‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 144 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

journellement en Agenais ou en Gondomois entre huguenots et papistes, la Saintonge et l'Aunis donnaient le remarquable exemple des réformés et des catholiques vivant en bonne intelligence. On voyait dans maintes localités le même édifice servir aux deux cultes; les services religieux s'y célébraient alternativement; les catholiques qui venaient de chanter la messe se croisaient à la porte avec les calvinistes qui se rendaient à \ exhortation. C'est ainsi qu'on appelait alors l'exercice du culte réformé (1).

Le 25 décembre 1560, un synode provincial de la Saintonge s'était réuni dans la ville de Tonnay- Charente. Cette assemblée encouragea fortement les calvinistes de cette localité à se constituer en Église. Ils le firent et obtinrent cette année, pour leur premier pasteur, Noël Magnan. Dans les trois provinces de l'Aunis, de Saintonge et d'Angoumois, les ministres rivalisaient de zèle et d'activité pour étendre la Réforme. Léopard surtout se montrait infatigable. Sa piété et ses talents lui gagnaient tous les cœurs.

Jusqu'à cette époque, les réformés de la Saintonge, si l'on en excepte ceux d'Arvert et de Marennes, n'avaient pu célébrer leur culte que dans des maisons particulières ou dans les châteaux des gentilshommes ralliés à la Réforme.

Ces assemblées secrètes avaient plus d'une fois donné prise à la calomnie. « Nous étions, dit Bernard Palissy, blasmés et vitupérés de calomnies perverses et méchantes. Les uns disoient: Si leurs doctrines estoient bonnes, ils prescheroient publiquement. Les autres disoient que nous nous assemblions pour paillarder et qu'en nos assemblées les femmes estoient communes. » (2)

Le calvinistes, forts de leur innocence, ne supportaient cependant qu'avec peine ces fausses inculpations. Cette année, ils insistèrent pour que leurs pasteurs fissent entendre publiquement la prédication de l'Évangile. Claude Boissière,

(*) Tu. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 813, et A. Croît et, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne. (2) Œuvres de Bernard Palissy, édit. Faujas de Saint-Fond, 1 vol. in-i°,1777

ministre de Saintes, fut un des premiers à céder à ces sollicitations.

Ce fut sous la halle de cette ville qu'il réunit, la première fois, son troupeau, pour lui annoncer la parole de Dieu. Le maire n'eut pas plutôt connaissance de cette assemblée qu'il se hâta d'accourir sur les lieux, accompagné du grand vicaire de Saintes et de plusieurs officiers.

Il demanda d'abord au pasteur en vertu de quel droit il se permettait de prêcher en public et lui défendit sévèrement de continuer.

Claude Boissière répondit simplement qu'il avait été choisi par les fidèles et nommé par les pasteurs de l'Église réformée pour annoncer l'Évangile, ce qu'il faisait en enseignant à ses frères le salut par Jésus -Christ, en les exhortant à vivre dans la crainte de Dieu, dans l'obéissance au roi, dans la soumission aux autorités.

Le maire parut satisfait et borna là ses poursuites. L'exemple du courageux pasteur de Saintes fut suivi, nous dit l'historien des Églises de la Saintonge, par le plus grand nombre de ses collègues (*).

La conversion de Jean Pierres, lieutenant -général au gouvernement de La Rochelle, due aux prédications excellentes des pasteurs La Vallée et Bruslé, eut pour conséquence immédiate l'exercice public et régulier du culte réformé dans la capitale de l'Aunis (2).

Les assemblées religieuses se tinrent d'abord dans la vaste salle de Saint-Michel, qui occupait dans la rue du même nom l'emplacement même du Temple réformé actuel, puis le dimanche suivant (3 mai 1561), à Saint-Michel et dans la salle Gargoulleau, qui paraît avoir occupé l'emplacement de l'Hôtel de France, à côté de la Bibliothèque de la Ville (3).

(!) A. Crottet, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne, p. 61.

(s) Voyez l'intéressant opuscule de mon savant ami M. L. de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure : Origine et progrès de la Réformation à La Rochelle, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1872.

(3) Louis Gargoulleau exerça les fonctions de maire de La Rochelle en 1588. (Note de M. L. de Richemond, p. 63.)

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