‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 118 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

défaveur. Le scandale de sa vie privée avait éloigné de lui les fidèles, qui tout naturellement s'étaient tournés vers la Réforme.

C'est ce que constate une curieuse lettre des consuls de Mézin à M. de Burie, que nous croyons utile de reproduire in extenso, pour montrer, une fois au moins, que les provocations, source de désordres, ne venaient pas toujours du même côté.

« Monseigneur, les consuls de Mézin vous certifient que dans la ville » et jurisdiction n'y a eu aulcung troubles, tumultes, rompement »d'imaiges; ains (mais) le peuple vit paisiblement comme bons et » obeyssans subjetz du Roy, voulans exposer leurs vies et biens pour » son service.

» Bien est vray que quand le peuple se veult assembler dans le temple » pour prier Dieu, ce sont les moynes, vicaires et prebstres qui ne » veullent permettre faire les dictes prières. Et de tant que les dicts » consuls du lieu de Mézin, voyant la vye lubrique des moynes et » prebstres, ont extirpé leurs putens, trouvées dans leurs chambres, » hors la ville et jurisdiction, ce est l'occasion que les dicts moynes et » prebstres se sont bandés contre le pauvre peuple et par plusieurs » foys s'efforcent de faire [congrégations] pour esmouvoir le monde et » troubler la République.

» Et de faict les dicts consulz en ont emprisonné ung numbre » des plus seditieulx, et de tant que le procureur du dict lieu ne » tient compte de faire chastier leurs rebellions, les dictz consulz, » Monseigneur, vous supplient très humblement voulloir pourvoyr de » tel remède que la République ne soit troublée. En ce faisant, le » seigneur Dieu vous augmentera de jour en jour ses grâces et bene- » dictions.

» Signé : Jehan MAUBIN, consul; François PENNENDÈS, consul; » J.-Bertran MAUBIN, consul ('). »

Au précieux document que nous venons de citer, il convient d'ajouter le « certificat d'obéissance et de dévouement » au roi de France et au roi de Navarre, gouverneur de la Guyenne, fait au nom de la ville et de la juridiction de Montflanquin par les consuls et le procureur du roi de cette localité.

(4) La pièce est adressée : « A Monseigneur de Burye, lieutenant pour le roi en Guyenne, en absence du Boj de Navarre. » (Bibliothèque nationale, Fonds français, vol. 15871, p. 118), publiée par M. Tarnizey île Larroque, dans ses Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais, p. Si et 85.

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Ces magistrats affirment en leur âme et conscience, à la date du 31 janvier, « que en la dicte ville ni jurisdiction ne se font aulcunes assemblées à port d'armes. »

Mais ils reconnaissent « que plusieurs des habilans d'icelle ville et jurisdiction se sont assemblés et assemblent, sans être au eu ln EMENT armez, dans des maisons et [dans] un temple de la dicte ville pour ouyr prescher » (*).

Qu'on nous pardonne ces nombreuses citations, indispensables pour résoudre les contradictions que semble présenter cette époque singulière.

Que voyons-nous, en effet, si nous résumons les documents ci-dessus? Des calvinistes prennent les armes pour leur défense, malgré les édits royaux, mais ils se déclarent à première injonction prêts à en faire la remise soit au lieutenant du roi, soit à ses mandataires. En outre, ils protestent de leur respect pour la personne de Charles IX et pour celle de la reine-mère.

Ailleurs leurs coreligionnaires se réunissent pacifiquement et sans armes, et ceux-là, comme les premiers, affirment de la manière la plus solennelle leur respect pour la Majesté royale et pour celle de la régente. Ce qu'ils réclament, ce n'est pas encore la liberté de conscience, c'est la tolérance pour leur culte.

Les premiers sont par nature, ou par excitation, plus hardis et plus remuants; les seconds plus modestes et plus pacifiques; mais remarquez-le bien, les uns et les autres protestent absolument contre toute idée d'attenter à l'autorité royale; ils se déclarent bons et fidèles sujets, à la seule condition qu'on les laisse libres de prier Dieu comme ils l'entendent et d'ouïr la prédication de l'Évangile.

L'explication de cette réserve se trouve dans les articles 39 et 40 de la Confession de foi des Églises réformées de 1559 (2).

Art. 39. — Il faut donc à cause de luy (Dieu) qu'on

(!) Bibliothèque nationale, Fonds français, vol. 15871, p. 116, publié par M. Tamizey de Larroque dans ses Documents inédits, etc., p. 82 et 83. (2) Voyez p. 179 et 180.

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