‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 66 sur 310 · CHAPITRE XI. Ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. Ii

On ne tarda point à savoir qu'un fait analogue avait eu lieu dans quelques « autres églises » de la ville.

Le Parlement, prévenu tout aussitôt, se hâta de rendre un arrêt qui ordonnait de rechercher activement les auteurs de cette audacieuse effronterie. Les jurats furent invités à le faire crier, à son de trompe, dans les divers quartiers de la ville.

« La Cour enjoinct à toutes manières de gens, si ils scavent directement ou indirectement, par conjectures, ouï dire, ou autrement qui a escript, mis, affiché ou apposé aux portes de l'église Sainct-Pierre et aultres églises de ceste ville de Bourdeaulx certains placards qui y ont esté trouvés depuis lundy dernier, contenant plusieurs choses hérétiques et scandaleuses contre l'honneur de Dieu et les saintes constitutions de l'Église; si scavent aucune chose de ce scandale qui a esté faict à l'église Saincte- Colombe depuis ung mois ou six semaines en ça, qu'ils ce viennent deslater et révéler à la dicte Cour dedans trois jours, sous peine d'estre attaints et convaincus de crime d'hérésie, déclarés fauteurs des héréticques et punis de semblable peine qu'auront mérité les délinquants.

» Et auront les dits revellans la moitié des amendes et confiscations qui seront adjugées au Roy (') ».

Nous n'avons aucun renseignement sur le « scandale » qui avait eu lieu à Sainte -Colombe.

Comme si l'arrêt du Parlement était insuffisant, Henri II crut nécessaire de lui expédier des lettres-patentes « pour procéder à la punition » des coupables. Elles portent la date du 10 mars 1551 (2), ou 1552 nouveau style.

Presque à la même époque, on reçut la nouvelle qu'à Saint-Jean-d'Angély des statues avaient été enlevées de l'église par des iconoclastes.

Toute la Saintonge, d'ailleurs, désertait les vieilles traditions

(') Afîch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 35.

(5) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édils royaux, reg. 33, f° 261 vî.

romaines et se rangeait sous l'étendard de la Réforme; les conseillers d'Alesme et Amelin reçurent l'ordre de se rendre (huis cette contrée pour y faire le procès aux hérétiques jusques à sentence définitive et torture inclusivement^). Injonction fut faite à Tristan du Bizet, évêque de Saintes, de remettre aux deux commissaires du Parlement cent écus pour les frais de procédure.

De son côté, le conseiller Antoine Gautier fut chargé de se rendre à Saint- Jean-d'Angély pour interroger les prisonniers soupçonnés d'avoir dérobé les statues.

Déjà quelques années auparavant les religieux de l'abbaye de cette ville avaient été poursuivis pour avoir, « sans aucune nécessité, vendu les reliques et images sacrées de leur église. »

Le prieur François du Croisset et le sous -prieur, Nicolas David, avaient été arrêtés.

Nous avons dit que parmi les gentilshommes de la Saintonge qui des premiers avaient accepté l'Évangile, se trouvait Antoine de Pons, seigneur et baron de Mirambeau.

Il avait épousé en premières noces Anne de Parthenay (2), tille du seigneur de Soubise, élevée avec Renée de France à la cour de Ferrare. Anne de Parthenay-Larchevèque, l'une des femmes les plus remarquables de cette époque, possédait une érudition hors ligne et lisait couramment les auteurs grecs ou latins. Après avoir entendu à Ferrare les prédications de Calvin, elle avait abandonné l'Église romaine. Le sire de Pons avait suivi son exemple.

De retour en Saintonge, installés dans le vieux castel qui domine la petite ville de Pons, ils entreprirent de convertir leurs vassaux à la Réforme. Quelques officiers de leur maison et bon nombre d'habitants de Pons furent gagnés à i'Évangile (3). Mais comme Antoine, malgré son zèle, ne

(*) Jehan d'Alesme, et Léonard Amelin, seigneur de La Rochemaurin, étaient deux jurisconsultes de talent.

(2) La mère de Mme de Pons, Michelle de Saubonne, avait été gouvernante de Renée de France.

(3) Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français, année 1854, p. 521. Histoire des Églises réformées de Pons, Gemozac. et Mortagne, par A. Crottet, de Genève, pasteur à Pons.

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