‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 39 sur 98 · AUXILIAIRES DE 6BNBVE DISPERSES OU TRAHIS · texte numérisé non relu

AUXILIAIRES DE 6BNBVE DISPERSES OU TRAHIS

méat de sa promesse , et vint à bout de lever environ neuf cents hommes tirés des comtés de Neuchâlel et de yalengin > de Bienne et des terres de Berne qui sont autour du lac de Bienne. Mais dans le temps qu'il se préparait à partir et à traverser le comté de Neuchâtel avec son monde ; George de Rive , gou vernenr du pays, zëlé catholique et de plus sujet né du duc de Savoie , fit défense à ses gens de passer outre. Ce contre-temps impcévu ne déconcerta point Wildermouth. Il déclara a ses soldats qu'il permettait à tous ceux qui auraient peur de s'en retourner chez eux. Ainsi il y en eut quatre à cinq cents qui se retirèrent. Les autres , au nombre de quatre cent quinze prirent la roule de Vautrt^vers pour entrer dans la Bourgogne et passer par Saint Claude. Mais ayant trouvé le chemin fermé de ce côté- là , ils prirent une roule détournée et extrêmement rude, par le sommet des montagnes de La Joux ; et traversant des forets épaisses avec une fatigue extrême ^ incommodés de la pluie et de la neige qu'il fallait brasser jusqu'aux genoux, et manquant de provisions pendant un jour en« tîer et une nuit; enfin , le troisième jour de leur marche, qui était le samedi 9 d'octobre, ils arrivèrent a l'entrée de la nuit, a la montagne et au village de Saint Cergue, où ils ne trouvèrent ni geifs ni provisions ; les habitans s'élanl tous enfuis avec leurs meilleurs effels. Cependant ils y passèrent la nuit, faisant bonne garde. Il s'y trouva trois ou quatre jeunes hommes que les Savoyards avaient aposlés pour les leur amener et les livrer traîlreuseraenl enlre leurs mains. Ils faisaient semblant d'élre des guides que les Genevois leur envoyaient pour les conduire sûrement à travers le pays, leur disant que leurs ennemis étaient assemblés au pied de la montagne et au village de Gingins , au nombre de trois à quatre mille, tanl

BATAIUB »t GINGIM8. 417

}i pied qu'à cheval , dan$ le dessein de les iovesUr^ dès qu'ils seraient descendus ellle les prendre toos^ ce qui ëtail vrai. Ces Suisses élaient mal armés , il n'y en avait enlr'eux qu*une centaine qui eussent des mousquets; tous les autres n'avaient que leurs épees ; ainsi la par* tie était extrêmement inhale. Cependant, animés par la faim, qui les pressai! depuis deux joufs et deux nuits, ils descendirent, le lendemain, dans l'espérance de trouver à Gingins de quoi se raccommoder. Les traîtres qui feignaient de leur*servir de guides, au lîeu de. les conduire droit au village^ leur dirent de s'arrêter au dehors > dans une prairie, où ils leur promettaient de leur porter de la nourriture et du vin, autant qu'il leur en faudrait. Us les firent entrer dans un chemin étroit et creux, où l'on pouvait à peine marcher deux de fronts d'autant plus qu'il était bordé de pari et d'autre de haies épaisses , et qu'il était tout inondé d'un ruisseau qui coulé au travers. Ds allèrent ensuite avertir tous les Savoyards qui étaient campés pVëa du village, partagés en deux corps dont l'un poste derrière une haie vive , au nombre de quinze cents hommes^ vint fondre sur les Suisses ; l'autre corps , qui était un peu reculé, ne se donna aucun mouvement. Les Savoyards firent d'abord un grand feu de leur mousquetterie; cependant, comme le bhemin était fort creux, ils ne purent pas faire beaucoup de mal aux Suisses. Ceux-ci, de leur côté, se tinrent fort serres, enfoncèrent une haie et se mirent au large en bon ordre, après quoi ils reçurent courageusement les Savoyards. Ils se partagèrent en deux troupes; l'arrière -garde chassa les mousquetaires, et Tavant-garde attaqua le reste des ennemis. Et résolus a vaincre ou a mourir, ils se battirent en désespérés. Ceux d'entr'eux qui avaient des mous-

418 VICTOIRB DBS SUISSES. ILS MAB.CBBNT'

quels ne purent s'en servir que pour lirer une fois^ et n'ayant pas le temps de l&s charger de nouveau ^ ils furent obligés de s'en servir comme de massues^ pour assommer les ennemis. Enfin, ils combattirent avec tant de valeur, qu'ils contraignirent les Savoyards^ quoique si fort supérieurs en nombre , à prendre honteusement la fuite, avec perle de plus de 200 hommes, ^ entre lesquels se trouvèrent, dans le premier rang, leurs perfides guides. Entre ces morts, du côté des Savoyards, on compta environ 40 gehtils-hommcà et près de cent prêtres , tous armés comme des soldats , à la manièi:e de ce temps*là. Les Suisses ne perdirent ,^ de leur côté, que 7 hommes ^t une femme, encore la femme se défendit^ elle vaillamment, fSaisant le moulinet avec une épée à 2 mains , et tua 4 hommes avant que de mourir. *

