ILLUSTRES ET SOUVERAINS SEIGNEURS
« Il n'est pas bien possible aux pasteurs ordinaires el aux ministres de la Parole de Dieu, de faire quelque
*■ Ou en matière de religion.
DISCOURS PaiUMINAIRB. 439
fruii dans TEgUse el de l'y entrelenir par des ordonnances extérieures, si le magistrat civil ne joint ses soins poar avancer cette bonne œuvre, car le cœur de l'homme est tout gâte /tout corrompu et entièrement aban-. donné à ses propres imaginations et à ses désirs. C'est un mal qui est répandu partout^ aussi bien parmi les ecclésiastiques comme parmi le commun peuple, et tout cela vient de ce qu'il y a encore si peu de l'Esprit et de la vertu de Dieu dans nos cœurs. Or tout magistrat qui fait profession d'être d'un gouvernement chrétien et pieux, est obligé de mettre toute son application a faire que dans l'exercice de son pouvoir, il soit le lieutenant et le ministre de Dieu, et à conserver parmi ses sujets la doctrine et la vie évangélique, tout autant du moins qu'elle s'exerce au dehors et qu'elle se pratique dans les choses extérieures. C'est de ces choses qu'il faudra que chaque magistrat rende compte un jour devant le redoutable tribunal de Dieu , lorsqu'il jugera et condamnera le monde par Jésus-Christ.
^ » Il est donc vrai que Je magistrat civil doit procurer l'avancement des voies de la grftce, tout autant du moins qu'elles se répandent dans les choses extérieures. Mais pour ce qui regarde ces voies de la grâce, on tant qu'elle se déploie et s'avance intérieurement dans le cœur, c'est une chose qui n'est pas au pouvoir des hommes et qui ne dépend d'aucun magistrat, ni d'aucune créature, quelle qu'elle soit ; car les choses spirituelles et célestes sont trop sublimes et fort au-dessus de tout pouvoir civil et charnel. C'est pourquoi aucun magistrat ne doit^ maîtriser les consciences, ni publier des ordonnances pour des choses extérieures , par lesquelles on mettrait un joug sur les bonnes consciences et l'on bornerait le St. Esprit, l'empêchant de déployer toute son efficace;
car il n'y a que Jéflus-Christ noire Seigneur, à qui Dieu a donné tout pouvoir et la promesse du Si. Esprit, qui soit le maître et le Seigneur des consciences ; c'est pour celte raison que le pape , les évéques et les prêtres, avec toute leur bande , sont tout aulant d'ante-christs et en* seignent la doctrine des diables, parce qu'ils entreprennent tous de maîtriser les consciences à leur fantaisie , de faire des péchés de choses que Dieu n*a pas défendues^ de pardonner et de faire grâce pour des choses qui sont criminelles devant Dieu , et même de mériter la grâce aux autres par des œuvres forgées et inventées dans leur cerveau, attentats qui sont tout autant de blasphèmes , que les magistrats doivent bien se garder de soutenir , mais plutôt les fuir et les éviter avec tout le soin possible. Mais il ne s'en suit pas de la qu'ils doivent abandonner le pouvoir qu'ils ont reçu de Dieu pour ces choses, mais plutôt Texercer, aulant qu'il s'étend sur les choses extérieures, afin que la grâce ait son cours libre et soit avancée par leur autorité, comme par des ouvriers qui concourent avec Dieu. Il faut donc qu'ils aient soin de garder la sainte doctrine^ d'empêcher l'erreur et la séduction , ^e punir tous les blasphèmes et les péchés manifestes, à l'égard de la religion et de la conduite de la vie , de protéger la vérité et les bonnes mœurs, elc
» C'est pourquoi, illustres et souverains seigneurs, comme vos excellences ont embrassé si courageusement l'Evangile et l'ont fait recevoir à vos sujets^ et qu'elles ont même prêté serment là-dessus , comme sur une lot particulière et fondamentale de Tétat, de le maintenir au milieu de vous et de tous les vôtres, tant dans la ville capitale que dans tout le pays , aussi faut*il désormais regarder votre gouvernement comme revêtu d'une
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nouvelle forme et charge d'une nouvelle obligalîon » comme pour toute autre loi extérieure^ et vous ne pour* riez jamais le quitter avec honneur devant le monde.
