LIVRE MEVYIEHE
QUI coutient ce qui est abrive dans la suisse romande
h AU 1831*.
Tandis que la Suisse allemande étoii dans te trouble^ dans l'agitation et dans les mouvemens de la guerre^ la Suisse romande, plus tranquille, profitait des soins et des travaux de Guillaume Farel, de Pierre Virel et de quelques autres ministres zélés et pieux, pour receveur la lumière de la doctrine évangélique; de sorte qu'on vit cette année la réformation s'introduire, et s'avancer même, dans quelques endroits du Pa^s-de-Vaud, comme à Avenche , à Payprne , el sur tout à Orbe et à Grandson.
Farel se trouvait a Morat au commencement de cette année. Se voyant seul, ou à peu près, dans lePays-de- Vaud, a prêcher l'Evangile, il écrivit pendant celte
6 X.BTT&B8 DB FAREL
année j à diversesi fois en France^ pour en faire venir des ministres, qui le secondassent dans celte œuvre importante. Mais il eut peine à en trouver. Il n'en put guère obtenir^ que lorsque la persécution de France les obligea de se disperser. Il iscrivit entr'aulres de Morat à Strasbourg^ à un ministre françois^ nommé André 9 ditForlunat, qui cherchoit de l'emploi^ mais qui en auroit voulu trouver un tranquille^ où il ne fût point exposé à la persécution. Farel, dis-je, lui écrivit le 28 janvier 1531 pour l'encourager à venir dans le pays de Vaud ; mais sans lui promettre qu'un ministère fatiguant et peu lucratif. On ne sera pas fâché , je pense^ de voir ici un fragment de sa lettre, parce qu'elle pourra servir à faire mieux connoîlre le génie de ces temps-là.
« Vous souhaitez de savoir > lui dit-il^ sur quel pied sont ici les affaires du Seigneur. A la vérité^ elles vont assez bien, en comparaison des temps passés. Plusieurs voient clairemenl les fourberies de TAnte-Christ , et l'on a d'ailleurs une grande liberté de parler de Jésus-Christ. Mais si l'on considère combien il reste encore de chemin à faire, et combien les hommes sont éloignés de la pureté, de l'innocence, de la charité, qui doit être entre les chrétiens , que vous diriez bien que tout va mal !» Il lui dit un peu plus bas : « Cependant il faut que le laboureur vive de ce qu'il a chez lui, tandis qu'il attend la moisson , ce qui est fort difficile maintenant dans ce temps de disette ', où l'on ne peut avoir que peu d'alimens pour beaucoup d'argent. Mais je sais que notre Père céleste n'abandonnera jamais les
* La disette était fort grande cette année-là en Saisse, aussi bien qu'en France. Voyez Mezerai sur Pan ItfSI. p. m. 4^.
AU MINISTRE AMD&i. 7
siens. » Un peu plus bas encore : « Ceux qui entrent dans cette carrière s'exposent à une grande épreuve. Je ne veux pas vous promettre des montagnes d'or, ayant éprouvé moi-même des choses qu'on aurait peine à croire de la part de bien des gens qui m'oni tourmenté en diverses manières; c'est pourquoi mon frère, si vous connoissez assez bien Jésus-Christ pour pouvoir l'enseigner purement , sans ces vaines controverses de l'eau * ou du pain ' ^ ou des censés et des dîmes , en quoi quelques uns font consister le christianisme ; sans vouloir proposer «utre chose , si non que tous, ayant renoncé à toute impiété, et à toute injustice, armés de la foi , s'amassent un trésor ià-haut, ou est Jésus-Christ, à la droite du Père, payant a chaque puissance et au glaive ce qu'on lui doit, soit censés, soit dîmes; et cela non seulement aux impies , si le Seigneur veut que nous soyons soumis a des impies , mais aussi aux seigneurs pieux, et même à ceux-ci avec une affection d'autant plus grande qu'ils sont nos frères, ne travaillant à autre chose qu'à planter une foi , qui soit opérante par la charité : Disposé , dis-je , de cette manière , et ne cherchant que les choses qui sont en haut, et la seule gloire de Jésus-Christ, vous pourrez vous mettre en chemin , animé à porter la croix qui est a la porte. Vous ne devez pas vous attendre a du repos , mais à de l'occupation : Vous ne vous reposerez que quand vous serez las , et vous ne moissonnerez point , que vous n'ayez semé à «vos dépens. ^ »
* Cela regarde les controverses des Anabaplisles.