Après une victoire si signalée et' si peu espérée^ les Suisses se mirent à genoux sur le champ de bataille^ et remercièrent Dieu de tout leur cœur de la protection qu'il leur avait accordée. Ensuite s'étdnt raccommodés, ils se partagèrent en trois petits corps et prirent tout droit le chemin de Genève^ marchant le long de la montagne. *

XI. Dans le temps que ces troupes s'étaient mises en marche, les seigneurs de Berne avertis de cette levée de boucliers, envoyèrent défendre incessamment a leurs sujets de porter les armes, soit pour^ soit contre le duc de Savoie. En même temps ils députèrent Louis de Diesbach, et Jean Rodolf NeBgueli, tant auprès du duc

. ' Roset 1. c. Cela est plus vraisemblaible que le récit de Slettler, ( p. 70. 71. ) qai en met 500. Stumpf en met A40.

* Stumpt. YIII. G. 26. Stettler 70. 71. a.

' Stettler 71 a.

VERS GENÈVE. ntfVTÈS DE BERNE. h{9

qu'auprès des Genevois, et avec ordre de négocier la paix entre les parties, et de faire rebrousser chemin à leurs sujets. Les députés étant arrivés le samedi soir 9 octobre à Coppet, avec le seigneur de Lûllin, baillif du Pa^^s-de-Vaud ; les Suisses qui arrivèrent à St-Gcrgue dans le même temps, en ayant eu avis ; un Genevois qui était avec eux descendit de la montagne dans le dessein de conférer avec c^ seigneurs^ comptant sur la parole d'un gentilhomme Savoyard, nommé d'Alinges^ qui lui promit entière sûreté. Mais il trouva qu'il avait mal compté. Le baillif de LuUin fit mettre d'Alinges en prison pour cette affaire, disant qu'il n'avait point de pouvoir de donner un sauf- conduit, Le lendemain, qui était le dimanche 10 octobre, les députés de Berne voulurent partir de bonne heure, d'abord que le jour parut, comme on était convenu, pour aller joindre la petite armée suisse et exécuter leurs ordres. Mais de Luilia les arrêta sous prétexte de vouloir auparavant entendre une messe et de déjeuner ; mais la véritable cause de ce délai affecté, était le dessein de donner le temp6 aux Savoyards de battre les Suisses ; ne doutant point que comme ils étaient si fort supérieurs en nombre , ils ne les taillassent tous en pièces ; mais il se trouva trompé. Il partit enfin monté sur le beau cheval espagnol qu'avait alors ce Genevois^ lequel il fit monter sur un âne , et se mit en chemin avec 30 chevaux et avec ses gardes. * Lorsque lui et les députés de Berne arrivèrent vers les huit heures du matin, près du viU lage de'Gingins, ils apprirent le combat qui venait de se donner. Ils rencontrèrent aussi les fuyards que Luilia

* SlcUjcr 71. p. Stumpf. Lib. VULC 86,

490 ISS Dipurés dk bbrKb uua voht

censura de leur lâcheté, el Toulot obliger à reloamer contre l'ennemi ; mais il ne trouva point d'obéissance ; tant était forte l'épouvante qui les avait saisis. Lollin lui*méme ne jugea pas à propos d'avancer et laissa aller les députés de Berne, leur donnant quelques-uns des siens pour escorte. Cependant ces députés ne purent pas atteindre les Suisses qui avaient déjà pris la route de Genève par un autre endroit. Ainsi.ils rebroussèrent, et prirent la roule de Nyon. En chemin ils rencontrèrent un escadron Savoyard, de 60 maîtres ou environ, qui d'abord se mirent à crier contr'eux^ tue, lue. H y en eut mdme un qui porta le pistolet à la gorge contre de Diesbach ; mais heureusement un gentilhomme de l'escorte empêcha le coup, lui disant^ que c'était le bailUf lui-même à qui on devait imputer le malheur qui venait d'arriver, puisque s'il avait voulu partir de bon matin avec les députés de Berné, la chose ne serait pas arrivée. Cependant ces deux députés eurent la mortification de se voir saisis par ces brutaux comme des prisonniers de guerre» On les fit descendre de cheval, et on les fil marcher à pied un bon espace de chemin. Hais les Savoyards ayant appris Ja vérité du fait touchant la lenteur du baillif de Luilin à partir de Coppet, ils rendirenries chevaux à ces députés, et les laissèrent aller joindre le baillif. A sa sollicitation ils firent tant de diligence^ qu'ils joignirent la petite armée Suisse ; ils ordonnèrent aux sujets de Berne de la part de leurs seigneurs, de se retirer; et exhortèrent ceux de Neuchâtcl à faire aussi la même chose, leur représentant le danger auquel ils s'exposaient; parce que les Savoyards étaient les plus forts dans le pays. Us obtinrent aussi que le baillif, el gouverneur du Pays-de-Vaud leur donnât assurance qu'il ne leur serait fait aucun mal. On leur distnJbua des

REBKOUfSIB. CBBHIN. GBNBVB. 4SI

proTisions graluilement. Ainsi ils se retirèrent ; et cette expédition s'en alla en fumée. *■

