‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 2 sur 310 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

D'ailleurs, ces récits trop fantaisistes, écrits à diverses époques par des adversaires de la Réforme, en placent les origines à Bordeaux vers 1538, c'est-à-dire à une époque qu'il faut reculer tout au moins de quinze années. Or, c'est précisément pendant cette première période que fonctionnait à Bordeaux le tribunal de l'Inquisition dont ils paraissent ignorer l'existence. Ce n'est donc pas dans ces livres, peu scrupuleusement composés, qu'il faut chercher la vérité.

Les premiers symptômes de défection à l'Église romaine furent réprimés en Guyenne avec la plus grande sévérité ; aussi les progrès de la Réformation dans cette province furent-ils d'abord très lents et très secrets. Ils sont aujourd'hui, par cela même, très difficiles à constater.

On comprend aisément que les premiers Luthériens recherchés partout avec passion, menacés de perdre ou la liberté ou la vie, n'avaient garde de fournir à leurs ennemis des traces écrites de leur culpabilité. C'est ce qui explique pourquoi, malheureusement, les pièces manuscrites composées par les protestants sont, à l'origine, d'une si excessive rareté.

Aussi n'est-ce qu'après de longues années de recherches (*) que j'ai pu, dans ces épaisses ténèbres qui voilaient à mes yeux l'histoire du passé, distinguer enlin quelques points lumineux.

Le schisme qui a donné naissance à la Réformation du seizième siècle, le plus grand événement des temps modernes avec la Révolution française, n'a point éclaté

(*) 11 y a maintenant dix-huit ans que ces recherches ont été commencées (août 1881).

spontanément, comme beaucoup de gens le croient encore; si ses effets ont été presque instantanés, ses causes ont été lentes et progressives. Il faut remonter presque à l'origine du Christianisme pour en découvrir les premiers symptômes.

Dès le moment ou l'Église, renonçant aux enseignements apostoliques, leur substitue ses dogmes personnels, une opposition commence à se produire et la lutte s'engage. Rome triomphe; aux communautés évangéliques, dont le principe était l'égalité, succède au contraire l'ordre hiérarchique le plus fortement constitué; en un mot, le Christianisme primitif disparaît peu à peu, pour faire place au Catholicisme, c'est-à-dire à une religion tout extérieure, composée de pratiques et d'observances minutieuses, en contradiction flagrante avec cette belle parole qui résume à elle seule le caractère du Christianisme évangélique : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité.

Asservir les âmes, dominer les consciences, étouffer la voix des minorités ou les protestations isolées ; par ces moyens, soumettre les peuples aux rois, puis voir les uns et les autres s'incliner devant elle, tel est, en résumé, le rôle de l'Église romaine depuis son origine jusqu'à nos jours.

L'histoire de la Réformation dans le Sud- Ouest, comme celle de la France entière, se divise tout naturellement en trois périodes :

La première va des origines de la Réformation jusqu'à YÉdit de Nantes;

La seconde, de la promulgation de cet Édit par

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