‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 2 sur 98 · ACCUSATIONS · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS

« 1. Les pauvres d'espril sont les moines, qui ont abandonne le monde, pour entrer en religion. » Il nia de l'avoir dit.

M 2. Le pape, les évéques, et les autres. ecclésiastiques, qui ont charge d'ame, sont ceux a qui l'on doit obéir, et garder leurs ordonnances, parce que toute ame doit être sujette aux puissances souveraines , et qui résiste à leurs puissances, résiste à l'ordonnance de Dieu; aussi bien que qui ne garde les commandemens de l'église. » Il nia de Tavoir dit de la manière qu'il est rapporté.

« 3. Ceux qui amènent la nouvelle loi, ne font aucun miracle, d'où vient que peu prennent leur loi ^ fors un tas de moines impudiques , et paillards , apostats , qui parce qu'on les corrige et qu'on les contraint dans les monastères , par la discipline , prennent cette loi , pour pouvoir se marier et accomplir leurs désirs. » Mié de l'avoir dit, comme il éloit rapporté.

a 4. On doit garder les vœux qu'on a faits, et par conséquent ceux qui les rompent ^ sont méchans , apostats^ hérétiques; comme tous les moines qui sortent de religion, tous les prêtres qui se marient. Il ne faut pas croire que ce soit un mariage, ni que leurs femmes soyent des femmes légitimes; mais elles sont leurs ribandes ; leur fait n'est que fornication , et leurs enfans sont tous bâtards et illégitimes. A.voué.

« 5. La confession est de commandement, et chacun est obligé de se confesser aux prêtres ; ainsi que les ladres' devaient être jugés par les prêtres de la vieille loi ; ainsi la ladrerie spirituelle doit être jugée par les prêtres de la nouvelle loi , qui sont d'autant plus dignes et plus excellens, qu'ils offrent un plus excellent sacrifice que les autres , qui offraient des bêtes, au lieu, .que

CONTRE JULIANI. |g

ceux-ci offrent le précieux corps de noire Seigneur Jésus, et son sang. » Avoué de l'avoir dit selon les commandemens de l'Eglise.

« 6. Les prêtres sont médiateurs entre Dieu et les hommes. » Avoué, mais il l'entend lors qu'ils adminisirent les sacremens.

« 7. Ceux-là sont méchans et hérétiques , qui dé- Iroiseni les images , et abattent les croix et les crucifix lesquels notre mère S. Eglise a ordonné d'être mis aj miheu de l'Eglise, afin que quand on entre en l'Eglise on sen souvienne, h Désavoué.

« 8. Tous ceux là sont ennemis de la croix de Christ qui -abattent les croix, et ne servent qu'à leur ventre' usant de toutes viandes en tout temps ; hélas ! n'est-ce pas une chose déplorable, que d'abattre ainsi la sainte croix, vu que tant de saints et de saintes ont été délivrés par le signe dé la croix ? mais tous ceux là seront confondus, qui uiscnt ainsi de toutes sortes de viandes. » Nié de l'avoir dit de la manière qu'il est rapporté.

« 9. C'est un péché mortel , de manger de la chair et autres viandes défendues, dans le tems défendu , comme en carême. » Avoué , mais qu'il a eu raison de le dire.

« 10. On eM tend , sous peine de péché mortel , d'ouir la messe. » Avoué comme ci-dessus.

« 11. Les méchans hérétiques nient que le pain que le pf être consacre , soit transsubstantié au corps prédeux de notre Seigneur. » Avoué comme les autres.

« 12. Le corps de notre Seigneur Jésus-Christ est aussi bien en la main d'un mauvais prêtre, que d'un bon. » Avoué „ lors qu'il prononce les paroles sacramen taies.

« 13. Ces méchans hérétiques qui nient le sacrement, disent que la seule foi justifie ; si quelqu'un avoit com'-

^/mt^Sui'' ^ .M* Il ■ g-

20 ACCUSATIONS COMT&B JULIARI.'

mis un péché mortel, comment pourroît-il être sauvé eo croyant? » Nié de l'avoit dit de celte manière.

« 14. La vierge Marie est la trésojrière de grâce, v

« 15. Les hérétiques, qui nient qu'on doive invoquer-les saints^ peuvent aisément être convaincus de faux par la Cananéenne , qui ne pouvant être exaucée de Jésus-Christ s'adressait aux apôtres , disant : 0 amis de Dieu, priez pour moi votre maître 4 Dieu n'exauce point les pécheurs, adressez vous à quelqu'un des saints. La même chose paroît aussi par la mère de S. Pierre. » Nié de l'avoir dit de cette manière.

ce 16. Les saints chassent et guérissent de diverses maladies ; comme S. Antoine du feu. » Avoué.

« 17. Qui dit que les livres des Maccabées ne sont point de la S. Ecriture, il est hérétique, et n'est point enfant de Dieu, mais de la synagogue, v Avoué.

« 18. C'est une hérésie , de dire qu'il n*y a point de purgatoire, et ceux qui le nient sont méchans et hérétiques. » Avoué.

<c 19. On doit pleurer et gémir pour les trépassés^ et faire chanter pro fidelibus Christianis. » Avoué.

« 20. Ceux qui ont pris la nouvelle loi n'ont aucun bien en eux mais nient les articles de la foi. » Nié de l'avoir dit.

« 21. Qui trouve sa femme en adultère, ne peut en prendre une autre, selon le commandement Dieu. » Avoué de l'avoir dit, selon les ordonnances de l'Eglise.

« 22. Dieu n'a rien commandé qui soit impossible de sa grâce. » Avoué. .

« 23. Adorer Dieu en esprit, est contre les Luthe-* riens. » Nié de l'avoir dit.

Ces articles ayant été proposés , Juliani , après quelques tergiversations, répondit comme on vient de le

SOK P&OCSS. 21

voir. Sur quoi Ton fit Tenir des témoins, pour prouver les articles qu'il avoit niés ; et ce jour fut tout employé a cette discussion jusqu'au soir, tellement qu'on fut contraint de remellrela décision au lendemain. Juliani fut mis en liberté^ et donné en garde à un gentil-homme, nommé Guillaume d'Arnay, qia voulut bien s'en charger ^ et le cautionner corps pour corps '.

Le mercredi de grand matin > la justice étant rassemblée, les députés de Berne demandèrent que Hichel Juliani , comme coupable de lèze majesté, pour avoir péché contre Dieu, et contre l'autorité de leurs Seigneurs, fôt puni en corps et en biens. Juliani au con- ' traire demanda d'être relâché , soutenant n'avoir rien prêché ni ditj qui fût contre Dieu, ni contre l'autorité des Seigneurs de Berne ; qu il' n'étojt pas si présomptueux que de prêcher quoique ce fût de lui même, et sans l'avoir puisé dans les écritures saintes. Ces plaidoyers étant finis, les juges décidèrent fort sagement, que s'il poavoit prouver par l'écriture, tout ce qu'il avoit dît, il seroit absout. Iià dessus il fit un long discours ^ on il entreprit 'de prouver par l'écriture tout ce qu'il avoit prêché, et prenant tous les articles l'un après l'autre, il tâcha de les soutenir par quelque passage du vieux ou du nouveau testament. Les juges , qui étoient tous catholiques, furent contens de cette apologie, le déclarèrent absout, et le mirent en liberté. Les Bernois ne furent pas contens de ce jugement , et à peine une heure étoit écoulée, après la séance finie, qu'ik l'envoyèrent chercher par des sergens pour le prendre, mais on ne le trouva pas. Prévoyant bien ce qui arriveroi t, il étoit incessamment sorti de la ville, et s'était

* Ms. Thom. 10.

9S FARBL A OaBB.

retiré en Bourgogne, an grand regret des bonnes religieuses dont il éloit confesseur. Le dimanche suivant , jour de Pâques, il vint un héraut de Berne, apportant ordre au conseil d'Orbe, de faire tonte la diligence possible pour arrêter Juliani ; mais on lui fit voir que la chose n^étoit pas possible.

Il ne faut pas oublier ici , que Farel avant la décision du procès^ auquel il^fut présent, pria les juges, en présence des députés , de faire lire la patente qu'il avoH reçue des Seigneurs de Berne j portant ordre à tous leurs sujets et leurs bourgeois, que quand Farel voudrait prêcher, o^ devait lui donner audience , le favoriser et le soutenir; demandant en conséquence de cet ordre, qu'on Ini permet de prêcher, et qu'on lui donnât audience. Mais à peine la patente fut-elle lue, que le peuple,' sans attendre la décision du conseil, se mit à crier tout d'une voix^ « qu'il^s'en allât, qu'on n'ami que faire de lui, ni de sa prédication. » *■

Le lendemain de Pâques , le conseil d'Orbe envoya cinq députés à Berne, pour faire leurs excuses au sujet de ce qui s'était passé. Leurs excuses furent reçues en partie, et en partie rejettées. La yille d^Orbe fût con-*. damnée a une amende de deux cents ocusd'or au soleil, pour les émeutes séditieuses dont on vient de parler. Du reste il Iwf fut dit, qu'on souhaitait qu'ils écoutassent les sermons de Farel; que cependant on ne voulait forcer personne à y aller, et qu'on n'entendait pas d'empêcher en aucune manière de faire l'office ordinaire dans l'église. ^

in. Les députés étant revenus avec cette réponse, Farel qui avait ordre de prêcher à Orbe , monta en chaire

' Ms. Thom. p. 10. 11.

FAHEL A OEbE. S5

un samedi malin, après le dimanche quasimodo, après queroflicefulachevOj mais iln'eut qu'un très peUl nom»bre d'auditeurs ; encore fulril interrompu par les petits enfans, qui, au milieu de son sermOb^ sortirent deT^^lise, criant et hurlant, et faisant un bruit horrible. '

Le lendemain, qui éloit le 'dimanche 23 d'avril, Farel monta encore en chaire, encourage par Tanivée d'an Seigneur député de Berne, qui vint à Orbe avec le baillîf. Il prit le temps qu'on allait so- Jennellement en procession à l'église de S. Germain, qui ctoit hors de la ville; mais avant qu'il eût fini, la procession rentra^ et vint dans l'église où il prêchait. Les enfans entrèrent les premiers, et se mirent d'abord a sifler, à crier, à hurler. Ils furent suivis des prêtres , qui entrèrent dans l'église en chantant. Farel voyant cela ne pût faire mieux que de descendre de chaire, et se retirer. L'après-diner il prêcha, de nouveau en présence du député de Berne et du baillîf et n'eût qu'une dizaine d'auditeurs comme auparavant. ^

Le député de Berne avait été envoyé à Orbe pour remédier à divers désordres. Les prêtres faisaient, tous leurs efforts pour détourner le peuple d'aller au prêche, et fun entr'autres conduisit un jour le châtelain dans l'Eglise, pour lui faire marquer tous les étrangers qui écoutaient la parole de Dieu. Un autre se tenant sous la porte de l'EgUse tandis qu'on prêchait , se mit a crier de toute sa force, pour interrompre le prédicateur. Le conseil y employait aussi ses soins , et déposait de leurs emplois ceux d'entr'eux qui avaient du penchant pour la réformation. En même tçmps les seigneurs de Berne

* id.p. 11.13.

^ Ms. Thom. ibid

2ft PA&BL A ORBB.

eurent avis que les religieuses de St-Claire faisaient transporter leurs joyaux et leur argent à Noseroy eu Bourgogne, et qu'elles y en voulaient encore envoyer davantage. Le député de Berne voyant l'obstination du peuple à ne point écouter Farel, fit assembler le conseil le jour suivant, et leur dit : que puisqu'on avait bien écouté Juliani, lorsqu'il prêchait les articles qu'on a vas, LL. EE. voulaient qu'on entendit aussi la réfutation que Farel en voulait faire par leur ordre ; que pour cette cause ils voulaient que chaque père de famille allât aux sermons de Farel, sous peine de leur indignation. *

Comme des prélres d'Orbe et quelques autres, avaieal publié que Farel ne pourrait jamais renverser le moindre de ces articles de foi, s'il n'élàit soutenu des sei* gneurs de Berne qui voulaient l'emporter par autorité ; le député dit de leur part à rassemblée .* que LL. EEL étaient disposées à les écouter, à rendre justice à chacun^ et à n'user d'aucune violence , qu'ils n'avaient donc qu'à attaquer Farel publiquement. Il lea. exhorta à s'abstenir de détourner le peuple, et d'interrompre les prédicateurs, et enfin il déclara aux conseillers^ 'que LL. EE. ne voulaient pas souiKîr qu'aucun fut déposé de sa charge pour avoir embrassé la réformation. '

Pour donner satisfaction au député de Berne on publia cet ordre par toute la ville. Farel prêcha six jours de suite, et chaque jour deux fois. Le peuple obéit les deux premiers jours ; mais dès le troisième il ne voulut pas y retourner, et Farel n'eut plus que ses auditeurs ordinaires. Ces prémices de la réformation dans Orbe étaient Pierre Viret, les deux frères Holard, Marc

* Bern. Iiwlr. 71. et Ms. Thom cl Ms. Amp. iîî. . ^ Bern, Inatr. ibid. et Ms Amp.

viasT. JKf

Romain^ Antoine Secreslain^ Claude Darbonycr el quelques autres. *

Pierre Virctj dont la mémoire nous sera éternellement en bénédiction ^ était bourgeois d'Orbe , fils de Guillaume Yiret; tondeur de drap. Il naquit l'an 1511. ^ Il commença ses études dans Orbe meme^ et delà son père l'envoya à Paris où il demeura deux ou trois ans , et y fit de très grands progrès dans les sciences. Mais surtout il fût éclairé de la lumière de l'Évangile, et bientôt il fut contraint de s'enfuir pour éviter la persécution. 11 vint à Orbe, où à la sollicitation de Farel il se voua quoiqu 'avec peine, au ministère de TÉvangile, et il travailla tellement auprès de son père et de sa mère, quHI eut le bonheur de les gagner à Jésus-Christ. Il eut deux frères, Antoine et Jean, dont le dernier mourut sans enfans. Il prêcha pour la première fois à Orbe, le 6 de mai 1531 .^ De là il fut envoyé à Grandson , où il prêcha quelque temps ^.

