‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 7 sur 98 · LA PRÉVÔTÉ · texte numérisé non relu

LA PRÉVÔTÉ

leure^ recourureni aux magistrats de cette Tille, qai prirent en main leors intérêts, et en écrivirent ( le 81 janvier) aux seigneurs de Berne. ^Ils leur disaient : « Que les gens du pays de voulaient pas payer aux chanoiiies leurs dîmes et leurs censés, et prétendaient que ces messieurs devaient répondre sur ce différend, devant les juges du pays. Que c.ette prétention ne les accommodait pas , puisque les gens du pay^ étant intéressés dans cette affaire, ils seraient juges et parties. Qu'ils priaient doncLL. EE. décommander à ces gens-là de s'acquitter de ce qu'ils deyaimit aux chanoines. Que si cela ne servait de rien , les chanoines étaient prêts à soutenir leurs droits devant l'évéque , leur seigneur, ou devant Je tribunal qu'il établirait. Qu'au cas que cela n'accommodât pas les gens du pays, en ce cas il fallait faire un tribunal composé .de deux conseillers de l'évéque , de deux do Berne et de. deux deSoleure ; et qu'ils offraient de s'y soumettre. Enfin , que si cela ne pouvait pas avoir lien, ils offraient de paraître devant la diëte des cantons : Qu'ainsi ils priaient les seigneurs de Berne, d'engager les gens de cette vallée à accepter l'une ou l'autre de ces offres, au cas qu'ils ne voulussent pas payer leurs redevances de bonne grâce. ^ » Les seigneurs de Berne répondirent ( le 2 février) , « que comme ils avaient trouvé raisonnable, que leurs alliés de la prévôté, après avoir embrassé la réformation, eussent part aux biens d'églisey pour l'entretien de leurs pasteurs etc. , il leur paraissait aussi juste, qu'ils payassent aux chanoines les censés qu'ils leur devaient ^ . »

Les affaires demeurèrent ainsi brouillées pendant

* Apolog. 87. 88.

* Id. 88. 89.

LA paÉTÔTi. 99

plusieurs mois, entre les chanoines et les g^ns du pays ; enfin les chanoines, impatiens d'çn yenir a une conclusion , envoyèrent des députés a Soleure , prier ces seigneurs de les protéger et de les soutenir contre lears parties. Ces seigneurs en écrivirent a ceux de Borne, le 2 aoât, les priant de leur aider a mettre ces gens-là a la raison. * Il y avait eu , quelque temps auparavant , une confécence entre les députés de Bernée et de Soleure, oii ils étaient convenus que les réformés de Mquliers laisseraient aux chanoines Tusage de leur église collégiale , et se contenteraient de la petite église , comme étant leur ancienne église paroissiale, pour y faire leur service divin. Mais les paroissiens ne voulurent point se soumettre à ce règlement et persistèrent à demander l'usage de l'église collégiale. Ceux de Soleure s'en plaignirent encore aux Bernois (le 9 septembre) et les prièrent d'ordonner aux paroissiens de ne faire aucun mouvement , jusqu'à ce que leurs deux villes envoyassent de nouveau des députés pour terminer, une bonne fois/ toutes ces affaires. ^ Les seigneurs de Berne y consentirent, laissèrent à ceux de'Soleui^e le soin de marquer cette journée, et leur envoyèrelQt la lettre qu'ils écrivaient en conséquense à leurs alliés de la prévôté. ' Hais la conférence n'ayant pas pu avoir lieu dans le temps qu'on l'avait cru , à cause de la pesle qui régnait dans ces quartiers-là , les seigneurs de Soleure la remirent au mercredi après la St-Martin. ^

La conférence se tint à Sloutiers au jour marqué. Les députés de Berne, de Soleure et de l'évêque s'y trouvèrent; et ceux de Tévéque y présentèrent aux autres

* Apolog. 89. 90.

* » IWd. 90.91.

iOO LA paévÔTé.

divers articles de plaintes contre les gens du pays, tant de la part de l'évéqpe que de celle du chapitre. Ces plaintes revenaient toutes à ceci^ que les gens du pays refusaient à leurs seigneurs diverses redevances , doni ils étaient chargés. '

La conférence s'étant terminée sans succès , les gens de la prévôté et de Tavanes en particulier^ envoyèrent aux seigneurs de Berne un mémoire qui contenait sept articles de plaintes contre l'évéque de Bâle, et contre les chanoines de St-Germain ou de la piiévôlé. Voici les principaux :

I^ Ils demandaient « qu'on leur laissât l'entrée libre de régliae coIl%iaIe de SirGermain , comme cela s'était pratiqué de tout temps ^ pour y baptiser leurs enfans et y faire prêcher. s>

II. Us se plaignaient : « que l'évéque, dans les contestations qui' intéressaient leur communauté, faisait venir des juges étrangers, etc. »

« ni. Que révoque et ses adhérons avaient promis aux seigneurs de Berne d'abolir la messe dans ce payslà , ce qui n'avait point été fait ; et qu'on l'avait même rétablie à Corandelin , ou les chanoines vivaient dans la débauche, et voulaient défendre de prêcher la Parole de Dieu.

« IV. Que ni l'évéque ni ses gens ne sont point en droite après avoir aboli la messe, de la rétablir, à moins qu'ils ne la prouven(.par l'Ecriture.

a V. Que contre la teneur d'un édit de Berne, admis par révéque et par ses adhérons , pour la réformation du pays, ils chassaient les ministres, et en diverses autres manières ils éludaient cet édit.

} Apolog. 93. 93. 9k.

LA paévÔTÉ. 101

« VII. Que c'était à tort que les chaiioiaes les accusaient de leur refuser leurs censés et leurs dîmes , puisque ce n'était que la disette qui le» avait empêchés de les payer; car ils étaient bien résolus de s'acquitter d'an-^ née en année de ce qu'ils leur devaient.

IX. Ils demandaient : « qu'on obligeât les chanoines a renoncer à leur vie déréglée^ a leur fornication , à leur ivrognerie, etc., parce que s'ils ne le faisaient pas, cela pourrait causer quelque^ désordre , capable d'entraîner ' une grande effusion de sang, etc.

çc X. Us conjuraient les seigneurs de Berne , aunoro de Dieu , de leur aider, pour que la Parole de Dieu leur f&l préchée librement, et qu'ils ne fussent pas réduits, faute de ministres, à la triste nécessité de mourir ^ans consolation dans Ces temps de peste et en d'autres; et que les chanoines leur en fournissent, puisqu'ils tiraient d'eux les dîmes et les censés , etc».

a XI^ Us les priaient de même de leur aider 9. pour que le papisme fût entièrement aboli parmi eux, etc.

