CHAPITRE XIII
Érection du duché d'Allirct avec quatre cours prôsidialcs (décembre 155G). — Commencements do la Réforme dans le Béarn et la Navarre. — Premières prédications. — La Réforme en Saiutonge depuis L'évasion d'Hubert Robin. — Philibert Hamelin, forcé de s'expatrier, se fait imprimeur à Genève. — Son retour en France. — Prédications en Saintonge. — Hamelin baptise un enfant dans l'île d'Arvert. — Sou arrestation et son incarcération à Saintes. — Bernard Patissy intorcôdo pour lui — Hamelin est conduit à Bordeaux. — Gomment fut constituée l'Église do Saintes. — Le ministre André Manières lui est envoyé de Paris. — Charles de Glermont, pasteur à La Rochelle, se rend à Saintes. — Taxe imposée par le parlement de Bordeaux sur les évêtjues de Condom et de Saintes (mai 1557). — Ordre du roi au Parlement pour la résidence des archevêques et autres ecclésiastiques. — Supplice de Philibert Hamelin à Bordeaux (18 avril). — Régent hérétique à Saint-Jean-d'Angély (1558). — Ordre du roi au parlement do Bordeaux d'aller tenir les Grands Jours à Saintes (1559). — Composition de cotte cour extraordinaire. — Absence du premier président Lagcbâton retenu à Paris par le roi. — M. de Rollignac dirige le Parlement. — Sa lettre au connétable de Montmorency (28 avril 1550).
La protectrice d'André Mélanchton et de tant d'autres évaugélisateurs, l'aimable Marguerite de Navarre, tante du roi Henri II, était morte en 1549.
Henri d'Albret, après avoir vaillamment combattu pour la France sur les champs de bataille, passait les dernières années de sa vie à tramer des complots contre elle, de connivence avec le roi d'Espagne (1).
Leur fille, Jeanne d'Albret, femme d'une énergie peu commune, avait épousé le duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, de la maison royale de France (20 octobre 1548).
(!) « Le roi de Navarre usait les restes de son crédit dans des intrigues
indignes de lui. » Alphonse de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I", p. 49. En 1551, par l'intermédiaire de don Juan Martinez Descurra, il offrait à Charles-Quint de l'aider à envahir la France. Comme garanties il donnerait à l'empereur les villes de Sauveterre en Béarn et de Mont-de-Marsan. Pour conquérir la Guyenne il lui demandait une armée de 30,000 hommes et 12,000 chevaux. Il offrait, de son côté, 7,000 hommes de pied, 5,000 paires de bœufs attelés, des pionniers, des vivres, des munitions et les places fortes de Lectoure, Tarbes, Rabastens, etc. 11 proposait d'entrer en France par Perpignan. (Idem, ibidem, p. 47.)
C'était un prince d'une grande bravoure et d'une nature chevaleresque, mais crédule, faible de caractère, indécis et versatile.
Le premier président au parlement de Bordeaux, M. de Lagebàton, continuait à jouir de la faveur royale. Chargé par Henri II de missions importantes, il avait avec lui de fréquentes relations, soit par correspondance, soit directement; le roi finit même par l'appeler à Paris et le détacher du Parlement, tout en lui conservant les appointements dévolus à sa charge (').
L'une des missions confiées par le roi à l'homme que la rumeur publique prétendait être son frère, était d'une extrême gravité et d'une nature bien délicate. Il s'agissait d'amener Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre par le décès de son beau-père (2), à céder à la France les débris de son royaume, dont l'Espagne détenait une partie, le duché d'Albret, la principauté de Béarn, les comtés de Foix, de Bigorre et d'Armagnac, sans parler de beaucoup d'autres possessions de moindre importance. La fille de Marguerite devait, en échange, recevoir des domaines équivalents dans l'intérieur de la France.
Ce projet, difficile à réaliser, avait été suggéré au roi par sa maîtresse Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, par le cardinal de Lorraine et par le connétable de Montmorency, ses conseillers ordinaires, qui redoutaient l'influence de la maison de Bourbon. Il échoua par la vigilance et la fermeté de Jeanne, qui défendit virilement l'héritage de ses ancêtres.
Depuis la mort de sa mère, Marguerite de Navarre, les
(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367, Extrait des registres secrets. « Le 28 juin 1551, le président Benoist a demandé congé à la Cour pour faire certaine commission à lui dirigée par lettres-patentes du roy qu i! a monstrées et communiquées au premier président, lequel a attesté avoir veu les dites patentes et estre chose secrète. La Cour a donné congé au dit Benoist pour faire sa commission. Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits royaux, 19 septembre 155i. « M. le président Lagebaston reçoit la commission de réprimer les abus et d éfaillir des réformes dans les hôpitaux et parmi les hospitaliers du ressort du Parlement. »
(2) Henri d'Albret, roi de Navarre, beau-frère de François Ier et père de Jeanne, venait de mourir, sans enfants mâles, le 29 mai 1555.