CHAPITRE XXII
De la cène du Seigneur.
A 1 égard de la cène du Seigneur, il faut réitérer ici, el rappeler dans notre souvenir, ce que nous avons dit ci-dessus des sacreroens en général et du baptême. La cène du Seigneur est toute l'affaire des fidèles.
La fraction du pain du Seigneur renferme aussi un sacrement, el nullement une vaine cérémonie, et présente aux fidèles le corps et le sang de Jésus-Christ qui est mort pour nous, etc. Corps et sang de Christ, qui par le St. Esprit nous nourrit et nous abreuve intérieuremenl. Comme par la bouche, le pain périssable nourrit el le vin abreuve le corps qui est sujet a la destruction ; ainsi aussi la foi élève sa vue de l'objet temporel à celui qui est éternel, et ainsi elle regarde deux choses, la fraction talérieure du pain et la nourriture intérieure de Tame. Ainsi le corps et le précieux sang de Jésus-
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Christ sont dans la cène^ mais son corps charnel n'est |>a8 renfermé dans le pain , et le sang^ corporel n'est pas non plus dans le vin ^ comme la vieille erreur le faisait accroire. Il s'en suit donc que c'est un sacrement de communion et d'union y puisqu'il présente aux fidèles le corps de Jésus- Christ, duquel nous sommes tous les membres, étant de sa chair et de ses os, selon ce passage : ce Le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps de Christ ? car nous qui sommes plusieurs , sommes un pain et un corps , étant tous participans d'un même pain. »
De la il est aisé de comprendre ce que c'est que « discerner le corps du Seigneur , » savoir , ce corps dont nous sommes nourris^ et avec lequel nous avons communion. Celui qui ne s'examine point soi-même^ et s'estime être quelque chose plus que les autres , un tel homme ne discerne point le corps du Seigneur. Il n'a point de communion au corps de Jésus-Christ tandis qu'il se repose ainsi sur lui-même, et la manducation du pain de l'eucharistie est pour lui^ tout comme s'il mangeait du pain commun^ sans mystère^ sans Christ, et ainsi «c il mange sa propre condamnation. )» Et Jésus- Christ convainc la chair mondaine , de péché , par son Esprit, ce qu'il ne fait pas encore dans un tel homme, et ainsi il n'est pas encore en lui.
Quant à la manière d'administrer le sacrement, nous avons trouvé bon de nous servir d'hosties, * et que si quelqu'un ne s'accommode pas de petites hosties, il en doit prendre de grosses et les partager proprement en
' Cet usage fui aboli Tan 1605, et Ton ordoitiM de se servir de paiu commun et ievé.
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petite morceaux. II a aussi été convenu que l'on prêche* rait que chacun doit prendre en sa main le pain et la coupe du Seigneur^ et que cela convient mieux que de se les laisser mettre dans la bouche ; que cependant s'il arrive que quelqu'un n'étant pas accoutumé à cela, ré^ pugnait à cet usage nouveau , nous lui mettrons le pain et le calice à la bouche, jusqu'àce que cette répugnance lui passe d'elle-même.
C'est aussi notre coutume de célébrer l'eucharistie trois fois par an, à Pâques, à la Pentecôte et à Ifoël, *■ ce qui se fait cependant sans s'attacher superstitieusement au temps, puisqu'on ne gêne la conscience de personne à cet égard ; comme le pape, qui a ordonné, sous peine de péché^ortel, de communier une fois tous les ans à Pâques. Cependant il est aisé déjuger quelle «st la foi et la charité d'un homme qui n'ayant rien qui lempéche de communier, ne veut pas se conformer en cela à une Eglise ou assemblée de gens de bien.
On doit célébrer la Ste. Cène avec le plus grand sérieux , puisqu'elle renferme tout ce que Dieu fait à l'ame fidèle. C'est pourquoi l'on doit expliquer ce mystère par la lecture d'une Ecriture , propre à cet usage , particulièrement de l'institution de la Cène de Seigneur , de la manière que l'apôtre St. Paul et les cvangélisles l'ont décrite. Cette lecture doit être suivie d'une prière composée avec soin et faite avec dévotion. Après quoi l'on doit distribuer le pain et la coupe ; et l'on doit finir par une action de grâces , selon que chacun se trouve dis-
^ Depuis ce temps-là, Tan 1595, l'on a ajouté un qualriéiue temps, pour la célébration de Ta S*' Cène, savoir, le commencement de septembre ; et Tan 1655 il fut ordonné qu'on la célébrerait huit fois par an , savoir , deux jours différens , à rbaquc temps.
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pose. On doit aussi faire menUon qui sont ceux à qui cette viande spirituelle ne convient ou n'appartient points savoir, à ceux qui ne sont point du royaume des Cieux, et dont St. Paul fait rénumération 1. Corintb. VI. et en d'autres endroits.
Et comme cette matière nous paraît encore trop profonde et que nous ne faisons que commencer, il nous fautj et c'est aussi notre dessein, faire plus d'attention à l'édification intérieure qui subsiste devant Dieu^ qu'à l'extérieure. C'est pourquoi nous nous contenions da consistoire, autant du moins qu'on y prendra les soins nécessaires, et nous n'entreprendrons pas d'abord de procéder plus outre contre quelqu'un par excommunication , car les consistoires peuvent réprimer les^iécheurs scandaleux, garantir les Eglises de mauvais exemples, et, par la punition infligée au coupable, lui donner occasion de renoncer k sa mauvaise vie ; d'ailleurs nous devons exercer fort soigneusement la censure fraternelle envers chacun. Et il arrive aussi, tout naturellement, que les méchans se séparent de nous par leur mauvaise vie et leur conduite infâme ; car ils n'ont jamais bien été parmi nous. Et s'il arrivait que ces sortes de gens, se montrant ennemis de l'Evangile par leurs discours et par leur conduite^ voulussent cependant aller communier à la table du Seigneur, chaque serviteur de Dieu , zélé et bien intentionné, saura bien trouver de luimême tous les 'moyens raisonnables pour soutenir l'honneur de son Seigneur, afin de n'élrc pas puni de sa négligence.
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