« XII. Us se plaignaient de ce que l'évéque avait ordonné à son maréchal, et au maire de Deléraont, d'erapécher qu'on ne prêchât la Parole de Dieu dans quelques villages qui la souhaitaient : ordre qui avait été exécuté. » *

Les plaintes paraissant graves de part et d'autre, les seigneurs de Berne marquèrent une journée a Bicnnc y au 8 décembre, -pour terminer ces diflicultés par une nouvelle conférence. Ils invitèrent l'évéque de Bâic a y envoyer ses députés, et ils en firent de n^êrao à l'égard de leups alliés de Soleure. Dans celte conférence, les députés des trois étals examinèrent les plainles récîpro-

* Apolog. à-pag. 94 ad W.

103 FARB& A TALBMOIN.

ques des parlîes , et convinrent de quelques articles ; mais ils en prirent d'autres ad référendum. Ils convinrent : 1^ « que les gens de la prévôté ne seraient obligés de répondre que dans leur pays^ et non devant les tribunaux étrangers y pour le différend qu*ils avaient avec les chanoines ; 11^ que les chanoines de Moutiers ayant promis i'an 1531 d'embrasser la réformation, et n'en ayant cependant rien fait^ les gens du pays ne leur payeraient plus désormais ni censé ni dîme , jusqu'à ce qu'ils eussent prouvé par l'Ecriture ^ que la messe est bonne et juste. »

Les chanoines nièrent d*avoir promis d'en^brasser la réformation ; mais seulement de s'être engagés h ne plus dire la messe à Moutiers , comme effectivement ils ne là disaient plus dans ce lieu-là , mais à Gorandelin ; que du reste ils n'étaient pas là pour disputer. Ainsi ils. se refusèrent de se soumettre à cette décision des Seigneurs de la conférence^ et d'ouvrir leur église aux gens du lieu. Ceux-ci, de leur côté, persévérèrent daus la résolution qu'ils avaient prise de ne leur payer ni censés ni dîmes, jusqu'à ce qu'ils eussent prouve la messe par l'Ecriture , de sorte que cette affaire ne put être terminée que l'année suivante. Cependant les gens du pays s'engagèrent de leur bon gré à s'acquitter envers l'évéque de tout ce qu'ils lui devaient. *

Quoique Guillaume Farel fôt toujours attaché à l'église de Morat, cependant son zèle pour la réformation de Téglise ne lui permit pas d'y demeurer tranquillement ; il alla prêcher cette année dans les montagnes du comté de Valengin. En particulier, il travailla quelque

* Apolog. 99. JOO. JOI. • *

rAsai ▲ BOUDEY. 105

temps au Locle, où il disputa même avec le cfuré^ en "présence de la comtesse. '

Dans le même temps Christophie Fdbri prêcha à Bouàry, petite ville du comté de Neuchâtel. II y fit du progrès^ et, au bout de quelque temps il eut un assez bon nombre d*auditeurs. Les catholiques irrités contre luij formèrent le dessein de Tatlaqaer à main armée avec son petit troupeau , un dimanche qu'il serait assemblé, el^ de les égorger tous. Mais heureusement ce barliare complot fut découvert. Les magistrats de Neuchâtel en étant informés^ le firent échouer, et donnèrent de bons ordres pour mettre les catholiques hors d'état de nuire aux réformés. Quatre ans après, la ville de Boudry em^ brassa la réformation. * ^

n. Tandis que les cantons et les états réformés de la Suisse faisaient paraître 4eur zèle pour la réforme de leur Eglise^ les catholiques n'en 'faisaient pas moins pour le soutien de leur religion. * r

Dans le canton d'Âppenzel, rassemblée générale du puys s'élant formée le dernier dimanche d'Avril, on y examina Taffaire de la. religion à la pluralité des voix, et les réformés remportèrent.

Les cinq cantons zélés leur écrivirent de leur assem* blée d'EinsidIen , pour les prier de laisser célébrer une messe dans chaque paroisse^ en faveur de ceux qui le souhaiteraient. On leur répondit : qu'on s'en tenait a t^ qui avait été réglé par l'assemblé générale, et par les conseils. On donne la louange au capitaine Berweger,

' Mém. partie.

' Vita Fareli. tnsc àpud Hotting. 6S9.

' Le détail de la réformation de Boudry et des environs se lit dans le Chroniqueur, page 89. {I^oie de T Editeur).

lOt OLAftIff.

d'avoir le plas cmilriliaé à ceUe résolulion; par son z^ el par sa piélé. *

Le même dimanche » qui était le 28 d^avril^ rassemblée générale da canton de Glaris ayant été convoquée , on y vit paraître des dépotés d'Uri et de Schvfytz^ an nom des cinq cantcms zélés ^ qoi demandèrent ^ si l'on voalait observer le traité de paix, et en même lerops , sollicitèrent les gens du pays à se conformer à eux à Tégacd de la reKgion. Les catholiques du canton entendi* rent ce discours avec plaisir. Mais tes réformés répondirent qu'ils s'en lenaieni à la promesse qu'ils avaient faite dernièrement en décembre ' , si ei demandèrent en même temps , qu'on passât la chose à la pluralité des suffrages. Les premiers s'y opposèrent d'abord; mais enfin il fallut qu'ils cédassent. "Quand on eut fait centrer les députés , et qu'on leur eut déclaré le sentiment qui avait passé à la pluralité, les catholiques ne laissèrent pas do persister dans leur premier sentiment. La^dessus il s'éleva un si grand trouble, que l'assemblée se dissipa confusément, et sans conclure, et il en fallut convoquer une autre le dimanche suivant. Dans celte seconde assemblée parurent des députés des dnq cantons, qui firent les mêmes propositions. On y pourvut aux emplois qui furent remplis par des sujets des deux religions. Les réformés et les catholiques examinèrent chaque parti a part j les propositions de ces députés, et les réformés y répondirent, tout comme ils avaient fait dans l'assem* blée précédente. ^

Mais tout cela n'était rien encore en comparaison des

* HotUng. 6U.

* Voyei Lîv. VIII. Ch. XV.

* Holting. 6M. 6IS.

