CHAPITRE XXX
Exhortation à la régence de Berne , nos souverains
seigneurs.
Ainsi, souverains seigneurs , quand même on dirait quelque chose de vif et de trop haut contre Y Y. EE. contre vos propres personnes , ou bien aussi contre les baillifs et les commandans du pays, il vous sera certainement honorable et glorieux^ de ne le prendre point en mauvaise part , mais de considérer par ordre el au nom de qui le pasteur ou le prédicateur parle; savoir, qu'il porte la Parole de Jésus-Christ, comme un messager et un envoyé . celle de son seigneur , de qui il faut
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la prendre en bonne pari. Dieu veut anéantir notre sagrosse mondaine en plusieurs manières , quelquefois par un homme simple el sans science^ tel que serait un pe-' tit pasteur de village , dont o'n fait peu de cas; dans un tel cas vous fiiites un acte d'obéissance de foi^ si vous le souffrez avec un entière patience, comme une chose qui vous est envoyée de Dieu, pour votre correction.
W. EE. ne doivent pas non plus s'émouvoir d'abord de ce que peut-être, à votre avis, on en fait trop. Car notre nature est disposée d'une telle manière « que cha» cun, au milieu de ses défauts, veut toujours avoir raison, et que ce n'est qu'avec peine et chagrin, qu'il reçoit les censures, celles-là même qu'il a méritées et qui sont justes. Personne ne veut avoir tort. De plus le magistrat est dans un état fort dangeureux, à cause de son élévation, en ce que presque chacun le flatte en sa présence, et lui dit les choses qui lui plaisent; mais chacun n'est pas si bien intentionné pour lui dans son cœur, comme ses paroles le témoignent; bien loin de là, il y a tel qui lui souhaite du mal, et qui cherche à lui- nuire par derrière. Ainsi une censure faite tout ouvericment vaut mieux qu'une amitié secrète. Les blessures d'un ami portentune utilité perpétuelle, mais les baisers d'un ennemi font périr. Il faut en toutes choses avoir égard au cœur de celui qui parle. Car certainement un médisant, qui charge le magistrat faussement en sa .présence, vaut beaucoup mieux qu'un ami qui approuve tout ce qu'on fait^ car celui-ci produit la sécurité dans toutes les œuvres, au lieu que l'autre ouvre les yeux et les rend attentifs,. en* sorte qu'un souverain prend mieux garde à sa conduite, et agit avec tant plus de droiture. Qu'il esthonorableà un magistrat, d'avoir le courage défaire peu de cas de ce
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qui 86 dit coDlre lui, et de ne pas prendre toat du plus mauvais côté ! Et que si la tranquillité publique, el le bien de Télat demande qu'on réprime un esprit contentieux; qye cela se fasse avec mesure et avec loole la douceur possible, et en montrant avec vérité> qu'on est plus enclin h. traiter doucement un homme trop rude dans la censure, qu'un chien muet, qui ne sait pas aboyer contre les vices, comme en parle le prophète.
Nous ne disons pas pourtaat ces choses , comme si nous approuvions les emportemens et les rodomontades des gens grossiers; mais c'est parce que la vérité choque ordinairement, et fait toujours de la peine à ceux à qui elle s'adresse; et qu'il peut arriver quelquefois qu'un pauvre pasteur s'oppose à un désordre qui s'introduit, que d'autres ne prcvoycnt pas encore, et ne croyent pas qu'il doive arriver. Il est donc nécessaire que W. EE. usent de dcbonnaireté, à recevoir àes censurés el des remontrances faites hors de saison, et ne soient pas trop promptes à prendre feu, comme on parle; h moins qu'il ne parût visiblement qu'il s'y mêle une mauvaise intention et un dessein pernicieux; alors il faut punir sans doute. En quoi vous saurez bien vous conduire.
Nous parlerons présentement en particulier de notre cotrection, comme s'ensuit.
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