CHAPITRE XII
certaines pécadilles, ayant porté plainte au Parlement, elles s'adressèrent de leur coté à Me François Fumée, conseiller au siège présidial de Poitiers, qui se rendit à Saint -Pardoux, « accompa<j)ié de vingt-cinq ou trente hommes en armes», et crut devoir procéder à l'arrestation du provincial et de quelques moines qui l'avaient accompagné. Tous furent conduits à Poitiers et incarcérés. Mais la Cour de Bordeaux cassa la procédure et les fit mettre en liberté.
L'affaire ayant pris un caractère d'extrême gravité fut évoquée au Conseil du roi ('), qui se hâta d'en interdire la connaissance au parlement de Guyenne, lequel déjà n'était pas tendre pour les religieux domiciliés à Bordeaux.
Un arrêt de la Cour nous apprend que dans tous les couvents de la ville, ou peu s'en faut, mais plus particulièrement dans les monastères occupés par les quatre ordres mendiants, la chaire était accordée à certains prédicateurs assez peu orthodoxes. Le 4 avril, défense est faite aux supérieurs de ces différentes maisons de permettre à personne de prêcher sans autorisation de l'archevêque ou de son vicaire, et les rend personnellement responsables de l'inexécution de cet ordre.
C'est, en effet, parmi les membres du clergé régulier que se recrutait principalement la Réforme.
Il y avait dans ces maisons de prière, devenues trop souvent des maisons de débauche, des hommes profondément sérieux ou véritablement animés de l'amour de Dieu, qui ne trouvaient point dans les exercices de dévotion puérile auxquels les soumettait la règle de leur ordre, un aliment satisfaisant. Malgré le jeûne, le silice et les macérations, leur âme angoissée n'avait pas encore trouvé la paix.
Si l'on en croit Florimond de Rémond, les religieux, qui dans cette premère période de la Réforme abandonnèrent
(!) Ancu. départementales de la Gironde, série B, Parlement, Enregistrement des édits royaux, reg. 3i. f'° xliiij v° ou 88 du nouveau numérotage. « Lettres de renvoy faict à la Court touchant la reformation du uionastaire de Sainct-Pardoulx-la-Rivière. »
l'Église romaine, auraient été attirés par des convoitises charnelles.
« Plusieurs moines libertins et folâtres, de tous ordres et » de tous âges, ennuyés de vivre dans les cloîtres, en » obédience et chasteté, sous les règles de leur vœu, règles » qui ne chantent que pauvreté, peines, travaux, mépris » de soi-même, disciplines, haires et semblables croix, » prêtent l'oreille, et, au bruit de cette religion jetée au » monde d'une charnelle félicité et détrempée du voluptueux » souvenir des embrassements impudiques permis et promis » sous le nom de mariage, accueillent ceux qui leur en » portent la première nouvelle, leur touchent la main, » promettent être des leurs, quittent le froc, etc. ('). »
Cette explication, donnée par un mortel ennemi du calvinisme, peut certainement être vraie pour quelques hommes tarés que la nouvelle Église ne tarda point à rejeter de son sein. Elle est fausse pour le plus grand nombre.
Ces moines, ces religieux qui désertaient le couvent pour annoncer l'Évangile, ne connaissaient que trop le sort qui leur était réservé; au heu des jouissances charnelles dont parle Rémond, c'était la haine du clergé, les persécutions, les hideux cachots, la torture et la mort. Passe encore si on leur eût tranché la tête ; mais le plus souvent c'était le bûcher qui les attendait.
D'ailleurs, un grand nombre d'entre eux n'abandonnaient ni leur robe, ni leur monastère; ils cherchaient à convaincre ceux qui les entouraient, et c'était là pour l'Église romaine un crime impardonnable.
Un carme nommé Lachèze, Pierre Guilhon, de l'ordre des Augustins, et le prédicateur Bernard de Borda (2), se trouvaient dans ce cas. Successivement arrêtés par ordre
(') Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie, liv. VU, chap. XVI : Comment on débauchoit les moines et ?noinesses pour les attirer à la liberté calviniste, f° 195 v°.
(2) Son oncle Pierre de Borda avait été, depuis 1525, chanoine de Saint- André, archidiacre de Médoc et chancelier de l'Université de Bordeaux. (Arch. départementales de la Gironde, série G, Saint-André: Actes capitulaires, reg. 3i8.)