CHAPITRE XXIII
De Vusage de la loi et des prophètes .
Il est bien vrai^ comme nous le voyons désormais clairement y que nos sacremens sont de grands mystères de Dieu , et non pas des cérémonies toutes nues^ et que les cérémonies et les ordonnances de Moïse ne nous regardent point , et que l'on ne doit point faire retourner le chrétien en arrière et le ramener à Moise et aux prophètes 9 pour se former sur leur modèle ou leurs préceptes ; mais plutôt on exhorte les chrétiens à croître toujours et à s'avancer dans la connaissance de Jésus- Christ. On objecte contre cela : a Nous n'avons donc point besoin de la Bible , et nous ne devons point prêcher les écrits du vieux Testament. » A quoi nous oppo* sons St. Paul , qui adressait cette exhortation a son disciple Timothée : (2. Tim. III. 14-17.) <x Demeure dans les choses que tu as apprises , puisque dès ton enfance tu as la connaissance des Saintes Lettres, qui peuvent te rendre sage à salut, par la foi, qui est en Jésus-Christ. Toute Ecriture divinement inspirée, est utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'Homme de Dieu soit accompli et parfaitement propre à toute bonne œuvre. » Voila ce que dit Tapôtre : il veut que Timothée demeure en la foi en Jésus-Christ, et en même temps qu'il se serve de la Ste. Ecriture, etc. Ainsi nous pouvons découvrir cinq endroits par où rEcritur&Sainle nous est d'usage.
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Premièrement « l'Ecriture y » c'est-k-dire la loi et les prophètes^ <c nous rend sages à salut ^ » c'est-à-dire nous conduit à Jésus-Christ et nous apprend à croire en lui y pour obtenir le salut et la vie éternelle. Car qu'estce que Moïse peut faire d'autre par ses commandcroens, qui nous montrent comment nous devons être, et nous menacent de la mort, si nous no sommes pas tels^ sinon qu'il excite en nous un désir d'être unis à celui qui justiCe le méchant et donne l'homme intérieur, pour ne pécher plus ? Quelle grande sagesse y a-t-il à reconnaître par le moyen de la loi et des^commandemens , qui nous animent contre Dieu , que nous devrions être sans convoitise charnelle? Et où est celui qui est tel par la loi? Personne. C'est pourquoi elle nous rend sages et prudens, pour obtenir le salut par la foi en Jésus-Christ, qui , par le St. Esprit , offre premièrement la parole de la croix ^ qui fait mourir la convoitise ; ensuite la parole de la vie ou la vertu de la résurrection , laquelle nous donne des scntimens spirituels et célestes. C'est ainsi que la loi est bonne, pour celui qui s'en sert bien. Et à cela servent les figures du tabernacle du témoignage , du chandelier d'or, de la table des pains de proposition , de l'arche de l'alliance et du sanctuaire , comme aussi tous les sacrifices, et pour tout dire en un mol, tout le service mosaïque, qui nous manifeste et nous fait voir qu'il n'y a rien de bon en nous , c'est-à^ire dans notre chair, puisqu'il nous enseigne comme quoi nous sommes éloignés de la sainteté , tant à Tégard de Dieu qu'à l'égard du prochain, par rapport aux deux commandemens qui regardent Dieu et le prochain. II nous enseigne la croix et la résurrection de Jésus-Christ, dans tout le peuple, qui, après avoir été souverainement abaisse, est élevé, et qui, dans sa nécessité, obtient une délivrance
temporelle; comme nous par une véritable repentance^ nous obtenons le salut éternel , lorsque nous croyons en Jésus-Christ. Tous les prophètes contiennent la même chose j ne faisant qu'étendre et expliquer Moïse , et renfej^mant des histoires qui sont des ombres et des figures de la rédemption qui est en Jésus-Christ.
C'est Jésus-Christ enfin que le St. Esprit a en vue dans tous les écrits de Moïse et des prophètes; c'est pour Tamour de lui que toutes les œuvres extérieures de Dieu ont un cours ^ qui est un emblème du cours de la grâce ^ selon qu'elle s'accomplit intérieurement par l'Esprit de Jésus-Christ. Et par là Ton comprend ce que le Seigneur a voulu dire en TEvangile selon St. Jean, chap. y, lorsqu'il parle en ces termes , v. 46 : à Si vous croyez a Moïse , vous croiriez aussi à moi , car il a écrit de moi. > Et dans le même chapitre , v. 39 , 40 : « Sondez les Ecritures^ car vous croye^ d'avoir la vie par elles, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi ; mais vous ne voulez pas venir à moi. » Il suit de là que celui-là n'entend pas encore l'Ecriture , qui n'y trouve pas un témoignage , une introduction et une instruction qui regarde Jésus-Christ; que si cependant, par notre ignorance^ il arrive que nous ne puissions pas découvrir Jésus- Christ dans tous les endroits de l'Ecriture^ de la manière qu'on Ta dit, cela ne doit point nous faire de peine, car le St. Esprit nous aidera toujours de plus en plus. Et comme dans tous nos sermons nous devons prêcher Jésus-Christ seul, il est nécessaire que nous nous attachions , à chaque fois , à quelque endroit de cette Ecriture qui nous représente Jésus-Christ ; et ensuite dans les autres endroits, où nous ne découvrons point Jésus- Christ, y chercher quelque autre chose de bon; car l'Ecriture est utile pour toute sorte de bonnes choies.