* C'est la controverse de la présence réelle du corps du Seigneur dans Teucharistie.
^ Kl Epislolis Anecdot. n^ XVIL
$ TAMEL
lie OKHS suivant Fard alla faire on tour à Neachatel, poiir revoir et édifier T^iise ; qu'il y avoit plantée el de là il écrivit encore une seconde lettre (le 12 février) an même ministre André , dit Portunat , dans les mêmes termes , pour l'encourager à venir en ce pays. Hais il paroit par une leltre suivante , qu'il lui écrivit encore de Morat, en date du 1 avrils que ce'îninistre éloît arrêté par deux considérations : celle de sa femme qu'il ne pouvoit pas quitter, et qu'il ne vouloit pas exposer avec lui à la persécution; et celle de la disette^, n'ayant pas apparemment du bien, ^our pouvoir prêcher à ses propres dépens.. Farel répondit à ces deux difficultés. Dans la suite ce ministre vint au Pays-dc- Vaud, et vers la fin de Tan 1536 ou au commencement de l'an 1537, il fut étaUi premier pasteur de Téglise de Cully et de la paroisse de.Yillette. Il eut un fils^ ou petit fils^ nommé Nicolas, qui fut bourgeois de Lausanne , et lié d'amitié avec Benedict Aretius professeur en théologie à Berne ^ qui lui dédia un petit abrégé de théologie * , comme on le voit par une lettre, datée du 1 mars 1570.
Mais pour revenir aux travaux de Parel ; muni de sa patente de Berne^ il alla, au commencement de mars , prêcher à Avenche , ( qui n'est qu'à deux petites lieues de IHorat. ) Il y trouva quelques personnes disposées à l'écouter, mais il y trouva aussi de violentes oppositions, soit de la part des gen& du lieu , soit particulièrement de la part des prêtres : de sorte que le 6 de ce mois-là^ qui étoit un lundi , il s'y fit une espèce de sédition , oit
* Intitulé Examen Theologicum , etc. IF s*en est fait aix éditions dans quatorae ans. La 6* que j'ai • a été laite à RIorgcs l'an 1584 par Jean le Preax.
iiT ■ mmft'Êmmmmmmst^Bmmm
A AYBKCBS. 9
Farêl courul risque d'élré maltrailé. Les Seigneurs de Berne Toyant appris^ écrivirent à la bourgeoisie d'Avenche, la lettre suivante :
« Notre amiable salutation devant mise , nobles , saiges et discrets : Nous sommes advertis du tumulte et inconveniant qu'est advenu lundi dernièrement passé en votre ville contre maître Guillaume Farel notre serviteur y par vous (vos) prêtres^ et autres, de quoi avons grand regraict (regret) : toutes fois d'empuis que la chose est ainsi passée , sans être fait outrage au dit Parel, laissons pour cette fois ainsi être : Ce néanmoings vous prians et très acertcs advertissans, ci après y mettre ordre ^ et y avoir regard, que nous, nous (nos) serviteurs , et la foi de Jésus-Christ notre Sauveur ne soit ainsi persécutée^ ne ceux qui la annoncent troublés ne molestés , autrement y mettrions ordre nécessaire* Et par ainsi ceux qui désireront ouyr la vérité évangefique laissés à repqst et en paix, et mesmemenl endurer, comme vous estes en vigueur de chrestienne obéissance entenus , que la parole de Dieu aye^lace en votre viile^ et la laisser annuncer, et ouyr à ceux qui la pourlent et désirent : En ce ferez votre devoir envers Dieu et les hommes, et a nous grands plaisirs. Entant priant Dieu , que vous doint grâce d'accepter sa sainte parole , et de vivre selon icelle. Datum IX. Martii anno DXXXI.