.6LAKIS. TEOUBLBS. 106

troubles qai Burvinrenl dans ce pays-là , vers le mîKea de novembre y à roccasion des discours injurieux que le prélre de Lintbal avait tenus , et des menaces qu'il avait fiaites contre les réformés. Os voulurent Ten punir, mais il se sauva.' Là-dessus quelques jeunes gens de Nehefelsy esprits booiUans et* factieux *du parti catholique, ▼onlant venger ce prêtre, allèrent attaquer dé nuit (le 16 novembre) le ministre de Mollis, dans le dessein de Tenlever ; quoique de leur propre aveu , ils n'eussent aucon sujet de se plaindre de lui^ puisqu'il n*avait jamais parlé injurieusement, ni d'eux, ni de leur religion. Hais comme il eut le temps de se sauver , quoîqu'a vec beaucoup de peine, ils déchargèrent leur fureur sur son ménage et sur ses meubles', proférant diverses menaces contre leurs compatriotes réformés. Le' lendemain ils se mirent en armes ^ et nonobstant toutes les exhortations qu'on put leur faire, ils demandèrent, l'épéeà la main, comme ils l'avaient dqà fait, le 5 mai précédent, que tous les ministres fussent chassés du pays, et que le catholicisme fttt rétabli dans toutes les églises. Mais comiiie la méthode de ces convertisseurs était un peu trop violente, elle ne se trouva pas du goût de tout le monde. Les gens de Schwanden rapportèrent les menaces de ces gens-là au landammanti ou chef du pays, qui convoqua incessam* ment une assemblée générale, mais partagée en deux corps, suivant les deux religions. Les réformés qui faisaient le plus grand nombre , s'assemblèrent à Schvranden et les catholiques à Glaris. Dans la suite ; pour être plus près les uns des autres , ils s'avancèrent de part et d'autre jusqu'à Mitliedi. Heureusement pour eux il s'y trouva des députés des cinq cantons, de l'abbé de S*-Gall, des Grisons et du Tockenbourg qui les accomodèrent ; sans quoi ils couraient risque de s'égorger les

lyOd GLARI8.

uns les autres. On dit qu'il. y avait aussi. une députation de Zurich en chemin ^ mais qu'il y eot quelques malicieux, qui pour Tempécher d'avancer et de paraître^ coururent à cheval au-devant des députés , et leur dirent, que leur présence n'était pas nécessaire, que tout était terminé. Les articles de raccommodement farent les suivans :

I. Que pour le bien de pai^ , on ferait sortir du pays le ministre de Schwandcn.

II. Que ceux de Scbwanden se pourvoiraient dans - Tespàce d'un mois, d'un autre ministre, et d'un prêtre.

^ lU. Qu'oif lirait publiquement dans l'église le traité de paix de la Suisse, et qu on l'observerait ponctuellement* Les catholiques avaieat reproché aux réformés qu'ils avaient fait venir dans les assemblées des habilans * , qui n'étaient pas naturels du pays, et cela , pour faire le plus grand nombre par leur moyen , dans les affaires de religion. Les réformés leur répondirent : «Yqus savez que nous avons renvoyé les habitans , quand il s'esV agi d'affaire de religion^ toutes, les fois que vous l'avez souhaité. » Et comme les catholiques se plaignaient encore, qu'on n'observait pas à leur égard la. résolution prise à Thaneberg, et qu'on ne punissait pas les contrevenans, les réformés les firent souvenir de la faveur qu'ils leur avaient faite à cet égard : « Quoi que nous fassions le plus grand nombre , leur dirent-ils, dai^s les communautés et' dans les conseils, cependant nous avons bien voulu, pour vous faire plaisir (bien que nous n'y fussions pas obligés, ni par nos traités^ ni par les loix du pays , ) permettre que vous choisissiez six personnes de votre côté, et nous > six du nôtre> pour com-

* Iliiidcrslissen.

CEUX BB LIMTBAft APPSIXBBT UN MUlISTRB. I07

poser un tribunal , chargé de punir ceux qui contevieu* draient au traité fait entre nous au sujet de la religion : el nous y avons ajouté le landaminann , comme prési* dent 'ou surarfaître^ pour décider en cas de partage. ' » li'accord ne fut pas d'abord exactement observé. La messe fut rétablie à Schwanden ; mais on n'y rétablit point de ministre^ et les réformés du lieu allaient faire

le service divin à Bettschwandep y qui est dans le voisipage.

lllais Tan 1538 le prêtre de Linthal s'en étant allé; le nombre des catholiques ayant fort diminué par la peste ; ei outre cela le défaut de pasteur y causant beaucoup de désordres; les gens de Lintfaal^ arrêtèrent à la pluralité des voix^ lan 1542^ de prier Fridolin Brunner^ alors pasteur à Bettschwanden, (et auparavant àMattran 1532 ) de leur annoncer la Parole de Dieu y avec leconsentement de son église ^ et de visiter chez eux les ma« lades et les mourans. Brunner^ ne voulut s'y résoudre ^ * que sur l'assurance qu'on lui donna, que les gens de Linthal le souhaitaient unanimement et que le conseil d'état l'agréait. Avec cette double preuve de sa voca^* tion, il servit à la fois ces deux églises , jusqu'à l'an 1555 qu'il fut appelé à Glaris^ après la mort de Valeotia Tschoudi qui y était curé. Ce Yalentin Tschbudi était un homme singulier en son espèce, aussi bien que Jean Heer son vicaire. Ils étaient tous deux mariés , et par-* là ne pouvaient pas dire la messe. Cependant îb étaient catholiques, mais sans aversion pour la religion réformée ; desorte que lors qu'après la guerre deCappel, si funeste au parti réformé, on rétablit les* images et les autels dans réglise de Claris, il dit aux catholiques , « qu% ne

lOB ABBE DE SAINT-GALI..

devaient point se faire de peine de Ta voir pour pasteur , puisqu'il ne voulait point s'opposer a leur religion y ni la critiquer dans ses sermons ^ et qu'il voulait aller luimême à la messe. » La plupart d'enir'eux agréèrent la chose^ parce que d'ailleurs, il était un homme de naissance, considéré dans le lieu, et passablement savant; aussi il leur tint parole. Le'doyen Schouler disait la messe à Glaris^et Tschoudi prêchait aux deux partis, ce qu'il fit jusqu'à sa mort. C'était là le vrai moyen d'évi||^r la persécution. Il y eut cependant quelques catholiques zélés qui ne s'accommodaient pas de ses sermons, et qui voulaient avoir un prêtre en forme pour curé ; mais ils ne purent pas Tobtenir. *

L'abbé de S. Gall, Diethelm Blaarer, se prévalut aussi des avantages remportés par les cantons catholiques, pour se remettre en possession de son abbaye , dont la dissipation avait été la première , ou du moins la principale source des troubles et des inimitiés entre les cantons. Il ne lui était resté que six moines , dispersés en divers endroits. Appuyé des cantons de Lucerne et de Schvrilz, et des catholiques de Glaris, il rentra dans l'abbaye avec ses moines, le 1 mars 1532, trois ans après qu'on y eut aboli le papisme. Les quatre cantons , protecteurs de L'abbaye, avec Berne et Âppenzell, firent à Wyl un accommodement entre l'abbé et la ville de S. Gai, qui avait acheté les bâtimens de l'abbaye et le domaine qui se trouvait dans sa jurisdiction. Le traité d'achat fut cassé, et la ville de S. Gall obligée de payer à l'abbé dix mille gouldes pour les fruits qu'elle avait tirés, comme aussi pour tous les dommages et intérêts. L'abbé fit effacer dans l'église abbatiale, tous les passages de

' UoliÎDg. 647. 6tô.

