‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 139 sur 310 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

compagnie de gens d'armes, les fanatiques, tels que Pierre Redon, le chanoine Lalande et Martial de Nort, se sentant appuyés par les soudards, auraient occasionné des troubles et fait couler le sang des huguenots.

Le lendemain, 1er juin, le capitaine Vaillac était de retour à Bordeaux de sa mission dans le Rouergue ; il y avait été bien accueilli par les gentilshommes de cette contrée; mais quand après leur avoir reproché de « favoriser les ministres, prêches et assemblées publiques », il avait essayé de les faire renoncer à cette manière de faire, il s'était brisé contre un refus formel, les trouvant inébranlables dans leur foi. Ils lui répondirent « qu'ils prieroient Dieu et continueraient de faire comme ils avoient açcoustumé » .

La reine -mère aurait désiré que Burie se rendit en personne à Villefranche de Rouergue et à Montauban pour châtier l'insolence de ces hobereaux qui parlaient avec trop d'assurance, mais la présence du gouverneur de la Guyenne était indispensable à Bordeaux, où l'Église romaine allait déployer toutes ses pompes dans une importante cérémonie religieuse. Antoine Prévost de Sansac, abbé de Chàtillon en Bourgogne, nommé depuis l'année précédente au siège archiépiscopal, allait être sacré, le 5, par les évêques de Sarlat, de Tulle et de Grasse, dans l'église métropolitaine

Les députés du clergé de Guyenne, réunis à cette occasion au siège de la primatie d'Aquitaine, en profitèrent pour rédiger une protestation énergique contre les excès des huguenots et présenter leurs doléances au Parlement qui allait recevoir dans son sein le nouvel archevêque, avec le titre de conseiller clerc (2).

(*) L'Eglise métropolitaine et primatiale Saint-André de Bourdeaux, par M. Me HlEROSME Lopès, chanoine théologal, p. 285.

(s) Le '26 juin, Antoine Prévost de Sansac, debout et tête nue devant les Chambres assemblées, prêta le serment de conseiller, après avoir été reçu en cette qualité par maître Jehan d'Alesme. Il exhiba « le certificat du serment de fidélité prêté par luy au Roy et revêtu de la signature du grand aumônier de France ». Après ces formalités, il adressa quelques paroles au Parlement, auxquelles le président de Lachassaigne répondit par un compliment de bienvenue. Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367.

Le 7 juin, la Cour transmit à Charles IX les plaintes du clergé. « Les rneschans, écrit le greffier Pontac, se confirment en leurs dampnées opinions et plusieurs des bons y choient. Il n'y a assemblées, presches publics et privés des ministres, cènes, baptesmes, mariages, enterrements et toutes autres cérémonies contraires à celles de l'Église, bruslemens d'ymages, forcement et saccagement d'églises et lieux saints, perturbation et empeschement du service divin et usurpation des dixmes, le tout avec port d'armes, qu'ils ne fassent. »

C'était, on le voit, toujours le môme système : confondre les calvinistes paisibles, qui se bornaient, suivant leur conscience, à célébrer leur culte, avec les iconoclastes qui, dans toutes les localités où ils se sentaient en force, opprimaient les minorités et commettaient les actes les plus néfastes.

Cette confusion volontaire, attribuant aux uns les méfaits des autres, nous semble d'autant plus coupable que le Parlement avait sous les yeux l'exemple de ce qui se passait à Bordeaux, où, sauf de très rares exceptions, la population calviniste se comportait avec modestie et donnait le meilleur exemple.

Le 10, Burie écrivait de Bordeaux au roi pour lui raconter les audacieux débordements des huguenots en Agenois, en Périgord et en Bazadais, il ajoutait; « Quant à ceste ville, Sire, la Fête-Dieu y a passé doulcement, grâces à Dieu »... si ce n'est « qu'en un coin de la ville, passant une des processions par là, il fut tiré quelques pierres d'une maison, mais ceulx qui l'ont fait, Sire, furent pris hier et mis entre les mains de la Cour de parlement, laquelle en fera justice » (*).

(') Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3186, p. 142. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque dans le tome X des Archives historiques de la Gironde, p. 60. On lit dans les Registres secrets : « La Cour décrète l'arrestation de ceux qui avaient lancé des pierres lors du passage de la procession de la Fête-Dieu, elle délègue à cet effet un président aux enquêtes, trois conseillers et deux huissiers avec le maire de la ville et deux jurats chargés de demander main forte à M. de Burie ». Bibliothèque municipale de Bordeaux, mss. 367, f° 116 v°.

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