« L'adçoyer et conseil de la taille de Berne, »
L'adresse étoit : « Aux nobles , saiges, pourveables, et discrets, chastelain et conseil d'Avenche, noua bons amySj et chiers voisins. * »
D'autre côté le vicaire d'Avenche et le lieutenant de
* Tire des Archives d'Avenches.
MK4VV et SmM. «■ d
«ifv'tiwff' «ivc tua à h pcr »'^\->ttt p*t apfwmac fWr « s«j. [wvx-m dêpc «KA^-Wtiw. OiH« la suilc V«««l. M*«nbfiBdel
Cu»v «4 <1* kb pwoùse rNtt k~^. ■iiwit Vinil
|NMv«t«> si* |kimi«' . il ttb
*K» MW>«I,^ Il «ItAHtO* •]
V(\» u (Ml» »(,>» jn^*(i,-« j J^ S|)>t s^v^l VM tumli, il $\ I
* ImiUmKi ^^*l«w«■^1w^0^.t«■l
jiiliages , celle des Jlaîs qa'i .* à la pli , les xis pourpraider
lé des Tois f eoK 'Aqaeft n'y anraieni ^ion , ei si an coula messe, cela n'ein- * iussenl toujours libre prêâieraîenl la parole ara^ranl. ^
jile dans la rille d'Orlie les smos de G. F#relj 'ore qu'en petit nomt, jusqu'à l'année sui- : riment qu'on va Toir.
' mineur, de l'ordre Jnliani, confesseur - de Sainie' Claîr% fui choisi pour pré- •més furent des pre- ' cession de déclamer mporta a dire beau- '^ tous les réformés.
10 I,tTTEB OB l'bVKQDB DB LAUSANHB.
la justice donnèrent avis à Vévêqne de Laasaane Sébastien de Hontfaolcon 9 (qui étoitleur Seigneur temporel, aussi bien que spirituel,) de l'affaire qui étoit survenue dans leur ville. Il leur envoya un religieux docteur en théologie ^ , pour y soutenir la catholicité contre les prédications de Farel ; et en même tems leur écrivit la lettre suivante :
ft A nos très chiers, bien amez , et feaulx subgccts , les nobles j gouverneurs, conseil et communauté de notre ville d'Avenche.
« Très chiers, bien amez et feaulz nostre amiable recommandation premise. Nous avons, estes adverlis tant par vostre vicayre que lieutenant, de Tinsurle qui fust dernièrement faict, dont fumes fort desplaysans des continuelles infestalions que Ton vons donne en cet affaire, au quel ce nonobstant vous estes monstre virtueux, bons et vrais crestiens et catholiques, dont je loue Dieu , et nostre dame , et vous en sçavons très bon gré , vous priant et exortant paternellement et très affectueusement, de vouloir continuer et bien perceverer , et ce faisant vous en reporterez la grâce de Dieu, * prouffit a l'ame et au corps , et à la fîn la gloire de paradys : Et pour vous monstrer le chcmyn pour parvenir a icelle , monsieur vostre curé et moy vous envoyons un vénérable docteur pour vous dire et prêcher ce qu'est salutayre et proofEitable, auquel vous prie donner bonne audience, et lui fayre assistance avecques l'honneur et plaisir que vous pourrez. Aussi je vous recommande ceux de vostre clergé, lesquels sont ceulx qu'ils prient Dieu pour vous : Au regard de moy, vous me
* Ns. Amp.
RÉFOBJiATIDM* A AYBNCHS. 1|
trouverez toujoûr votre bon père spirituel , Seigneur et prince. Et quand quelque chose raisonablevouidrés de moi,soyt en général ou en parliculier, me trouverez eociyn a la faire, quelque chose que l'oil tous donne d'entendre à Topposite, comme Dieu le scayt^ ouquel je priequi vous ayt, très chiers bien amezet feaulx^ en sa sainte garde. De Lausanne ce 14 mars.