ABBÉ DB SAIIIT-6AU. IW

la BiUe , qai rcgardeni le cnlle des imag^s^ et qa'on avait écrils ronire les parois , et l'oamit des images à leur place. ^ Comme l'abbaye toadie la ville^ doot elle n'est séparée qoe par une raaraille mitoyenne^ etqa'il élait h craindre qae ce voisinage ne fût capable de corrompre les réformés ; les magistrats de la ville firent défense & leurs bonrgeois (le 14 avril) d*a]ler visiter cette église, ou d'autres %lises c^atholiques^ on d'assistef a la messe^ à peine d'être châtiés sévèrement; avec offre cependant d'écouter paisiblement tons ceux qui voudraient leur donner de meillenres instructions par la Parole de Dieu. Cet édit fut renouvelé le 6 juillet. '

L'abbé 9 prétendant n'être point lié par le traité de paix des cantons, voulut d'abord chasser tous les ministres de son pays, et abolir la réformation dans toutes les ^lises de sa dépendance. Plusieurs églises se soumi* rent, comme Wyl etc; mais plusieurs autres plus zâées pour la vraie religion impk>rèrent le secours des seigneurs de Zurich , qui de concert avec les sept autres an« ciens cantons, interposèrent leurs soins avec zèle en leur faveur. Enfin dans une conférence qui se tint àRoschachj ik firent une espèce d'accommodement provisionnel entre les parties. L'abbé s'engagea de ne faire aucune riolence à ses sujets sur la religion; et leur permit non seulement d'aller dans les églises réformées du voisinage, hors de ses terres, pour y assister au service divin, mais même d'avoirdes ministres pour tous ceux qui en souhaiteraient^ pourvu que ce ne fût point à ses dépens , et que cette liberté ne durât que deux années. Il réserva aussi que chaque ministre mettrait cent florins du Rhin en dépôt.

* HoUing. 6*S. Siompf. Lib. V. Gh. 7.

* Id. I. c. Scultet p. m. 38a

110 T0CKBNB00R6.

BU Heu de caution pour assurance, qu'il ne parlerait point contre le traité de paix. A son imitation les cinq cantons voulurent imposer la même chose aux ministres du Rheinthal. Les cantons réformés, coseigneursdu Rhein* thaï, voulurent aussi qu'on imposât la même chose aux prêtres, parce qu'ily avait, à cet égard, parité d'obligation dans les deux partis. Ohis , par l'entremise des autresirantons, les deux partis se désistèrent de leur prétention. * L'abbé n'était rentré en possession que des anciennes terres de son abbaye. Il restait encore le Tockenbourg » qui avait adieté sa liberté, et dont l'achat avait été confirmé^ comme on l'a'remarqué, ' par les cinq cantons dans la paix qu'ils avaient faite avec les gens de ce payslà, après la bataille de Cappel. Mais l'abbé ne voulut point s'en tenir à ce traité. Il prétendit , que les cantons n'étaient point en droit de traiter au préjudice d'un tiers, et voulut rentrer aussi en possession de ce pays-là. Il fut appuyé par ces mêmes cantons^ qui oubliant leurs promesses ei leur traité consentirent à la cassation du traité d'achat. Il y eut pour ce sujet deux conférences, dans le mois d'avril. Tune à Wyl et l'autre à Rapperschwyl. Les Tockenbourgeoisne voulaient point se soumettre; et la perte de leur liberté leur faisait encore plus de peine, que celle de l'argent qu'ils avaient donné pour l'acheter. Mais , abandonnés des réformés qui la leur avaient vendue pressés même par les catholiques, qui la leur avaient assuré^ par un traité solennel , ils forent obligés de céder à la force, et de se remettre BOUS le joug de l'abbé; ce qu'ils firent pourtant à des conditions assez supportables , si seulement elles eussent

* HoUing. 1. c. Rahn7tô. 7&3. Etiiist. 190.

* Vo^ez ci-dessus Liv. ^IH. Gb. XI ctXIII.

zonicB. III

été observées. Douze chefs du pays^ avec le iandamman, allèreot trouver Tabbe à Wjl où îl faisait sa résidence, et réglèrent avec loi an traité d'accommodement qu'ils firent pour quatre ans, le lundi, jour de la Sainte- Iffagdelaîne, 22 de juillet. Ils y stipulèrent, entr'autres , la conservaticm de toutes leurs franchises et de leurs anciens privilèges avec la liberté de conscience. * L'abbé de StpJean dans le Thourthal, à l'extrémité du Tockenbourg, qui avait été chassé fut rétabli à peu près dans le même temps. '

ni. La ville de Zurich se vit aussi , cette année*là , exposée a de nouvelles inquiétudes , de la part des can* tons catholiques , à Toccasion d'un édit de rcibrmation qu'on y publia. Ils s'y trouvait encore des, gens qui étaient toujours papistes dans le cœur. Il y eut un prêtre, dit-on , qui célébra la messe dans une cave; mais il se sauva bientôt. D'autre côté, pour le bien de paix^ on usait de beaucoup de connivence envers les voisins, ce qui donna occasion à plusieurs amis et ennemis, de pu-^ bKer que bientôt la messe serait rétablie à Zurich . Pour dissiper ces bruits injurieux , et pour prévenir les troubles et les désordres qui en pouvaient naître, les ^Seigneurs publièrent sur la fin de mai , le mercredi après le dimanche de la Trinité, un cditimprimé où londisait : qu'après qu'on y avaitabolila messe, qui n'aboutit qu'k diminuer considérablement, et a anéantir même la passion de Jésus -Christ, qui est lui seul la victime pour le péché et notre sauveur, et qu'on y avait introduit le véritable usage de la Ste-Cène selon l'institution de Jésus-Christ

^ Voyez ce Traité tout au \onQ dans le Manife5tc de Zurich et de Berne, intitulé Grundliche Information etc., n** XXXYIl. * Rahn 7A5.

lis xoBics. ian db BitoasàTioH.

conforméaieiil à la Sainlè-Ecritare , pour la gl<rire de Dieu , pour raugmentaiion de la charité chdiienne et pour ramendetnenl de la vie ; après qu'on avait publié divers édils, surtout en 1530^ contre plusieurs espèces de déréglemens , etc. dans lesquels édits cependant on n'avait décerné aucun châtiment contre ceux qui s'éloi*^ gne'nt de la Sainte-Cène^ ou qui communient cheE les papistes ; pour cette cause , les Seigneurs dédaraient présentement que les premiers seraient punis par le bannissement, et les derniers par une simple exclusion des emplois, si c'étaient d ailleurs des gens qui n'exci* tassent aucun trouble; offrant de nouveau d'écouter tous ceux qui voudraient leur montrer quelque chose de meilleur par TBcriture Sainte. Pctor conclusion , ils ex« hortaient leurs bourgeois et leurs sujets de demeurer fermement attachés à la Parole de Dieu, selon qu'ils l'avaient souvent promis ; et de les assistes, fidèlement comme leurs magistrats l%itimes, au cas que quelqu'un, contre espérance, entreprît de les en détourner par la force ; comme aussi de ne rien dire et de ne rien entre-» prendre qui pût tourner au préjudice de la vérité évangélique , ou à l'avancement et au rétablissement d'une religion destituée de fondement, telle que le papisme , etc. Car disaient-ils, nous sommes fermement résolus, avec la grâce de Dieu, nonobstant les tribulations et les malheurs que Dieu a fait venir sur nous , peut-être a cause de nos péchés, de demeurer courageusement attachés à la vérité que nous avons connue , etc. et de nejamais souffrir ni tolérer la messe^ etc. dans notre ville et dans notre pays. * »

Cet édit donna lieu à un vacarme extraordinaire, non-

. ^ Hotting. 094.

