‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 19 sur 98 · LBS DÉPUTÉS OB BERNE DEMANDENT · texte numérisé non relu

LBS DÉPUTÉS OB BERNE DEMANDENT

rien contre les ordres élablis, les uns et les autres auraient bientôt satisfaction, puisqu'à leur sollicitation ils avaient fait venir pour prêcher le carême un cordelier bon théologien, qui n'avancerait rien qui ne fût prouvé par l'Ecriture Sainte ; que du reste on tâcherait de trouver au plutôt les sommes qu'on leur devait. ^ »

Les députés de Aerne méçontens de cette réponse 6e retirèrent. L'embarras des Genevois redoubla par ce départ précipité. Ils envoyèrent à Berne Içur secrclaire d^état, nommé Claude Roset, pour tacher d'adoucir les esprits et de faire goûter leurs raisons. Mais on lui répondit le 21 janvier : a Qu'on aurait attendu plus de reconnaissance et^d'amitié de la part de Messieurs de Genève; que puisqu'on avait permis a ce moine de les injurier, on devait aussi permettre de s'en faire faire réparation, el de défendre la vérité évangelique qui était attaquée avec eux. Enfin que les prêtres s'étant déclarés pour le moine qu'ils soutenaient à main armée, il n'était pas juste qu'ils fussent juges et parties. ' »

Cependant les .seigneurs de Berne- "renvoyèrent de nouveaux députés à Genève avec le secrétaire Genevois. Ils y arrivèrent le 24 janvier. Et d'abord suivaut les ordres qu'ils avisent reçus, ils se présentèrent devant les conseils, demandant trois choses ; 1^ le payement des sommes qu'on devait à leurs seigneurs; 2^ que le conseil et les syndics leur rendissent justice contre Furbiti, et non les ecclésiastiques ; 3^ enfin permission pour les réformés d'avoir un ministre qui leur prêchât publiquement. '

* Ms. Ghouet.

' B. Inslr. 3a3. Ms, Amp. 136

9 Savion III. p. m. 92. 93.

VIGOCRSU SEMENT JUSTICE CONTRE FORBITI. 953

Pour satisfaire à la première demande^ les Genevois cherchèrent de l'argent de tous côtes. Ils s'adressèrent entr'autres aux chanoines^ mais inutilement. Ces dévots ecclésiastiques semblables au rat hermite de la fable^ refusèrent tout cruement ce qu'on leur demandait,^ et sous de frivoles prétextes; et rendirent une réponse qui fit bien comprendre qu'ils n'avaient rien moins à cœur que le bien de la patrie. ^

Pour ce qui regardait la seconde demande, les conseils s'en défendirent d'abord, et sollicitèrent vivement les députés de Berne à se contenter d'un juge ecclésiastiques, qui, après avoir ouï le moine en conseil et en leur présence, prononcerait son jugement; d'autant plus que, s^agpssant de religion et de doctrine, il ne se trouverait personne, (disaient-ils), entre les conseillers quî»fût bien en état d'en juger. Mais les députés toujours fermes pour l'exécution des ordres qu'ils avaient apportés, répondirent : ce Qu'étant la partie offensée, c'était à eux à fournir les questions sur lesquelles Furbiti serait examiné ; et à Messieurs de Genève à l'examiner ; qu'ils avaient à leur suite trois docteurs qui étaient à leur service, Farel, Yiret et Froment^ qui étaient très-capables de rinterroger pour eux. » En disant cela ils étalèf'ent sur la table du conseil le traita de leur alliance avec Genève, et demandèrent aux syndics qu'ils produisissent le double qu'ils en avaient; protestant que si on ne leur donnait pas satisfaction, ils allaient en arracher les

seaux. '

Les conseils voyant que c'était tout de bon que les

' Voyez les Fables de la Fontaine, Tome II. Liv. I. Fab. III. ^ Ms. Chouet. p. m. 1&.

* BIs.Ghottet.

254 LKS BBfLNOIS OBTIENNENT SATISrACTJON.

Bernois allaient exécuter leurs'menaces en furent consternés. Ils considéraient de quelle importance étail pour eux l'alliance d'une répubRque telle que celle-4à, dans les conjonctures épineuses où ils se trouvaient expo^s aux desseins violens du duc de Savoye et de ses sujets, dont ils étaient entourés de toutes parts ; aux entreprises de Tévéque avec qui on était sur le point de rompre ; et enfin à la disgrâce des Pribourgeois qui le soutenaient avec chaleur et tout ouvertement, et dont l'alliance ne pouvait pas les dédommager de la perte de celle des Bernois. Ainsi ils se résolurent enfin de donner satisfaction à leurs députés^ et les prièrent avec larmes de reprendre leur traité d'alliance. ^

Mais avant que d,'én venir .à une démarche qui leur faisait tant de peine, les syndics allèrent encore une fois trouver le grand-vicaire, le conjurer d'y vouloir donner les mains, et d'entrer en cette occasion dans les intérêts de la ville. Mais l'ayant trouvé inflexible, ils lui laissèrent un acte, par lequel ils protestaient, qu'ils ne prétendaient point par^là déroger aux droits de l'évéque et du clergé, ni s'attribuer un privilège qu'ils n'avaient pas ; mais seulement conserver l'alliance du canton de Berne et procurer le bien de la ville^ comme ils y étaient obligés par leur serment ; déclarant que tout cela serait sans conséquence pour l'avenir. '

Admirons ici ce que peut la force des préjugés de Tenfance et de l'éducation, particulièrement en matière de religion. Des magistrats, sages et éclairés d'ailleurs, craignent de commettre une espèce de crime et d'attentat contre leurs conducteurs spirituels, en obligeant

*■ Savion III. p. m. 99. Roset Hl. 18. * Idem, et Ms. Ghouet.

FtJRBITI DEVANT LE COMSBIL. 255

un misérable moine à répondre devant eux de sa conduite et de sa doctrine. Ils ne peuvent s'y résoudre qu'à la dernière extrémité, après avoir disputé le terrain plus de trois semaines î il n'y a que la crainte de la ruine entière de leur ville qui les y amène ; encore en font-ils des complimens à l'avance à ces conducteurs^ ou plutôt a ces tyrans qui abusaient si insolemment de l'ascendant qu'ils avaient gagné sur les consciences.

Ainsi le mardi 27 janvier, Furbiti fut appelé devant le grand conseil. Il y alla, disant, que puisqu'aucun des ecclésiastiques ne le voulait assister, il répondrait le mieux qu'il pourrait. Les députés de Berne proposèrent par écrit les articles de plainte qu'ils avaient contre lui. Il y répondit comme il pût ; ^ je mettrai ici tout au long et ces articles et ses réponses, comme on les trouve dans un petit écrit qui fut imprimé cette année-là.

S'ensuivent les articles proposés par Messieurs de Berne j qui ont été prêches publiquement en chaire dedans V église cathédrale de Saint-Pierre ; et la réponse faiie^sur iceus par notre maître.

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