Dans le même temps les Bernois envoyèrent, le 12 mai, de nouveaux députés à Orbe, pour prendre un inven* taire de tous les biens du couvent de Ste-Claire , afin d'cmpécher aux religieuses d'en rien distraire. Et comme jusqu'alors les ministres avaient été dans des logis publics, où ils vivaient à leurs frais, les députés eurent ordre de les pourvoir d'un logement et d'une pension, aux dépens des couvons , qui avaient le per^ sonnât de quelques cures ^.

Après Viret, Farel consacra pour ministre un nommé

' Ms. Tbom. 19. 15.

' Melch. Adim Vit. Theologor. Exteror. p. ifQ-

* Id. ibid.

^ Ms Amp. 1S9. b.

96 GmVAT. ORBE.

George Grival^ sumommé Calleis , fils de Claude Grival, bourgeois d'Orbe. George Grival avait été premièrement enfant de chœur à Lausanne. Etant revenu dans la maison de son père , le clergé d'Orbe le retint pour son maître de musique, et il exerça cet emploi environ deux ans, après quoi il embrassa la réformation, au grand regret de son père. Il prêcha d'abord à Orbe le 10 de mai; et de là il fût ministre à Avenche où il demeura jusqu'à sa mort, préchant avec une grande satisfaction de son Eglise. Il y mourutde peste l'an 1550, laissant une femme et quelques enfans. *

Les réformés d'Orbe prirent courage dans cette intervalle de temp9> et se donnèrent la liberté de secouer le joug des ordonnances de l'Eglise romaine, négligeant l'observation des fêtes , et mangeant de la viande dans les temps défendus. Cependant quelques-uns d'entr'eux abusèrent de la liberté dont ils jouissaient, et s'imaginant qu'il était de l'essence de la réformation de briser les croix et les images, ils n'en laissèrent aucune. De pareils excès n'ont jamais été approuvés par les gens sages. '

Il y avait à Grandson deux couvens fort riches , l'un de moines noirs, de l'ordre de St-Benoit, et l'autre de cordeliers non réformés. De même il y avait à Orbe deux couvens, l'un de cordeliers , l'autre de religieuses de Ste-Claire , qui étaient joints l'un à l'autre par un temple bâti entre deux ; en telle sorte que les religieuses pouvaient, sans sortir de leur maison, aller entendre le service des cordeliers, par une galerie attachée à la muraille de l'Eglise. Il y avait même une porte dérobée.

^ Mj. Thom. 13. U.

' Idem.

ORBE. PAEHIBRl CBIII. V7

par où les deux couvens avaient coinmanicatîon ensemble, el dont les religieux et les religieuses savaient bien profiler *.

I«es Bernois , espérant que la réformation s'introduirait enfin dans les deux bailliages d'Orbe elde Grandson, y envoyèrent des députés , pour mettre en inventaire tous les biens des Eglises ; et les Fribourgeois y en envoyèrent aussi , afin qu'il ne se ùi rien sans eux. Farel qui était encore a Orbe, y précba en leur présence. Christophe Holard^ voulant signaler son zèle, brisa publiquement une image. Le peuple s'en plaignit ^ les Fribourgeois le firent aussi. Les députés de Berne promirent de l'en censurer. Hais nonobstant cela ^ il en abattit encore d'autres ; et il ne cessa point qu'il ne les eut toutes abattues. Dans le même tempsies députés de Berne ^voy ant que Farel n'avait qu'un fort petit nombre d'auditeurs , ordonnèrent aux prêtres et aux femmes de l'aller écou^ ter huit jours durant^ ce qui fut fait.

La FentecAte étant venue ^ le 28 mai, Farel célébra la Ste-Cène avec son petit troupeau. Après avoir prêché de grand matin, il distribua la communion avec des hosties et du vin. Les réformés reçurent la communion a genoux. On rapporte qu'entr'autres paroles delithurgie, Farel demandait aux communians, s'ils se pardonnaient les uns aux autres? et ayant répondu que oui, il leur donnait l'Eucharistie. C'est la la première cène qui fut célébrée dans Orbe. Les communians furent^ Hugo-, nin d'Arnay , * Christophe Holard , sa mère , Jean Cordey, sa femme, Guillaume Viret, etGrivat, dont

* On Vm découverte il y a environ 40 an» , lorsqu'on démolit la

vo&te de ceUe église.

^ Dont il a été parlé ci-devanl.

S8 ORBB. BXCBS DUS RÉFOBMÉS.

j'ai parle. Après qu'ils se furent retirés^ les prêtres vinrent dans l'Eglise à leur tour, pour y chanter lo

messe. '

Le mercredi après la penlecôle , dernier jour de mai^ les religieuses d'Orbe reçurent un ordre de Berne d'aller écouter les sermons des ministres. Les religieuses pour parer ce coup , envoyèrent auprès de hi princesse d'Orange, qui résidait à Nozeroy, la prier de les recommander à Berne. Cette princesse en voyadeux gentils-hommes à Berne et a Fribourg , pour faire révoquer cet ordre mais ils n'obtinrent rien. Ainsi on leur prêcha pendant trois ans durant, tous les jours , et au bout de ce tems-là l'ordre fut révoqué *.

Le dimanche, 2 juillet, Christophe Holard, abattît le grand autel, qui était au chœur de la grande Eglise. Les catholiques en furent extrêmement affligés et en firent des lamentations tragiques , comme si toute la religion eût été perdue, ou que Dieu lui-même eût été arrache de son trône. Il y avait à Orbe sept églises, grandes ou petites, et dans ces églises, vingt-six autels, Christophe Holard, accompagné de dix ou douze autres réformés , en renversa la plupart. ^ Mais les catholiques ne laissèrent pas pour cela de célébrer toujours leurs offices accoutumés dans ces Eglises, et se servaient de table au lieu d'autel pour dire la messe. ^

La réform^tion ne s'introduisit pas à Payerne avec plus de tranquillité, que dans les autres lieux du pays-

* Thom. Itf. 16.

* Id. 1«.

Pierrefleur dit qu'il les renversa tous, sans en laisser un seul do rcsle. Mais le contraire paraît par la suite. Voyez ce qui est dit ci-dessous , de ce qui se passa à Orbe en janvier ISi3S.

* m. Thom. 17. b. et 18.

nirOEMATioK a patbrnb. 29

La villo de Payerne était Uce avec celle de Berne par un ancien traite de combourgeoisie, ou d'alliance défensive, peut-être aussi ancien » que la ville même de Beme^ Du moins dans un acte que j'ai vu , du renouvellement de cette alliance^ daté du mois de février de Tan 1343 ^, il est dit expressément que cette al« liance était ancienne, (tétait en vertu de cette alliance que la ville de Payerne avait fourni du secours aux BéimoMy Tan 1530, contre le duc de Savoie. Dans le même tems, ceux de Payerne promirent aux Bernois, de laisser prêcher librement la réformation chez eux , et de ne faire aucune insulte à ceux qui l'embrasseraient* Hais ces promesses furent mal exécutées. Ils faisaient tous les jours quelques insultes aux réformés ; empêchaient leurs bourgeois et les autres d'embrasser la réformation ; ne voulaient pas permettre qu'on lût la parole de Dieu ni qu'on s'en entretint, beaucoup moins qn'on la prêchât publiquement.

On en faisait tout autant à Avenche , et sans aucun égard aux promesses que la bourgeoisie avait faites aux Seigneurs de Berne, ils punissaient ceux d'entr'eux qui allaient a Morat, ou ailleurs écouter les ministres.

Dans ce temps- là, la ville de Payerne souhaita derenouveller son alliance avec Berne. Les Bernois y con-* sentirent, et députèrent quelques conseillers pour ce sujet, au commencement de juin. Ces députés passant a Avenche^ le 3 juin, y assemblèrent le conseil, et lui remontrèrent de la part de leurs Seigneurs « Qu'ils étaient fort surpris de ce que, contre la promesse que le conseil leur avait faite, lés réformés étaient insultés, inquiétés et même punis, lorsqu'ils allaient écouler la

• Arcfaiv. de Payerne.

30 PATBRNB.

parole de Dieu ; qu'à la vcrilé leur inleniion n'était pas qu'on forçât personne à aller au prêche; mais qu'ils souhaitaient seulement, qu'on laissât à chacun une entière liberté de conscience , pour aller au prêche ou à la messe. » Ils les exhortèrent donc à s'abstenir de toute violence, ^.

De là, les députés allèrent à Payerne pour renouveler Talliance; mais avant que de le faire, ils reprochèreilt aux Payernois les avanies perpétuelles , qu'ils faisaient aux réforn^s, contre la promesse qu'ils avaient donnée à LL. EE. l'année précédente. Us leur déclarèrent, que LL. EE. étaient très mal satisfaites d'une pareille coaduite, et qu'ils avaient ordre de leur demander une exécution entière de leurs promesses , et pleine liberté de conscience pour ceux qui voudraient embrasser l'Bvangile, faute de quoi, ils s'en retourneraient sans renouveler Talliance. ' Il y a apparence que la réponse des gens de Payerne ne fut pas satisfaisante, puisque l'alliance ne fut point renouvelée, et que cette affairé fut différée jusqu'au mois de mai de l'année suivaiité. Sans doute les Bernois, avant de s*engager de nouveau, voulurent voir quel fonds il y avait à faire sur les promesses de ceux de Payerne.

lY. Tous les mouvemens qu'on avait vus à Àvenche, à Payerne et à Orbe , contre Farel et là réformation qu'il prêchait n'étaient que des bagatelles, en comparaison de ceux que l'on vit à Orandson , où il courut risque, plus d'une fois, de perdre la vie. Il alla d'Orbe à Grandson dans le printemps^ accompagné de Claude de Glautinis , ministre de Tavanes , dans le dessin d'y

* Ms. Aoip. 123. Bern. fnstr. 77.

* nis. Amp. et Bern. Inslr. ibid.

PA&Et A GRANDSON. SI

préchei^. Hais ils y furenl d*abord mal reçus l'un ei l'aulre ; (nonobstant que les seigneurs de Berne eussent écrit au baillif et au prieur , Nicolas de Diesbach^ de laisser prêcher paisiblement la parole de Dieu), de sorte qu'il n'y pût faire que peu de fruit. Le gardien des Cordelière , nommé Frère Guy, s'opposa à Farel^ disant qu'il était un hérétique , et que quant à lui, il soutiendrait la religion jusqu'à la mort. Quelques réformés voulurent ensuite aller au Prieuré d'en haut avec Farel; mais les moines ne les voulurent pas laisser entrer. Le sacristain menaça Farel d'un pistolet qu'il avait sous sa robe. Il voulut même tuer le ministre de Tavancfs et enfermer Farel dans le cloître ; et un autre voulut percer le ministre de Tavanes d'un coup de couteau. Lorsque de Glautinis y voulut prêcher , on l'en empêcha par un tumulte, et Von tint les portes des temples fermées pendant quinze jours, de sorte que les ministres furent contraints de prêcher devant les temples. Cependant les seigneurs de Berne écrivirent au baillif, de punir ceux qui avaient commis ces désordres, et surtout ceux qui avaient voulu assassiner le ministre de Tavanes; mais il n'en fit rien. Bien loin de là, les catholiques se plaignirent injustement que les réformé.^ avaient voulu entrer par force au Prieuré. Là dessus les Bernois y envoyèrent, Ip 12 mai, deux députés, qui au sortir de Ncochâtel, allèrent à Grandson , ou ils firent venir Farel pour s'informer exactement de tout ce qui s'était passé. Ils exhortèrent la bourgeoisie à permettre qu'on leur annonçât la parole de Dieu , puisqu'il y en avait quelques-uns d'entr'eux <jui le souhaitaient, et ordonnèrent que les Eglises des deux coûtons fussent ouvertes^ afin que les ministres y pussent prêcher, et que tous ceux qui voudraient les aller écouter, pussent

S2 6IIAND80H.

le faire «ans empéôhemoDl ; qne pereonue n'eût à les ÎQSoIteri ni les maltraiter; déclarant queLL. EB. voulaient absolument que la parole de Dieu fût préchée. Ils censurèrent aussi rudemeol les moines qui avaient injurié Farely en Tappellant hérétique et fils de juif, voulant qu'ils prouvassent ses injures , ou bien qu'ils se rétractassent. Enfin ils censurèrent le baillif^ de ce qu'il n'avait pas puni celui qui avait voulu tuer le ministre de Tavanes d'un coup de couteau , ni ceux qui avaient causé du tumulte pour l'empêcher de prêcher^ et qui avaient tenu fermées les portes des Eglises pendant 15 jours. Ils allèrent au Prieuré des Bénédictins, pour défendre l'action des réformés y et tirèrent le sa-^ cristain en cause , pour avoir voulu enfermer Farel et assassiner le ministre de Tavanes. ^

Mais ce fut encore pis dans le mois de juin , le jour de la StrJean et le lendemain. Depuis le dernier tumulle jusqu'alors, tout s^était terminé à des disputes ^ que Farel , Viret et d'autres avaient avec les moines ; par* ticulièrement avec le gardien^ qui prêchait comme eux^ tous les dimanches , et qui passait pour savant. Ils se réfutaient les uns et les autres^ Ton s'en tenait là. Mais le 24 jùin^ jour de la St-Jean, Farel étant allé aux Cordeliers avec Glautinis, pour ouïr le sermon d'un Cordelier venu de Lausanne, l'interrompit et le réfuta ; sur quoi le Châtelain du lieu chargea Farel d'injures et de coups de poings. A ce signal, tous les justiciers, le peuple, les Cordeliers^ et plusieurs personnes qui étaient venues d'Yverdun y se jetèrent sur les deux ministres^ . les chargèrent d'injures, de coups de pieds et dé poings, et les maltraitèrent cruellement. Glaulinis l'écrivit le

* Ms. Amp. 132, Bcrn. Instr. 70.'

