TRAVAUX YOUR LA RÉUNION
11 fut dans la suite commissaire (comme on parle dans ce pays là, c'est-à-dire baïllif ou gouverneur) du comlé de Chiavenna, et il ÿ travailla avec beaucoup de zèle à l'avancement de la réformation. Le plus considérable de ces ministres, qui travaillaient avec lui, fut Jaques Bivoroni, surnommé Tuschell, dont la mémoire est eneore aujourd'hui en bénédiction chez les Grisons réformés, à cause des grands services qu'il à rendus à leurs Eglises !. .
IL. On a vu ci-dessus * los soins ol les mouvemens, que se donnèrent Bucer et quelques autres chrétions zélés, pour établir une bonné union entre les Eglises réformées de Suisse et celles de Saxe. Ils les continuèrent cette année el quelques-unes des suivantes, maïs sans succès. Îl est plus aisé de faire des traités de paix entre des états et des rois qui sont en guerre , que d'amener les théologiens à des trañés d'union et de concorde, On pointille, on chicane sur chaque article; et souvent pour quelque mot obscur, pour quelque expression équivoque, que les uns soutiennent et que les autres rejettent, on se brouille plus que jamais. Les états protestants d'Allemagne s'étant assemblés à Schmalcade, avec leurs principaux théologiens, au milieu de février, pour concerter ensemble les mesures qu'il y avait à prendre au sujet du concile fotur, que le pape Paul JE avait convoqué à Mantoue; auolqueruns de ces théotogiens proposèrent de statuer ce qu'on devait enseigner sur la Cène du Seigneur, et sur quelques cérémonies ecclési stiques. Les princes ne goûlèrent pas celte proposition et leur envoyèrent le chancelier de l'électeur de Saxe, avec un
Id, p. #5, M4.
eu Part. Tom, IV. Livre XII, pag. 78 ct suite.
DÉS fétisns PROTESTANTES. 5
autre gentilhomme, pour leur ordonner de ne rien règler que par rapport au concile. Cependant ils ne laïssèrent pas de meure par écrit une espèce de nouvelle confession de foi, composée de plusieurs articles, et où ils marquaient particulièrement ce qu'ils pensaient sur la Cène du Seigneur. Luther la compose, et la signa, et les autres la sigaërentaprès Int, C'est ce qu'on a appelé : les Articles de Schmalcade. Je ne les rapporte pas, parce qu'ils n'entrent pas dans mon plan. On peut les voir tout au long dans les annales ecclésiastiques d'Osiander, Je me contenterai de rapporter ici celui qui regarde la Ste. Cène « Quant au sacrément de l'autel, notre sentiment est, que le pain et le vin dans la Cène est le vrai corps et le sang de Christ ; et nous savons qu'ils sont donnés étreçus non seulement pur les bous chrétiens, mais aussi parles mauvais!» + |
Dans la même assemblée Bucer présenta de nouveau la confession helrétiqne, et l'éclaircissement * qu'on y avait joint nouvellement sur l'article de la Ste. Cène. On y lut ces deux pièces et elles furent généralement approuvées par los états ot par tous les théologians, sans en excopler Luther lui-mémo; de sorte qu'il semblait qu'il n'y avait plus qu'us pas à faire pour parvenir à la réunion tant désirée. Mais il arriva malbeureusement que Luther s0 trouva attaqué de la cruelle maladie de la pierre, de sorte qu'il ne put point écrire. Cependant comme plusieurs personnes sensées, même du plus haut rang, souhaitaient ardemment celte réunion ; Jean-Fréderie, électeur de Saxe, qui avait fait conduire Luther à Gotha à cause de sa maladie, lui députa Bucer et Bo-
! Lavater 97. Hospia 275. Osiander 253.
À Voyes le ai Tom IV. de mou Hist, de la Réf, Liv, XII, p. 95.
