LIVRE PREMIER
L L'on 1537, il arriva dans le pays des Grisons une chose, qui paraissait de pou do conséqueneo, mais qui S cmntet A Viiess Où Sie Ai Len a 16formation d’une partie de l'Engadine. Huldrie Campell, - nalif de Zour dans la Basse Engadine, jeune homme savant, et qui dans la suite rendit de grands services aux Eglises des Grisons, était marié. 11 arriva qu'il fut quelque temps absent de sa maison, el pendant son absence sa femme accoucha d'une fille, lo 8 d'avril. Comme celie enfant était infirme, et semblait devoir ne pas vivre long-lemps, Cospar Compell, père d'Huldrie, me voulant pas qu'elle fût baptisée par un prêtre, et moins encore par une sage-femme, lui administra lui-
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méme le baptôme, quoiqu'il fat laïque; se croyant suffisamment autorisé pour cela et se regardant en quelque sorte comme ecclésiastique, puisqu'il enseignail à ses compatriotes la doctrine évangélique dans sa maison. Les ennemis de la réformation portèrent des plaintes contre lui (le 4% de juin), aux LIL Ligues assemblées à Coire, l'accusant d'être devenu le compère de son fils, et d'avoir ainsi rompu son mariage par la vio lation des lois de l'Eglise au sujet du parentege spirituel, et disant que pour ce crime il devait être brûlé. !
Les seigneurs des ligues plus modérés que ces zélés renvoyèrent au vieux doyen de l'Engadine, Jean Bursella, à examiner la question, si Campell avait agi contre la Sainte Ecriture? Bursella l'exeusa d'autant plus aisément que lui-même avait autrefois baptisé l'enfant de sa sœur. Mais bientôt après il se ravisa et concerta avec Pierre Bardo Petronio, prêtre de Zour, les moyens de détruire la doctrine évangélique. Car, outre que dans ce temps-là il n'y avait encore que deux paroisses dans la Basse Engadine, qui eussent embrassé la réformation, savoir Guarda et Schouls, ils s'imaginaient que Pierre Flouta, pasteur de Guarda, et Diégue à Porta; par teur de Schouls, qui voulaient soutenir mit qu'aux pasteurs de baptiser, n'étaient pas fort savans; que Philippe Gallicio Saloutz, qui en savait beau-
plus, avait quitté celle province, pour étre pasteur de l'Eglise de Malaus, et qu'il serait oisé de persuader au commun peuple, ( qui fait plus de cas du baptéme des femmes que de la messe même ) que la docirine évangélique est préjudiciable au salut des pe-
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à 20U EX ENOADINE. 7 petits enfans. Ainsi à la sollicitation de ces deux prêtres il se int une dispute publique de roligion à Zouz, en présence de plusieurs députés des TX
8, “am qui avait le premier préché la doctrine réformée dans l'Engadino, et même déjà dès l'an 1524, mais qui duns la suite s'en était laissé détourner par Ia érainte, avait Lellement gardé le silence sur ce sujet, qu'on ne savait point quel était son sentiment. Mais dans cetle occasion-il soulint ouvertement la doctrine de l'Evangile; il fit en sorte, conjointement avec Flouta et a Ports, qu'on fit venir Gallicio de Malans, et celui-ci smena trois autres savans hommes avec lui; Piorre Brun, d'Ilantz, Fabrice de Davôs, ot Blaise de Coïre. Bardo et:un de ses seconds, prêtre de Schanfic, allèrent loger chez le prêtre de Zouz, qui les encouragon de son mieux à disputer vigoureusement. *x Tant qu'on combattra par l'Ecriture Sainte, leur dit-il, je vous Laisserai faire, Mais quand on en viendra aux coups, Laissez-moi faire. J'ai l'épée de mon frère, qui coupe dos deux cbtés; etqui est aussi affiléo qu'un rasoir, » La plupart des députés des IE Ligues étaient catholiques aussi bion que le président de la dispute. Les dépulés de Guarda et de Lavin étaient des évangéliques tièdes. Joan Travers, dépuié de Zouz, se montra neutre. La dispute commença le 27 décembro et l'on y passa deux jours à exawinor ccs deux questions : 1°. Si les controverses de aeligion doivent étre décidées uniquement par l'Eeriture Sainte, ou bien aussi pur les ordonnances de l'Eglise et par los doctrines des Pères? 2° Les papistes voulaïeat qu'on commmençât par l'examen de la question du bapléme des femmes, dans l'espérance, qu'ils auraient le commun peuple de leur côt6. Mais les évangéliques