GRAKD80M. 35

même jour , à Jean-Jaques do Walte ville ^ seigneur de Colombier, député de Berne , qui se trouvait alors à Colombier, belle terre située à trois lieues de Grandson, au bord du lac, dans le comlé deNeuchâtel. Cependant quelqu'un ayant donné un faux avis aux Gordeliers , que les réformés voulaient abattre leur grande croix , ils s'armèrent et firent quelques dispositions pour les en empêcher. De Watteville , ayant reçu la lettre de Glautinis , partit le lendemain pour Grandson ; et y éteint arrivé, il alla dans le même temple pour ouïr le sermon du Cordelier. Comme il montait sur la galerie, il rencontra des moines qui Tarréterent sur les degrés , et ne voulurent pas le laisser passer. II y en eut même un qui voulut le pousser en arrière. Son valet repoussa le moine, et le contraignit de remonter. Il lui sentit une hache sous sa robe; et après plusieurs efforts, et bien de la résistance de la part du moine , il la lui prit et voulut le tuer ; mais son mattre l'en empêcha. Pendant CQ temps-là il y eut un vacarme effroyable dansTi^lise. Néanmoins il n'y eut que du bruit, qui fut enfin apaisé. De Watteville mit son valet sur les degrés de la galerie, pour empêcher que personne n'entrât ni ne sortît de la. Le Cordelier prêcha^ et après son sermon, Farel étant monté en chaire, disputa un peu contre lui ; après quoi, il descendit et se retira. Cependant les deux moines , qui avaient voulu fermer le passage à de Watteville, furent mis en prison par le baillif , à l'instance de ce seigneur. On disait qu'il y avait d'autres moines qui avait eu aussi des haches^ et qu'il y avait une conspiration secrète pour assassiner les ministres et les réformés, et que c'était pour ce dessein qu'il était venu tant d'étrangers armés ^ particulièfement de ceux d'Yverdun.

Zk GRAHDSON.

C'est là la relation que de Watteville en écrivit laimême à LL. EE. le même jour, 25 juin. *'

Il y eut d'abord à Grandson deux dépotés de Berne envoyés pour adjoinCs a de Watteville , qui examinèrent (le 22 juin), le moine ^ qui avait eu la hache , et voulurent savoir pourquoi il l'avait prise ? Il répondit , que c'était pour empêcher Farel de rompre le crucifix qui était sur la galerie, dont le couvent lui avait confié la garde. Ensuite^ interrogé pourquoi il avait repoussé de Watteville, il dit qu'il ne le connaissait pas , etc. Les députés voulurent qu'on mit ces moines à la torture ; mais la chose ne s'exécuta pas. * Us les firent seulement attacher à la corde et mettre la pierre au pied ; mais ils ne les firent pas tirer. Ces moines protestèrent solennellement y qu'ils n'avaient eu aucun autre dessein qoe d'empêcher Farel de monter sur la galerie , afin qu'il n'interrompu pas leur prédicateur, comme il avait fait le jour précédent. ' On découvrit pourtant une trentaine de femmes qui avaient conjuré de faire un mau- , vais parti à Farel, entre lesquelles il y en avait une " entr*autres, qui avait voulu aller sur la galerie , avec son tablier plein de cendres et de terre , pour jeter dans la bouche de Farel quand il parlerait . ^ Pendant tout le tems de leur prison, les deux moines furent bien traités; et au bout de quinze jours on les relâcha. ^ Durant ces quinze jours, on mit six hommes en garnison dans leur couvent, pour le garder et empêcher que les religieux ne s'enfuissent^ et n'emportassent les biens de la mai-

*■ M», Grooss.

* ibiii.

' Ibid.

* Ibid.

" Ms. Thom. 16. b. 17.

RKFORMATION A FTB. 58

son. De ces deux moines ^ l'an s'appetait Gondola et Taulre Tîssol. Deux ans après ^ ils embrassèrent la ré* formation^ et Tun fut ministre à Fontaine proche de Grandson^ et l'autre àBavoje * etChavornay.

Dans cet intervalle, Farel alla prêcher dans les villages du balliagc. Il fut d'abord écouté favorablement dans celui de Fies ou .Fye. Après y avoir prêché quelques jours^ il y fit tant de fruit, que les réformes remportèrent en nombre sur les catholiques ; et profitant incessamment de la conjoncture, il fit assembler la communauté au commencement de juillet, pour mettre la religion en suffrages, et là, a la pluralité des voix, la religion réformée y fut introduite, et la catholique abolie. Les . Seigneurs de Fribourg s'en plaignirent , comme d*une infraction faite à leur autorité^ et en firent de grands griefs à Berne contre Farel. Les seigneurs de Berne n'approuvèrent pas non plus la conduite de Farel à cet égard. Ils lui en écrivirent leur sentiment , le 7 juillet j et lui ordonnèrent de s'abstenir a l'avenir de ces sortes d'actions, qui ne convenaient qu'a des magistrats souverains ou à leurs députés : « Cependant, prêchez librement la parole de Dieu , lui disaient-ils ; et lorsque vous apercevrez que le peuple la veut embrasser , ou que la plus grande partie sera persuadée à le faire, faites-le nous savoir. Nous y enverrons nos députés, pour mettre la dernière main a cette affaire. Ou si d'eux-mêmes ils veulent s'assembler pour recevoir l'Evangile, nous ne le refuserons pas. Cela n'est pas contraire a la paix nationale , conclue à Bremgarten , que les Fribourgeois allèguent souvent '. »I1 y eut en-

* Ibid.

^ Berne Latin. Missiv. SK)3.

te HOOYIAU TOHULTB A ORBB.

core quelques aulres villages^ où la messe fui abolie par les paysans.

Lejeudi 6 juillet, Christophe Holard et Antoine Tavel allèrent trouver le nouveau châtelain, Antoine Secrestain, qui avait été mis à la place d'Antoine Agasse, et Grent entre ses mains dne accusation criminelle contre les prêtres; les accusant d'être des meurtriers, offrant de se rendre prisonniers avec eux. Là-dessus on les envoya en prison, et l'on ordonna aux sergens d'y conduire aussi les praires; il y en eut un, nommé Pierre Bovey, homme puissant et vigoureux, qui résista tellement aux sergens, et les battit si bien , qu'ils le laissèrent aller, lis n'en prirent q'uun, nommé Biaise Florct, qu'ils conduisirent en prison. On les traita tous honnêtement, soit pour le logement,. soit pour la nourriture, et ils avaient permission d'aller par tout le château librement. Mais pour tous les autres prêtres, le peuple se mit en armes pour les défendre, et durant six jours , la populace mutinée fut toujours dans les églises avec toutes sortes d*armes, pour s'opposer a tous ceux qui auraient voulu les saisir et les empêcher de dire la messe. Le dimanche 9 juillet, le banderel de Pierrefleur fit assembler toute la communauté, et leur demanda s'ils voulaient tous persister dans la foi de leurs pères ? priant ceux qui étaient dans ce sentiment de lever le doigt , et les autres de se retirer. Là dessus toute l'as^ipmblée leva le doigt et ils protestèrent tous , qu'ils étaient résolus de garder la foi, d'imiter les actions et les mœurs de leurs pères. Après cette déclaration,' il fut résolu de pousser l'affaire des prêtres , au nom de la bourgeoisie ; et l'on recourut à Fribourg. Les Seigneurs de Fribourg ayant appris la détention du prêtre, le firent relâcher, et les loutres demeurèrent en prison jusqu'au 22 juillet, qu'ils

furent aussi élargis. Hais les deux réformes^ Holard et Tavel^ furent repris peu de jours après et conduits en prison , avec douze ou treize autres de leur parti , pour avoir abattu les autds,' et ils furent tenus étroitement pendant trois jours'au pain et ^ Teau. *.

Le dimanche 23 juillet ^ Jean Holard on Houlard^ bourgeois d'Orbe, frère de Christophe, prêcha pour la première fois à Orbe, devant les religieuses de Sainte* Claire. Il avait élé dès son enfance destiné par son père à être homme d'église. H apprit d'abord la musique, c*était par |à qu'il fallait commencer ; il s'en d^oûta , et fut a la guerre pendant quelque peu de temps, mais if revint à sa première profession , et fut fait chantre de la chapelle du duc de Savoie, à Chambéry. De la il prit l'ordre 4e préirise, et y vécut fort longtemps en très bonne réputation. Il fut chanoine de l'égUse collégiale de Str-Nicolas de Fribourg, et enfin dojen, vivant dans une grande estime. Dans la suite ayant ouvert les yeux à la lumière de l'Evangile, il entretint secrètement un commerce de lettres avec les ministres de Berne, ce qui ayant élé décpuvert, il fut mis en prison. Les seigneurs de Berne demandèrent sa liberté. A leur considération on le relâcha ; mais il fut banni de Fribourg. H se dévoua donc au saint ministère , et fut d'abord ministre à la Bonne ville près de Bienne. De là les Bernois l'établirent à Bayou à Bex, dans le gouvernement d'Aigle.^ Il fut marié trois fois, et eut trois enfans de sa seconde femme. Il mourut à Orbe le 24 septembre 1569, ayant demandé son congé quelque temps auparavant, a cause de son grand âge, pour vivre en repos le reste de ses jours '.

^ Ms. Thom. 18. 19. * Id. 19. b. SO.

38 OliBB. RETRAITS

V. Pendant ces troubles de la ville d'Orbe , les religieuses qui avaient bonne envie de se retirer en Bourgogne^ avec tous les biens de leur •couvent^ négocièrent secrètement pour ce dessein avec Madame Philiberte de Luxembourg, princesse d'Orange. Elle leur envoyait toutes les semaines un messager^ par le moyen duquel ces filles lui donnaient de leurs nouvelles et envoyaient en Bourgogne la plupart des omemens de l'église et leurs plus précieux meubles. Enfin, le 28 juillet, dixsept d'entr'elles sortirent de nuit de leur couvent , escortées de deux religieux^ etdubanderetdePierrefleur, qui était aussi de leurs complot ; et qui^ (comme il nous rapprend lui*méme), fondait en larmes à la vue de ce triste spectacle. Elles montèrent bors de la ville sur des chariots que la princesse leur avait-envoyés^ et elles allèrent à Noseroy^ où celte généreuse dame les reçut avec grande joie^ les attendant avec toute sa noblesse. Elle les logea dans la maison du seigneur de Wufflens , où elle les entretint environ un an. * Je remarquerai ici à cette occasion, que l'année précédente, 1530, le prince d'Orange, qui commandait une armée navale dans la Méditerrannée , ayant trouvé sur des vaisseaux quantité de bourgeois et de sujets de Berne prisonniers^ qui avaient été dans les guerres de France et de Naples, les délivra généreusement de leur capliviié. Les seigneurs de Berne l'ayant appris, en écrivirent (le 30 juillet 1830) a la princesse sa mère, pour l'assurer de leur reconnaissance. ^ Ils la priaient en même temps d'avoir la bonté, quand elle écrirait au prince son fils, de lui marquer qu'il leur fera plaisir de leur envoyer les

' Ms. ThomoAS. Si. b. 22.

' Bern. Latin. Missiv. 295. b.

DB QUBLQUBS EBLIGIBUABS. 39

noms de tous ceux qu'il avait délivrés, afin qu'ils sachent qui sont ceux d'entr'eux qui sont morts ou encore en vie;r et qu'ils le prient instamment de rechercher encore tous ceux qui seront ou pourront être sur les ▼aisseaux^ lui offrant toute sorte de reconnaissance.