Cependant les Genevois ayant appris Tarrivée de cette troupe sortirent le lendemain matin à sa rencontre avec 500 hommes et six pièces d'artillerie pour favoriser leuc passage ; mais comme ils furent arrivés devant Coppet^ les dépnlés de Berne qui s'y trouvèrent au château avec lebaiilif de Luilin^ leur firent dire par nn héros, qu'ils étaient là pour négocier la paix, et- qu'ils devaient. se retirer. Les Genevois se retirèrent donc fort chagrins qu on les eût privés du secours qui leur venait. Et pour s'assurer si on leur avait dit la vériré^ ils envoyèrent sur la parole des Savoyards, trois des principaux d'entr'eux ' à Coppet, en qualité de députés, comme pour «voir part a la négociation de la paix. Mais left Savoyards, contre la foi donnée, les retinrent prisonniers; et de liullio les fit transférer au château de Chillon^ on ils demeurèrent jusqu'à l'année suivante. ^

Le mardi 12 octobre, les députés de Berne arrivés à Genève, représentèrent aux conseils ; qu'ils avaient fait retirer les soldats de Berne et de Neuchâtel à cause des inconvéniens qui pouvaient revenir de cette levée de boucliers, les Savoyards étant en armes partout le pays ; et qu'ils souhaitaient de savoir, si eux (les Genevois) voulaient se désister de faire des sorties sur les Sa-* voyards et les Peneysans, k condition que ceux-ia aussi se tinssent en paix. Les Genevois pour réponse, représentèrent à ces députés le tort qu'ils leur avaient fait do les priver de ce secours. Ils se {plaignirent d'être serrés par

* Slcttler 7S. a Roset III. G. 41 .

' D'ÂrUad , Lambert et Tocquet. ^

1^ Stettler 73. a Rosct ni. M, Savion III. U9. ISQ. lU*

J112 6BNÊVB BT LES

leurs ennemis de la manière la plus triste^ et proieslèrent en même temps qu'ils ne voulaient point entrer en traité avec des traîtres à qui ils ne pouvaient absolument point se fier^ priant les Bernois de leur donner du secours^ a forme de leur alliance, vu que les vivres leur manquaient. Ils leur déclarèrent aussi, que puisque les Savoyards avaient retenu trois députés contre le droit des gens et la foi donnée, ils retiendraient pareillement prisonnier, par droit de représailles, un gentilhomme Savoyard, nommé de Vuflens, qui était venu avec eux. Et non contens de pelui-là^ ils allèrent encore saisir en Téglîse de St-Jean hors de Genève^ un moine^ homme de qualité, nommé de Montfort, ruinèrent la maison de Saint Jean, et amenjsrentJe moine à Genève avec ses effets, afin de leur servir d'ôlage, pour la sûreté de leurs députés. ^

Dans le même temps, le duc de Savoie, au lieu d'exécuter ce que les Bernois lui avaient demandé, qui était de chasser les bandits de Peney et de titre en paix avec Genève, leur envoya deux gentils-hommes, d'Estavayer et Fonlanel, pour faire de sa part à ces seigneurs de nouvelles propositions de paix, qu'ils rejetè- 'rent. Et voyant que le terme qu'on lui avait donné était écoulé quatre fois, sans que le duc de Savoie eût rien fait à leur considération , et qu'il préférait à toute leur amitié trente à quarante brigands , attroupés à Peney ; LL. EE. voulurent rompre avec lui et présentèrent les lettres d'alliance a ses deux envoyés pour les lui porter. Les deux envoyés s'excusèrent de les recevoir et de les porter a leur prince ; c'est pourquoi ces seigneurs les

' Koscl m. G. h2. SavioM p. m. 15i<

DÉPUTÉS DK BBRVE. 423

chargèrent^ le 14 octobre^ de dire à lear maître qu'ils lui donnaient encore, pour la dernière fois, un nouveau terme de 15 jours, pour rétablir la liberté du commerce avec Genève et pour dénicher les brigands de Peney, avec déclaration expresse que s'il ne leur donnait cette satisfaction , ils rompraient avec lui sans retour et lui renverraient par un héraut ses lettres d'alliance^ ^

Trois jours après, le 17 octobre, ils envoyèrent dé nouveaux députés à Genève, pour négocier une trjève entre Genève et le duc de Savoie. Les Savoyards y con<sentaient pour les gens de Peney ; mais les Genevois , ne se fiant point a eux, ne la voulaient point accepter; et comme les Savoyards prenaient des prisonniers sur eux, ils en prenaient aussi sur les Savoyards. Les députés eurent donc ordre de travailler à faire rendre les prisonniers de part et d'autre, de faire retirer les troupes qui se ramassaient à Lausanne, et de déclarer aux Genevois que s'ils refusaient d'accepter cette trêve/ LL. EE. regarderaient cela comme une grande ingratitude. *

Ces députés, arrivés à Genève, parurent devant le conseil général, le 24 octobre, et exhortèrent les Genevois à consentir à un traité amiable, que leurs seigneurs pourraient faire avec le duc, les assurant que les ducaux étaient contens de faire une trêve pour négocier la paix avec plus de facilité. Enfin , ils leur représentèrent qu'il y aurait du danger pour eux , si on ne pouvait pas conclure la paix , parce que les Bernois , ayant leurs ennemis à leurs portes, auraient le déplaisir de ne

* Ms. Amp.^46. Stctllcr 73. a.

