CHAPITRE XIX
Mais peu de temps après, Curie ayant appris que le nombre des calvinistes d'Agen s'était accru dans une grande proportion, autorisa ces derniers à se servir du temple de Saint-Fiari, à la condition de s'y comporter paisiblement. Il rendit d'ailleurs le ministre et les anciens de l'Église personnellement responsables des désordres qui pourraient survenir.
Cet état de choses dura jusqu'au jour où l'assemblée des religionnaires s'étant accrue au nombre de 6 à 7,000 personnes, l'église de Saint-Fiari devint tout à fait insuffisante.
Les huguenots eurent alors la fâcheuse idée de s'emparer du couvent des Jacobins, « tant pour y prescher que pour y loger les ministres. » Les moines, etfrayés par cette nouvelle, emballèrent leurs meubles et les ornements sacerdotaux et se retirèrent partout où ils trouvèrent l'hospitalité.
Malheureusement, après leur départ, l'autel et les statues se trouvèrent brisés; les calvinistes, accusés de ces actes de vandalisme, s'en défendirent, affirmant « que les prêtres eux-mêmes avoient perpétré ce cas », pour les rendre plus odieux (').
Il est possible, en effet, que leur affirmation fût vraie; mais les actes de cette nature commis par les huguenots sont si nombreux dans toute la France, et particulièrement dans le Sud-Ouest, que cette justification, fût-elle prouvée, ne diminuerait que d'une manière bien peu sensible les accusations sévères qu'on est en droit de diriger contre eux.
Des imputations de la plus haute gravité, contre les calvinistes de l'Agenois et du Quercy, furent transmises à M. de Burie par le clergé; Théodore de Bèze affirme que la plupart étaient fausses et n'avaient d'autre but que de discréditer les réformés.
C'est ainsi qu'on les accusait, par exemple, de tenir des consistoires où ils évoquaient les procès, enlevés de cette manière à la juridiction des magistrats nommés par le roi;
(2) Tiiéouoke ul IM.ZE, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. 1er, p. 792.
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de ne plus payer les dîmes; de forcer le clergé romain à contribuer à l'entretien des ministres; de se fractionner en divisions cantonales, à l'instar de la Suisse, ce qui ne tendait à rien moins qu'à fédéraliser le royaume; de prendre les cloches des églises pour en faire des canons, etc.
Enfin, on adressait aux calvinistes de Montauban le reproche particulier d'avoir battu monnaie, « calomnie trop impudente », écrit Théodore de Bèze
Comment, au milieu de ces contradictions continuelles, retrouver aujourd'hui la vérité? C'est pour l'historien consciencieux une tâche bien difficile, mais non pas impossible, grâce aux précieux renseignements que nous fournit la correspondance des hommes de ce temps -là, jointe aux documents de toute nature que renferment les dépôts publics ou les collections particulières.
Le 30 mai, dans une lettre adressée de Bordeaux au roi de Navarre, dont il n'ignorait pas le retour au catholicisme, M. de Burie signalait à ce prince les désordres commis à Monségur et la situation grave dans laquelle se trouvait la ville d'Agen.
«Le président d'Agen et ung des consuls sont venus » devers moy, il y a quatre jours, pour ce qu'ilz ne se » peuvent comporter les uns avec les autres ; ils m'ont prié » d'écrire à Monsieur de Monluc d'aller jusques là, ce que » j'ay fait; d'aultant [mieux], Sire, que ses maisons en sont » à deux ou trois lieues près. Ledict consul [Martial de » Nort] m'avoyt prié de faire loger la compagnie dudict » sieur de Monluc dans le dict Agen, ce que je n'ay voullu » entreprendre, craignant, Sire, qu'il en advint plus de mal » que de bien, mais qu'il y aille avec son train pour parler à » eux doulcement et les contenir en paix et union (2). »
On voit que Burie connaissait Monluc sur le bout du doigt; il n'ignorait pas que s'il eût fait entrer à Agen sa
(*) Histoire ecclésiastique des Église* réformées, t. Ier, p. 792.
(2) Bibliothèque nationale, inss. : Fonds français, 3187, p. 127. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque dans le torne X des Arcii. HISTORIQUES DE LA Gironde, p. 56.