» Il est vrai que votre ministère et le pouvoir que vous avez a Tégard de TEvangile ne fait ni n'a fait autre cho8e*que des hypocrites^ si Jésus^^Christ même n'est pas de la partie ; car il y en a plusieurs qui fuient la messe comme une cérémonie pleine de blasphèmes^ qui s'accommoderaient fort bien de cette abomination , si W. EE. ne l'avaient abolie par leurs ^its et leurs mandats. Mais il n'importe^ car le ministère même de Moïse n'a rien pu faire davantage avec la loi de Dieu^ qui^ cependant^ est une loi de vie ; il ne fallait pas pour cela qu'il cessât d'inculquer la loi, mais il devait plutôt exercer son office^ et ainsi faire que la loi, qui était vivante, fût une lettre morte et devint même colère et mort pour la chair, parce que Dieu n'avait point donné au peuple, par le ministère de Moïse, un cœur intelligent^ ni des yeux éclairés, ni des oreilles ouvertes pour ouïr, comme ce Saint Homme s'en plaint dans son dernier discours, peu de temps avant sa mort (Deut XXIX.), après avoir été avec eux durant quarante ans. C'est ainsi que les seuls efforts du ministère extérieur rapportent peu de fruit devant Dieu ; mais^ nous le disons encore une fois, il n'importe pour Y V. EE. de quelle manière on reçoive l'Evangile; car YY. EE. souhaiteraient de conduire chacun à la vérité par leur ministère, et d'abolir tous les scandales publics ; mais le monde l'embrasse par hypocrisie, ce n'est pas votre faute; il en est de vous comme de Moïse , qui faisait ses efforts pour conduire le peuple à Dieu et pour introduire et entretenir parmi eux une vie sainte et bien réglée.
*» Et quoique ni vous, ni aucun pouvoir humain, ne
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puissiez faire une bonne conscience devant Dieu, cepen* 4ant le ministère de W. EB. sert à faire que la pure Parole de Dieu soit préchée parmi vos sujets , que* la grâce leur soit clairement annoncée, et qu'on les conduise à la source vivante de laquelle seule on puise les eaux du salut, savoir à notre Seigneur Jésus-Christ , qui est noire unique médiateur ; après cela l'embrasse qui voudra. Et quand on le prêcherait en vain pour tout Le monde , ce qui cependant n'est pas possible , néanmoins vous avez fait ^e qui dépendait de vous /vous vous êtes acquittés de votre devoir et vous avez sauvé vos amcs, comme Moïse et les bons rois de Juda, qui firent beaucoup de bien^ en s'appliquant à faire observer la loi parmi le commun peuple ; car la lecture de la loi et la prédication de là Parole , que ces .rois faisaient faire, servait a annoncer le jugement de Dieu contre les méchans, a abolir les blasphèmes notoires, les vices , les infamies et les scandales ; à punir et a réprimer le mal , et a procurer et a faire régner le bien ; et c'est pour cette raison que le St. Esprit donna tant de louanges à ces bons rois dans l'Ecriture.
x> Il ne faut pas que les discours de quelques âmes simples fassent de la peine à W. EE. et les détournent d'un dessein si chrétien. Ils disent que le christianisme est dans l'intérieur, qu'il ne peut pas être gouverne par répée, mais qu'il faut qu'il soit administré par la Parole de Dieu ; que W. EE. établissent une nouvelle papauté, en voulant vous mêler des affaires de la foi , etc.
3» Mais nous répondons que cela serait bien vrai , si le magistrat voulait violenter les consciences et maîtriser la liberté chrétienne qui est dans une bonne. conscience, ce que Ton ne doit pas dire de VV. EE. dans l'affaire dont il s agit ; .puisque vos soins se tournent à faire que
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la vérité soit préchce clairement^ que l'on exhorte fortement à la piété ^ que l'on censure sans crainte les vices des sujets et des magistrats ^ et que Ton observa au dehors, dans le service divin et en d'autres rencontres^ un ordre bien ménagé, qui n'empêche point le cours ^u St. Esprit. Or tout cela se fcra^ si VY. EE. ont la bonté de confirmer les ordonnances suivantes, dont nous sommes convenus entre nous dans ce Synode, pour Tavancement de la gloire de Dieu; et si vous nous ordonnez a nous tous, qui devons prêcher l'Evangile dans votre ville et dans vos états, et si vous nous commandez^ comme à vos sujets^ de les observer. C'est la grâce que nous demandons très*humblement à W. EE. et nous les en prions ardemment pour l'amour de Dieu. »
Voici nos ordonnances et nos réflexions^ que nous avons renfermées dans les chapitres suivans ;