« L'évesque de Lausanne. * »
Cependant la bourgeoisie d'Avenche écrivit aux Seigneurs de Berne, et leur promit de laisser prêcher paisiblement la parole de Dieu. ' Il s'y trouvoit aussi effectivement des gens qui souhaitaient de Tenlendre; mais il y survint encore un nouvel obstacle. Avenche n'est qu'à 3 lieues deFribourg. Les Fribourgeois, autant zélés pour le soutien de la catholicité , que les Bernois I étaient pour la propagation de la doctrine évangélique, s'opposèrent à la prédication de Farel, et firent tous leurs efforts pour empêcher ceux d*Avenche de l'écouter, les en détournant même par des menaces, et par de mauvais traitemens ; de sorte que ces pauvres gens n'étaient pas en sûreté* sur les terres de Frîbourg. Et même les Fribourgeois leur défendirent d'écouler Farel sous peine d'être mis en prison, tout autant qu'on en pourroit attraper , et d'être traités comme hérétiques. Le docteur, que Tévêque envoyait à Avenche, y étant arrivé, Farel entra bientôt en dispute avec lui sur la religion. Ce moine le traita d'hérétique, et lui dit quelques autres injures. Farel voulut le tirer en droit devant la justice du lieu , pour avoir occasion de le con-
* Tiré des Archives d'Avenche*.
^ Mt. Amp.
vaincre d'imposture^ et d'enseigner une fausse doctrine. Cependant les réformés d*Avenche s'étant plaints à Berne des vexations des Fribourgeois , LL. EE. envoyèrent le 29 mars deux députes à Fribourg , pour prier les Seigneurs dé l'état , de laisser en paix les gen s d'Avenche , et tous les autres qui aimaient l'évangile , puis qu'ils n'avoient rien à leur commander, Itts assurant qu'on éloit résolu à Berne de soutenir Farel , et tous ceux qui voudraient l'écouter ; et que si on les raaltraitoit, LL. EE. Useraient de représailles sur qui de droi^. De' Fribourg, les députés allèrent à Avenche^avec Farel, et remontrèrent à la bourgeoisie que LL. EE. souhaitaient qu'ils exéculassept la promesse qu'ils leur avaient faite par leur lettre , savoir , de laisser prêcher paisiblement la parole de Dieu , qu'autrement s'il arrivoit quelque mal à Parel, ou à d'autres , pour ce sujet, LL. EE. s'en ressentiraient, comme si la chose étoit faite à eux-mêmes, et qu'ils puniraient les coupables, en corps et en biens. Les députés avoient aussi reçu ordre de soutenir Farel, dans son procès avec le moine * ; mais je n'ai pu découvrir quelle fut l'issue de cette affaire. D'Avenchô ces députés allèrent à Orbe , pour le sujet qu'on va voir.
II. Les Bernois et les Fribourgeois étaient divisés de religion, comme on l'a vii, il se présenta souvent des sujets de difficultés entre eux, à l'occasion des terres qu'ils possédaient en commun , savoir les baillages de Schwartzbourg, de Morat, d'Orbe et de Grandson. Les Bernois voulaient y introduire la Réformation, et les Fribourgeois ne voulaient pas le permettre. Cependant comme ces derniers n'étaient apparemment pas si
* Ms. Amp. i91. Bern. Inslr. 50.
RÉrOEHATlOH A OABB. 15
fortement allachés à la religion catholiqne^ qu'ils l'ont été depuis , que d'ailleurs les Bernois avaient pour eux le traité de paix fait entre les ^cantons l'an 1529, les Fribourgeois condescendirent à un accommodement, et convinrent avec les Bernois: 1^ Que dans ces bailliages communs, il serait permis à chacun de suivre ceUe des deux religions qu'il aimerait le mieux. 2^ Hais qu'au cas qu'une paroisse entière voulût- décider à la pluralité des voix quelle religion elle suivrait, les seigneurs des deux villes envaieraient leurs députés pour présider à cette action, et qu'alors si la pluralité des voix l'em* portait pour la Réformation, les Catholiques n^y auruent plus d'exercice public de leur religion, et si ait con* traire la pluralité l'emportait pour la messe, cela n'empêcherait pas que les réformés n'eussent toujours libre exercice, et que les ministres y prêcheraient la parole de Dieu, ni plus ni moins qu'auparavant. *
La RéformaUon s'était introduite dans la ville d'Orbe dès l'an 1530, apparemment par les soins de 6. F|irel, mais les réformés n'y étaient encore qu'en petit nombre, et ils n'y firent point de bruit, jusqu'à l'année suivante, 1 531, a l'occasion d'un événement qu'on va voir, n y avait dans cette ville un frère mineur, de l'ordre de Saint François, nommé Michel Juliani, confesseur et administrateur des religieuses de Sainte* Ciaira d'Orbe, qui passait pour savant. H fut choisi pour pré* cher pendant le carême, et les réformés furent des premiers à l'aller écouter. Il prit de là occasion de déclamer contre les nouvelles religions , et s'emporta à dire beaucoup de choses dures etfortes contre tous les réformés. Ceux d'Orbe en furent si offensés, qu'ils écrivirent tout
' Ms. Thomass. p. 9.