ZOUCH. BHKIUS CBERCHB A lUX nUIRB. 113

seulement dans là Suisse^ mais même en Allemagne^ où quelques-uns prirent la peine de le porter. Et même à Ralisbonne, où la diète de Tempire était alors assemblée^ et où l'empereur Charles V se trouvait en personne^ quelqu'un s'avisa d'afficher de nuit cet édit à la porte d'une église de celle ville impériale^ où il fut lu de tout le monde à la confusion de ceux qui avaient affecté de publier à l'avance dans la diète ^ que la ville de Zuricfi allait changer de religion. Ennius^ évéque de Veroli j prit ditron occasion de cet édit> de se venger de Zurich. Le pape Clément VII l'avait envoyé en Allemagne et en Suisse , sous le spécieux prétexte d'engager les Cantons à une expédition contre les. Turcs; mais au fond, dans l'espérance que Zurich après les pertes qu'elle avait souffertes/ pourrait se résoudre à recevoir de nouTeauBon légat. Dans celte pensée^ il offrit de leur payer la solde qu'il devait de reste ^ depuis l'an 1.521. Hais non-seulement on lui refusa l'expédition contre les Turcs, en considération de ce qui s'était passé sous ce prétexte l'an 1510, mais aussi toute la peine qu'Ennius se donna, de Lucerne, pour regagner Zurich, fut entièrement perdue. Dépité de ce mauvais succès , il s'en prit d'abord à Henri BuUingcr et à Léon do Juda, qui faisaient tout leur possible pour rallumer par leurs prédications le zèle de leurs auditeurs, qui paraissait ralenti et même .entièrement éteint dans quelques-uns ; et qui s'efforçaient de leur inspirer la constance et le courage nécessaires dans ces tristes et périlleuses conjonctures. Ennius mit tout en œuvre , par le moyen de ses émissaires, pour les décrédiler dans Zurich, et dehors; afin que les troupeaux fussent privés des soins de ces fidèles pasteurs. Mais n'ayant pas réussi dans ce dessein, il porta son ressentiment plus loin ; et de concert, dit*on ,

il& ZORICB. mFTlCULTiS AVBC LSS CANTOIU.

avec d'aulres prêtais , il chercha à brouiller les Zuricois arec les cantons catholiques ^ en leur faisant remarquer ces mots deTédit de Zurich , que la messe tend à ternir la gloire*de la passion du Seigneur. Il fit ses efforts pour les animer contre Zurich ^ en leur faisant envisager ces mots comme une injure contre l'honneur de ces cantons, et une violation du traité de paix. Les cantons catholiques prirent feu là-dessus ; et dans une dicte générale,'"assemblée à Bade, au commencement do septembre, ils reprochèrent ces mots aux Zuricois ; et dans une suivante, qui se tint au commencement d'octobre, ils leur demandèrent de les retrancher de leur édit; déclarant d'ailleurs qu'ils n'avaient rien à dire contre cel édit. Zurich refusa de le faire^ ce qui donna lieu à une difficulté qui occupa plusieurs séances des cantons, jusqu'au milieu de Tannée suivante. Comme l'affaire était importante, et qu'elle intéressait toutOi. la réformalion , les cantons réformés se joignirent aux Zuricois et firent cause commune avec eux. *

U survint encore d'autres affaires qui augmentèrent les difficultés entre les cantons . Les cinq cantons catholi«» ques inquiétaient les deux villes de Bremgarten et de IHelIingeii , pour les obliger à rentrer dans le papisme. Les Zuricois et les Bernois firent de leur côté tous leurs efforts pour les soutenir. Ainsi danrune diète, assemblée à Bade après Pâques , les Bernois intercédèrent vivement pour ce^ deux villes, en représentant « Qu'elles avaient été assez punies ; Bremgarten par une amende de mille florins de Rhin et Mellingen , par la perte de ses portes ; et Tune et l'autre par la perte da droit d'élire leurs avoyers : et qu'ainsi Ton devait s'en

' Hotlins. 6K0. 6S1. .

contester. Qae d'ailleurs la paix ayant été faite , à condition qae chaque canton conserverait ses droits sur les terres communes^ il était juste de conserver Zurich dans les siens sur ces villes. » Ils demandèrent en même temps, qu'on assignât des pensions viagères aux religieux ses, de Tenniken qui s'étaient mariées . Les cantons catholiques répondirent, a Qu'il n'y avait plus personne dans ces villes qui souhaitât qu'on y prêchât la doctrine réformée j et qu'elles avaient promis par écrit de reprendre le papisme. } » Les députés de Berne , pour la diète de la S« Jean , eurent ordre d'intercéder encore pour ces villes afin que les cantons catholiques, les laissassent en paix au sujet de la religion, en leur représentant de nouveau ^ « qu'elles avaient été assez punies, et qu'ilë ne pouvaient pas croire ce qu'on disait de leur lâche changement. » En effet par l'information qu'ils en prirent, il se trouva ^u'à Brcmgarten la plus grande partie des bourgeois étaient encore attachés a la réformatîon. C'est pourquoi les Bernins envoyant des députés^ pour one diète suivante, qui s'assemblait au commencement de septembre , leur donnèrent ordre de soutenir fortement les réformés de Bremgarten. Et comme les cantons catholiques avaient envoyé un édit à Dieticken , au nom des huit ancien» cantons , ( de Berne par conséquent, ) perlant ordre d'y rétablir la messe ; ces députés furent encore chargés de faire des reproches a ces cantons pour cette honteuse supercherie , comme si Berne avait consenti à cet édit ; et de leur déclarer, que si jamais ils s'avisaient de mettre le nom de Berne à des édits de cette nature , pour des affaires de religion^ ils les en dédiraient publiquement. ^

* BerD. Insir. iSS. I5tf. 157.

* Id. 172.