Mais pour revenir à nos religieuses d'Orbe, le bruit de leur évasion s*élant répandu dans la ville, lebaillifalla voir Tabbesse , et lui demanda pourquoi ses filles s'étaient retirées ? L'abbesse répondit que la faim et la disette les avaient chassées , et que d*aiUeurs elles étaient perpétuellement en crainte de quelque mauvais traitement. ^ En effet elles étaient pauvres, et j'ai trouvé dans les registres du conseil de Moudon^ qu'elles firent quêter alors par le pays apparemment pour leur voyage ; et le 27 juillet^ veille de leur départ, le conseil de Moudon leur fit donner deux florins de Savpie, par charité. L'abbesse demanda ^ussi au baillif permission de se retirer avec les autres religieuses qui étaient restées ; mais il la leur refusa^ et mit à la porte de leur couvent une garde d'une douzaine de jeunes hommes, tous réformés , pour les empêcher de sortir sans permission. ^ Cette action du baillif mit le peuple en fureur. Conduit par les principaux et les plus upparens, dont était notre auteur le banderet de Pierrefleur, ils allèrent tous demander qu'il ôtftt^ cette garde , et laissât ouvrir le couventj afin que chacun pût entrer dans l'église. D'abord il le refusa ; mais vojrant ensuite que le tumulte allait en augmentant, et craignant qu'il n'en arrivât plus de mal, d'autant plus que c'était alors ' la fête de S. Ger-

' Ms. Thom. 1. c.

> Id. ibid.

' 31 juillet.

M) MOUVBAUZ BXCB8 DBS RiFORHÂS.

main, patron de la ville, il renvoya ces gardes^ el fil ouvrir le couvent, après quoi le peuple y entra en foule. Cependant, comme cette émeute était d'un mauvais exemple, le baillif fit mettre en prison ceux des plus apparens qui en avaient été les auteurs. (Le 5 d'août.) Le conseil envoya sur-le-champ deux députés à Berne et à Fribourg , pour solliciter leur élargissement. lU l'obtinrent, mais à condition que ces gens-là paieraient cent écus d'amende pour leur soulèvement. ' Us prétendirent la payer de la bourse commune de la bourgeoisie ; mais les seigneurs de Berne s'y opposèrent, et voulurent qu'ils la payassent chacun de son bien propre, puisque les réformés^ qui étaient aussi bourgeois > n'avaient point eu de part a cette sédition ; à moins qu'on ne permît aussi aux réformés de payer leurs frais de la bourse commune. * Mais enfin ils eurent encore la bonté de leur quitter cette amende, aussi bien que ceux de Fribourg. *

Dans ce terops-Ià les religieuses de Sie. Claire reçurent une nouvelle mortification. Quelques réformés, ani-i mes d'un jèle indiscret et impétueux, allèrent un jour enfoncer la grande porte du chœur de leur église , et en démolirent les autels. ^ Ce n*est qu*avec peine que je rapporte ces sortes d'actions et d'autres semblables ; mais enfin la vérité de l'histoire le demande , et il ne m'est pas permis de les supprimer, sans me rendre coupable de partialité. D'ailleurs il est bon de faire remar^ quer à nos adversaires que nous n'approuvons nuUe-

^ Ma. Thom. 25.

-' Bern. Instr. 115.

» M. ib.

* Ms. Thom.

RéPLKXI0^8 A CE SUJ£T. 4i

meol la mauvaise conduite de quelques particuliers de notre communion > et que notre sainte religion est fort éloignée d'autoriser ce qui sent le tumulte^ la violence et la sédition. Sans doute ces gens-là s'imaginaient faire en cela une action agréable à Dieu , parce qu'^1 a donné cette loi touchant les idolâtres et les instrumens de leur idolâtrie : « Vous démolirez leurs autels , vous briserez leurs statues , vous couperez leurs bocages et vous brûlerez au feu leurs images taillées. ' » Mais ils auraient dû considérer que cet ordre s'adresse au peu? pie en corps et à ses magistrats > et non aux particuliers , et qu'il faut laisser aux puissances le soin de ces sortes de cbangemens qui ne peuvent se faire ^ selon les règles du droit des gens, que par leur autorité. Quand les Juifs se mirent à faire des encensemens au Serpent d'airain^ aucun particulier de .Jérusalem , ni du royaume deJuda^ aucun sacrificateur, aucun prophète , n'entr&> prit de le briser de son autorité propre ; quoiqu'on ne manquât pas alors de gens pieux et zélés; mais ce fu| le roi Ezéchias qui le fit briser. ^ Après tout il convient , selon la règle de l'apôtre S. Paul, ^ et selon Tesprit de l'Evangile, que tout se fasse dans l'Eglise avec ordre et avec bienséance.

n ne &ut donc pas tant s*étonnner si les catholiques regardaient de mauvais œil et la réformation et les réformés. On ne peul pas changer de sentiment en ma-» tiëre de religion , comme on change d'habit; etcequ'oii , B*esl accoutumé dès son enfance à regarder avec véné? ration, comme quelque chose de sacré, on ne peut pas.

* Dcul. VU. ».

' IL Bois. XYilI. k.

^ I. Gorinth. XIV. M).

ikS OEBB.

souffrir iranquîllemcnt qu'on le détruise ou qu'on le renverse. Ce n'est pas en brisant tumultuairement les idoles qu'on ramène les idolâtres ; on ne fait que les irriter. Il faut les éclairer et les engager à briser eux-mêmes leurs idoles de leurs propres mains. Mais il est temps de reprendre le fil de mon histoire.

Les religieuses de Ste. Claire, irritées du désordre qu'on avait fait dans leur église , ne purent plus vivre à Orbe. Elles firent prier les seigneurs de Berne et de Fribourg de leur permettre de se retirer , souhaitant de suivre leurs compagnes en Bourgogne. En même temps elles dépêchèrent un messager à la princesse d'Orange , et à leur supérieur, pour prier l'une et l'autre de les re» cevoir. La princesse et le supérieur répondirent qu'elles pouvaient venir en Bourgogne , et qu'elles y seraient bien reçues ; mais quSl fallait auparavant qu'elles fissent quarantaine dans quelque lieu écarté, à cause de la peste qui était alors à Orbe, et dans une bonne partie du Pays-de-Vaud. Le dévot bandcret de Pierrefleur offrit de leur prêter, pour ce dessein, une maison qu'il avait à Baume, ^ village situé au pied de la Montagne , sur la grande route de Bourgogne. Les seigneurs de Berne leur permirent de se retirer avec tous leurs biens , et voulurent même que le baillif les escortât jusqu'aux frontières ; '. mais ceux de Fribourg ne voulurent pas les laisser partir ; et pour les engager a rester , ils leur promirent d'envoyer des députés à Berne , et de faire mettre de si bons ordres, qu'on ne les inquiéterait plus a l'avenir. ^ Ainsi elles restèrent.

Les mouvemens tumultueux continuèrent à Grandson

* * Ms. Thom. 25. 25. 86.

* Bern. Instr. 115.

GRAMDSON. TUMULTE FAB. LES CATHOLIQUES. âS

pendant toule l'auloiDne, au sujel de la religion; ce qui engagea les seigneurs de Berne d'y envoyer des dopulés le 18 seplembre, pour encourager les réformés, et exhorter les autres à laisser prêcher tranquillemenl la Parole de Dieu. Ces députés furent aussi chargés d'en faire autant à Echallens. Pour le coup les réformés de Grandson étaient la partie souffrante. Un dimanche du mois de septembre^ comme ils étaient dans le temple occupés à écouter leur ministre, et qu'ils y demeuraient trop long^temps au gré des catholiques ; ceux-ci, impatiens d'entendre la messe, lâchèrent leurs femmes, qui entrèrent effrontément avec un grand hruit, pour interrompre leur dévotion. Les réformés volurent les répousser, et les mettre hors du temple ; mais elles étaient en si grand nombre, qu'elles furent les plus fortes, et la fureur leur fournissant des armes, elles les chassèrent. Elles se prirent particulièrement aux trois ministres qui se trouvèrent là, Farel, Grivat et Froment, lesquels elles maltraitèrent extrêmement, et leur déchirèrent tout le visage. Elles en voulaient principalement a Farel ; et sans le secours d'Antoine Froment, qui était avec loi, il aurait couru risque d'être. assommé. De Watteville, ancien avoyer de Berne, arriva bientôt après à Grandson , pour prendre information de cette affaire. H fut suivi d'autres députés qui y vinrent avec eux de Fribonrg, pour le même sujel ; mais ils ne purent convenir de rien et 6*en retournèrent sans rien faire. *

Cet accident ne rebuta point les réformes de Grandson , et ne les empêcha point de faire un nouvel éclat quelque temps après. Vers la fin de l'automne, ils allèrent^ de leur propre autorité, briser quelques autels

' JMs. Tbom. Sft. Ms. Gross.

A4 ' ORAMDSOH.

dans régllBe des.Gôrdcliers. Les dépotes de Fribourg, irrités de cette action^ comme on le peut penser, firent mettre en prison Farèl et d'autres ministres , avec quelques |)ersonnes de Grandson et d'Yvonand. Les seigneurs de Berne n'approuvaient nullement la conduite des réformés. Cependant ils ne voulurent pas les abandonner non plus , pour ne pas paraître abandonner la religion. Ils écrivirent donc au baillif de Graùdson de les relâcher. Mais comme il était Fribourgeojs^ il n'en voulut rien faire. Il se nommait Jean Reiff. Les Bernois s'adressèrent donc au conseil de Friboui^, et lui en ^écrivirent deux fois ; après quoi les prisonniers furent élargis. '

Il y eut encore de nouveaux différends entre les deux états , au sujet des villages de ce baillage^là , qui avaient embrassé la réformation ; les Bernois voulant que la messe y fut absolument abolie, etlesPribourgeois s'y opposant vivement. Les deux états envoyèrent chacun des députés à Grandsouj pour travailler à un accommodement sur cette affaire. Ceux de Berne voulurent absolument , suivant les instructions qu'ils avaient reçues : 1^ Que la messe fût entièrement abolie dans les lieux ou on l'avait rejetée à la pluralité des voix ; 2"* et que ceux qui avaient maltraité Farel et les autres fussent punis. Ils censurèrent même le baillif , qui avait voulu faire prendre Antoine Froment^ parce qu'il avait secouru Farel. Ils demandèrent aussi que le baillif payât lentretien des mipistres. Les députés de Berne et de Fribonrg convinrent enseinble sur le premier article > qui était de laisser subsister le traité qui avait été fait sur Tabolition de la messe^ à la pluralité des suffrages; mais ceux de Fri-

Ms. Grooss.

ORBE. TUMUtTB PAR £V3 CATHOLIQUES. kH

homg demandèrent qu'on relirai Farel de Grandson. Il élail le principal objet de leur haine, parce qu'ils le regardaient comme le premier auteur de Tintroduction de la doctrine réformée dans ces quarliers-Ià. Les Bernois, pour le bien de la paix, eurent la complaisance de leur accorder leur demande, et tinrent parole. Farel se relira. Mais il n'en fut pas de même de l'autre côté. Après le départ des uns et des autres , le baillif rétablit la messe dans les lieux où elle avait clé abolie ; Berne js'en plai* gnit a Fribourg le 8 novembre, roi^is inutilement. ^

n survint encore un nouvel embarras entre les deux étals de Berne et de Fribourg^ au sujet de troubles qui s'élevèrent à Orbe entre les réformés cl les catholiques, et qui éclatèrent la veille deNoël, 1531; l'occasion en fut que les réformez voulurent s'assembler dans Téglise paroissiale, à sept heures du soir. Les catholiques leur avaient souvent reproché de dormir comme des pourceaux dans leurs lits , tandis que les catholiques étaient dans l'église^ occupés à chanter les louanges de Dieu. Afin donc de se laver de ce reproche ^ ils voulurent célébrer la vigile de Noël, par une assemblée religieuse, et prirent pour ce dessein l'heure que je viens de dire. Les catholiques, qui avaient la clef do l'église^ la refusèrent; c'est pourquoi ils y entrèrent par force, et y prêchèrent. L'assemblée fut fort nombreuse^ parce qu'il y vint plusieurs personnes , qui n'osaient pas y paraître de jour : de sorte qu'ils entendaient les catholiques, qui , passant et regardant4>ar la porte , disaient, «le diable y en a bien tant mis. » Tandis qu'ils étaient occupés à écouter le sermon de leur ministre , les catholiques s'attroupèrent , et soit pour les insulter , soit

* Ms. Grooss.

A5 TUMULTE A NOVALU.

qu'ils troavassont que leur sermon éuil trop long , ils allèrent sonner matines à neuf heures du soir^ ce qui obligea les réformés à se retirer ; et les catholiques entrèrent dans l'église après eux. Comme les réformés se retiraient chez eux paisiblement et sans aucun tumulte, quelque mauvais esprit fit courir le bruit qu'ils allaient dans réglise de S^^-Claire» pour y briser tout. Là des^ sus les catholiques , sortant à la hâte de l'église, les allè^ rent chercher, les attaquèrent a main armée, fendirent la tête a quelques-uns, et en blessèrent d'autres. Les réformés allèrent à Berne, au nombre de dix, en porter leurs plaintes , ayant a leur tête Pierre Viret. Outre la violence qu'on vient de voir, ils se plaignirent encore qu'on enfonçait leurs fenêtres à coups de pierres, desorte qu'ils n'étaient point en sûreté dans leurs maisons. Les catholiques l'ayant su, coururent à Berne après eux , au nombre de vingt. On écouta les deux parties , et on les renvoya , leur disant qu'on leur donnerait bientôt réponse. '

Cependant le jour même de Noël , il arriva aussi du désordre dans le village de Novalle, au bailliage de Grandson . Les réformés , voulant entrer dans TEglise , pour y entendre la parole de Dieu et faire leur service, les catholiques, incités par le baillif , ne voulurent point leur en permettre l'entrée ; et les gens du seigneur de Vergy dirent que l'église n'était point sur les terres de Berne et de Fribourg, et qu'ils n'y avaient rien à voir. Les réformés pressant pour se faire donner la clef, les catholiques assistés par ceux de Vugelle et de Long^ville , se mutinèrent , coururent aux armes , et en blessèrent quelques-uns, entr'autres le ministre, qui eut la

* Ms. Thom. 97. b. S8. Ms. Grooss.