' Ms. Ahip. Ihl,

4tt 6BVBVE BT LIS

pouToir lear donner du secoars. Us deinandirenl aussi qu'on leur rendît le gentilhomme qui élait venu avec eux sur leur parole. Les Genevois leur répondirent qu'on ne demandait que la paix,' pourvu qu'elle fût ferme et «oKde ; qu'ils rendraient le gentilhomme ^ pourvu qu'on leur rendu leurs trois députés ; que quant aux Peney^sans^ qui étaient des citoyens traîtres à la patrie^ qu'oi^ avait solennellement condamnés à la mort, on ne pouvait point faire de traité avec eux. Ces députés furent mai satisfaits et même indignés de cette réponse, comme si les Genevois eussent rejeté de gaîté de cœur les voiec de pacification. Mais Messieurs de Genève connaissaient mieux qu'eux leurs ennemis ;.car les Feneysans^ de leur côté, le prirent sur un ton aussi haut que les Genevois , et rejetèrent fièrement la trêve, disant que Févéque leur prince, dont ils soutenaient les intérêts, ne devait point faire de trêve avec ses sujets. Ainsi les hostilités continuèrent de part et d'autre, ' et quelques jours après ^ les Genevois interceptèrent une lettre du duc au capitaine de ses troupes , datée du 29 octobre j^ où il lui rer commandait fortement les affaires. ^

Les seigneurs de Berne approuvèrent la réponse que les Genevois avaient faite à leurs députés à l'égard de la trêve ^ mais ils trouvèrent fort mauvaise celle qu'ils avaient faite à l'égard du gentilhomme prisonnier, el^ le 26 octobre, ils leur écrivirent une lettre pleine de menaces^ leur mandant de le relÂcher incessamment^ puisqu'il était venu à Genève avec leurs députés et sou^ Içur protection. Les Genevois^ contraints par la néce^

^ I\oset m. C. 43. Savioii i£»2. 153. i^. ^5Si. ? Rçscl l ç.

DÉPOTis SB BtRlIB. hHH

sîlé, pour ne pas se brouiller avec les Bernois, relâchèrent ce genlîlhomme et prièrent leurs alliés de Berne de mettre ordre que la vie de leurs trois députés prisonniers à Cbillon fût en sûreté. '

Dans le même temps, deux envoyés du duc de Savoie allèrent a Berne porter la réponse du duc sur la propor sition d'une trêve et d'une conférence. Elle contenai| en substance « que leur prince avait expressément or<- . çlodné au maréchal de Savoie de faire vider Je chfiteaii de Penejy et d'y mettre un gentilhomme pour ehipér cher qu'il ne s'y fit du mal ; qu'il avail aussi fait publier Vn édit pour réouvrir le commerce et accorder la paix aux Genevois ; qu'il n'avait point mérité qu'on renonçât a son alliance, pour l'amour de Genève; qu'il consentait que les différents qu'il avait avec celte ville se vidassent par une conférence entre les députés et ceux de Berne ; que les Bernois pouvaient choisir le temps et le lieu. » Les Bernois furent fort contens de retle réponse^ pourvu, dirent-ils j « qu'elle fût sincère, et que le duc exécutât ses promesses et congédiât ses troupes. » Ainsi l'on convint d'une conférence amiable, qui se tiendrait dans la Val d'Aoste, le 21 novembre. Et en attendant^ afin que tout se disposât à une bonne paix , ils écrivirent aux Genevois « de n'entreprendre .aucune hostilité^ ni par parole, ni par voie de fait, contre le duc et ses surjets , mfiis d'attendre tranquillement le succès de la conférence, sous peine de perdre leur alliance, i» Ils exhortèrent aussi fortement le baillif et les villes du Pays-de«>' Vaud d'observer la promesse qu'ils leur avaient faîte. ^

* Savîoii 155.

^ SlcUler 72 a. Savion IU6.

&36 tE DUC CB1LIIB GBNBVB MEMB PAE tB LAC.

Les Genevois répondirent « qu'ils exécateraient ce qu'on exigeait d'edx ; qu'ils priaient seulement les seigneurs de Berne d'avoir leurs intérêts en recommandation , afin que tout fût réglé sur le pied de Tacrét de S. Julien et.de la sentence de Payerne ; que , du reste , ils ne pouvaient point consentir que le duc mit un geatilbomme savoyard dans le château de Peney , de peur des conséquences ; parce que ce château était de la pria* cipauté de Genève. ' x>

Mais toutes ces démarches du duc de Savoie n'étaient qu'un leurre grossier , pour endormir les Bernois et les Genevois^ sous le prétexte d'une négociation. Il avait ses troupes à Nyon^ à Coppet, à Versoix et tout autour de Genève. Il devait les congédier. Il n'ea fit rien. H devait laisser aux Genevois liberté entière de commerce avec ses sujets. Il n'en fit rien. Il tint la ville comme bloquée par ses troupes , dans le dessein , sans doute, de l'affamer; et, des le 3 Novembre, les Savoyards recommencèrent les hostilités et fourragèrent les maisons des Genevois , au-delà de l'Arve du. côté de Sacconay. Les députés bernois s'en retournèrent chez eux, le 7 novembre, bien étonnés de la perfidie des Savoyards. '

Comme les Genevois avaient encore la voie du lac ouverte^ pour faire venir des vivres, le duc entreprit encore de la leur fermer. Il fit venir à Nyon une grosse barque, qu'il avait fait construire a Chillon, quelques années auparavant ; et la tint là avec une petite escadre d'une centaine de bateaux, pour empêcher que rien n'entrât dans Genève. ^

' Savion 157.