116 BBRNB. CANTOilS. MBTBE. VADIAN.

Ainsi ces deux affaires , tant celle de redît de Zurich^ que celle des réformes de Bremgarten et de MelUngen^ donnèrent beaucoup d'embarras aux cantons évangéiiqueSj et occupèrent les diètes des cantons jusqu'au milieu de l'année suivante. Dans une diète assemblée en novembre ; Tes Bernois proposèrent cetempéramment : Qu'on bisserait subsister l'édit que les cinq caiHons avaient publié dans leRheinthal, et dont J'ai parlé cidessus ; et que Zurich garderait le sien^ vu que chaque canton était libre de faire des ordonnnances chez soi^ comme il je jugeait à propos. * Etcoràme ils ne voulurent pas se contenter de cela;, les réformés leur offrirent le droit >par devant des arbitres. On loua beaucoup, dans cette occasion , le zèle et la fermeté de deux excellens magistrats réformés > Jaques Meyer, bourgmaître de Bâle^ qui fut nommé le père des gens de bien (pater piorum) et Joachim Vadian^ bourgmaître de S. Gall. Le premier écrivit à Bullinger y le 4 décembre : « Exhortez le peuple à de ferventes prières^ à la patience et à mettre toute sa confiance en Dieu. Car Dieu^ qui est pour nous, est puissant, et souvent il nous ôte des moyens temporels afin que nous n'attendions de secours que de lui; autrement notre évangile sera trop mondain. C'est ainsi que nous viendrons à bout de surmonter tout, même dans ce temps ; car Jésus-Christ, qui est en nous ^ demeurera Seigneur et roi^ nonobstant toute lar fureur du monde. S'il faut que nous souffrions dans ces combats, et même que nous y mourions^ c'est notre gain. Cependant Dieu est fidèle. Dans la tentation il nous donne l'issue, et ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces. » Il serait bien à souhaiter, que

^ Bern. Instr. S25.

CÂMTONS. BNMIDS VBOT LtS BHOUULBR. 117

le nombre des magistrats de ce caractère^ fât un peu plus grand. '

Les cantons catholiques ne voulant point admettre d'accommodement 5 l'affaire fut portée devant la diète générale^ pour en juger a rigueur de droit. Il y eut deux assemblées à Einsiedlen^ l'une le 16 mars 1533 et Tautre le 22 avril suivant. Les juges ^ établis pour terminer cette affaire , mirent sur le papier un projet d'accommodement » qui fut enfin agréé par les parties^ sans aucune autre décision. '

Ennius s'était flatté de pouvoir brouiller les cantons entr'eux. Il s'y était employé de toute sa force, tellement qu'un ami écrivait de Bâie à Farel, qui était alors k Morat^ en date du 9 décembre ; qu'on y craignait une nouvelle guerre entre les cantons^ à cause des intrigues du nonce du pape à Lucerne. ^ Mais il n'eut pas la cruelle satisfaction d'en venir à bout ; sur quoi Slett- 1er fait une agréable réflexion ^ qui mérite d'être rappor« tee. « Quand méroe^ dit*il> des frères se querellent quelquefois et se battent^ cependant ils se réconcilient facilement. Ib n'oublient point l'affection natuselle qu'ils se doivent, et trouvent toujours dans leur propre sang^ plus de confiance, que chez les étrangers. '^ » Il est à souhaiter que cette réflexion se trouve toujours vraie parmi les Suisses.

Daps l'une de ces conférences d'EinsiedIen, les catholiques reprochèrent aux Zuricois, d'avoir avoué dans le dernier traité de paix, que la religion romaine est la

' Hotting. 651.

' Id. a>id. et SteUl. H. 57. a.

^ Farel Epistol. inédit. N. XXIV.

* Loc. cil.

118 TMTEiGUBS AVJFRBS DB L'BMPERSUB.

rérilable el andenne religion. Ils rcpondirenly « qu'on ne pourrait jamais le prouver ; car, disaienl-ils , le traité ne porte pas ces termes. Noas les Zaricois , avouon» que la religion romaine est la vraie, etc. Mais les expressions du traité signifient simplement. Nous vous laissons dans votre religion, (}ue vous* appelez la véritable. Si tel eût été notre sentiment , nous n'aurions point en besoin de nous réserver notre reUg^on. Nous sommes disposés à la soutenir, aux dépens de nos biens et de notre vie. *■ »

IV. Dans cette occasion les quatre petits cantons, Uri^ Schivitz, Underwald, et Zug, envoyèrent des députés à l'empereur Charles Y à la diète de Ratisbonne, pour lui demander la confirmation de leurs libertés. D y a bien de l'apparence quecen'était-làque le prétexte de cet envoi, et que le but secret, était de faire quelque alliance offensive avec l'empereur et Iç pape, contre les réformés ;. comme en effet Eonius , évéque de Veroli ^ y travailla cette année-là vigoureusement. *

Et le bruit courut Fannie suivante 1 533 qu'il se tram ait un» alliance du pape et de l'empereur avec les cinq cantons de sorte que dans une diète , qui se tint il la fin de cette année-là , les Bernois demandèrent à ces cantons ce qui en était, afin qu'ils pussent là-dessus prendre leurs mesures. ^ Quoi qu^il en soit, les députés de ces quatre cantons furent parfaitement bien reçus de l'empereur, et ils obtinrent de lui ce qu'ils soi^itaient. *

* HoUiDg. §5?.

* Slelll. I. c.

' Bero. Instr. 319L

* siml. I. c.

LA GVB&EB DBS TtBCS Lia FAR ÉCHOUER. 119

CependanI lear dessein n'eut pas lieu pour le coup. L'empereur avail d'autres soucis que celui de faire la guerre aux protestans. Les Turcs menaçaient la Hon,. grie et lltalie, et méditaient une nouvelle invasion dans l'un et l'autre de ces pays ; du moins le bruit en courait. Ainsi l'empereur^ qui y était plus intéressé qu'aucun autre, à cause de ses états héréditaires d'Autriche et du royaume de Hongrie qui était à son frère Ferdinand, fit alors deux choses ; 1°. Il demanda du secours aux cantons en cas de guerre contre les Turcs ; et jes ambassadeurs qui parurent, le 10 juillet, devant la diète ^ requirent les cantons de sa part, comme faisant un membre considérable de la nation Allemande , de fournir leur contingent de troupes contre l'ennemi commun de la chrétienté. Mais les cantons , gagnés par les intrigues des émissaires de la France, refusèrent ce secours et répondirent à l'empereur ; « Qu'ils ne pouvaient pas lui accorder ce qu'il souhaitait, à cause des dangers, ou ib étaient exposés eux-mêmes dans ces temps fâcheux et pleins de troubles. » Ce refus n'empêcha pas que l'empereur, ne fit payer aux cantons les pensions qu'il leur devait , comme prince d'Autriche , en conséquence de l'union héréditaire de sa maison avec les cantons. *

Ferdinand^ roi de Hongrie^ quoique plus exposé aux armes des Turcs que l'empereur son frère, n'eut pas la même modération ou si l'on veut, la même politique. n fit payer aux cantons catholiques les pensions qu'il leur devait depuis cinq ans, pour la même union héréditaire. Mais par rapport à Zurich^ à Berne et à Bâie, il leur fit dire par son ambassadeur : « Que puisqu'ils

' Stettl. II. »5. b. 56. a.

