ST^ODB DE BERNE
claii établie , soil pour rintrodoire dans ceux où elle ne réiail pas encore. On en a déjà vu diverses preuves ci-dessus , on eh verra encore d'aulres dans la suile.
Pendant qu'ils travaillaient pour la réformation des autres^ ils s*occupaient aussi du soin de perfeclionner la leur propre. Le mauvais succès de leur dernière guerre, et divers désordres considérables qui se firent alors sentir dans leur canton, leur firent penser à chercher des moyens efficaces pour approcher de cette perfection le plus qu'il serait possible. Us n'en trouvèrent point de meilleur que de consulter [tous leurs pasteurs, pour établir solidement leur réformation, par des ordonnances sages et conformes à l'Evangile. Dans ce dessein, ils convoquèrent dans la capitale un synode de tous les ecclésiastiques de leur canton , an commencement de l'année 1532. H s'y trouva deux cent trente minisires, qui furent assemblés depuis le 9 janvier jusqu'au 14 ; et qui convinrent entr'eux des règles qu'ils devaient observer dans l'exercice de leur ministère, soit a l'égard de leurs instructions , soit à l'égard de leur conduite. Ces règles, véritablement chrétiennes, furent rédigées par écrit en langue allemande , par Wolfijg^lig Capiton, théologien de Strasbourg , qui se rencontra au synode. On les imprima d'abord en cette langue à Baie ; et bientôt après en latin , de la traduction de Simon Soitzer. Berchtold Haller, pasteur et réformateur de Berne, rendit témoignage à Capiton, qu'il y avait pris plus de peine qu'on n'aurait osé lui en demander ; et pour cette cause, il l'appelait le père de l'église de Berne. ' '
^ HoMing- 6&3.
^ Le clergé était brisé en deux partis. L'un, à la tète duquel
90 ACTmS DU STMOOB.
Ces actes du synode de Berûe furent réimprunéB en allemand, a Berne, l'an 1608, in-4^. ^ La traduction la;> Une fut aussi réimprimée vers le milieu' du siècle dernier : Christophe Lulhard , professeur en théolo^e à Berne ^ l'inséra toute entière dans un gros traité de controverse qu'il écrivit contre un docteur de Vtv* bourg. *
Dans Je texte allemand > on voit d'abord un odit de LL. EE. de Berne qui confirme ces actes du synode, el leur donne force de lois. ^ Ils y ordonnent de les lire toutes les années dans les assemblées des ministres qui se tiendront aii mois de mai, de les éclaircir, et dé les renouveler, et défendent d'y retrancher quoique ce soit : Il est daté du 14 janvier 1532. H y a ensuite une préface du synode, en forme de lettre, adressée aux seigneurs de Berne, où l'on traite de la puissance des magistrats dans les affaires ecclésiastiques, et de Tusage et des bornes de cette puissance. La préface est suivie des canons ou r^lemens du synode, partagés en quarante-quatre chapitres. Ces actes sont assurement
était Mégander, avait poussé à la guerre contre ks cfitholiques et appuyait les mesures de ligueur. Il était à ce moment Tobjet de la lolére du peuple. L'autre avait Haller pour chef. Mais Haller, doux et timide , n'osait résister au peuple , ni aux usurpations du Gouvernement ; et il avait trop peu de savoir et de force de tète pour contenir les esprits et constituer l'Eglise^e Berne. En ces drconetanccs. Capiton fut envoyé à l'Eglise de Berne comme un ange sauveur. Y. Chroniqueur, pageS36. {Noie de t Editeur,)
* C'est TEdition dont je me suis servi.
* DispulationisBernensis, etc. Ezplicatio, et contra Ad vcroarios, prscipuè Jacob. Schuler, etc. Friburg. Decanum, etc., et Olficialem, etc. Defcusio. Beru«, 1660, in-folio.
' J'ai mis cet Edît à la fin *des Actes , pour suivre Tordre des temps.
SIHOM SUIZBR. 91
fort beaux ; on y trouve beaucoup d'oncUon , et ils res» pireilt> à mon sens , ua esprit tout évangéliquc. Us mé^ rifaient doue bien d'être publiés de nouveau ^ et dans une langue plus connue que Callemande. C'est pourquoi j'ai cru devoir les donner ici tout entiers, traduits fidèlement en français , pour l'édification des lecteurs pieux, et particulièrement pour l'instruction des minisires de l'Evangile. Mais pour ne pas trop, interrompre le fil de ma narration , je les renvoie à la fin de ce tome.
