INTRODUCTION
La Réformation, sœur de la Renaissance, est, comme chacun sait, ce remarquable mouvement des esprits qui, dans la première moitié du seizième siècle, donna naissance aux différentes fractions du protestantisme.
Luther en Allemagne, Knox en Êcosse, Zwingle et Guillaume Farel en Suisse, Lefebvre d'Étaples et Calvin en France furent les principaux agents de cette grande scission.
Et maintenant, qu'est-ce que le Protestantisme?
L'un de nos plus illustres hommes d'État s'est chargé, dans une circonstance solennelle (*), de répondre à cette question : « Le Protestantisme, a-t-il dit, c'est la première forme de la liberté clans les temps modernes. »
A prendre les choses d'un peu haut, la Réformation n'est, en effet, qu'une étape sur la route de la Révolution française.
Si l'on veut se rendre compte du chemin parcouru
(') Discours prononcé par M. Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique et des Cultes, à l'inauguration des nouveaux bâtiments de la Faculté de théologie protestante de Paris, le vendredi 7 novembre 1879.
par l'humanité depuis que la grande voix de Luther vint pour la première fois ébranler le monde, il suffît de comparer ce que nous avons obtenu, en France par exemple, à ce que réclamaient autrefois les protestants.
Que demandaient, en effet, les Calvinistes du seizième siècle? La tolérance pour leur culte.
Que réclamaient plus tard Voltaire, Turgot, Beaumarchais et les philosophes du dix-huitième siècle pour les malheureux protestants qui n'avaient pas même d'existence légale? Qu'on tolérât leur présence dans le royaume et qu'on leur donnât un état-civil.
Or, ce mot de tolérance est aujourd'hui très insuffisant ; je dirai plus : il nous froisse. Grâce à l'égalité devant la loi, nous n'avons à être tolérés par personne. Juifs, protestants ou libres penseurs, ont les mêmes droits que les catholiques romains. Tous, au même degré, sont des citoyens français qui ont pleine liberté de se réunir quand ils le jugent à propos et d'exprimer leurs idées et leurs sentiments religieux ou philosophiques dans la forme qui leur convient le mieux.
Réclamer au seizième siècle la liberté de conscience eût été absurde et inopportun. Il fallait préparer les esprits, par des degrés successifs, à se familiariser avec cet ordre d'idées.
Voilà pourquoi la Réformation n'est qu'une étape, marquée, dans le Sud-Ouest comme ailleurs, par de sanglants et tristes épisodes.
Les chroniqueurs ou les historiens qui en ont esquissé le tableau, l'ont fait avec une singulière inexactitude, mais surtout avec peu d'impartialité.