* Savion 157. 158. Rosct III. Ch. h3.

^ Saviou 158.

ISS BERNOIS MEGOCIEMT EKCOaS. 427

Les Bernois ayant ouï parler de ces hostilités^ écrivirent à de Challant, maréchal de Savoie^ et à dé Luliin, gouverneur du Pays-de-Vaud^ qu'ils n'envoyeraient aucqn député à la journée de la Yal-d'Aoste, que premièrement on n'établit une trêve solide avec les Genevois y comme on en était convenu à Berne avec les en* voyés du duc. Mais ni l'un ni l'autre ne tinrent aucun compte de ces représentations. '

XII. Cependant les seigneurs de Berne, toujours animés d'un esprit de paix, et soit pour mettre le duc dans tout son tort , soit dans Tespérance de venir enfin à bout de faire une bonne paix entre le duc et Genève^ envoyèrent une déput^tion honorable à la Val-d'Âoste, pour le jopr marqué^ nonobstant l'incommodité de la saison. Les députés étaient J. François Nœgueli, trésorier^ J. Rodolph de Diesbach, et Pierre d'Erlach, avec Pierre Gyro y chancelier. Us eurent ordre de déclarer au duc « qu'ils souhaitaient et voulaient absolument que leurs combourgeois de Genève fussent désor- 'mais à couvert des vexations du duc et de ses gens, pour la Parole de Dieu, comme les autres villes de l'empire ; qu'à moins de cela on n'avait rien à traiter avec lui; que. cependant LL. EE. entendaient aussi que les Genevois n'entreprendraient rien en fait de religion , hors de leur ville, sur les terres du duc; qu'ils souhaitaient aussi ardemment que S. A. s'en tînt à la conclusion de S. Julien et à la sentence de Payerne, avec réserve de ses droits ; que si cependant le duc ne voulait pas y donnée les mains, parce que, par cette sentence , le Pays-de-Vaud était engagé aux deux Cantons

* Si! V ion 159,

iS8 COMFiRBIICB

de Berne el de Fribourg, en cas de manque de foi; LL. EE. de Berne voulaient bien, pour g^ain de paix (el pour terminer tant mieux les différends, avec Genève el pour que cette ville conservât ses libertés) consentir qu'on laissât* là cet article et qu'on cherchât d'autres moyens plus efficaces pour obtenir utie bonne paix. » Si cela se faisait, ils devaient lur demander justice de quel* ques homicides commis sur ses terres et roiarg;issemenl d'un ministre nommé Antoine Saunier. *

En chemin^faisant^ les députés voulurent savoir si le duc avait observé sa promesse à l'égard de Genève, comme on le leur avait fait entendre ; et, le 26 novembre , l'un d'enir'eux y fut accompagne de deux hérauts, pour s'en informer. Il vit ce qui en était^ et entendit (es plaintes que lui firent les Genevois des hostilités qu'on exerçait contr'eux , et, cle plus , que tout nouvellement les Savoyards avaient arrêté et détroussé quatre Gène* vois , auxquels ils avaient pris tout leur argent et les lettres dont ils étaient chargés. *

Dans le même temps , une troupe de 500 avanturiera français, entre lesquels étaient des imprimeurs de Lyon, partirent ensemble de celte ville pour aller au secours de Genève ; les uns sous le commandement d'un gentil* homme. français, nommé de Yeray ou de Veres; et les imprimeurs souS la conduite d'un homme de leur métier, nommé Roboam. D'abord qu'ils furent arrivés à Selleneuve ou Saleneuve, un grand nombre de Savoyards accoururent de touscôlés, le 16 novembre, pour fermer le passage ; ainsi , contraints de se retirer j

* Ms. Amp. 147.

' ftosellll. G. 46. Savioii 159. lea

i>*AOStK. M9

ils s'arrélèrenl Bnr les frontières poar épier l'occasion de pénélrer dans le pays. *

