‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 74 sur 98 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

On doit prêcher t obéissance envers te magistrat y nt du gouvernement séculier que de T ecclésiastique.

Premièrement, comme les sujets sont portés naturellement à la rébellion, à la désobéissance et de mauvaise volonté contre leurs magistrats, et les pauvres de même, contre les riches ; que cependant la discorde est directement opposée à la charité chrétienne, laquelle est la livrée des chrétiens, par où ils se font connaître et se distinguent du monde corrompu. Pour cette cause il faut avoir grand soin de procurer que le magistrat séculier soil maintenu dans sa dignité, ainsi que Dieu Ta établi.

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et qa'on représente viyemeiit ce devoir au peuple ignorant ; le pouvoir da magistrat venant de Diea ; en sorte qu'il faut le craindre même à cause de la conscneoce, (Rom. Xni.) Car quoiqu'un chrétien n'ait rien qui l'attache au monde, et qu'il soit soumis a tonte créatore ; cependant il y eut cette erreur qui se glissa dans l'Eglise Apostolique ; savoir, que ces bonnes gens s'iaiag;inaient que, «leur bourgeoisie étant céleste, et n'ayant point ici bas de cité permanente, mais attendant avec empressement celle qui est à venir ; x> ils n'avaient aucun intérêt aux desseins du magistrat civil et n'avaient rien à faire avec lui, ce qui est un renversement de l'ordonnance de Dieu qui établit deux gouvernemens parmi les hommes. Le supérieur et le plus grand, est spirituel etcéfeste^ dans lequel Jésus*Christ, a qui seul appartient cet honneur, est seul Seigneur, régnant par son esprit ; et au-dehors y servent les ministres de l'esprit et les prédicateurs véritablement chrétiens.

Le plus petit gouvernement et l'inférieur, est le temporel, dans lequel nos souverains seigneurs, et tous les autres magistrats souverains, entoutlieu^ sont établis de Dieu. Le bhrétien est soumis a tous ces deux gouvernemens ; par rapport à sa conscience il est sous le spirituel^ dans lequel aucune autre créature n'a rien à voir; c'est Dieu seul qui en est le juge ; mais à l'égard de son corps et de son biqp^ il est soumis au glaive et à l'administration extérieure. Un chrétien est à la vérité céleste : mais non pas absolument tant qu'il est dans cette habitation terrestre, dans ce corps mortel ; c'est pourquoi il ne doit point se soustraire à l'ordonnance terrestre ; quoiqu'il y doive croître journellement et devenir toujours plus céleste. Car un chrétien s'avance et s'élève

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hors da monde et de dessous le magistrat par Ponction divine; c'est-à-dire, son cœur et ses affections s'en détachent de plas en plus aussi bien que toute affaire mondaine. On doit employer à cela des exemples tirés surtoat des histoires de la Bible ; où Ton voit manifestement que Dieu a puni des peuples désobéissans ; même ceux qui s'élaient soulevés contre l'autorité des rois injustes, jusqu'à ce que Dieu les ait rejetés et déposés luimême; l'exemple de David, et la conduite qu'il tint à l'égard de Saiil, que Dieu avait déposé et qu'il honora pourtant tandis qu'il était roi, et l'épargna, mérite bien notre attention.

Des Dîmes et des Censés; comment on doit les

payer et les recueillir.

Il suit de là qu'on est obligé dé payer les dtmes ordinaires. Car c'est là une ordonnance extérieure, et qui n'est point opposée à la charité; ce qui est clair par l'histoire de Joseph, qui assujétit tout le pays d'Egypte à payer au roi le cinquième de tous leurs retenus. C'est là une vérité qu'on peut encore éclaircir par le Chap. Xin. de TEpître aux Romains ; car il ne peut point y avoir de tribut ou de redevance plus raisonnable que les dtmes, puisque et celui qui donne, et celui qui reçoit sont obligés d'arrêter la vue sur la bénédiction de Dieu, et de prendre et de recevoir tel que le grain est venu, à môme gain et à même perte.

Pour ce qui est des censés, peut-ctre qu'on y passe les

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bornes ; c'est aa roagislrat à les redresser ; et les ministres ne doivent guères s'en mêler, car cela n'est pas le principal point de leur emploi ; et d'ailleurs une telle affaire entraîne un changement des constitutions communesdu pays^lequelon nedoit pasentreprendre sans une expérience consommée et une m Are délibération de gens sages et habiles ; à moins qu'on ne vit une injustice manifeste, comme on en voit en quelques endroits, dans les censés de blé et de vin. D'ailleurs chaque ministre .doit avertir ses auditeurs s*il arrive qu'ils y soient intéressés^ qu'il n'y a point de péché ou d'injustice à donner ce qu'on leur demande injustement, mais qu'il y a du péché à prendre injustement.

n fau^ avoir devant les yeux cette unique règle^ c'est qu'il faut agir avec charité ; et que chacun fasse à l'égard des autres ce qu'il voudrait et verrait avec plaisir qu'on fît à son égard, en cas pareil.

Il faut encore remarquer avec soin que ces' sortes de choses^ comme aussi acheter et vendre sa marchandise, et le travail de ses mains^ tels sont les ouvrages des tisserands et des cordonniers, etc.^ appartiennent aux réglemens extérieurs ; et doivent toutes être réglées en quelque manière selon la charité, et n'appartiennent point au pur et simple Evangile, qui n'a pour objet que les consciences. Mais dans le véritable christianisme qui esl intérieurement et de lui-même et de bonne volonté^ a servir le prochain^ on prèle et l'on n'en espère rien en échange; et même on n'y possède du tout rien, comme en propriété. Mais dans cette affaire il faut que chacun prenne bien garde à l'esprit qui l'anime^ et à ne pas agir par un zèle charnel, et ne point donner au dehors ce que son cœur possède encore. Il faut qu'Ananias nettoie

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auparavant son cœur^ après cela il saura bien régler sa bourse. C'est en quoi les pauvres Anabaptistes ont erré, en abolissant le gouvernement extérieur, autant qu'en . eux est, sans le savoir; et en se contraignant et se forçant les uns les autres à quitter leurs maisons et leurs biens, à abandonner femme, enfans, père et mère, contre l'ordonnance de Dieu, qui veut que nous attendions sa vocation, et que nous n'entreprenions rien de nous-mêmes; mais qu'au reste nous préférions son amour à toutes choses, et qu'ainsi nous embrassions , sans aucune contrainte extérieure, Jésus-Christ, qui opère dans le cœur, et du cœur au dehors par les œuvres , et non pas du dehors dans le cœur, comme faisait le ministère de Moïse.

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