ik ORBE.
ce qu'il avait débité en chaire^ et en composèrenl un bon nombre d'articles qu'ils envoyèrent a Berne. Jost dé Dîesbach, alors baillif d'Orbe, l'exhorla à se modérer. Le conseil et les bourgeois qui étaient encore bons catholiques pour la plupart, Ten prièrent aussi, lui remontrant qu'on relevait tout ce qu'il disait^ et qu*on le mettait par écrit, et qu'il ferait mieux de prêcher sa doctrine tout simplement, et sans invectiver contre personne, mais il continua ses emportemens, sans rien écouter. Un jour donc qu'il déclamait contre les moines et contre les religieuses qui quittaient le couvent pour se marier, il tint ce discours : « Pensez-vous que ces prêtres, ces moines, ces moinesses, qui sortent hors de leur religion, qui ne veulent pas endurer la peine ni la castigation, dont iceux renonçant à leurs vœux, pour se marier et. accomplir leurs voluplez charnelles, pensezvous qu'en iceux soit accompli et fait mariage légitime ? Ha! nenny, mais ils sont paillards, paillardes, infâmes et deshonesles, apostats abominables devant Dieu et devant les hommes. » ^ Un réformé d'entre les bourgeois, nommé Christophe Holard, croyant apparemment qiie ce moine en voulait à son frère, Jean Holard, qui avait été prêtre et doyen de Fribourg, mais qui avait embrassé la Réformation et s*était marié, eut l'imprudence de lui crier qu'il en avait menti. Cette parole excita un vacarme effroyable dans TEglise. Les hommes voulaient sortir pour aller assommer Holard, mais on leur ferma les portes des chapelles où ils étaient. Là dessus les femmes se jetèrent sur lui cqmme des furies déchaînées^ le prirent par la barbe, la lui arrachèrent, le dévisagèrent a coups d'ongles et de poings , et l'au-
^ Ms. Thom. t. 5.
omBB. m
raient assommé^ si le châtelain d'Orhej nommé Antoine Agasse^ ne fût survenu ^ qui eut bien de la peine a le leur ôter d'entre les mains, pour le faire conduire au fond d'un cachot. Le baillif ayant appris ce tumulte par le maître d'école, nommé Marc Romain, accourut à Orbe, où il fit prisonnier le moine Juliani qu'on trouva chez une femme, et tira Holard de prison. Le peuple en fut si outré de dépit, qu^il se jeta si/r le maître d'école, qui> pour éviter leur fureur; courut dans l'B* glise, mais ce fut pour tomber dans un mal plus grand, les fenunes qui s'y trouvèrent écoutant le Salve Regina, se jetèrent sur lui, le prirent par les cheveux, et le jetèrent par terre, et k coups de poings elles l'auraient assommé^ s'il n'eût été secouru par un honnête bourgeois, qui était de la religion. Depuis ce jour là, il fut fort long-temps sans oser aller dans les rues, ou s'il y allait, il était accompagné de deux sergens, qu'on lui aYait donnés pour sa garde, jusqu'à ce que les seigneurs des deux villes eurent la bonté de le prendre sous leur protection. *
Cependant le peuple s'attroupa autour du château, où était le bailli avec Holard et Juliani, et quand il sortit, ils se niirent à crier pourquoi il avait arrêté leur ieàu père Juliani, et relâché Holard? Il leur répondit qu'il avait pris le moine par ordre des seigneurs de Berne^ et relâché Holard sur la caution qu'il avait donnée. Cependant ils ne furent pas contens de cette réponse et voulurent le presser davantage ; mais il se cootenta do leur dire, que s'ils le voulaient prendre à leur risque^ ils le pouvaient faire; que quant à lui^ il ne le leur conseillait pas. Lorsqu'il fut avancé jusqu'à la
* Ib. 6. 7.