La conférence d'Aoste n'aboulît à rien. Les députés de Berne arrivèrent à la cité d'Aosle, vers la fin de novembre , et n'y trouvèrent point le duc qui , cepen* dant^ avait promis de s'y rencontrer. Il leur envoya quelques personnes pour faire ses excuses auprès d'eux, se servant de quelques raisons frivojes qui l'avaient » disait-il, empêché de se mettre en chemin, les priant de venir à Turin ou à Yvrée. Ce manquement de parole excifti déjà leur indignation, et ils refusèrent tout net d'aller plus loin, ce qui obligea les Savoyards d'écrire k leur prince. ' Il vint donc enfin ^ et d'abord les députés de Berne > suivant leurs ordres, exposèrent leur commission , premièrement au sujet de la religion , disant que quand S. A. y aurait consenti, on traiterait paisi-* blement du reste. Us demandèrent donc que Genève fût assurée dans la liberté de sa religion , comme une ville libre impériale, ainsi que plusieurs autres villes del'empire. Le duc leur demanda toutes les instructions qu'ils avaient, afin de traiter tout ensemble de tout, et ne voulut point rendre de réponse pour Tafifaire de la religion seulement. Mais les députés n'en voulurent rien faire, ayant ordre de ne point traiter d'autre chose que l'affaire de la religion ne fût finie. Le duc aussi , de son côté, persista dans sa résolution^ disant qu'il voulait rapporter la chose a l'empereur, comme son seigneur et son parent. Il ajouta , qu'à l'égard de la religion , il ne pouvait point permettre aux Genevois le changement qu'ils y avaient fait, sans en avoir la licence du pape ou

* Boset III. G. Savion ISO.

' Ma. Gross.

430 LB. tinc PROPOSE ENCORE UNE TREVE.

la sentence da concile général, etc. ; qne, d'ailleurs, sa noblesse, dont il ne pouvait point être mattre a cet égard, ne voulait absolument point entendre parler de réformation , mais était résolue de sacrifier corps et biens pour exterminer les luthériens; enfin ^ il demanda one confession de leur foi. Les Bernois la lui refusèrent^ disant que la doctrine des réformés est contenue dans l'Ecritare Sainte. ^ Ainsi ils se séparèrent sans rien conclure. Cependant il renvoya des députés à Berne pour demander encore une trêve pour cinq ou six mois y représentant qu'il lui fallait tout ce temps-là pour avSir la réponse deTeropefeur et pour donner ensuite une bonne réponse à LL. EE., et que peut-être aussi parla on pourrait venir a une n^^ciation amiable, pour parvenir enfin à une bonne paix et éviter une guerre, s'engageant à faire que la trêve serait fidèlement observée, toutes hostilités abolies , et le commerce ouvert aux Genevois en toute sûreté.

* Les Bernois répondirent, le 12 décembre, qbe comme cette affaire regardait principalement les Genevois, ils ne pouvaient rien conclure sans savoir s'ils voudraient accepter cette, trêve , et qu'ils le leur écriraient pour se déterminer suivant leur réponse. *

Là -dessus ils envoyèrent à Genève J. Rodolph Nsgueli , porter ces nouvelles propositions du duc aux Genevois. Ils écrivirent aussi par lui au maréchal de Savoie et au baillif deVaud. ^ Mais à son arrivée à Genève, Nœgueli trouva les choses dans un état pire qu'auparavant. Le 7 dQjcembre^ les Savoyards avaient interdit

* Stampf. Lib. Vlll. Cli. 26. Holling. 678. M«. Arop t47.

* Ms. Amp. U7. US.

* SloUler II. 73. a.

GEKSVK nsGOCIS ATBC LB HOI DB FRAHCB. A3i

publiquement toul commerce avec Genève, sous peine de la vie. Et comme le 9 du même mois les Genevois, pressés par la disette qui allait en croissant, avaient fait sortir de la ville tous les étrangers , gens de bouche inutiles, comme femmes et enfans, avec défense d'y rentrer, sous peine de trois eslrappades de corde, 'les Savoyards les avaient traités en vrais cannibales; les avaient dépouillés jusqu'à la chemise, avaient violé quelques femmes et les avaient renvoyées ainsi à Genève. *- Les seigneurs de Berne ne sachant rien de tout cela, exhortaient les Genevois par leur lettre, du 10 décembre , à accepter la trêve proposée par le duc, leur déclarant encore une fois que si l'on en venait à une guerre^ ils doutaient de pouvoir leur donner du secours, n'étant pas raisonnable, disaient-ils, de laisser notre pays en danger pour secourir celui d'autrui. Les Genevois répondirent « que le duc de Savoie les avait amusés depuis long-temps par des négociations et par des propositions de trêves , dans le dessein de les affamer et de les ruiner ; qu'il avait fait tout le cobtraire de ce qu'il arait promis à LL. EE. , comme ils le savaient fort bien ; que pour cette cause ils étaient résolus de ne plus entrer en négociation ; qu'ainsi ils les priaient de faire usage de leurs droits et de mettre la main sur leur hypothèque du Pays-de-Vaud^ et de venir à leur secours avec les autres amis qu'il plairait à'Dieu de leur envoyer. * »

Ces autres amis, sur le secours desquels les Genevois comptaient alors, c'étaient les Français. Ne comptant plus sur le secours dès Bernois , après les déclarations réitérées qu'ils leur avaient faites, de douter s'ils pour*

* Savion III. p. m. 460. 161.

' Savionl62. Rosellll. G. 51.