J'ai dit que la traduction latine des actes de ce synode était Touvrage de Simon Sulzer. Comme ce theo» logien a fait quelque figure dans nos églises , il ne sera pas inutile de faire, en. peu de mois, son bisloire. H était d'une naissance médiocre , fils d'un barbier d'In* tèrlaken. Il étudia les langues grecque et latine avec beaucoup de succès à Lucerne , sous Osvrald Myconius, et à Bâie, sous Henri Glaréan. Après la mort de son père , ne trouvant point d'emploi pour exercer son ta* lent> il se mit à Strasbourg daàs la boutique d'un barbier, pour apprendre sa profession. Les seigneurs de Berne ayant envoyé quelques députés à Strasbourg, l'an 1530, ces députéà y apprirent le sort de ce jeune bomme èl ses bonnes qualités. A leur relour à Berne j, ils en firent rapport à leurs seigneurs , qui souhaitant de ramasser des gens savans dans leur ville, et jugeant que Sulzer pourrait un jour rendre de bons services à sa pa« trie , lui envoyèrent de l'argent , afin qu'il pût vaquer tranquillement à l'étude; et le recommandèrent ea même temps (le 30 avril 1530) aux deux ministres de Strasbourg , Bucer et Capiton , les priant d'avoir soin de lui, et de l'encourager à étudier et de leur donner avis de ses progrès. De là il retourna à BâIe, où il se mit en pension chez Simon Grynaeus , jusqu'à«ce qu'il
98 RÈGLBUEirS DB RBLIGIOIC A BBEMB,
y oblîol l'emploi de principal du collège. Enfin l'an 1533, il alla à Berne, où on le retint pour exercer le ministère et remplir en même temps la chaire de professeur en langue grecque.. *
Après le synode , les seigneurs de Berne renouvelèrent leur édit contre le papisme, et. dans le cours de l'année ils firent encore divers règlemens particuliers de reformation. Par un édit du 11 avril, ils interdirent absolument Tusage de la langue latine , d^ns les actes des notaires soit publics, soit particuliers; comme une pratique absurde, puisque cette langue était éteinte , et inintelligible pour le commun des hommes, ordonnant que tout fût écrit en la langue naturelle du pays. Par un autre édit, du 30 juillet, ils ordonnèrent V à tous ceux a qui Ton avait laissé la possession de quelques chapelles, de représenter leurs droits dans Tes consistoires, afin d'éviter les abus ; 2^ à tous les patrons et collateurs d'églises, de donner un état exact de tous les fonds et revenus attachés aux cures, et de le faire enregistrer, afin qu'ils ne pussent jamais les aliéner.
Dès le commencement de leur réformatiôn, ils avaient pris entre leurs mains les biens et les rentes des chapitres ruraux de leur canton ; mais ils les leur rendirent bientôt à tous, a la réserve de celui de Buren. Enfin pourtant ils les rendirent aussi à ce dernier ( le 2 février) , après qu'il les en eut prié instamment.
A Zurich, depuis 1528, on avait tenu ordinairement deux synodes par an, composés de tous les ministres du canton, comme je l'ai remarqué ci-dessus ' et Tan 1531, le 8 avril, il avait été ordonné que l'on conti-
' Ms. Grooss. Hotting. 644.
* Liv. IV.