8 PHPOTE DE RELIGION demandaient qu'on mt sur le tapis les arlicles pro. onze ans auparavant à Flantr, l'un après l'autre. me aucun des partis ne voulut céder à l'autre et que les prêtres voulurent par deux fois se relirer, les évangéliques remirent cette affaire k la décision des députés des ligues. Ces seigneurs trouvèrent à propos; I°. qu'on trait premièrement de la première thèse d'Ilantz, ensuite du baptôme des femmes, et qu'après cela on passät aux autres thèses d'Tlantz. I. Que les raisons ne seraient tirées que de l'Ecriture Sainte. Que les réformés eut les leurs, que les catholiques y répondraient, que les réformés répliqueraient et que les ca- Aholiques dupliqueraient ; et qu'ainsi chaque parti par-
Terait doux fois.
Ce fat sur ce pied-là que se fit la dispute, le 29 décembro danel'église de Zour, en présence de plusieurs centaines de personnel de l'un et dé l'autre sexe, dans la langue du pays; et elle se poussa si vivement depuis le matin jusqu'au soir, qu’à peine les acteurs se laïssèrent-ile quelque temps pour manger. Il ne fut permis à personne de paraître dans celte assemblée avec des armos. Porsonne n'y parla que Gallicio et Bardo, x moins qu'il n'en eût la permission. } :
La 1°*thèso était conçue on cos termes : « L'Eglise est mée de la Parole de Dieu et n'écoute point la voix d'un étranger. » Après que Gallicio l'eût prouvée, les éatholiques en recomnurent la vérité. On disputa vivement sur le baptdme des femmes. Comme les deux partis ne pou» vaiont vongenir, les députés des ligues firont quelques objections aux réformés. Les ministres après avoir prouvé
qu'il n'appartient qu'aux pasteurs des Eglises de baptiser,
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à 2008 9 finirent l'action par celte protestation : «Nous vous laissons juger ce qu'il vous plaira ; mais il n'en sera pas de méme de Dieu. Ainsi prenez bien garde à vous. Nous ne nous écarterons absolument point de la Parole de Dieu. »
Les prêtres pressbrent vivement le baptême des femmes. Gallicio ayant fait celte objection à l'un d'eux ; si ce bapiême est bon, d'où vient donc que les prêtres baplisent encore les eafaas qui ont 616 baptisés par une femme? Le prétre lui répondit; on ne fait qu'une répétition du baptême, en s'exprimant de la sorte : N., si tu es baptisé, je ne to baptise pas; mais si tu n'es pas baptisé; je te baptiso au nom ete. Gallicio lui répliqua ;" qu'il doutait done dela validité du baptéme d'unc femme. Là-dessus les seigneurs dépuiés laïques ne voulurent pas qu'on en parlât davantage #. — Petronio parla avec beaucoup d'emportement. Il raisonnait "sans citer la Sainte Ecriture et chargeait d'injures grossières les mi mistres et leur doctrine, de sorte que Porta lui parla une fois gravement sur ce sujet et ajouts, qu'il espérait La celte mauvaise gueule recevrait bientôt sa paroles, que quelques-uns regardèrent comme GB fro-
car peu de temps après, cet homme ambitieux, qui s'était older se voir un jour évêque de Coire, fut tué dans un tumulte, que des moines avaient excité contre lui. x