RB6LSMBNT DR BBENB BT DB FRIBOUBG. 47

tête fendue. Celte affaire fat portée à Berne. Le baîUif de Grandson y fut cité j pour rendre compte de sa conduite. Le chancelier de Berne et Farel lui soutinrent en face que c'était lui qui avait incité les catholiques à cette émeute^ et les catholiques même de Yuygelle s'excusèrent^ rejetant la faute sur le baillif ^ qui leur avait ordonné de faire ce qu'ils a vaiei\t fait. ' Les réformés de la paroisse accusèrent aussi le curé de Vuygelle d'avoir eu la principale part à cette séditidn. Ils se plaignirent en même temps que ceux d'Yverdon, zélés catholiques et des plus ardens, les menaçaient quand ils passaient par leur ville ^ et venaient même les maltraiter jusques chez eux. *

n était de la prudence des deux états d'arrêter le cours de ces désordres par de bons réglemens. C^est aussi ce qu'ils firent. Ils eurent une conférence ensemble à Berne ^ vers la fin de janvier 1532 ; et la^ le 30 du même mois , ils convinrent ensemble de sept articles , dont je rapporterai ici la substance.

I. Que leurs sujets des deux religions vivraient ensemble en paix.

n. Que les réformés auraient un temple , dans lequel ils pourraient faire prêcher la Parole de Dieu tous les jours ^ sans aucune -contradiction; et que de leur côté ils ne troubleraient point non plus les catholiques dans leur messe.

m. Que chacun de ces sujets aura p)eine liberté de conscience, d'aller au prêche , ou à la messe.

IV. Que la messe demeurera abolie dans les lieux où elle Ta été à la pluralité des voix. Qu'elle subsistera

* Mb, Amp. IS3.* Bem. Instr. iAO. 141.

* Ms. GrooM.

hS RBOLBMBNT DB bBBIIB BT DB FRIBOURG.

dans les lieux où on l'a gardée ; cependant permis toujours aux réformés de ces lieux-là d'avoir le prêche.

V. Que les ministres et les prêtres^ dans leurs sermons, ne donneront plus des noms injurieux à leurs adversaires ; mais qu'ils se contenteront de proposer leurs aentimens, et de réfuter la doctrine opposée par de bonnes raisons.

VI. Que nul ne devra insulter qui que ce soit pour cause de religion^ ni par parole, ni par voie do fait> sous peine de trois jours et trois nuits de prison , au pain et h l'eau , et payer un écu d'or d'amende, au sortir de prison ; et que ceux qui n'auront pas de quoi payer Ta* mende, seront remis ou laissés en prison, pour y être encore tout autant de temps. Qu'on infligera aux femmes la moitié de cette peine et de cette amende.

VII. Qu'il sera défendu de rien gâter ni détruire dans les églises , sans l'autorité des Seigneurs. ^

On envoya des députés des deux villes, pcfur publier ces ordonniinces à Orbe et à Grandson ; et en même temps les seigneurs de Berne écrivirent à Parel, le 10 février 1532, pour lui donner avis et aux autres ministres ses collègues , de cet accommodement et de ces ordonnances qu'ils avaient* faites avec ceux de Fribourg; l'exhortant, lui particulièrement, à les observer, afin d'être en bon exemple aux autres. *

Les députés des deux états furent arrêtés par de nouvelles difficultés qui s'élevèrent entr'eux, et s'en retournèrent sans rien faice. Un nommé Jaques CoUon , et deux autres, ayant renversé les images à Echalens, avaient été mis en prison, et appliques hi la question.

*■ Ms. Grooss.

^ Bcrn. Lat. Missiv. 505.

ORBB. 49

Les Bernoifl avaient écrit aux Friboargeois , pour les prier de faire arrêter ces procédures jusqu'à l'arrivée de leurs députés, mais inutilement. Les députés de Berne avaient ordre de demander Télargissement de ces prisonniers, sous caution bourgeoise, jusqu'à ce qu'ils fussent punis comme ils l'avaient mérité. Ils avaient aussi ordre de s'informer à Orbe, touchant le tumulte qui y était arrivé la veille de Noël, de punir les coupables et de faire rendre justice par des juges impartiaux, à ceux qui avaient été Uessés de faire donner des pensions aux ministres d'Orbe et de.Grandson , et à ceux de là campagne ; d'exhorter le conseil d'Orbe à ne pas déposer, pour cause de religion, ceux d'entr'eux qui étaient réformés ; de faire que les catholiques se contentassent des autels qui étaient demeurés debout, sans relever ceux qili étaient abattus, ni en faire de nouveaux ^ . Ainsi les députés de Berne, suivant leurs ordres, ne voulaient pas permettre qu'on relevAt les autels abattus , et ordonnèrent qu'on remit par terre ceux qui avaient été relevée. D'autre côté les députés de Fribonrg défendirent aux réformés d'aller prêcher dans TEglise de S^. Claire ; ce qui fut fait '. Enfin pourtant les deux états convinrent ensemble au sujet des autels. Le dimanches mars, les députés de Berne et deFribourg retournèrent à Orbe, pour exécuter les articles dont on était coitventt , et le lendemain ayant fait assembler tous les d&efs de famille , ils y publièrent Tordonnance dont on a parlé. Ces députés eurent aussi ordre de donner une pension et un logement au ministre d'Orbe et à quelques autres , qui jusqu'alors avaient été dans des

' M». Amp. 123. Bem. Instr. i39.

< Bis. Tliom. 148.

80 ôraudsoïi.

logis ; et poar la pension , on devait la prendre sur la moitié des prébendes , qui se dojnnaient à des bénéficiaires étrangers ou absens, et qui par Ifrétaient portées hors du pays; les seigneurs de Berne abandonnant cette moitié pour les ministres. ^

Après avoir fini ce qu'il y avait à faire à Orbe^ les députés de Berne et de Fribourg allèrent à Grandson le lundi 4 mars^ et y publièrent la même ordonnance. Dans ces deux villes, il fut permis aux catholiques de relever . leurs autels, qui avaient été abaltus ; et ils s'y employèrent avec une telle ardeur^ qu'ils furent tous rétablis au bout de deux jours. ^ De là les députés de Berne allèrent visiter les villages qui avaient embrassé la réformation a la pluralité des voix, savoir, Fy , Nouvelles, et quelques autres. Ils avaient ordre d*y établir des ministres, d'en faire déloger les prêtres , et de donner leurs pensions aux ministres. Pour ce qui est des * paroisses où la. diversité des religions subsistait encore, ils avaient ordre d'y établir aussi des ministres , afin que ceux qui souhaitaient d'entendre la parole de Dieu , pussent avoir cette édification ; et de donner à ces ministres , la part que les seigneurs de Berne contribuaient pour '(aire les pensions des bénéficiaires étrangers ou absens, comme dans le bailliage d'Orbe. ^

VI. Il est à remarquer que de tout le Pays-de-Vaud, il ny eut que les 4 endroiu dpnt on vient de parler, Avenche, Payerne, et les bailliages d'Orbe et de Grandson, où il se fit quelques mouvemens pour y introduire la réformation : h Avenche et a Payerne, parce que ces

* Mfl. Thom. S9. Bern. instr. Itô.

' Ma. Tbom. SO.

^ Ms. Amp. 193. Bern. Instr. U9.

PATS-DK-VAOD. MOODOK. 54

deux villes étaienl alliées de Berne , et que les Bernois

y appuyaient les ministres^ qui entreprenaient d'y prêcher : et dans les deuxl>ailliag^es d'Orbe et de Grandson, parce qu'ils sont soas la domination des Bernois^ aussi bien que sous celle des Fribourgeois. Dans tout lé reste du Payfrde-Vaud^ qui dépendait , en partie du duc d# Sayoye^ en partie de l'évéque de Lausanne, on était plongé dans l'ignorance et dans la bigotterie, autant qu'on le pouvait être dans le fond de lltalie et de l'Espagne ; et les édits, publics par les Etats du pays, (Tan 1525), contre ceux qui y prêcheraient hî nouvelle^doctrine, renouvelles l'an 1537 et confirmés parl'autovité du duc de Savoye, ^ étaient si rigoureux et si pressans , que d'entreprendre d'y prêcher , c'était s'exposer a une mort certaine, de gaieté de cœur^ et sans aucun fruit. A Houdon , qui était alors la capitale du Pays-de-> Vaud, on avait un curé, qui abandonnait à d'autres le soin de prêcher la doctrine du salut. Le théâtre y tenait lieu de la chaire, et les condacteurs du peuple, au lien de lui procurer des instructions salutaires tirées de la parole de Dieu, le repaissaient de comédies pieuses, selon le goût de ce siècle-là. Ainsi cette année 1531 le conseil de cette ville, ordonna de payer 10 florins de Savoyeaux comédiens, qui, le dimanche des rameaux avaient joué une partie de la passion du Seigneur, et le hindi après pâques, sa résarrection. Ils donnèrent en même temps 7 florins 2 sols, monnaie de Lausanne, à un prêtre étranger qui leur avait prêché pendant lo carême : de sorte que les deux comédies furent payées plus chèrement que tous les sermons du prêtre. Au mois de septembre suivant, ils donnèrent encore 60

* Voyex le toio. I. pag. 268 et 565.

8S LAUSANNB. L*iVBQUB

sols de Lausanne, à 12 comédiens qui le 24 d'aoèl, fête de la S. Barthelemi^ avaient joué une hisloire pieuse 5 appelée le Pcatore commun. *

A Lausanne les choses n'allaient pas mieux, quoique ce fût une ville .épiscopale, où il y avait un collège de 30 chanoines, deux couvens de religieux, l'un de domi^ nicains , et l'autre de cordeliers , et cinq églises paroissiales. Tant d^ecclésiastiques , qui auraient dû être une source de lumière salutaire pour la ville et pour son territoire, étaient tout autant de chiens muets , on plutôt de conducteurs aveugles^ qui vivaient dans une ignorance honteuse, et dans une corruption extrême. On n'a pour en être convaincu , qu'à se souvenir de ce que l'évéque Sebastien de lllontfaulcon écrivait aux seigneurs de Berne Tan 1527 : « Qu'il n'avait personne assez versé daus l'Ecriture Sainte pour assister à leur dispute. ^ 3» Le bon évêque ne pensait qu'à ses plaisirs, et à ses intérêts terriens , comme tout son clergé. El cette année son avarice lui attira de nouvelles difficultés , pour lesquelles il se brouilla avec la bourgeoisie. H fit battre de la monnaie^ d'un titre et d'un poids trop bas, contre la teneur du traité d'accommodement, que les 4rois villes souveraines de son diocèse Berne. Fribourg et Soleure, avaient fait quelques années au* paravant, entre lui et la ville de Lausanne. Cette monnaie, ayant été trouvée trop légère^ par l'épreuve qu'on en fit a Zurich , à Bâie et en Valais , les Bernois et les Fribourgeois firent prendre le maître ,de la monnaie, et le firent mettre en prison. Interrogé sur sa monnaie^ il déclara qu'il l'avait ainsi faite par ordre de l'évéqoe.

' Registres de Moudon.

' Voyez tome t. page 10.

BAT Dl MAVTAISK HONRAIB. 55

Us écrivirent donc le 25 mars à ce prélat , et lui marquèrent une journée, au 27 mai, lui déclarant qu'ils Toulaieni envoyer des députés à Lausanne , pour avoir raison de lui. Les députés de Berne et de Fribourg , dans une conférence qu'ils eurent 'ensemble le 18 avrils décrétèrent que l'évëque^ n'ayant pas observé le traité dont j'ai parlé ^ avait encouru l'amende qui y avait été imposée ; qu'on lui en écrirait; et que les trois villes susmentionnées l'exhorteraient à réparer les pertes qu'il avait causées au public par la légérelé de sa monnaie; et que s^il ne le voulait pas faire^ on mettrait la main sur les terres de son église et sur ses sujets. La ville de Soleure se joignit à eux dans cette affaire. Ainsi pour exécuter, leur résolution promptement^ ils avancèrent la journée qu'ils avaient marquée à l'évéqtfe de Lausanne^ et la mirent au 8 de^mai^ où les trois villes envoyeraient leurs députés , pour^ mettre ordre à sa monnaie^ et faire faire le procès au maître de la monnaie^ comme faussaire. * Mais malgré les soins de ces trois villes , pour le rétablissement et la réforme de cette monnaie , l'évéque soutint le matlre de sa monnaie, qui continua d'en battre sur le même pied. Les Lausannois envoyèrent ( le 14 décembre ) des députés à leurs alliés de Berne et de Fribourg , pour s'en plaindre. Ik les prièrent en même temps de leur aider à faire établir douze jurés dans la cour temporelle de l'évéque, afin que la justice y fÙt mieux administrée, au lieu que jusqu'alors il n'y en avait que deux. * Je n'ai pas appris quelle fut l'issue de cette affaire, n est incertain si quelqu'un entreprit , cette année-là.