ZURICH» SCHAFFBOOSE , BALE. 93
nueraii exacteniCDt à Tavenir cet usage, savoir : danst le printemps et en automne. Mais on n'avait point encore de règlement fixe pour J'ordre du synode; et les magistrats n'en avaient point encore fait, pour l'entretien et la dignité de l'état de l'Eglise. On pourvut donc a cette affaire Tan 1532. On en dressa des réglemensct les magistrats les munirent de leur autorité. On mit aussi en bon état la bibliothèque des chanoines^ par les soins de Pellican ; et on l'augmenta en achetant les livras et les manuscrits de Zwingli. ^
A Schaffouse^ on mit en pièces, après la fêle de Pâques, les images qui étaient demeurées de reste. ^
A Bâle , on fit aussi divers règlemens utiles de réformation. Tous les pasteurs et les ministres de la ville tinrent une assemblée , pour délibérer sur les moyens de mettre la discipline ecclésiastique sur un pied véritablement évangélique. Wolffgang Capiton s'y trouva, et y montra le même zèle pour la gloire de Dieu , qu'il avait fait voir a Berne. ^ Les magistrats y publièrent aussi un nouvel édit contre les vices pour réformer les mœurs d« leurs citoyens*, aussi bien que leur croyance. Hais particulièrement ils fermèrent une maison de débauche qu'on yavait laissé subsister jusqu'alors, depuis le temps du papisme, et l'interdirent pour toujours^ comme un scandale public, une tache à la religion chrétienne^ et une source de corruption pour la jeunesse. Il . y avait quatre ans que les ministres -avaient sollicité inutilement cette réformation, par leurs sermons et par leurs discours particuliers. On avait laissé subsister
* Holling. 6/i4.
* Id. 6S0.
' Id. 64&.
9& UNIVERSITÉ DB BALB.
celle maison de débauche, parce que le commun peuple était prévenu de la pensée qu^elle .était nécessaire , pour mettre à couvert l'honneur des filles et des femmes vertueuses contre la pétulance de la jeunesse. Six ans auparavant le feu du ciel avait consumé et réduit en cendre une autre maison de la même nature , dans la la rue appelée Blalzgasse. On n'y avait point fait d'attention ; mais cette année, la maîtresse de cette dernière maison ayant été assassinée, ce crime réveilla le zèle des magistrats et leur fit faire cette réforme si néces-
saire. ^
' On s'en\pIoya aussi à mettre runiversilé et les collèges en bon état , pour y avoir un séminaire de savans , et de gens, propres à servir utilement Jour patrie, en toute sorte d'emplois. On convertit en collège le couveot des Augustins. On fit de celui des Dominicains une maison d^insiruction , qu'on appella la Sapience, pour l'éducation d'un certain nombre de jeunes Balois. On choisit trois seigneurs de l'état , pour être inspèclcnirs on commis sur l'université, savoir, Rodolf Frey , Pridolin Reiff , et Henri Rhiner , chantelier . Ils rendirent a l'université sa jurisdiction avec ses livres, ses registres et ses joyaux , que les magistrats avaient eus depuis quelque temps en garde ; ce qui se fit dans te mois de septembre. On pourvut l'université de bons professeurs , pour enseigner la religion réformée, et on leur assigna des pensions convenables. Dès-lors les sciences et les beaux arts fleurirent plus que jamais à Bâle, et se communiquèrent aux pays voisins , tant dans la Suisse que dehors, par les savans hommes qui s'y formèrent. Le premier recteur de l'université, depuis sa réformation et son ré-
* Grooss. Ba«L Chron. 172. \
DISÇlPLlRli. »AT8Al|fS BALOIS. 95
tabUssonicnl^ fut Oswald BaBr, docteur en Vnéderinej élu recteur l'an 1532, et natif du Tîrol^ et l'année suivante y ce fut Paul Constantin Phrygion , de Schleltstatt en Alsace, docteur en théologie, ou comme on parlait alors , en Ecriture Sainte. *
On fit aussi quelques réglemens contre le Papisme ; entr'autres il fut défendu d'aller entendre la messe dans les pays étrangers, et Ton en rendait cette raison ; Que puis qu*on l'avait abolie suivant les instructions de la parole de Dieu, et qu'on avait rétabli à sa place le. véritable usage de la cène du Seigneur^ on devait s'en contenter. Il fut aussi résolu , par rapport à l'exercice de la discipline ecclésiastique; que si un homme^ après avoir été suspendu de la communion pour ses dérégiemens, demeurait un mois entier si^s se repentir, et sans se reconcilier avec l'église , on le bannirait de la ville et du pays, jusqu'à-ce qu'il se fût corrigé. '
Il sembla que le ciel voulût bénir les Bâiois , à cause des bons réglemens de réforme qu'ils avaient faits. Us avaient été attaqués Tan 152S. par les paysans rebelles, des bailliages de Homberg et de Wallenboui^, et des quartiers de Liechtsalt , ou Liestel , et de Fahrensberg ; el par la médiation des députés de Zurich, de Berne , et de Soieure , ils avaient fait avec eux un certain traité, qui les avait satisfait. Dans la suite il arriva, que durant la stérilité des années 1530 et 1531 la disette et la cherté des vivres élant fort grandes , les magistrats de Bâte firent venir l'an 1530 de Biberach, de Memmingue et de Schaffhouse, des grains dont ils dtstribuèrent efaa« que semaine, à un prix modique, plus de 150 sacs aux
* Grooss. Bas!. Ghron. 179. el Wurstis. VllT. Gh. 14.