Caspar Campell fut condamné par s00 doyen Bursella à une amende de 5 florins. Après la dispute les seigneurs des ligues prononcèrent l'arrêt suivaot : « 1°. Que quand des enfans seraient mourans, on devrait autant qu'il se
pourrait, les porter à un prêtre, où à un ministre, pour
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les baptiser; qu'en leur absence un homme d'honneur pourrait leur administrer le bapléme ; et au défaut d'un homme d'honneur il serait permis de le faire à qui le pourraît. HI, Qu'à l'égard des autres articles, chacun pourrait croire ce dont il pourrait s'assurer d'en rendre compte devant Dieu. » Ce dernier article est tout à fait de bon sens, puisqu'après tout c’est de Dieu que relève uniquement la conscience, et que c’est à Lui seul que nous devons rendre comple de notre foi el de notre conduite. Au reste l'issue de cette dispute fut que les réformés en furent fortifiés, et que ceux qui chancelnient fürent affermis. Plusieurs adversaires se radoucirent et embrassérent dans la suite la religion réformée, eL peu de Lemps après, plusieurs Eglises considérables de la Haute et Basse Engadine, qui auparavant avaient en horreur la doctrine des réformés, l’embrassèrent avec joie, de sorle que dans peu d'années presque toute * celte province fut réformée par des prédicateursitaliens, M. Houinger fait ici une excellente réflexion : Celte aclion, dit-il, prouve clairement que tandis que d’un côté on trop pressé la réitération du baplème, en lui attribuant uoe vertu iahérenie, sauclifiante ct salutaire ; d'un autre côté où a Ô16 au ministère de l'Eglise le pouvoir que Dieu lui a donné et l'administration de l'oflice des clefs, et qu'en même temps toutes les fonctions des pasteurs, (à la réserve du St. Daptémo) ont été presque regardées comme des choses indiflérentes, el né gligées par la plupart des prêtres. * N'oublions pas de remarquer, que celle année encore les dépulés évangéliques des JUL Ligues accordèrent aux ministres par un 4 Anhorn, p. 43.
* Hoting. p. 747.
1538. pnumien sTNOLE À COIRE. [nl acte authentique signé et scellé, le poavoir de s'assembler toutes les années en synode, pour y délibéror sur les choses qui intéressent la gloire de Dieu et le bien do l'Eglise, Ea conséquence de celle concession, le 4" sy= node s'assembla l'annéo suivante 1538, et dès lors il s'est Loujours assemblé régulièrement le jeudi après lo dimanche de la Trinité. Il s'assemble alteraativement dans les Hi Ligues. Lorsqu'il s'assemble à Caire, la ville lui fait ordinairement un présent de cinquante écus, pour subvenir à ses dépenses. Les ministres do chaque ligue ont lour doyen, ot cos doyens président au syaode, Lour-à-tour, Dans ce syaode on fait la revue des minis- Lres; on y examine leur conduite et leur doctrine; et s'il s'en trouve quelqu'un qui mène une vie dérégléc, ou dent la doctrine ne soit pas pure, lo synode Le suspend, ou même le dépose tout à fait, 4cloa l'exigence du çus. On y pourvoit aussi aux besoins des Eglises, destituées de paslews; on y examine coux qui aspirent au saint ministère, et l'on donne l'ordinalion à ceux qui sont lrouvés capables. *
Les prédicateurs italiens, qui travaillèrent à la réformation de l'Engadine, urent puissamment sccondés par un gentilhomme du pays, nommé Fréderic de Salis, qui avait été en pension à Bâle, chez Simon Grynœus, où il appris à consaltre la doctrine de l'Evangile. Ml on était revenw avec de grands sentimens de piété, ét un grand zèle pour l'établisseineot de la religion réformée. Il contribua particulièrement à la réformation de l'Eglise de Samoda, par ses soins et par ses instruclions, prenant lui-même la peine d'insteuire un grand nombre de personnes dans les fondemens de la religion.
* Auhoru. p. 443.