IJM) PAIX DE RKII6K>N EN ALLEMAGNE.

avaient violé celle alliance y en détruisant diverses fon* dations pieuses de ses ancêtres, dont ils avaient saisi les revenus ,\\ avait mis en dépôt la portion de pension qui leur était dàé , entre les mains du baillif de Bade. Ces cantons furent choques d'un pareil reproche; el dirent, qu'ib avaient observé fidèlement Talliance héréditaire et qu'ils étaient résolus de l'observer encore à l'avenir , pourvu qu'on l'observât à leur égard ; que da reste ils étaient libres et mattres chez eux ; qu'ils ne voulaient retenir le bien de personne ; mais que ce qu'ils avaient gagné, par l'épée , ils étaient résolus de le dé-^ fendre aussi par l'épée. * <

L'autre chose que fit l'empereur pour se mettre en état, lui et son frère, de tenir tête aux Turcs, ce fut d'accorder la paix aux protestans d'Allemagne. Il lui importail de regagner leur affection et de pacifier l'empire. Ainsi, par l'entremise de l'électeur de Mayence et de l'électeur Palatin', qui négocièrent cette affaire avec rélecteur de Saxe, et le land-grave de Uesse-Cassel , pouf les deux partis, et qui en convinrent à Nuremberg, le 23 juillet 1532, celte paix fut résolue et décrétée dans la diète de Terapire. L'empereur l'approuva et la confirma le 2 août de la même année. Il y fut contraint par la nécessité à cause de Tirruption que les Turcs venaient de faire dans ses pays. '

V. Hais cette paix fut une pomme de discorde pour les protestans d'Allemagne , dont le contre-coup se fit sentir a ceux de la Suisse. Il avait été stipulé entr'autres choses dans le traité qui en fut fait entre les deux parties, que l'on ne comprendrait pas dans celle paix ceux

* Stelll. 56. b.

* Sleidan. L. VIfl. p. m. 226. 227. . ; ^

BFPORTS DX £VTBB& COKTIIB LES ZWJRGLIBKS. 121

qui rejelteraienl la confession d'Augsbourg sur la Cène et sur le baptême, et par conséquent que les Zwingliens et les anabaptistes en seraient exclus. '

I«uiher, délivré de ses inquiétudes pour son partie par le moyen de celle pais, commença à parler plus haut contre la mémoire et les disciples de Zwingli, qu'il n'avait fait auparavant. Il écrivit même à Albert de Brandebourg ^ duc de Prusse, pour le prier de ne point souffrir les sacraméntaires, comme il les appelait, et de ne permettre pas que leur doctrine s'introduisit jamais dans ses états , lui représentant qu'autretnent il chargerait sa conscience d'un très grand crime. Les Zuricois trouvèrent cela fort étrange, tant parce qu'ils ne se seraient pas attendus qu'un docteur protestant eût voulu encore les affliger dans leur affliction , que parce que cette conduite de Luther était directement opposée au traité qu'il ataitfait avec Zwingli, Tan 1529, dans la conférence de Marpourg. ^ Carlostad , qui était alors ministre à Zurich, prit la plume pour écrire contre Lu^ ther ; mais pour la conservation de la paix on supprima son écrit qui était trop vif. Ce ministre avait été obligé de quitter le Rbeintal après la funeste journée de Cappel, h cause du danger où il se trouvait d'être assassiné ou livré entre les mains des persécuteurs. Il s'était retiré a Zurich, ou, tant par la recommandation de Capiton, qu'à cause de sa bonne conduite, on lui confia une Eglise et on l'y faisait prêcher jusqu'à cinq ou six fois par semaine. L'an 1534, il fut honorablement appelé à BÂle. ^ Les ministres de Zurich se contentèrent d'écrire

' SIeidan. ibid.

* SculleUp. m. 386. HoUiDg.660.

' Hoiting. 662.

ISS D1SP0TB4 lutbAribriibs.

une apologie de leur doctrine qu'ils adressèreni au duc de Prusse 9 le priant de ne pas maltraiter leurs frères en la foi. Dsy joignirent le livre de Bertram , ou Ratramne, prêtre du neuvième siècle^ que Léon de Juda avait traduit en allemand à cette occasion et fait imprimer à Zurich avec une préface , pour montrer que la doctrine • de Zurich sur le sacrement n'qtait nullement nouvelle. ^ Myconius ne savait quel parti on devait prendre dans cette conjoncture. H trouvait également des inconvé* niens à écrire contre Luther et à garder le silenoe. Bucer aurait souhaité qu'on eût prit le dernier parti. Il avait adouci l'esprit de IHélanchlhon , et l'avait amené à souhaiter la paix et à lui promettre de faire tous ses efforts pour y porter Luther. Bucer se donna beaucoup de peine pour ramener la paix entre les églises protes* tantes d'Allemagne et de Suisse , mais il agit avec tant de vivacité envers les Suisses, qu'il semblait à quel« ques-uns , qu'il voulait se rendre le directeur de leurs affaires et les engager à suivre ses sentimens, comme il avait déjà fait à Tégard de quelques villes, par exemple de Strasbourg, d*ll|m et d'autres qu'il engagea , dans^ une conférence des protestans tenue à SchweinfourI en Franconie, à signer la confession d'Augsbourg; ce qu'elles ne firent pourtant qu'avec la protestation solennelle, que par une telle signature elles ne prétendaient s'éloigner en rien de la confession des quatre villes, présentée à l'empereur dans la diète d'Augsbourg. Il représentait aux Suisses : « que Luther étant un homme savant et sa doctrine saine dans tout le reste, on devait lui pardonner la rudesse de sa plume comme une faiblesse humaine; qu'au fond, Luther et Zwingli, quoi

* HoUing. 660. Lavaler p. m. 6h,

mspoTBs iimâBmncBs. fiS

qu'ils parlasteni différemment^ étaienlpoortant d*acooid sur la chose même, parce que Luther voulait seulement que Jésus- Christ fut présent dans la S. Cène, sans en vouloir déterminer la manière; que les chrétiens des deux partis appartenaient également a Jésus-Christ, puisqu'ils le reconnaissaient pour leur unique Sauveur ; et qu'ainsi il les regardait de part et d'autre, comme des Eglises en qui le Seigneur habitait. » Il se servit du ministère de Myconius auprès de Zurich et de Berne. * Les Bernois eurent une conférence ( le 8 juillet ) a Zoffingue, avec les réformés de SoleureetavecBienne. Ils écrivirent de la à ceux de Zurich ; « qu'ils ne voulaient point imiter l'exemple de Strasbourg, en embrassant le parti de Luther ; » et les exhortèrent à demeurer fermes dans la vérité, qu'ils avaient reçue. Les Zuricob répondirent de leur cdté à Bucer : « qu'il s'était trop avancé, et qu'il devait prendre garde, de ne pas se laisser aller encore plus loin. » Myconius lui dit sans détour , qu'il devait prendre garde qu'il ne lui arrivât comme a Urbain *Rhegius, ministre dlTlm, qui avait scandalisé son église, en renonçant à la doctrine de Zwingli pour embrasser celle de Luther. Wolffgang Musculus, théologien célèbre^ qui était alors à Augsbourg, lui écrivit aussi précisément la même chose; et lui remontra d'une manière convaincante , que sa méthode n'était nullement propre a réunir les Eglises^ parce que Luther et Mélanchthon même la rejetaient. * Philippe, Land-Grave de Hesse-Cassel, fit tous ses efforto ^ dans les conférences de Schweinfourt et de Nuremberg, pour empêcher qu'on n'y proscrivit la doctrine de Zvrin-

^ Houûig.660.661.

