‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 70 sur 310 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Honneur à ces hommes qui, dans un siècle de fanatisme, avaient le courage de prêcher la tolérance! Quelques-uns payèrent hien cher cette généreuse audace.

A l'archevêché, Jean du Bellay occupait encore le siège épiscopal. Chargé par le roi d'une ambassade à Rome, il fut nommé cardinal par le pape Paul III et crut devoir se démettre de ses fonctions pastorales. Il ne tarda point à être remplacé comme primat d'Aquitaine par François de Mauny dont les bulles furent expédiées le 4 novembre 1553, mais qui ne fit son entrée à Bordeaux que vers la fin de l'année suivante.

Il y eut donc une vacance épiscopale, pendant laquelle les vicaires généraux de Saint-André et le tribunal diocésain, présidé par l'inquisiteur de la foi, restèrent chargés de la direction des affaires religieuses et ecclésiastiques.

C'est ainsi qu'au mois de mai 1553, ils eurent à s'occuper d'un acte de vandalisme commis au prieuré Saint-James. Ils venaient d'apprendre que, dans la nuit du G, quelques «escoliers», surexcités peut-être par de trop copieuses libations, avaient jeté par terre les statues qui décoraient le portail et qui naturellement s'étaient brisées.

Le Parlement, sur le rapport qui lui fut adressé, désigna Me Léonard Amelin pour instruire l'affaire et procéder à l'interrogatoire des prévenus (*). Le 12 juin, d'après les lettres adressées par Henri II à l'archevêque et transmises au Parlement par Augier Hunaud de Lanta, vicaire général (2),

(*) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 3G9, f° 305. De l'autre côté des fossés Saint-Éloi, en face des tours de l'Hôtel de Ville, s'ouvrait le prieuré Saint-James ou plutôt Saint-Jacques, composé de bâtiments considérables, d'une église fort ancienne, enfin d'un hôpital pour les enfants trouvés et pour les pèlerins qui se rendaient soit à Saint- Jacques de Compostelle, soit ailleurs. La fondation de cette maison hospitalière était bien antérieure au douzième siècle. Le père Dorigny, de la Compagnie de Jésus, la fait remonter au temps de Charlemagne.

(2) Il était abbé de Sainte-Croix, le monastère où commença la Réforme, et de plus, conseiller du roi au Grand Conseil, abbé de Saint-Sauveur de Blaye, doyen de Saint-Seurin à Bordeaux, etc. Malgré ses nombreuses dignités, il avait été vertement repris par le premier président pour s'être présenté devant la Cour, l'année précédente, dans un costume peu décent : « robe fourrée à revers à manches coupées et sans chaperon. » 11 lui fut dit, à titre d'enseignement, que « l'habit faisait démonstration de la personne qui le portait. »

la Cour ordonna qu'une « procession générale » serait faite le dimanche suivant pour demander à Dieu « Y extirpation des hérésies ». Il fut décidé que le Parlement tout entier y assisterait en corps (1).

Les paroisses de la ville, les chanoines de Saint -Seurinhors-les-murs et tous les ordres religieux s'y trouvaient représentés. Mais les prières adressées à Dieu par ces derniers n'eurent pas une bien grande efficacité, puisque ce fut précisément dans les couvents des Franciscains, des Carmes ou des Augustins, que, peu de mois après, le Parlement choisit de nouvelles victimes pour les envoyer à la mort. Le mal était dans leur propre sein.

La colère du Parlement venait d'être surexcitée par la rébellion d'un couvent de femmes à Saint-Pardoux en Périgord (2). Ces religieuses appartenaient à l'ordre de Saint- Doininique; « au grand scandalle de la religion et mauvais exemple des circumvoisins, » elles avaient refusé de se soumettre aux statuts de leur patron et d'accepter la réforme que la Cour voulait introduire dans le monastère (3).

L'abbesse, jeune encore, au lieu de les retenir dans le devoir, les poussait à la résistance; l'arrivée du conseiller Jehan d'Alesme, éminent jurisconsulte à qui le Parlement confia la mission difficile de les ramener au sentiment de leur devoir, ne fit que les exaspérer davantage. Après avoir « rompu et brisé les clostures du couvent », elles se répandirent au dehors.

Le père provincial, auquel les Dominicaines reprochaient

(') BiBLiOTirÈQUE ml'nicipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367, f° 306.

(2) Saint-Pardoux-la-Rivière, aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarrondissement de Nontron. Les ruines du couvent des Dominicaines existent encore.

(3) La Cour, avertie des « grans scandalles qui se commectent journellement » dans les couvents de religieuses de Saint-Pardoux, Limoges, Albuyo et Bonnesaigues, avait ordonné que ces monastères seraient réglés et reformés par un certain nombre de présidents et de conseillers députés à cet effet. Elle avait appelé à sa barre le provincial de chaque ordre, ainsi que les abbesses et supérieures de chaque couvent, et avait ordonné que chacune de ces dernières consignerait pour les frais la somme de 50 écus, « faute de quoi leur temporel serait saisi. » Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 52.

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