CHAPITRE XII
du Parlement, ils furent tous trois brûlés vifs devant le palais de l'Ombrière, après avoir subi la dégradation ecclésiastique (').
Qu'on nous pardonne la monotonie de cette longue suite d'auto-da-fé, mais l'histoire se dresse inexorable, et c'est bien le moins qu'après trois siècles de silence et d'oubli, les martyrs lèguent leurs noms à la postérité !
La première de ces trois condamnations porte la date du 26 janvier 1555; la Cour était présidée par Sauvât de Pomiers, sieur du Breuil. Celle de Pierre Guilbon est du 4 mai suivant (2). Malgré les réclamations du clergé, le président Goulard de Brassac fut chargé d'y assister et de présider cette horrible cérémonie.
La terreur extrême causée par ces trois exécutions décida beaucoup de calvinistes à prendre la fuite et à se réfugier à Genève. Mais ce projet était malheureusement d'une exécution peu facile. La plupart étaient en famille, avaient femme et enfants; presque tous possédaient des maisons dans la ville et des terres d'une importance plus ou moins grande aux environs de Bordeaux. Il fallait vendre et réaliser. L'autorité n'allait-elle pas prendre l'éveil? Ce fut précisément ce qui arriva.
Henri II adressa à ce propos des lettres-patentes au procureur général, Antoine de Lescure. En son absence, ces lettres furent communiquées au Parlement le 20 octobre par Louis Goyet de Laferrière, qui venait d'être reçu, le 24 juillet, deuxième avocat général (3).
Elles rappelaient l'article 39 de VÉdit de Châteaubriant, par lequel les biens, meubles et immeubles dos Français qui auraient quitté leur pays pour se rendre à Genève, devaient
(x) Birliotiièque MUNICIPALE de Bordeaux, Extrait des registres sécréta, ms. 369, f°s 311 r°, 325; ms. 370, f«» 201 et 202.
(-) François do Goulard, baron do Brassac, Saint-Maurice et La Rivière, était neveu d'un chanoine de la primatiale, Il fut nommé président de la nouvelle Chambre des enquêtes le 22 avril 1543. (Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édils.)
(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 309, f« 346.
être impitoyablement confisqués, même s'ils avaient été vendus par eux avant leur départ, dans l'intention de les mettre à l'abri de la saisie.
C'était l'époque des vacations ou, comme on dit aujourd'hui, des vacances.
La Cour était sur le point de se séparer. Elle décida que les lettres royales ne seraient enregistrées, s'il y avait lieu, qu'à la Saint-Martin, c'est-à-dire à la rentrée.
Le 13 novembre, en effet, M. de Lagebàton, qui depuis la mort de François Delage avait été nommé premier président, fit aux Chambres assemblées la proposition de délibérer sur la convenance qu'il y aurait à enregistrer ou non l'édit royal, dont un article était ainsi conçu :
« Les biens qui seront acquis par les subjets du Roy, de ceux qui après l 'acquisition s'en yront à Genève, encore qu'ilz soient acquis à titre de bonne foy, demeureront confisqués au dit Seigneur ('). »
Le mal prenait en effet des proportions inquiétantes ; plus de sept mille calvinistes avaient quitté la France depuis peu d'années. La population de Genève, qui n'était en 1543 (pie de treize mille habitants, s'élevait à vingt mille âmes en
La promotion de M. de Lagebàton à la première présidence, signée par Henri II le 5 juillet, laissait naturellement une vacance; le roi fit choix, pour le remplacer comme président de chambre, d'un magistrat laborieux, jurisconsulte éminent, Christophe de Roflignac, qui de simple conseiller au parlement de Bordeaux était passé à celui de Paris comme président des enquêtes.
C'était malheureusement un homme d'un tempérament très ardent et d'un fanatisme qui dépassait tout ce que l'on peut imaginer. Théodore de Bèze dit « qu'il ne se souciait
(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 3G9, f° 319.
(s) Henri Lutteroth : La Réformation en Franc; pendant sa première période, p. 56. — Qu'il me soit permis de témoigner ici toute l'admiration que j'éprouve à la lecture de cet excellent et substantiel résumé.