‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 18 sur 98 · IL NE VEUT PAS LES GENEVOIS POUE JUGES · texte numérisé non relu

IL NE VEUT PAS LES GENEVOIS POUE JUGES

Christ qui répondit devant Pilate ; celui des apôtres et des évangélistes qui n'avaient pas fait difficulté de répondre devanl le conseil des Juifs^ et. devant les gouverneurs romains ; et que méroe Sl-Paul en avait appelé du conseil des sacrificateurs de Jérusaicnt à l'empereur Romain. ^

Furtibi répondit : « Qu'il n'avait rien à démêler avec ce prédicateur, et qu'il devait essayer d'aller prêcher sa doctrine en France, pour voir s'il y serait aussi bien reçu que lui, qui pouvait y prêcher partout. Un député Bernois lui répliqua, que les docteurs du mensonge étaient reçus partout; mais que la vérité est reçue de peu de personnes, et n*a été préchée qu'avec beaucoup de dangers pour ceux qui l'ont annoncée ; et plusieurs, ajouta-t-il, ont été mis à mort> comme l'on fait de pré^ sent. ' 9

Furbiti répondit : « Qu'il ne voulait pas disputer en ce lieu -là, ayant assez disputé à Faris^ là où ne passent point bêtes, dit-il; et que quand il faudrait disputer, il le ferait devant des gens savans ; alléguant que Jésus-Christ n'avait pas voulu répondre devant Pilate, qui n'était pas son juge ; ainsi lui n'était pas obligé de répondre devant un juge séculier ; que ce qui est dit des puissances auxquelles chacun doit se soumettre, doit s'entendre de la puissance ecclésiastique. » Farel réfuta tout cela fort aisément en reprenant des exemples qu'il avait déjà allégués. Il ^ajouta « que Jésûs-Christ avait ordonné à ses disciples de répondre à tout le monde/ leur promettant la sagesse dont ils auraient besoin ; qu'ainsi il ne devait se faire aucune peine de soutenir U

* Act. Disp. Geii. 90. 23. 94.

880 BfBARRAS OIS GBtlBVOIS

vérité B*il était bien sûr de l'avoir préchée : el si vous aves disputé^ ajouta-U-il^ avec si grands clercs ei contre si savans^ tant plus facile vous sera de maintenir voire cas contre les petits. ^ »

Comme Furbiti persista dans sa résolution de ne^pas vouloir répondre devant Messieurs' de Genève , deman* dant toujours d'être renvoyé devant son juge, il fut résolu de lui donner les arrêts à l'hôtel de ville (au Keu qu'auparavant on l'avail traité avec tout Tbonneur qu'on croyait être dû à son caractère ) ; et de donner avis de tout au grand vicaire, qu'on prierait de venir en per* sonne au conseil ou d'envoyer son officiai ou tel autre ecclésiastique qu'il lui plairait, pour obliger Furbiti de répondre et pour l'assister dans cette occasion. Mais el le vicaire et les autres ecclésiastiques refusèrent de se mêler de cette affaire, et demandèrent avec de grandes menaces l'élargissement de Furbiti. On fit diverses instances auprès du grand vicaire, mais il fut inflexible. Il répondit aux syndics : « Qu'ils n'avaient aucun droit sur les ecclésiastiques ; que l'évéque était irrité de leur pro» cédé ; qu'ils devaient bien en prévoir les suites ; et que eux-mêmes s'exposaient a l'excommunication, s'ils fai* saient ce qu'on leur demandait, ' »

Cette affaire mit les Genevois dans un embarras extrême et causa un grand trouble dans la ville. Le clergé s'émut de la détention de Furbiti^ prétendant qu'un homme tonsuré n'était pas soumis à la censure ni aux jugemcns des laïques. Les Fribourgeois se joignirent au clergé et se plaignirent vivement de la conduite des

* Ibid. p. 24. 26.

^ ïbid. 26. Ms. Choucl.

AU 8UJBT DB FfIRBITf. 2KI

Genevois. Les Bernois, de leur cdté, étaient fermes à demander justice contre Furbiti. La ville fut toute en trouble et en division à ce sujet ; les uns tenant pour les propositions des Bernois, et les autres pour celles des Fribourgeois ; de manière que Taffaire de ce moine devint à Genève une affaire de parti, les uns craignant de perdre Talliance de Berne , et les autres celle de Fribourg. ' Ce qui augmenta leur embarras et la fureur du clergé, fut que les députés de Berne, chargés par leurs instructions de travailler à faire obtenir la liberté de conscience aux réformés de Genève , avec permission d'avoir un ministre, * se présentèrent devant le grand conseil^ le 10 janvier^ et demandèrent comme ils Tavaient fait l'année précédente , qu'on établît dans une des sept paroisses de Genève un prédicateur de l'Evangile; et que chacun fut en liberté de l'aller entendre, ou d'aller a la messe. Ils leur représentèrent que c'était là le moyen le plus sûr de calmer les troubles qui agitaient la ville, et que dans tous les lieux au l'on avait pratiqué cette méthode, on s'en était bien trouvé. Ils appuyèrent cette demande par une autre qui n'était pas moins embarrassante, c'était le payement des grosses sommes que Genève leur devait depiiis la dernière guerre. Le grand conseil leur répondit ; « que ce n'était pas à eux qui étaient laïques^ à choisir les prédicateurs, ni k assigner les places dans les églises pour y prêcher ; que ce droit n'appartenait qu'à l'évéque et àTson vicaire; qu'on les priait de s'adresser a eux : que de leur côté ils souhaitaient aussi bien qu'eux de voir prêcher la pure Parole de Dieu^ et qu'ils espéraient qu'en ne faisant

^ Spanh. I.V/6e. Ben. Turretin. I. c.

' B. Insir. et Ms. Amp . II. cit.

Page 1