> Scnltet. 987. 388. 389.

ISA AMBEOUX mAABKB. AHABAPTISTBS.

gli. Les théologiens de Constance étaienl.da même sentiment ^ aussi-bien que cenx d'Anbaltet de Mansfeld ; mais tous leurs soins furent inutiles. .'

Ambroise Blaarer^ tbéoIog:ien de Constance , passa la plus grande partie de cette année àEslingen, à Isny^ et Lindaw; et il se loua beaucoup en particulier de <:eux de Reutlingen , disant qu'ils l'ayaient traité d'une manière tout-à-fait fraternelle. L'Eglise dlsny pria celle de Zurich de lui envoyer quelqu'un qui put continuer Tœuvre que Blaarer y avait commencée. On y envoya un théologien , nommé Conrad Clauser. ^

A tous |ces embarras causés par le funeste schisme du luthéranisme^ qui retardèrent les progrès de la réfor> mation , il faut joindre les troubles de Tanabaptisme^ qui ne lui fut pas moins funeste, et qui vinrent enfin a bout de réteindre absolument dans Soleure.

Les anabaptistes se multiplièrent de nouveau cette année dans le canton d'Appenzel et aux environs. Les réformés de la Suisse, pour tâcher de les gagner par la douceur et par la voie de Tinslruction, revinrent encore à des conférences qu'ils eurent avec eux sur leurs sentimens. Il se tint deux de ces conférences. Tune à Saint- Gall et Tautre à Zofingue. ^

L'occasion de la. première fut, qu'un anabaptiste, nommé Jean Marquard, natif de Weissenhorn près' du Danube, et passablement savant, vint à St-Gall et entreprit d'y enseigner ; ce qui lui fut défendu par ordre du bourgmaître Joachim Vadian.

Comme il continua nonobstant la défense, on le

*• ScuUet. 386. 387.

* Hblting. 662.

' Id. ibid.

CONF^VHCBS AVBG tSS ANABAPTISTES. 1)8

saisit. On voulut après cela lui proposer de conférer avec les ministres^ mais il rqela cette proposition avec mépris, et même Dominique Zilli, Tundes ministres de la ville, lui ayant envoyé par charité quelques viandes, il les refusa comme venant d'un excommunié, et ne voulut pas les goûter. Cette obstination engagea le sénat a ordonner qu'il serait amené devant le grand-conseil , et là obligé de répondre aux cinq ministres sur les articles controversés. Cela se fit pendant deux jours consécutifs. 11 avoua qu'un pasteur peut en bonne conscience recevoir de ses auditeurs ce qui est nécessaire pour son entretien ; mais il persévéra dans les autres articles. Si cette conférence ne put pas le gagner, elle servit du moins à conserver plusieurs personnes dans la pureté de la foi ; parce qu'on y remarqua que l'esprit de cette secte n'était que chicanerie et opiniâtreté. Du reste, Marquard fut banni de la ville et de sa jurisdic*

tion. '•

lia seconde conférence se tint à Zofingue.^ Comme

les anabaptistes du canton de Berne étaient en plus grand nombre dans TArgovie, dans l'Emmenthal et aux environs, ce fut la raison pourquoi les seigneurs choisirent la ville de Zofingue pour y tenir cette conférence. • Ils donnèrent (le 3 juin) , sauf-conduit à tous les anabaptistes et permission d'y venir de toute sorte d'endroits. ' Il s'y en trouva 23. D'autre côté, il y vint des ministres des villes et des cantons de Berne, deBâle et de Soleure et de la vide de Bienne. Mais il n'y eut que les ministres de la ville et du canton de Berne qui parièrent, afin de fermer la bouche aux anabaptistes qui

^ Hottiog. 669. 663.

' Haller. apud Ouium. p. U6. §. ft.

1)6 conriEiNCB db xoffihsxn

n'auraient pas manqué, disaient- ils, de se vanter, si d'autres eussent parlé, que les ministres du pays n'au* raient rien pu contr'eux ; ce qui aurait affermi leurs sectateurs dans leur entêtement. Celte conférence se tint avec toute la solennité possible, en présence de quelques seigneurs de Berne, doutés pour j assister, et sous la présidence de quatre g^ens d'office du pays : Jean Zendor , ancien avoyer de Zofingue , Jean Tcdls- Kergher, avoyer de Lentzbourg; Gabriel Meyer, secré* taire d'Arau ; et Sigismpnd Frey , secrétaire de Brouck. La conférence dura 9 jours entiers. Elle commença le l*' de juillet et elle finit le 9. Les principaux interlocuteurs^ du côté des ministres , furent Berchtold Haller, et Gaspar Grossman ou Mégander , touç deux pasteurs de^ réglise de Berne, Sébastien Uoffmeister, ministre de Zoffingue, George Steheliu, Henri Linki et Henri Blœriker. Les tenans du côté des anabaptistes furent : Illartin Weniger, surnommé Linki, Jean Hotz, Michel Outt, tailleur d'habits , Simon Lantz et Christen Brucker. n s'y trouva aussi un certain André Rappenstein , deLucerne, qui semblait faire PoAice de médiateur entre les deux parties. Les actes furent recueillis par trois se- 'crétaires ou notaires assermentés pour ce sujet, savoir Jean Glanner, secrétaire du consistoire de Berne, Barthélemi Schurman , secrétaire de Zofingue et Sébastien Hasti ' , régeni du collège de la métne ville. Avant que de les faire imprimer, les seigneurs de Berne ordonnèrent aux quatre présidens de se les faire tire tout entier, et de rendre témoignage au pufilic , s'ils avaient -été re* cueillis fidèlement et avec exactitude. ' Ils invitèrent

* Ex Actîs pag. S. S.

* Le témoignage des Présidens est à la fin des Actes. >daté d'Arau, et du 6 août 1599.

AVEC L8S AMABAPTIITES. 127

1 ^.^ u:% anabaplistes à aller à Zofin^ue, écouter la lec-

tl • tjes actes ^ afin d'ea dire leur sentiment et leur

• int sauf-conduît pour ce sujet. Ils en firent même

i-...< herlcs principaux pour les y envoyer; mais on ne

.< - ti .'iva point, et aucun d'eux ne parut à Zofingue.

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