' Bcm. Inslr. 53. Latin. Missiv. 801.

' MAauel de Lausanne.

t(4 LAUâAHNB.

de prêcher la doclrine des réformés à Lausanne. Voici seulement ce que j'ai trouvé qui peut y avoir quelque rapport. L'empereur Charles V convoqua la diète de l'empire d'Allemagne à Spire> pour le 16 septembre, et y invita enlr'autres les évéques de Genève, de Lausanne, et de Soin. ' Celui de LausanuQ s'excusa d'y aller en persofine , et y envoya deux députés , pour y |)araître en son nom, Conrad Trayer, provincial des Augustins, et Jean de Cottonay, chanoine de Ifeucfafttel. Il les chargea d'une lettre pour l'empereur, où il lui disait. « Qu'il ne pouvait pas aller lui-même à la diète sans s'e^^poser à une grande perte, sa présence étant nécessaire k Lausanne, où il se trouvait dans une conjoncture dangereuse, et dans de grandes occupations, pour maintenir les droits de son église et ceux de la foi catholique. » Il leur donna aussi procure, pour prêter hommage à l'empereur en son nom. *

Dans ce temps-là survint la guerre de Cappel entre les cantons, comme on l'a vu dans le livre précédent. Les Lausannois, quoique toujours catholiques, donnèreni du secours aux Bernois comme ils y étaient obligés par leur traité d'alliance. Ce fut là encore une nouvelle occasion de brouillerie entr'eux et leur évêque. Il survint à cette occasion une chose qui me fait jiiger qu'il y avait alors à Lausanne parmi la bourgeoisie, quelques personnes qui avaient du penchant pour la réformation : peut-être l'aversion qu'on y avait pour l'Evéque, et le mépris et l'indignation dont on y était animé contre le

* Savion Liv..5^. p. m. 60.

' Tiré des copies de ces deui pièces , qui sont dans les Archives de Berne, entre les Papiers inutiles. Elles sont datées du mois de septembre.

DIFVICULTÉS BMTRB LA VIIXB KT LB CH4PITBB. 5S

clergé^ avait bonne part à ce penchant. Quoiqu'il en 'soit, après la guerre des cantons el le traité de paix dont elle fut suivie, Té véque prenant courage, et croyant sans doute Toccasion favorable pour affermir la religion catholique, voulut imposer un nouveau serment à la bourgeoisie contre la réformalion. L'évéque^ quoique prince de la ville et de son territoire , n'y avait pas pourtant une autorité absolue. Ses sujets partageaient avec lui' le pouvoir législatif, et il ne pouvait faire au^ cune loi nouvelle sans la partidpation des trois états de la ville qui étaient composés du clergé, de la noblesse et des bourgeois. '• Il fit donc assembler le peuple dans réglise cathédrale de Notre Dame, à cri public, et leur proposa de faire une ordonnance qui défendit de parler de l'Evangile en bien ou en roal^* sous peine de trois estrappades de corde. Hais le peuple ne voulut point accepter ce règlement. Et eux, de leur côté, lui demandèrent qu'il remit son tribunal de justice^ sur un meilleur pied, et qu'il y établit douze jurés ou assesseurs^ au lieu qu'il n'y en avait que deux ou trois , encore n'avaient-ils point de serment ; de sorte que la justice y était mal administrée. ^

Les Lausannois eurent aussi des difficultés avec les chanoines de leur église cathédrale, tant au sujet de trois places fortes qui appartenaient au chapitre , qu'à l'occasion de la guerre des Muss^ Comme les seigneurs de Berne leur demandèrent (le 7 avril), quatre-vingts hommes pour envoyer au secours des Grisou s , et ceux de Pribourg (le 11 avril )dix> le conseil fit cottiser toute la bourgeoisie pour soutenir cette dépense , et trouvant

' Voyez le Placitum générale Ms.

' Ms. Piiiaut.

56 caoïsAOB p&oposis coBrraB lbs turcs.

raisonnable que les ecclésiasUqaes contribuassent aussi bien que les autres ^ il demanda 500 écus au chapitrée! 200 au reste du clergé. Le cierge séculier contribua de bon cœur ce qui était en son pouvoir, et donna 400 florins. Mais les chanoines refusèrent de payer la somme qu'on leur demandait, disant qu'ils avaient déjà beaucoup contribué pour la ville, et se plaignant de ce que ' le conseil leur retenait encore les places , dont on lui avait confié la garde Tannée précédente. (Le conseil les avait retenues jusqu'alors; parce que les chanoines refusaient de pajer la dépense que la ville avait faite pour les garder). Pour obliger les dianoines à faire leur devoir d'une manière ou d'une autre, dans celte occasion, le conseil les chargea de fournir cinquante hommes de leurs sujets pour la guerre dont il s'agissait, de les envoyer et de les entretenir aux dépens de leur chapitre. Celte brouillerie tratna quelque temps. Enfin, vers la fin de juin, Iqs parties s'accommodèrent. ' Les chanoines , s'engagèrent de payer à la ville 250 écus d'or poor dédommagement ou remboursement de ses dépenses, et ^le 'cobseil leur rendit leurs trois places, savoir les bourgs, villages et château de St-Prex, Dom-Martin et Essertines.

La même année un ambassadeur de Ferdinand, roi de Hongrie et de Bohême , envoyé en Suisse pour demander aux cantons un secours d'hommes ou d'argent contre les Turcs , fut aussi à Lausanne , et demanda ce secours au conseil ( le 27 février) ; lui faisant une description touchante et pathétique des ravages horribles que les Turcs avaient fails dans l'Autriche et dans la Hongrie peu de temps auparavant. Quelques jours après,

* Ms. Laus. 365.

L*ÉVBQVB DB SION INSTALLÉ A LAuSANim. 57

(le IGmars)^ cel ambassadeur^ ou quelque autre pour lui, proposa au conseil de faire publier une croisade contre les Turcs , dont le pape avait sans doute accordé la buUe à ce prince. Le Conseil rejetta cette proposition, disant pour raison qu'on ne pouvait pas résister aux Turcs; il consentit pourtant à faire faire des processions à l'intention de cette croisade, et permit de contribuer' pour son bon succès, à tous ceux qui voudraient le faire de leur bon gré. Dans ce temps-là, la peste faisait du ravage à Lausanne et aux environs. '

Ce fui vraisemblablement cette année 1531 que le nouvel évéque de Siàn en Valais , Adrien de Riedmatlen , fut installé solennellement à Lausanne. Après avoir été élu l'an 1529, il fut trois ans sans pouvoir obtenir du pape la con&rmation de son élection. L'ayant enfin obtenue, il vint a Lausanne oii il fut sacré par Sébastien de Montfaulcon , en présence de la noblesse vallai* sanne^ qui l'avait accompagné à cette cérémonie. Ce prélat renouvela l'alliance du Valais^ avec les sept cantons catholiques. La forteresse Mayoria qui est à Sion ayant élé consumée par le feu, il la rebâUl beaucoup plus belle qu'elle n'était et dans peu de temps. On lui donna la louange d'avoir conduit l'état du Valais avec beaucoup de prudence et de modération^ et d'y avoir maintenu la paix et la tranquillité jusqu'à sa mort, qui arriva l'an 1547. Il eut pour successeur Jean Jordan qui marcha sur ses traces. '

Vn. Je reviens à l'histoire de notre réformalion. La suite de celle de Neuchâtel et de Valangin ne fut pas plus tranquille que le commencement. Les catholiques

' Man Laus. 565. 664.

' Simlcr. Vallesia. p. m. 168. 169.

88 PARU A MKUCBATBL. T&0UBLB8.

de Neuchâtel ne voulureni pas céder à la pluralité des suffrages et conserTèrent toujours leur culte, usant même de menaces contre les réformés ; disant que le marquis de Neuchâtel viendrait bientôt et ferait remettre la chose sur le tapis , pour être passée à la pluralité des voix. Enfin ils faisaient dire la messe secrètement dans leurs maisons. La paroisse de Boudevilliers , qui est dans le comté de Valangin^ mais de la dépendance de Neuchâtel, ayant embrassé la réformation, de frdn-gin, gouverneur du pays^ voulut les en punir et confisquer leur^biens. *

Farel étant à Neuchâtel, entra en dispute avec le vicaire delà ville, qui le traita d'hérétique, lui et tous ceux qui méprisaient la messe. Farel voulut le tirer en droit, pour l'obliger à prouver son accusation ou à se rétracter. Ayant voulu prêcher à Corcelles, le même vicaire souleva les gens du lieu , et les engagea a courir 0n armes dans TEglise, pour résister à ce ministre e( l'en chasser. ' A Bevay , où il y avait un prieuré , les paroissiens souhaitèrent d'entendre prêcher la doctrine évangélique , et il y alla quelques ministres pour la leur annoncer. Mais le curé et les moines s'y opposèrent avec violence; et toutes les fois qu'un ministre prêchait dans l'Eglise de ce lieu-la, ces pieux ecclésiastiques prenaient les armes et appelaient des gens de Boudry , pourchasser le ministre; et'mêmeils en maltraitèrent qucIquesTunsj les chargèrent d'injures, les battirent et les chassèrent. ' ^

A Yalangin, Claude, Seigneur de Bellegarde, lieq-

^ Ms. Amp. 120. b.

' Ms. Àrop. S30.

' Id. ib. eC Instr.%4.

YALAHGIM. OPPOSITIONS A I.A aifORME. 59

leiMmt el gouverneur da comie, faisait aussi tous ses efforts, pour s'opposer à rétablissement de la réfonna-i tion dans ce pays là. Une cessait d'insulter, et de bouche et par écrit j ceux qui aimaient la parole de Dieu. Il faisait toutes sortes d'avanies et d'insultes aux minis-t très; maltraitait les prêtres qui se mariaient , publiait sous le nom de la Comtesse des édits sévères , qui dé^ fendaient d'écouter les ministres, et faisait payer de grosses amendes a ceux qui y contrevenaient; outre les autres mauvais traitemens qu'il leur faisait par actions et par paroles, les chargeant d'injures et les effrayant par ses menaces. * Nonobstant ses oppositions, il y avait diverses églises dans le comté de Yalangin , où les paroissiens souhaitaient d'entendre prêcher la Parole de Dieu. En particulier la paroisse de Dombresson avait raolu, à la pluralité des voix, d'embrasser la rétorma* tion. Cependant le gouverneur y faisait dire la messe par force , et défendit mémo à ces bonnes gens d'aller écouter la Parole de Dieu^ avec menace de punition en corps et en biens. * ,

Les Seigneurs de Berne apprenant toutes ces choses, en furent fort indignés, et regardèrent la conduite de ces gens-là comme une espèce d'insulte qu'on leur faisait. Ils en écrivirent plusieurs fois à la comtesse de Yalangin et à son lieutenant ; mais leurs lettres ne produisirent aucun effet. C'est pourquoi ayant reçu desi plaintes réitérées des réformés qu'il y avait dans le&i comtés de Neuchâtel et de Yalangin, ils résolurent d'y apporter du remède d'une manière plus efficace. Ils y envoyèrent donc deux députés le 10 janvier 1531 , avec

* Ms. Neuchat. I6&.

^ Ms. Ainp. iW, Bern. Instr. 5&.

€0 SOIRS VBB S8. DB BBBnB POOB

ordre V d*i^8ler Fard dans Taffaire d'honneor , qu'il avait avec le vicaire de Nenchâiel^ et de procurer qu'on lui fit justice dans la ville même, sans être renvoyé ailleurs; et au cas que le vicaire voulût appeler hérétiques, tous ceux qui méprisaient la messe, alors les députée devaient au nom de leurs Seigneurs, faire partie au vicaire, et lui demander réparation. Us devaient aussi 2° se plaindre de la conduite violente du même vicaire^ et de celle des motnçs et du curé do Bevay. Ils furent chargés de représenter qu'une pareille conduite déplaisait beaucoup à LL. EE. qui voyaient que cela se faisait au mépris de Dieu, et pour les insulter ; qu'ainsi ils demandaient qu'on s'abstînt à l'avenir de semblables choses, pour éviter les maux qui en pourraient arriver; prolestant que si l'on faisait quelque violence ou quelque insulte à Farel, oaà quelque autre ministre, LL. EB. s'en ressentiraient tout comme si la chose eût été faite à eux-mêmes. Enfin ils étaient chargés d*engager les catholiques de Neuchâtel k se soumettre au règlement de religion qui avait été fait, déclarant que LL. EE. étaient résolus de maintenir les réformés.

De Neuchâtel, les députés eurent ordre d'aller à Valangin 1^ demander que ceux qui avaient battu Farel fussent punis ; et 2^ exhorter le lieutenant de Valangin, à exécuter ce que LL. EE. lui avaient écrit. ^

Il semblait que cette dépulation devait produire un bon effet, cependant elle ne produisit rien. Le gouverneur de Valangin fut à Berne , et promit aux Seignçurs de cette ville tout ce qu'ils voulurent ; mais il ne tint rien , et les mêmes sujets de plaintes continuèrent.