ASS BBENB COMSbiTi BALB A CB SuiST.

raient venir à leur secours , les t^enevois aTaienl de nouveau négocié secrèlement auprès du roi de France^ par renlrémise de quelques particulier^, pour avoir son secours^ et ce prince leur témoigna beaucoup de bonnô volonté. Les Bernois en furent informëa par quelques particuliers ; ils en reçurent aussi avis de l'état de Bfile* Pour cette raison ils envoyèrent une honorable députation à leurs alliés de Bâle^ le 16 décembre, pour les remercier de leurs bons avis et de leur amitié, avec ordre de leur faire un récit naïf de tout ce qui s'était passé depuis la sentence de Payerne, et de leur demander conseit sur ce qu'ils devaient faire dans cette conjonclure, s'assurant que a comme ces seigneurs n'étaient point intéressés là -dedans, ils verraient plus clair qu'eux , chacun étant plus éclairé dans les affaires d'autrui que dans les siennes propres , d'autant pfus qu'il y avait des cantons qui menaçaient d'attaquer les Bernois , tandis qu'ils seraient occupés à la guerre «contre le duc de Savoie , pour l'affaire de Genève, tb c:on«naissaient, disaieàt-ils, la ruse, la finesse, les intrigues du roi de France , son ambition démesurée et son envie de régner, et qu'il aimait mieux subjuguer deè petiples de tout côté, par violence, que dé garder bon voisinage avec ses voisins, et que, quand il voyait quelque apparence à gagner quelques villes ou pays , il se montrait doux, affable, débonnaire et disposé à accorder toutes les grâces qu'on lui demandait ; mais que quand il avait obtenu la domination d'un lieu, il changeait du blanc au noir, et se montrait tout autre, à cause de quoi ils doutaient qu'un pareil voisin, qui serait une fois à Genève, les accommodât eux et d*autres. * >

* Ms Arop. itô.

DE VAEAT VIBNT AU SECOURS BB GSRBYB. 433

Je n'ai pas appris quel fut le conseil que les seigneurs de Bftle donnèrent a ceux de Berne. Quoi qu'il en soit^ le Roi de France ^ qui était déjà brouillé avec le duc de Savoie, envoya le seigneur Devaré ou de Yaray au secours de Genève, avec un petit corps de 600 hommes, 400 à cheval et 200 à pied. Ce gentilhomme arriva au sommet de la montagne de Gex, prit le devant avec 50 chevaux, pour donner avis de sa marche aux Genevois, afin qu'ils vinssent les joindre. ' Mais étant arrivé à Gex, le 14 décembre, il y fut attaqué par Michel Mangerod, baron de La-Sarraz, ennemi juré de Berne et de Genève, qui y commandait 400 hommes. Il perdit dans cette action quelques cavaliers, les uns tues, et d'autres prisonniers. De Yaray lui-même eut. peine à échapper avec une dixaine de chevaux ^ encore pensat^il être tué à la porte de Genève, parce qu'on l'y prenait pour un ennemi ; mais s'élant fait connaître, il leur dit la nouvelle qu'il leur apportait. Le reste de son monde étant arrêté sur la montagne de Gex, dans l'attente des guides , qui devaient venir les y chercher ; les Genevois se mirent en campagne, au nombre de 400 hommes, avec quatre pièces d'artillerie, pour les aller chercher et les amener à Genève. Mais après s'être avancés jusqu'au village d'Onnay , et n'ayant appris aucune nouvelle de ces Français, ils s'en retournèrent. ^

Cependant les Bernois, à qui ce secours du roi de France était suspect, exhortèrent les Genevois à ne pas chercher de l'assistance de ce côté-là , leur représentant qu'elle pourrait un jour leur être funeste. Ils donnèrent

* StcUler 73. a.

* .Savion «61. Boset III. G. SS.

A3Jt MOUYIAUX INCKHDIAIRU

aussi avis au duc de Savoie de Tarrivée de cette tronpe et de la négocîatîoD des Genevois avec le roi de France. * Ils s'imaginèrent par là d'effrayer le duc^ et de le porter à soijhaiter sérieusement la paix ; mais ils le cmi-* naissaient mal. D comptait sur le secours de l'empercor son beau-frère , et ce n'était que pour lui donner le temps de lé lui envoyer^ qu'il avait cherché, par ces négociations feintes^ à gagner du temps, parce que ce monarque était encore alors au fond de l'Italie. D'ailleurs y depuis que les Genevois avaient embrassé la religion réformée, il avait conçu tant plus de haine con-r tr'euz, a quoi Ton peut ajouter qu'il était animé par les ecclésiastiques qui étaient toujours à ses oreilles , et qui ne cessaient décrier aux hérétiques. Enfin, il avait dans sa cour le marquis ou châtelain de IHuss, J. Jaques de Médicis, ennemi mortel des Suisses, qui commandait une partie de ses troupes contre Genève , et qui l'animait perpétuellement contre les Bernois. ' Ce tyran, vindicatif, autant que le peut être un Italien enragé de se voir dépouillé de sa petite monarchie par les Suisses , avait cherché à s'en venger par des voies dignes de lui. On a déjà vu, l'an 1534, la Suisse infestée par une bande d'incendiaires , qu'on ne douta point qui ne fussent apostés par cet homme. La même chose arriva encore cette année 1535. Au mois d'août, on fit mourir à St. Gall un incendiaire , qui déclara qu'ils étaient une bande de 40 hommes, qui avaient ordre de se répandre dans les cantons de Zurich et de Berne, pour mettre le feu piirtout où ils pourraient. Ils avaient aussi de certaines marques auxquelles ils se reconnaissaient en-

* Sletller II. 75. b.'

