‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 73 sur 310 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

au fond ni de la croix ni du diable, mais haïssoit d'autant l'Évangile, comme il estoit adonné à toute vilenie ».

Sa nomination eut sur l'avenir de la Réformation en Guyenne une influence des plus néfastes, que la tolérance et l'humanité du premier président Lagebâton ne suffirent pas toujours à contrebalancer.

Notons aussi que, le 20 février 1555 (a. s.), l'archevêque de Bordeaux, François de Mauny, avait été admis à siéger au Parlement comme conseiller, avec voix délibérative (1). Mais d'après un extrait des Registres secrets que nous possédons, ce ne fut que l'année suivante qu'eut lieu sa réception (2).

On ne s'explique pas bien ce qui valut aux hérétiques de Guyenne la faveur des prétendues lettres d'abolition ou d'amnistie signées par le roi le 20 septembre 1555; ce fut sans aucun doute le nombre extraordinaire et inquiétant des émigrations dans le Sud-Ouest.

Le roi promettait aux fugitifs de leur rendre leurs biens confisqués précédemment, à la condition qu'ils abjureraient dans le délai de quatre mois. Cette amnistie, véritablement dérisoire, puisque Henri II en excluait après coup, par des lettres explicatives, « les sacramentaires, les récidivistes et les dogmatisants, » n'eut aucun effet.

Le 3 mars 1556, le Parlement décida que des représentations seraient faites à ce sujet au garde des sceaux. On lui exposa les raisons qui décidaient la Cour à publier les lettres-patentes sans modifications, c'est-à-dire sans les restrictions apportées par la lettre explicative du 3 février précédent, signée d'Henri II et arrivée le jour même.

Cette apparente longanimité — dont nous ignorons les véritables motifs — ne fut pas de longue durée. Pressé par

t1) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits royaux.

(2) Voici d'ailleurs le texte auquel nous faisons allusion (f" 45 v°). « Le ?C d'uuust iôô7, les Chambres assemblées, Me Françoys de Mauny, archevesque de Bourdeaux, a esté receu à Testât de conseiller lay en la dicte Cour, lequel a presté le serinent au cas requis. »

sa Maîtresse, Diane do Poitiers, harcelé par le fougueux Paul IV et par le cardinal de Lorraine, Henri 11 écrivit aux magistrats du parlement de Bordeaux pour réchauffer leur zèle qui tendait à se tiédir. Sa lettre mérite d'être citée :

« a nos ames et féadlx les cens tenans nostre cour de parlement

de Bordeaux.

» Nos amés et féaulx, vous scaoez assez que la chose que nous avons » toujours plus désirée est d'extirper la mallteureuse et dampnéc secte » hérétique, qui, comme nous estimons, oublie combien de fois et de » quelle affection nous vous avons recommandé la justice et pugnition » de ceulx qui en seraient tachés, affin d'essayer par ce moyen et tous » autres que nous avons pu euser, d'en nectoyer nostre royaulme; en » quoy, quelque devoir que vous y ayez faict et ce que d'ailleurs faisons » faire par autres, nous ne voyons toutesfois aucun amendement.

» Or. très au contraire, que les dites sectes s'augmentent et fortifient de » plus en plus chaque jour, à nostre très grand et incroyable regret.

» Et parce que nostre plus grand désir, pour l'acquit, descharge et » repos de nostre conscience, est de les éteindre et assoupir en toutes » façons, et faire des infectés et maculés justice si griesve que l'exemple » serve à contenir les autres, Nous voulons, vous mandons et ordonnons » très expressément que vous ayez à vacquer et procéder encore plus » soigneusement et diligemment que jamais, à faire et parfaire les procès » de ceulx qui s'en trouveront chargez.

» Et, pour estre la cause de Dieu, prendre en main chacun de vous en » général et en particulier, l'extirpation de ceste pernicieuse vcrmync, » si avant, que sa bonté en puisse estre satisfaicte; et nous, en avoir » le contentement que pour l'honneur de luy et de nostre devoir nous » en chei'chons, etc.

» Donné à Saint Germain en Laye, le vn° jour de décembre 1556.

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