Ainsi les Bernois renvoyèrent bientôt après ( le 20

* Ms. Amp. 130. Bern. Instr. 84.

LBS EirO&MiS DE MBOCBATIL ST DB VALÀHGIR. 61

mars), dans ces lieux-là , une nouvelle députaUon plus nombreuse que la precedenle, composée de trois seigneurs de l'élat. Ils eurent ordre de parler fortement aux catholiques de Jfeuchâtel^ et de les exhorter à ce désister de leurs desseins et de leurs menaces , les assurant que^ ^soit que le marquis vînt à Neuchâtel, ou non , IfL. EE. ne soufiriraient- jamais que la réformation fût mise en compromis^ et exposée de nouveau à la pluralité des voix pour rétablir la messe ^ mais qu'ils étaient résolus de maintenir les réformés de toutes leurs forces. Ds devaient aussi exhorter de Frangin à laisser en paix les gensdeBoudevilliers. *

Les députés furent aussi chargés d'aller de Neuchâtel à Yalangin, et de parler fortement à la comtesse du pays et à son lieutenant. Us devaient les faire ressouvenir tous deux des lettres quon leur avait écrites > et en particulier reprocher *au gouverneur la conduite qu'il tenait contre les promesses qu'il leur avait faites, lorsqu'il avait été à Berne. En particulier^ ils devaient parler sur le sujet de l'Eglise de Dombresson à la comtesse, •et dire nettement au gouverneur , qu*il eût à laisser en paix ces bonnes gens qui avaient embrassé l'Evangile; qu*il rendit même les an|(sndes qu'il leur avait extorquées : et que si à l'avenir il continuait à leur vouloir du mal^ LL. EE. se serviraient de la force pour y mettre ordre, étant résolus de maintenir leurs bourgeois dans toutes leurs libertés, .et surtout dans la profession de h pure religion chrétienne. Ils eurent ordre enfin , do représenter à la comtesse les biens que LL. EE. lui avaient faits, à elle et à son mari défunt, et de l'assurer qu'ils étaient toujours portés de la même bienveillance pour

^ Ms. Âmp. 190. b. Bern. Iostr.~&4.

69 HOMMAGB A LA PRIIICBSSB DB NBUCHATBL.

elle^ et pour la soutenir dans tous ses droits par rapport aux choses temporelles^ pourvu qu'elle laissât à ses sojéts liberté de conscience. Ils devaient aussi exhorter les sujets^ à rendre à leur daroe^ tout ce qui lui étaitdû légitimement. *

(^ette année le marquis de ftothelin , François d^Or-^ léans ^ fils puiné de la comtesse de Neuchâtel y vint à Neuchâtel^ pour y recevoilr les hommages delà bourgeoisie et des gens du pays , au nom de la princesse sa mère et du duc de Longueville^ Louis d'Orléans^ son frère aîné. Il y préla le serment accoutumé en leur nom , à labourgeoisie, le 6 d'avril ; promettant de garder leurs M^ berl& et leurs franchises , écrites et non écrites ; et le même jour les Neuchâtelois lui prêtèrent aussi serment de fidélité^ comme représentant la princesse. *

Il leur accorda aussi quelques petits privilèges nouveaux et (Quelques réglemens pour l'administration des affaires publiques; entr'auires^ les Neuchâtelois ayant demandé que les ecclésiastiques ne fussent plus membres du Tribunal Souverain de la Justice comme par le passé; ce prince le leur accorda; et par un règlement* provisionnel , il leur substitua l'état de la noblesse et les vassaux pour y tenir le premier rang Les officiers de la princesse y devaient tenir le second ; et le troisième devait être rempli par quatre conseillers de Neuchâtel / auxquels il joignit les quatre bandcrels de Neuchâtel, du Landeron, de Boudry et de Vautravers. Cet acte est daté du jeudi saint, 1 1 avril 1 53 1 . ^

* Ms. Amp. laO. b.

' Le nom et les litres de la princesse étaient : Jeanne de Hochberf;> duchesse de Lon^uevilie, marquise de Rothelin, comtesse de Dùnois , de Neuchâtel et de l'ancarvillc , vicomtesse de Melun/Ctç.

' Ms. Neuchât. 76.

' HBSTITUTIOH DBS BIBN8 08 L'éfiUSB. 65

Ce prince fil ausâ an accomodement avec révéque titulaire de BAle^ prince de Porentruy^ au sujet des difficultés qui s'étaient élevées entre les deux états pour la jurisdiction du village de Lignières, dont les appels de* vaient se porter devant un Tribunal, composé de quatre justiciers de Landeron, et quatre de la Bonneville^ as* semblés dans le lieu, sous la présidence du châtelain de Landeron; ^

Il se fit aussi dans le même temps quelques règlemens ecclésiastiques, particulièrement pour les biens qui avaient été légués à Téglise de Neuchâtel pour des usages superstitieux. Les Nouchâtelois, à l'exemple de leurs voisins de Berne et de Bienne, demandèrent qu'on restituât les biens aux familles qui les avaient légués, jusqu'à la quatrième génécation. George de Rive, Seigneur de Prangin et de Grand-Cour^ gouverneur du €X>mté , leur accorda leur demande au nom de la princesse ^ et établit une chambre pour exaipiner les prétentions de ceux qui redemanderaient ces sortes de biens. Bile fut composée du maire de Neuchâtel , comme juge députe de la part de la princesse, et de huit conseillers députés de la part de la bourgeoisie. On leur prescrivit les règlemens qu'ils devaient suivre dans leurs jugemens; par exemple,. de faire donner caution de restitution par fes demandeurs, en cas que l'église retournât dans son premier état, c'est-à-dire, à la religion catholique, ou au cas qu'il se trouvât un parent plus proche qu'eux ; de ne point toucher aux biens légués par les princes, par les chanoines, par les prêtres, ni par la noblesse ; et de n'accorder aucune restitution aux bâtards, ni à leur postérité. '

« Ma.Neuchât. 255.

• Id. 77.

64 * FAEEL.

Quelqae temps après ^ Goillaume Paret, toujours animé d'un zèle ardent pour Tavancement du règne de Dieu, et pour la réformation de l'Eglise dans le comte de Neuchâtel, alla du côté de Sl-Blaise, gros village au bord du lac^ à une lieue de Neuchâtel, et y disputa de religion avec le curé. Eotr'autres il lui parla vivement contre la messe. Le curé en fut choqué^ et lui dit qu'il était un hérétique ; et le lieutenant du lieu , qui se trouvait présent, s'écria qu'on devait le pendre, et fit un si grand bruit que tout le peuple accourut en armes, de sorte qu'il s'en fallut peu que Farel ne fût massacre. Les Bernois en ayant eu avis , envoyèrent * deux députés à St-Blaise, pour tirer en cause le cqré du lieu ; lui demander qu'il prouvât par l'Ecriture ce qu'il avait dit, ou qu'il se rétractât : et l'on chargea le minisire de Neuchâtel, nommé Antoine JSarcourt, de plaider la cause de Farel. Ils demandèrent aussi que le lieutenant de St.-BIaise fût châtié pour le tumulte qu'il avait excité. De là ils passèrent à Neuchâtel pour demander que l'Eglise payât à Farel la dépense qu'il avait faite , tandis qu'il leur avait prêché, et qu'ils pourvussent leur ministre d'une pension. ^

Environ le même temps, un théologien catholique du pays, nommé Christophe Fabri, nommé aussi Libertet, embrassa la réformation et fut d'abord établi pasteur a Neuchâtel. Dans la suiie il fut appelé à Boude villiers. Il fut lié d'une amitié fort étroite avec Fareï, comme il . paralt'par diverses lettres de ce dernier. ^

Dans le même temps les gens de Bole et de La Grate

' Le 12 mai.

' Ms. Amp. 121. b. 182. Instr. 69.

' Mêm. partie.

BOtB ET LA 6RATB. 6S

embrassèrenl la réformaiion ^ers le commencemciii de rélc;mai8 ils eurent Beaucoup delraversesà essuyer. Le curé de Poulareuse leur prêcha durant quelque temps : mais dans la suite il changea y et prêcha tout le contraire de ce qu'il leur avait enseigné, tâchant de tout son pouvoir, soit publiquement, soit en secret^ de les faire rentrer dans Tidolâtrie. Leur ministre censura souvent ce curé, et Texhorta charitablement à se corriger ^ ou du moins à laisser en paix. les reformés. Comme il ne pouvait rien gagner sur son esprit, il demanda souvent juslice contre lui , sans pouvoir l'obtenir , ce qui rendait ce curé plus hardi à travailler à séduire le peuple. Pendant toutjle reste de Tannée, c'est-à-dire, Tespace de 9ix ou sept mois, ils furent opprimés et inquiétés par ceux de Boudry , qui allèrent souvent les troubler dans leurs exercices religieux , pour les empêcher d'ouïr le parole de Dieu, sonnant leur cloche , criait ^ se moquant 5 entrant et sortant, allant .et venant, et ajoutant a toutes ces insolences de grandes menaces et des injures. Non contens de cela, il les attaquèrent plusieurs fois, usant de violence contr'eux, tellement qo'il ne tenait pas à eux qu'il i&'y eut des g^ens blessés ou tués. Ces pauvres gens souffrirent toujours patiemment ces outrages sans se venger. Ils se contentèrent d'en porter leurs plaintes au châtelain de Boudry et au goovemeui* du comte, aussi bien que de l'injustice qu'on leur faisait, de vouloir qu'ils se coltisassent pour entretenir leur ministre. Mais quelle justice pouvaientils attendre de gens animés d'un zèle furieux pour le papisme? Us furent durant sept imois plus de 50 fois, tant auprès du gouverneur qu'auprès du châtelain de Boudry, Henry Yoga, mais sans rien obtenir. Ces deux hommes les ballottaient impitoyablement, les renvoyant

66 «SEMB BT^LB PRINCB DB MBVGHÀTBt.

toujours de Tiin à l'autre. Bica plus , le châtelain de Boudry leur faisait toute sorte d'avanies et d'injustices, et.favorisait toujours les catholiques contr'eux.

On y publia une ordonnance qui portait que les deux religions auraient leur libre exercice dans Téglise^ et que pour l'ordre elles alterneraient. Mais cet ordre fui violé deux fois par les catholiques dans peu de jours , et le jour de Noël les réformes ne purent pas. avoir l'un des calices pour célébrer la S^'-Cène. Ces bonnes gens après avoir porté inutilen^ent leurs plaintes au gouverneur du pays, au châtelain de Boudry, les portèrent enfin au conseil d'état le lendemain de Noël. Ils lui représentèrent , en même temps, que sur les instances réitérées qu'ils avaient faites , pour faire assigner une pen- sion a leur ministre , on ne leur avait offert que deux muids de blé, trois muidsde vin, et trente florins d'argent, avec quatre florins pour le loyer d'une maison • Que ces ofires n'étaient point raisonnables , puisque la cure avait de fort grands revenus. *

Cette année, les Bernois eurent encore une fois ' une petite difficulté avec la comtesse de Neuchâtel, au sujet du couvent de St-Jean d'Erlach^ dont ils avaient fait un bailliage. Le marquis François, son fils, agissant en son nom, envoya (vers la fin d'avril) des députés à Berne, pour demander la moitié des biens de ce couvent, soutenant qu'elle lui appartenait de droit. Les Bernois répondirent (le^l^'mai) aces députés: Qu'ils étaient fort surpris d'une pareille demande, que cecoa« vent leur apparXenait tout entier ^ étant sur leurs terres;

' Ms. de M. Schoupart.

* Ils en avaient eu déjà une, pour le même sujet, avec les Cantons, l'an I5S8. Voyez tome II, p. 58.

MOOTIE&S GaARD-VAt. 67

qao la Thiële fait la borne entre lés terres de Neachâtel et d^Erlach -, on Ceriier. '

Yin. Il y eut aussi quelques troubles dans la prévôté ' de IHoutiers Grand-Val au sujet de la reformations et ils ne se terminèrent même qu'avec peine. D*un côte, les chanoines du lieu voulaient persévérer dans l'exercice de leur ancienne reUgion et étaient appuyés par Tévéque de Bâie et par les seigneurs de Soleure, qui prièrent ceux de. Berne (le 27 mars) de laissera ces chanoines " le libre exercice de leur religion, et d'interposer leurs soins pour qu'on leur payât les censés et les dîmes qu'on leur devait. * Mais d'autre côté^ les gens de Moutiers étaient fermes dans la résolution de vivre selon la roformation de Berne qu'ils avaient embrasssée unanimement.

Les seigneurs de Berne promirent de faire payer aux chanoines leurs censés et leurs dîmes; cependant à .condition qu'ils donneraient un entretien honorable a deux ministres de la paroisse , et à ceux des deux paroisses de Sornetan et de G>urt : mais en même temps ils ne voulurent plus souffrir que les chanoines exerçassent leur religion dans le lieu, puisqu'ils devaient en être regardés comme les paroissiens et même comme le plus petit nombre d'entr'eux. ^ Ce refus irrita les chanoines ^ qui déchargèrent leur colère sur les ministres qu'on avait fait venir de France et les maltraitèrent en diverses manières. ^

Il y eut encore un autre sujet de difficultés. Les réformés de Moutiers demandèrent au chapitre l'usage de

* Bern. Instr. p. 6A..

