‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 67 sur 310 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pouvait tenir lieu de pasteur, un jeune homme, qui annonçait d'heureuses dispositions pour l'étude, fut envoyé à Genève pour se préparer au saint ministère. Il se nommait Yves Rouspeau.

Les fils du baron de Mirambeau avaient suivi l'exemple et les exhortations de leur mère. L'un d'eux, Jacques de Pons, était venu à Bordeaux en compagnie du sieur de Charon, et ces têtes chaudes s'imagïnant, sans doute, «pie la religion qu'ils venaient d'embrasser, par attrait de la nouveauté, leur donnait le droit de tout faire, se mirent « à la tête d'une assemblée de gens illicitement réunis en armes ». Comme ils causaient du scandale dans les rues de Bordeaux, le Parlement les fît arrêter (mars 1552) ('). Nous pensons qu'il fit son devoir.

Peu de temps auparavant (26 janvier), la Cour avait été avertie par le marquis de Trans (2), qu'une autre assemblée de gens armés avait eu lieu dans la ville de Sainte-Foy. Antoine de Navarre, prévenu du fait, en sa qualité de gouverneur de Guyenne, n'avait pas eu l'air de s'en soucier. Le Parlement décida que deux conseillers, MM. Lavergne et Laurent de Lageard, seraient députés vers le comte de Lude, lieutenant général pour Antoine de Bourbon, afin de réclamer de lui la punition des coupables (3).

Il y a dans tous les partis, en religion comme en politique, des gens qui veulent aller trop vite. Les impatients et les iconoclastes nuisaient aux hommes sincères qui réclamaient la liberté de conscience par les voies légales et ne demandaient que l'autorisation de s'assembler, sans armes, pour lire la Bible et prier Dieu.

Affolés d'ailleurs par les persécutions, bien des Réformés qui jusque-là s'étaient armés de patience, commençaient

(!) Arcii. départementales delà Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 41.

(2) De Foiz, marquis de Trans, vicomte de Castillon et Curson, baron du Fleix, de la Tresne et de Montguyon.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 369, f» 136.

dans quelques localités à aiguiser leurs rapières et à se réunir pour se défendre.

Le 20 août 1551, la Cour, avertie que plusieurs personnes, contrevenant aux édits royaux, « portent ordinairement espées, poignards, dagues et autres arnoys prohibés, s'assemblent en grand nombre et vont de nuit en armes par les rues de Bordeaux, » fait publier à son de trompe une interdiction de ce taire, sous peine « d'estre pendus et étranglés » (*).

Nous n'avons encore parlé que très incidemment de la sénéchaussée des Lannes, comprise dans le ressort du parlement de Bordeaux avec le pays de Marsan, le Tursan, le Gabardan, la Soûle et le Labourd ; bien que la Réformation y eût pénétré moins profondément que dans le Bordelais, le Périgord, l'Agenais et la Saintonge, elle y comptait cependant de nombreux adhérents.

Le pays de Labourd (Lapurdum), qui forme aujourd'hui l'arrondissement de Bayonne (2), avait été de bonne heure conquis par l'hérésie. Bidache, Espelette, La Bastide-Glarence, Hasparren, Saint-.Iean-de-Luz et Ustarritz étaient déjà tellement envahis par les idées nouvelles que, vers 1549, la Cour des commissaires envoyés à Bordeaux pour remplacer le Parlement avait dù s'en préoccuper, ainsi que du pays de Soûle.

Une liste des hérétiques de cette dernière contrée avait été dressée par Jean de Tardes, capitaine du château de Mauléon, qui s'était empressé de l'adresser au procureur général à Bordeaux, M> Bernard Delahet.

Instruit de ce fait, le lieutenant du sénéchal des Lannes, Me Jean de Casela, avait immédiatement commencé des poursuites contre les personnes incriminées.

La Cour, sur la requête du procureur général, se fit

(*) Arch. départementales de la Gironde, série R, Parlement : Arrêts.

(*) Lapurdum était primitivement le nom d'une ville romaine située sur la rive gauche de la Nive, tout près de son confluent avec l'Adour, à une lieue de la mer environ. Son enceinte, dont on voit encore quelques vestiges, embrassait la partie haute de la ville actuelle de Bayonne.

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