* Slumpf. VITI. C^«6. Voyez aussi ci-dessus.

SN SUISSB. kSa

tr'ei». Le conseil de St. GaU en donna avis aux Beruois • et sans doute aussi aux Zuricois. *

On ne douta point non plus que cet homme ne fût l'auteur de rfaorrible incendie qui consuma presque une rue entière à Berne cette année^là ; car le 18 avril , qui était un dimanche^ le feu s'y prit, on ne sait comment, peu après mipuit^ à l'extrémité de la rue de l'hôpital, et y consuma 24 maisous, avec quelques granges et greniers. Il fallut bien de la peine pour éteindre le feu et pour empêcher qu'il ne se communiquât à la rue voisine, et l'on fut obligé , pour^en venir a bout, d'abattre quatre maisons. Comme jusqu'alors les maisons n'y avaient été construites que de bois , ni couvertes que de bardeaux, selon l'ancien usage, il ne fut pas bien mal aisé d'y mettre le feu. Mais les magistrats prirent tant de soin pour faire rebâtir promptement ces maisons, qu'elles furent toutes rétablies avant l'hiver, construites de pierre et couvertes de tuiles. Ils fournirent même aux incendiés les principaux matériaux nécessaires pour bâtir, et leur procurèrent une bonne collecte, pour leur aider à en soutenir la dépense. Les cantons et les états alliés de Berne , au moins les réformés , et deux ou trois catholiques^ contribuèrent aussi pour cette collecte. Zurich donna 50 écus ; Bâie 60 muids de blé ; Fribourg 100 écus ; Soleure 100 florins de Rhin ; St. GaU et Genève > chacune 50 écus; Mulhouse une certaine quantité de blé ; ^ la princesse de Neuchâtel 20 écus ; la ville de ce nom 80 testons ; Payerne 20 écus ; quelques étrangers qui furent saisis à l'occasion de cet incendie, dé-

* Ms. Gross.

* Vin|;t de ces mesures , qu*on y appelle fierthel.

\ tô6 GBNSVB nSJSTTB LES PltOPOSITIOltTs DU ROI Dl FRJkHCB.

clarèrent formellement qae c'ctail le marquis de IHuss qui le leur avait fait faire. *

Pour revenir à Genève ^ le 23 décembre^ le capitaine de Varay proposa sérieusement aux conseils de se mettre sous la protection du roi de France. Il leur représentait^ 1^ la perte qu'il avait faite d*uhe de ses meilleures compagnies, pour les secourir; 2° les frais insupportables que leur causaient leurs négociations auprès des cantons ; 3® que la sentence de Payetne , quand même elle serait exactement observée , ne leur était pas fort avantageuse ; 4^;<x que le roi ne demandait autre chose, sinon d'être protecteur des libertés -, des usages et coutumes de Genève, lui voulant laisser tous ses droits, ses terres et sa jurisdiction , et qu'il se contenterait de pouvoir faire grâce comme Tévéque ; du reste , qu'il fortifierait la ville et la secourrait à ses dépens, ayant uniquement en vue de se venger de quelqu'un , sous le nom de Genève. * »

Ces propositions mirent les Genevois dans un embarras extrême ; d'un côté ils auraient voulu être secourus, mais de l'autre ils ne voulaient point de prince. La matière fut vivement débattue dans les conseils. Enfin , ils convinrent d'une lettre , qu'ils écrivirent au roi, où ils rejetaient, en termes polis et couverts , la proposition qu'il leur avait fait faire , sans pourtant rejeter son secours. Ils lui disaient « que tout ce qu'ils avaient souffert et souffraient encore , était pour leur liberté ; qu'ils la lui recommandaient comme à un prince amateur des villes franches. ^

* Steuler II. 74. Savion p. m. 127.

' lidem.

* Ro3el 1. c.

LE SUC DB SAVOIB S'EMP^RB DE PBUBT. &57

Dans le même temps ^ le duc de Savoie s'assura du cbâteau de Peney d'une manière singulière. Les bandits de Genève, qui le tenaient , faisaient tous profession d'être fidèles serviteurs et sujets de l'évéque. Cela n'accommodait pas le duc qui voulait être seigneur absolu et seul du pays. Un jour donc le baron de RoUes^ gen« tilhomme savoyard, avec quelques autres de la même nation , allèrent dans ce château comme amis et sous prétej(te de boire ensemble. Mais quand ils fuçent dedans, ils s'en rendirent maîtres , chassèrent une partie de ces bandits, saisirent les autres et les menèrent prisonniers a Gex , sous prétexte de trahison contre le duc. '

Les envoyés de ce prince a Berne y présentèrent le ministre Antoine Saunier, qui avait été arrêté par son ordre en Piémont, et ensuite relâché à la sollicitation des Bernois j pour être échangé contre Furbiti. Ceux-ci en donnèrent incessamment avis aux Geûevois, les priant de relâcher ce moiçe. Les Qenevois répondirent^ le 28 décembre^ qu'ils le voulaient bien , pourvu qu'ils fussent remboursés des frais que sa détention leur coûtait, lesquels montaient à 700 écus sol. '

* Roset III. Gh. M. Savion. p. 165.

* Savion 165. 166.

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