16 * OKBB.
grand place, il rencontra les femmes , dames et autres , qui, se jetant à genoux et les larmes aux yeux, se mirent h crier miséricorde pour leur beau père Juliani ; mais le baillif fut inexorable, disant toujours qu'il avait des ordres qu'il ne pouvait se dispenser d'exécuter. *
Le lendemain la bourgoisie envoya deux députés , Pierre dePierreÙeur, auteur de l'histoire que je copie , et François Werney^ pour aller se plaindre a Fribourg de ce qui étoit arrivé. Les Seigneurs de Fribourg en«> voyèrent deux conseillers à Berne, pour conférer sur ce sujet, et il fut résolu d'envoyer des députés de part et d'autre à Orbe, pour le dimanche suivant, 2* d'avril, jour de pâques fleuries , afin de terminer cette affaire. Les Bernois amenèrent avec eux Guillaume Farel, dans le dessein de le faire prêcher à Orbe. Lorsque les vêpres furent dites, il monta promptemcntr en chaire, dans le dessein de prêcher : ce que voyant le |>euple, hommes , femmes, et enfans, ils le Suivirent, non pas pour l'écouter, mais pour l'en empêcher. Il n'eut pas plutôt commencé, qu'ils se mirent tous àsifler, a crier en l'appelant chien, malin, hérétique, diable, et en le chargeant d'autres pareilles injures avec un bruit si horrible, qu'on n'auroit par ouï tonner. Farel ^ qui étoit accoutumé à de semblables réceptions, ne perdit point courage , mais persista dans le dessein de prêcher. Cette fermeté les irrita tellement, qu'ils en vinrent à une sédition , où ils saisirent Farel , et le maltraitèrent de coups; de sorte que le Baillif craignant qu'il n'en arrivât un plus grand mal, le prit par le bras, le conduisit hors de l'église et l'escorta même jusques en son
* Id. 7.
logis. Ceb ne le reèola point encore '. Le lendemain , à six heures du matin il YOalat prêcher an milieu de la place, mais il ne pat point détenir qu'on l'éoouUlt. Sur le soir on assembla le conseil de la ville, où In âépa* iés de Berne et de Friboorg se rendirent arec Farel. A rissoe du conseil, les femmes qoi s'étoientatlroupees, pour attendre Farel, au milieu de la rue, l'altèrent empoigner , le jetèrent par terre, et voulaient se mettre à le battre; mab an genliUiomme accrédité, nommé Pierre de Glairesse, le leur àUt d'entre les mains, leur disant : «c Mesdames, pardonnez-moi pour cette heure, je Tai pris ama charge; 9 sur quoi elles le laissèrent. La principale de ces femmes, qui commandait toute la troupe, étoit une Dame de qualité, fribourgeoise d'origine, nommée BKsabeth Beiff, qoi avait épousé un gentitbomme d'Ôrbe, nommé Hugonin d'Arnay. Bientôt après, INeu loi toucha le cœur, comme autrefois a Lydie. Elle etson mari embrassèrent la réformation , ety persévérèrent constamment josqnes a la mort. ' .
Le mardi on assembla la justice, ou assistèrent les députés de Pribom^. Le moine Joliani ayant été tiré de prison, les députés de Berne, an nom de leurs maîtres, proposèrent contre lui les chefii d'accusation qu'on avait recueillis de ses sermons ; intentant a ce sujet une action criminelle contre lui : disant qu'ils étaient contre Dieu, et contre l'autorité de leurs Seigneurs de Berne. Je les rapporterai par ordre avec les réponses de Juliani. On l'accusait donc d'avoir tenu ces discours :
* Id. 8.
< Id. ibid.