‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 143 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Secrets de l'avenir: l.i guerre ou la tolérance? — Les Églises de la Saintonge et de l'Aunis. — Bel exemple de fraternité donné par les catholiques et les calvinistes de cette région. — Première réunion publique à Saintes tenue par le pasteur Claude Boissière. — Premières réunions publiques des calvinistes à La Rochelle (avril et mai 1 r>G 1 ) . — Assemblée des États provinciaux (Borderux, mars 1501). — Les réformés tiennent à Bordeaux leur première exhortations publique hors de l'enceinte fortifiée. — Le chevalier du guet reçoit de Burie l'ordre de s'y rendre. — Conversion de cet officier. — Culte public aux deux extrémités de la vile. — Le Parlement voit avec déplaisir la condescendance du gouverneur. — Plaintes de Burie au Parlement. — Troubles à Lecloure en Armagnac. — Le roi donne à Burie l'ordre de s'y rendre. — Pression exercée sur la reine-mère par les catholiques et le parlement de Guyenne. — Édit de Juillet. — Désordres causés par les protestants dans l'Agenais. — Expédition de Burie dans celte région.

Lorsque Coligny, s'agenouillant avec respect pour présenter à Charles IX la requête de ses coreligionnaires, réclama la tolérance pour leur culte, il ne dissimula point au jeune roi que, dans la seule province de Normandie, 50,000 hommes étaient prêts à signer cette demande et à la soutenir de leur épée, s'il le fallait (').

« Dieu a tellement augmenté son Église, écrivait à Calvin » le ministre Claude Boissière, que, en ceste province nous » sommes aujourd'hui plus de trente-huit pasteurs... mais » quand nous en aurions encore cinquante, à peine pour- » rions nous suffire à la moitié des charges qui s'y présen- » tent (2). »

Ce qu'il disait de la Saintonge, d'autres auraient pu le dire de l'Agenais ou du Périgord, du Condomois ou du Bazadais; partout, dans ces différentes sénéchaussées, le nombre des calvinistes s'était accru depuis peu d'années

(*) Dr Tiioc, Histoire universelle, t. II ; Henri LUTTEROTH, La Ré formation en France pendant sa première période, p. 209 : « Supplication de ceul.v qui en diverses provinces, invoquent le nom de Dieu suivant la règle de la piété. »

(2) Voyez chap. XIX, p. '278 et 279, la lettre de ce pasteur.

dans d'effrayantes proportions. Et ce n'était pas seulement en Guyenne que cette augmentation s'était produite, mais dans toute la France!

En 1559, si l'on en croit Théodore de Bèze, il y avait en France 400,000 calvinistes (1). Deux ans après, en 15G1, Catherine de Médicis questionnant les députés des Églises réformées pour en connaître le nombre, en reçut le dénombrement par écrit. Il était de 2,150 églises soumises à l'admirable et forte constitution enfantée par le génie de Calvin.

Cette constitution, hàtons-nous de le dire, était essentiellement démocratique. Les consistoires devaient élire des délégués pour représenter chaque Église aux assemblées de districts appelés colloques. Les délégués des colloques se réunissaient en synodes provinciaux et ceux des synodes provinciaux formaient le synode national.

Deux millions de protestants, chiffre qu'indiquait au pape Catherine de Médicis, réclamaient le droit de se réunir et de célébrer leur culte. Quel parti prendre? Force était bien maintenant de compter avec eux.

Répondre par un refus, c'était allumer la guerre civile et déchirer la France au profit de l'Espagne, toujours prête à profiter de nos discordes. Reconnaître les dissidents, on ne le pouvait pas; c'eût été pactiser avec l'hérésie. Le pape Paul III s'y opposait formellement.

On essaya d'une transaction, d'une sorte de modus vivendi qui permettait au nouveau culte de vivre à côté de l'ancien. Mais ce rêve du chancelier de Lhôpital, ce projet de deux religions ennemies vivant paisiblement, sinon fraternellement, à côté de l'une de l'autre, était-il bien réalisable au seizième siècle? Tous les écrivains catholiques, on comprend dans quel but, affirment que non. Nous sommes précisément d'un avis contraire. Et les faits sont là pour nous donner raison.

En 1561, alors que des luttes sanglantes avaient lieu

(') Histoire ecclésiastique des É'jlises réformées, édit. de 1580, t. Ier.

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