* Wurslis. 1. c. p. 610.
96 LBS CHANOIMBS DE MODTIBRS. ^
pauvres bourgeois ; jusqu'à la récolte de l'année suû. vante. Ils étendirent aussi leurs soins charitables aux paysans de leur canton y et leur firent beaucoup de bien. Celte année donc (1532) ces paysans vinrent k Bâlc, de leur propre mouveinent > se présentèrent devant le conseil , et confessant humblement la rébellion dont ils s étaient rendus coupables Tan 1525, ils remirent volontairement entre les mains de leurs seigneurs l'instrument du trailé qui avait été fait alors avec eux , les priant de leur pardonner et de les laisser dans leurs anciens usages, ce qui leur fut accordé. * N'oublions pas de remarquer que les chanoines .de Bâle, qui en étaient sortis lors de la réformation de cette ville, demandèrent permission d'y rentrer. On la leur accorda , au cas qu'ils voul^ussent se conformer à la réformation de la ville. ^ Mais cette condition n'étant pas de leur goûtj ils fixèrent leur demeure à Frîbourg en Brisgavv, avec leurs concubines > comme on l'a déjà dit ailleurs.^ Les chanoines de la cathédrale de Baie me font penser à ceux de Moutiers Grand-Val^ ou de la prévôté, qui étaient de la même trempe, aussi bien que du même diocèse. Ces .vénérablçâ ecclésiastiques avaient été souvent exhortés par les seigneurs de Berne, tant de bouche que par écrit, à renoncer au commerce de leurs concubines, à ne point inquièler les réformés, et à payer aux ministres les pensions qui leur avaient été assignées. Mais l'habitude du vice avQÎt pris de trop fortes racines chez eux, pour qu'ils se corrigeassent. Ils ne voulurent rien faire de ce dont on était convenu sur leur sujet. ^Ils
* Wursl. 1. c. pag. 887. Klaub. B».
* Hotting. 6S0.
* Tom. 11. p. 368.'
* Voyez ci-de55us L. IX. Ch. Vlïï.
gaidb^nl lean oonculnnes. Ib oMlmitèrent les réfbr« mes en diverses manières. Vers le oommencemenl de Tannée 1582 le fils da prev6l ^, aoocMiipagné de quelques antres catholiques, alla atlaqaer de nmt le nuoistre de Houtiers dans sa maison , et commit divers actes d'in^ solence et de violence contre loi et contre sa femme. An sortir de là , accompagné des mdmes personnes et même de qoeIqae8*«ns de ses chanoines^ tous armés de fusils, d'épées et de harnak , il alla dans une liAtellerie publique, où il y avait une ndce de gens de la paroisse.
Ces dévots catholiques insultèrent les gens de la noce qui ne pensaient point è enx ; et aux paroles outrageantes joignant les voies de fait , ils les maltraitèrent d'une manière infline. Le rainistre.et les paroissiens s'en plai* gnirent aux seigneurs de Berne. Ceux-ci en écrivirent le Iz janvier a Tévéque de Bâie, pour lui demander justice, et le prièrent de marquer une journée pour ce sujet , afin qu'ib y pussent envoyer leur députés ect. ' Ii'évéque leur répondit fort civilement le 17 janvier : « Qu'il avait un très-grand chagrin de cette a£Eaire. Que cependant il les priait de ne pas demander un tribunal extraordinaire, pour punir les coupables : mais de lui laisser le soin de cette punition^ leur promettant de s'y prendre de telle sorte, que semblable cas n'arriverait plus j et qu'il en aurait de la reconnoissance. Quant aux concubines des chanoines, qu'il leur avait déjà sévèrement défendu d'en tenir, et qu'il le leur défendrait encore etc. » ^
Les chanoines , profitant de leur « alfiance avec So-
' Mes Mémoires ne disent pas si ce fib était bâtard ou légitime. * Apolog. 85. 80.
« Id. 86. 87.