* Apolog. 68. Holling. 557.

' Apolog. ibid.

' Apolog. ibi< * Ms. Grooss

68 HOUTISaS, GaAKO-VAL BT COa&ANDBLIN.

la grande église, pour y faire leurs exercices de religion ; mais le chapitre la leur refusa y et te maire du lieu maltraita tellement les ministres Français qu'on y avait envoyés f qu'ils s'en retournèrent en France. Et dans le même temps les seigneurs de Soleure mirent un gouverneur à Moutiers Grand-Val y dans le dessein de soutenir les chanoines*

Les Bernois^ avant appris toutes ces choses envoyèrent des' députés à Moutiers^ le 19 avril, pour exhorter les chanoines à embrasser la réformation, et à laisser aux réformés du lieu l'usage de la gprande église ; leur représentant, que puisqu'on y avait embrassé la réformation à la pluralité des voix, et qu'on avait déjà cédé aux réformés la -petite église, on devait aussi quitter l'église de S. Germain, qui était l'église paroissiale; et qu'il valait mieux que les chanoines le fissent honnêtement et dans les formes , que d'attendre que le peuple le fit sans autorité ettumultuairement, LL. EE. étant résolus de soutenir les réformés. Ces députés présentèrent en même temps au peuple Jean Holard, ancien doyen deFribourg^ les priant de la part de LL. EE de l'agréer pour leur ministre ; et les avertirent en particulier , que si les chanoines refusaient de lui payer, une pension , ils pourraient implorer le secours de LL. EE. pour se faire donner des biens d'église, ce qui leur était nécessaire , et qu'on ne manquerait pas de les soutenir. ' Après avair exécuté leurs ordres à Moutiers , ils allèrent dans les villages de Grand- Val et de Gorrandelin , pour assister a l'assemblée, où Ton devait, à la requête des peuples, décider l'état de la religion à la pluralité des

* Ms. Amp. 121. b. Bern. Instr. &4.

LES CBAMOnras RIGOOKBIIT A SeUCKB. 09

voix f el les assurer de la protedioD de U«. EE. en cas qu'ils embrassasseal Tévangile. *

Les chanoines ne voulu rent rien faire de ce qu'on leur demandaii, ni embrasser la réforme , ni céder r^Kse de S. Germain aux paroissiens ^ et se conlenl^ rent de laisser au mjnisire une petite %lise qui était au dessous; offrant cependant de fournir une pension à un ministre de Moutiers , et à celui de Somelan. Et dans le même temps ils firent éclater leur ressentiment contre les Bernois, en refusant de prêter de l'argent au peuple de cette vallée, qui était di>ligé, selon son traité d'alliance^ de donner quelques soldats aux Bernois pour la guerre, mais qui était si pauvre, qu'il n'avait pas le moyen de leur payer leursoUte. Ces vénérables ecclésiastiques recoururent aux seigneurs de Soleure , qui les protégeaient, et qui écrivirent à Berne en leur faveur ( le 27 avril ) priant qu'on les laissât en paix , « comme eux aussi n'avaient point dessein de troubler les habitana du lieu dans la réformation qu'ils avaient embrassée , non plus qae le ministre qui la prêchait ; » ajoutant qu'ils priaient qu'on ne leur mit point d'impôt pour cause de guerre etc. Les Bernois répondirent le 22 avril : » Que ce n'avait pas été le dessein des gens de la prévôté, de mettre un impôt sur le chapitre , mais que se trouvant pauvres^ ils l'avaient prié de leur prêter de l'argent pour les frais de leurs soldats : Que pour ce qui regardait la religion ,' les bonnes gens de Moutiers avaient embrassé la réformation tous ensemble , et ona-

nimément, et que l'église, dans laquelle les chanoines voulaient continuer l'exercice de leurs cérémonies, étant la véritable et ancienne église paroissiale du lieu

^ Id. ibid.

70 ^ BBRNB PROTB6B LBS EiFO&MÉS.

ils ne pouvaient pas permettre que les chanoines , membres de celte église^ fissent secte à part : Que cela était contre le traité de paix de la Suisse^ et contre la pratique des magistrats de Soleure^ qui permettaient euxmêmes à leurs sujets d'abolir le papisme dans les lieux où la pluralité le souhaitait : Qu'à cette condition ils engageraient les gens du pays, à payer à ces chanoines leurs censés, et leurs dîmes, etc. ' »

Les Bernois^ voyant que le dessein des chanoines était de chasser les ministres du pays, ' en les contraignant, faute de subsistance, de s'en retourner en France comme la chose était déjà. arrivée à quelques-uns : ils réglèrent eux-mêmes la pension que les chanoines devaient payer à ces ministres , et.Ieur en donnèrent avis^ le 5 mai; les exhortant amiablement, à s'y conformer^ comme aussi à renoncer à leurs débauches, et à leurs concubines. ^Ils leur firent aussi entendre qu'ils avaient pris cette résolution, pour empêcher que les gens da lieu ne se portassent à quelque violence^ 'au cas que les chanoines persévérassent dans leur refus. ^ En effet ces gens-là formèrent le dessein d'entrer dans l'église de S. Germain , qui était leur église paroissiale , et de s*en emparer. Là-dessus le bruit se répandit à Soleure , qu ils voulaient démolir le monastère : et les magistrats de cette ville là en écrivirent à ceux de Berne, (le 27 mai) pour les prier de ne pas le permettre. ^ Ceux-ci leur répondirent le lendemain , et les informèrent du véritable

* Apolog. 70. 7i.

* Alexandre le Bel avait prêché à Sornetan , et maître Thomas à Court.

» Holling. I. c. Apol. 59.

* Apolog. 51.58. 55.

» lUd. 73. 74.

TROUBLES A HOUTIBRS. 7l

dessein des gens da pays. Quinze jours après , ceax de Soleare dépulèreni un conseiller à Berne , pour intercéder en faveur des chanoines , qui se plaignaient que la pension, que LL. EE. avaient réglée aux ministres était trop forte. ( Celtcb pension n'était pourtant^ que de 40 écus par an, ou la valeur , pour toutes choses. ) Les seigneurs de Berne trouvèrent la plainte des chanoines injuste , et ne voulurent rien changer à leur règlement. Ils déclarèrent même, que si ces messieurs ne voulaient pas payer ces pensions de honne grâce , ils mettraient la main sur leurs revenus, et en prélèveraient la valeur des 40 écus ; après quoi ils leur laisseraient le reste : « Car^ disaient-ils , rien n'est plus juste que de faire servir les dîmes a Tentretien des prédicateurs de la parole de Dieu. » Enfin ils. prièrent leurs alliés de Soleure , d'engager les chanoines a se conformer au sentiment de leur paroisse, qui avait embrassé unanimement la réformation et a renoncer a leur idolâtrie. Mais les chanoinés ne tinrent aucun compte de tous les avertiissemens qu'oa leur avait adressés. Ainsi les gens de Moutiers , après avair attendu long^temps inutilement , s'emparèrent de l'église de S. Germain, le 15 juil^et , et par le moyen de quelques personnes qui furent commises pour ce dessein ils y démolirentjes autels et les images et les brûlèrent. ' Les chanoines irrités les menacèrent de faire venir, avec le secours de Soleure, des gens qui les châtieraient et brûleraient leurs maisons. Ils firent plus. Non-senlement ils ne voulurent pas leur payer les pensions qui avaient été réglées; mais encore les prêtres et les moines battirent et maltraitèrent cruellement le ministre Claude de Glautinis , et quatre autres ' et les

* Ibia. 7*. 75. 76.

* Ma. Grooss.

72 ACCOHBfODBMBHT.

perséculèrenlavec lant d'acharnement : que ces pauvres ministres I n'ayant d'autre asyle qus la protection des Bernois y se virent contraints d'implorer le secours da bailli f de Nidau.

Les gens de Moutiers , de leur côté, recoururent aux seigneurs de Berne, et les chanoines à ceux de Soleure, avec qui leur chapitre avait un traité de combourgeoisie. De là, nouvelles difficultés entre les deux états. Mais elles furent terminées amiablement dans une conférence qui se tint à Moutiers le 1*' août, à la requête de ceux de Soleure, entre les députés des deux villes, en présence de ceux de l'évéque. * On y convint :.l^ Que les chanoines payeraient aux ministres la pension qui leur avait été assignée ; 2^ que les gens du pays payeraient à révéque et au chapitre les censés et les dîmes qu'ils leurs devaient; 3^ que les chanoine n'entreprendraient plus de rien innover contre la réformation du pays; 4^ enfin qu'ils se déferaient de leurs concubiites, doni le commerce scandalisait le monde. ^

Dans ce temps-Ià, les gens de Mervillie, qui sont auâsi alliés de Berne, avaient embrassé la réformation. Nonobstant ce changement^ ceux de MoUweil, dont ils étaient paroissiens^ voulaient les obliger à garder et observer les cérémonies de l'Eglise romaine comme auparavant; mais les députés de Berne leur dirent, que l'intention de LL. EE. était qu'ils laissassent en repos leurs'bourgeois de Mervillie. ^

Il y avait dans celte vallée-là, quelques personnes qui se faisaient de la peine de payer des censés et des dîmes

* Apolog. 76. 77. 7S.

* Id. 81. 82.

^ Ms. Anip. 133. BeriK Initr. 93.

K0UVB4UZ EFFORTS AOPaXS DS$ CHAVOINBS. 73

à des prélaU catholiques, comme h ces chanoines jsii l'abbe de Bellelay. Les Bernois l'ayant appris par la bouche de leurs.députés/ écrivirent à ces gens-là le 17 août, et les exhortèrent fortement à rendre à chacun ce qu'ils lui devaient, comme une chose juste et raisonnable; a d*âalant, leurs disaient-ils, que la Parole de Dieu n'ap^ porte pas une liberté charnelle, comme vous vous l'ima* g;inez^ mais une liberté d'esprit et de conscience. » *

Les chanoines de leur côté, n'étaient pas plus empressés à remplir tous les articles de cet accommode* ment. Ils ne quittèrent point leurs concubines, et déshonoraient les femmes d'honneur j et ib envoyaient des prêtres par les villages et les hameaux, pour y dire la messe. Les chanoines ont été dans leur origine, des pasteurs d'Eglise, qui s'étaient liés a vivre ensemble, sous de certaines règles ou canons ; c'est pourquoi on leur donna le nom decanonici, chanoines, comme pour dire, pasteurs réglés. Si ces Messieurs eussent répondu au but de leur institution, ils auraient fait eux-mêmes toutes les fonctions de bons pasteurs^ et on n'aurait pas eu besoin d'autres ministres. Mais vivant dan» le dérèglement et dans une parfaite oisiveté, ne sachant faire autre chose que de réciter leurs offices, et laissant périr sans instruction leurs ouailles, de la graisse desquelles ik s'engraissaient, il était bien juste qu'on leur ôtât au moins une partie de leurs rentes pour les donner à des pasteurs fidèles et zélés. Ce fut pour celte raison que les seigneurs de Berne, qui avaient à cœur de soutenir ces églises nouvdlemeni plantées, écrivirent ' à ces chanoines, pour leur reprocher encore une fois toutes ces choses , les ex-

* Apolog. 82. 83.

' Le 30 d'août.

74 LB8 CHÂN0INB4 A DÉLiuONT. GBNÈVB.

hortanl de nouveau a embrasser la réformation ; les somniani en même temps , eux et les. prêtres qui voulaient demeurer dans le lieu , de se défaire de leurs concubines ou de les épouser dans l'espace d*un mois^ sous peine de se voir privés de leurs bénéfices ; enfin d'aller écouter les prêches, et d'y envoyer leurs domestiques. Et comme ces chanoines avaient établi en quelques endroits , -des ministres ignorans, peu propres à édifier TEglise , ils les avertissaient de ne plus donner d'église qu'à des ministres examinés et approuvés par le consistoire de Berne. Ils leur adressèrent en même temps un nouveau ministre ^ nommé Alexandre le Bel^ qui avait déjà exercé le ministère dans les paroisses de Court et de Sornetan , avec ordre de lui fournir un logement. ^ Cependant le prévM et les chanoines de Moutiers enlevèrent leurs ornemens d'Eglise, et les envoyèrent à Soleure, et s'y retirèrent ensuite eux-mêmes. Ils y firent leur service pendant quelque temps, dans l'église des Cordcliers. Enfin ils établirent leur résidence à Deléroont^ (en allemand Tellsberg), petite ville dans ces montagnes, où ce chapitre subsiste encore^ et où ils avaient commencé, il y a quelques années, à bâtir une magnifique église. *

IX. Finissons l'histoire de la réformation de la Suisse romande de celte année , par l'article de Genève. Il semblait que la paix de St-Julien , et la sentence rendue en conséquence , à Payerne , par l'assemblée des députés des neuf cantons et des deux états de Vallais et de St-Gall , devaient assurer pour long-temps le repos des Genevois, surtout après la réserve qu'on avait apposée à cette sentence contre les premiers qui la violeraient;

*' Apol. 85. Sh. Ma. Grooss.

' HoUing. 558.

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