

- 9 ■-passer ces choses et de les rappeler dans la mémoire de mon cœur; de telle sorte que ces amertumes me sont devenues très douces, semblables à un souvenir de suavité qui s'épanche au dehors (1) ; car, ainsi que vous le savez, je n'ai plus eu d'autre sagesse, je n'ai plus eu d'autre discours parmi vous, je n'ai plus eu d'autre philosophie que Jésus, et Jésus crucifié ! De même que la colombe se repose dans les trous de la pierre (2), de même toute l'amoureuse pensée du chrétien fidèle est dans les blessures de Jésus-Christ. Venez à ce refuge, ô pauvres affligés, qui que vous soyez, persécutés par le monde, par le démon, par votre propre cœur ! Ne gardez pas votre âme en vousmêmes. Jetez-la dans l'inébranlable forteresse, dans la pierre vive, dans les entrailles du Sauveur (3). Ses plaies ne sont toutes grandes

(1) Memoriam abundanlix suavitatis horum eructabo. [Psaume, lii.)

(2) In foramiuibus petiw, in caverna materiœ. (Cantique des Cantiques.)

(3J Le même point de vue a encore été développé ailleurs avec bonheur par S. Bernard : « Le courage du martyr provient de ce qu'il habite de tout son amour dans les blessures du Christ, et qu'il y demeure par une incessante méditation. C'est

ouvertes que pour vous y faire entrer. Si votre âme n'a d'autre demeure et d'autre garde que votre corps faible et passible, elle pliera sous le poids de la souffrance, elle succombera sous l'attaque de la tentation ; mais si vous la savez loger dans les trous de la pierre angulaire, de la pierre impassible, ayez confiance! elle résistera, elle vaincra avec elle, comme elle. »

Vous voyez, mes frères, ce qu'est à votre faiblesse la méditation de la vie de notre Seigneur Jésus-Christ, votre port dans la tempête, votre forteresse contre les attaques de l'ennemi , votre refuge , votre paix. Priez pour moi , pauvre pécheur qui m'efforce de vous introduire dans cette terre de fécondité, non que je pense vous en faire goûter tous les fruits ; mais nu milieu de cette abondante moisson je choisirai, suivant mon pouvoir et vos besoins, ce qui

là qu'il se tient debout et triomphant, et trépignant de joie, bien que son corps soit en lambeaux, et que le fer lui ouvre le cœur. Où est donc alors l'àuie du martyr? Elle est dans les plaies de Jésus, dans ces plaies qui s'ouvrent pour la recevoir. Si elle restait dans ses propres entrailles, elle sentirait peutêtre le fer qui les tourmente; elle ne supporterait pas la douleur, elle succomberait, elle renierait. »

me paraîtra le plus propre à nourrir vos âmes. Je vous demande à votre tour, si vous voulez en retirer quelque avantage, d'y appliquer les forces de votre intelligence et les affections de votre cœur ; et afin que vous fassiez cette méditation d'une manière très utile et qu'elle ne soit pas seulement la stérile occupation de votre esprit, rendez-vous présentes par la pensée les actions et les paroles de Jésus-Christ. Que ce qui s'est passé depuis des siècles se renouvelle devant vous. Ecoutez Jésus, voyez-le marcher, voyez-le s'asseoir; que sa voix résonne à votre oreille; rendez-vous familier le doux maître; regardez ce visage vénérable qui inspirait le respect et l'amour, ces yeux si brillants de divinité et de miséricorde , cet aspect, ce maintien plein d'une suave gravité. Yous n'êtes pas seuls avec lui; entourez-vous de tous les personnages de l'Évangile. Contemplez Marie avec la troupe des saintes femmes , les apôtres, les disciples, compagnie bienheureuse à laquelle vous vous mêlez. Qu'ensuite votre imagination vous représente cette terre bénie, illustrée par tant de prodiges, réjouie durant Irente-trois ans de la présence corporelle

de Jésus , baignée de son sang précieux , terre vers laquelle ont aspiré les patriarches, qui ne pouvant y vivre ont voulu y être ensevelis , terre où tant de saints ont passé leurs jours dans la pénitence et pour laquelle tant de chrétiens sont morts de la mort des martyrs. Voici la grotte de Bethléem , tabernacle de Dieu avec les hommes, la pauvre maison de Nazareth, les rives désertes du Jourdain, la mer de Génézareth si souvent traversée par la barque de Pierre; le désert où Jésus se retirait pour prier, la montagne d'où il enseignait le peuple , le Thabor, témoin de sa gloire; le Jardin des Oliviers, qui vit son agonie, et surtout le Calvaire, où , dans la mort du Seigneur, a commencé notre vie et s'est accomplie l'œuvre de notre salut.

Prends donc cet Évangile, âme dévote au Sauveur; étudie cette bonne nouvelle, examine, pèse et considère tout ce qui a été dit de ton Seigneur, dont toute parole est pour ton instruction, toute douleur pour ton salut. Le voici devant toi celui qui est la voie, la vérité et la vie. En imitant ses œuvres tu parcours la voie sûre, en méditant sa doctrine tu connais la

vérité; éclairé de sa lumière, marche dans sa route, et tu arriveras à la vie éternelle, qui est encore notre Seigneur Jésus. (1)

(i) Ce paragraphe est extrait d'une Vie de Jésus-Christ composée au quatorzième siècle par Ludolphe-le-Charlreux. Sans doute depuis celte époque ce grand sujet a reçu bien des développements, que l'ouvrage de Ludolphe ne contient pas; mais cet essai est déjà remarquable, et S. François de Sales mettait le livre du moine saxon à côté des écrits ascétiques de Gerson et de sainte Thérèse. Le livre de Ludolphe a été traduit dès 1490. I ne nouvelle traduction, attribuée à la plume d'une femme, a paru en 184S. C'est cette traduction que nous citerons toujours. (Voyez LcDOLniE-LE Chartreux, Vie de noire Seigneur Jésus- ( hrist, Prologue.) — On trouvera aussi un beau développement des mêmes pensées dans S. Boxavextlre, Méditation» de la Vie du Christ, traduction Henri de Riaucey, Prologue ou Avant-Propos.

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