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Celui qui trouve quelque chose de bon dans rBcriture a fail sans doute quelque progrès dans rinlelligence de ce saint LÎTre.
En second lieu « TEcriture est utile pour enseigner. » Cet enseignement est la connaissance des fruits ^ des dons et des grâces qui découlent de la croix ; et l'intelligence des biens célestes deviendra commune parmi nous 5 si nous continuons à nous exercer en Jésus-Christ de la manière qu'on vient de le dire. A cela appartien nent les promesses temporelles que nous devons proposer selon la piété et spirituellement en Jésus-Christ; et en suite dans un sens corporel^ après et autant que le St. Esprit a exercé en nous un emploi plus relevé. Que si cela n'est pas, il est à craindre que dans les occasions nous ne présentions au peuple plusieurs promesses ^ outre Jésus-Christ et hors de. lui, lesquelles n'ont aucun effet, ce qui nous convaincrait que nous ne serions ni apôtres ni véritables prophètes, étant surpns en mensonge, comme il est arrivé à quelques-uns qui faisaient espérer aux paysans qu'ils recevraient les balles des ennemis dans leur manche, et que par la vertu de leur foi ils les repousseraient contr'enx; mais les paysans furent cruellement battus, et ces faux prophètes n'ont rien fait de ce qu'ils ont promis. C'est pourquoi nous, qui sommes ministres de VEsprit, nous devons expliquer tout d'une manière spirituelle, comme tout est spirituel et vrai en Jésus-Christ.
En troisième lieu « l'Ecriture est utile pour réfuter l'erreur.; » car quoique nous ayons quelque connaissance par la foi , néanmoins nous sommes encore remplis de ténèbres et d'jgnorance. Mais quand on allègue TEcriture contre l'erreur, il faut toujours le faire selon l'anal<^e de la foi en Jésus-Christ, et on ne la doit pas em-
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ployer selon la leUre morte seulement, comme quelques-uns ont de coutume.
En quatrième lieu, elle est utile pour corriger. Les histoires et les figures appliquées à nous^ fournissant d'excellentes exhortations.
En cinquième lieu^ «pour châtier et reprendre dans la justice » , c'est-a-dire , pour censurer les vices , afin que nous y renoncions et que nous devenions gens de bien devant Dieu.
Ici^ il faut bien prendre, garde , avant que de censurer quelque chose après les prophètes^ de nous bien assurer de ce qui est mauvais devant Dieu, autrement nous nous trouvons nous-mêmes faux prophètes^ disant, « ainsi a dit rÉternel > il nous ordonne telle et telle chose»; au lieu que Dieu, par des œuvres suivantes, montreroli que telle ou telle autre chose lui est agréable. Car c'est à cela qu'on connoît un faux prophète, quand il dit quelque chose au nom du Seigneur; et cependant il n'eh est rien ; ce qu'il dit ne s'accomplit point; c'est là «la parole que le Seigneur n'a point prononcée ; »(Deuteron. XVIII.) Dieu décerne la peine de mort contre de tels prophètes , au Chap. XIII du même Livre.
Il faut aussi que les censures des prophètes soient tempérées et adoucies dans nos âmes Chréliennes par TEsprit de Jésus-Christ; ensorte qu'au milieu de leur rudesse elles portent avec elles une charité qui pénètre le cœur, et qui adoucisse l'amertume de la censure.
C'est ainsi que nous pouvons nous servir de l'Ecriture, quand même nous ne Tentendrions pas à fond, c'est-à-dire, que nous n^y pourrions pas encore trouver Jésus-Christ. Car l'Esprit de Dieu enseigne toutes sortes
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de bonnes chosesj toutes les bcninea mœurs , etc* Seulement^ mes chers frères , il f Aut être attentifs a nous aquitter fidèlement de la charge qui nous est imposée^ savoir de prêcher Jésus^hrist.