LL) PISPOTES LUTHÉRIENNES
niface Wolfhand, ou Lyeosthenes, ministre d'Ausgbourg, pour le solliciter à faire réponse aux Suisses. I s'en excusa sur sa maladie qui ne lui permettait pas d'écrire. Cependant il écrivit sur un billet à Jacob Meyer, bourgmaitre de Bâle, pour lui communiquer qu'ilavaitreçu la lettre des Eglises de Suisse el pour s'excuser de ce qu'il ne leur répondait pas à tous. En méme temps Mélancthon éerivit ausside Smalcalde aux Suisses, par ordre de l'électeur de Saxe, pour les prier de ne pas prendre en mauvaise part, si on ne leur répondait pasd'abord; les assurant, que dèsque Luther serait guéri, illeur éerirait. # A Ce dessein si louable en soi-même, d'établir ane solide union et une concorde entière entre les Eglises protestantes d'Allemagne et de Suisse, pensa causer une grande discorde dans l'Eglise de Berne, Lessentimens y étaient partagés, et tous les ecclésiastiques, ministres et profes seurs, ne pensaient pas de la même manière sur celte union, Les uns la souhaitaient avec ardeur, et jugenient qu'il fallait y entrer à quelque prix que ce fût; les autres souhaitaient aussi l'union de l'Eglise, mais ils netrouvaïent pas bon qu'on l'accoptêt aux dépends de la vérité. Les premiers étaient Pierre Konzen et Sébastian Meyer, avec quelques autres. Pierre Konzen * avait été appelé au ministère de Berne dès l'an 1535, pour remplir la place de François lb, à qui son grand âge et ses infirmités ne per= mettaient plus de travailler. Il avait étudié à Witteberg. - sous Luther et Mélanchton, eLil était entièrement dans les idées de Luther. À son retour dés académies il avait été
4 Ms. Grooss. Lavat. 85, 86. Haspin, 275, 274. 2 Voyez la vie de Pierre Konzon dans lo Bernerisek Mausoleum, AE Part, pe 477 ctsuiv,
À mERxe 45 pourvu de l'Eglise d'Erlenbach, dans le Bas-Sibenthal , où il avait fait beaucoup de fruit et introduit la réforme dans lout ce quartier de pays. El étaitcomme Luther, son maître, d'un tempérament vif et impétueux; et comme d'ailleurs il était fort considéré à Berne: il voulait faire passer ses sentimens avec trop de hauteur, etne pouvait pan ARTE ponte Eee en ce Er) était secondé dans ses idées par Sébastien Meyer, ! qui ayant êté congédié de Berne, l'a l'an 1524 à cause des disputes de religion, y'avait été rappolé honorablement l'on 1586 pour remplir la place de pasteur qui était devenue vacante par la mort prématurée de Berchtold Haller. 11 enscignait que le corps du Seigneur est dans le sacrement d'une certaine maniorc surnalurelle et inexprimoble! Mais Ernsme Ritter, ministre, et Cagpar Grosman», professeur en théologie, étaient dans des idées différentes ; et cela produisait des disputes entre ces docteurs, au sujet de la concorde que l’on cherchait à établir. Les premiers accusaient les autres de ne reconnaître daus la Ste Cène que des signes vides de réalité, e1 d'introduire uno ospèce de fanalisme par la participation spirituelle qu'ils enscignaicnl, Ceux-ci de leur côté usaiont de récriminalion el accusaient leurs adversaires lothéranizans, de faire redescendre Jésus- Christ du ciel et du séjour de la gloire en terre, par leur -manducation corporelle du corps de Christ, et de faire de ce corps sacré une pâlure du ventre, contre la nature des sacremens, qui sont établis pour nourrir ot forifier l'ame.
Pour arrêter de bonne heure le cours de ce mal et terminer ces divisions, les seigneurs de Berne convo-
2 Yoyos ss viodinsle même livre. Bart. surtout depuis In p. 216
36 SYNODÉ À HERNE.
quèrent un synode dans leur capitale pour le 31 mai. * Ge synode composé d'environ * 300 ministres dura deux jours ét l’on y convinit de la résolution suivante :
« LE. BE. ayant jugé très-nécessaire pour des raisons importantes de convoquer un synode ; après une longne délibération, et après avoir ouî toutes les parties et leurs sentimens, que pour cause de briéveté il n'est pas nécessaire de rapporter ici, après les informations prises dans toutes les classes pour éclaircir chaque chose, il a été conelu que chacun de nous enseignera conformément au contenu de la dispute tenue dans cette ville, à la eonfession de foi dressée à Bâle, envoyée à Luther; et que cependant on s'abstiendra de ces termes inusilés : pré= sence réelle, corporelle, naturelle, surnaturelle, chare nelle, invisible, miraculeuse ct inexprimable. De plus, que quand il se rencontrera des expressions figurées, particulièrement au sujet du sacrement de la Ste Cène, on doit d'abord les expliquer selon l'usage et le sens du <ynode de celte Eglisèz »
Cette résolution fut agréée des ministres, qui étaiont présenset qui tous, (sans en excepter Meyer) l'approuvè= ront ot promirent des” conformer. Quand elle eut été rap portée en conseil souverain, le 8 juin, les seigneurs l'ap-
L aussi, ot la confirmèrent, ordonnant à tous leuré ministres de s’y conformer ausei bien qu'au sÿnode de l'an 1582 publié par leur ordre. *
A. Lesynode de Berne fut aussi occupé à examiner le différend qui s'était élevé à Lausanne entre Pierre Caroli d'un côté, et Farel, Calvin et Viret de l'autre.
4 Ms. Grooss. Lavat. 86. Farel Ep. p. 214, 22. # Iosot. 1V,7 3 Inotr, D. de A°, 1057.
18 ÉAROLE, qui enfin découvrit la turpitude de son avarice, à l'occasion d'un sacrilège qu'il avait commis en gardant pour lui une collecte qu'il avait fait pour les pauvres ! ‘ Bientôt apres se ft la dispute de Genève, dont j'ai parlé ailleurs. * Carol y parut et dispula pour le parti catholique, résolu pourtant d'embrasser la religion ré= formée, mais apparemment pour y faire briller son savoir et pour faire sa cour aux réformés; car chaque fois qu'il disputait, il commençait toujours par dire, que s'il faisait des objections ce n'était pas qu'il improuvât la doctrine de Farel et de Viret, qui était sainte ot ortho= doxe, qu'au contraire il entrait de tout son cœur dans leurs sentimens. Mais que c'était seulement pour faire tant mieux connaître combien la vérité de Jésus-Christ est forte et impénétrable à tous les traits des papistes. ? Sa vanité parut en ce que dès l'ouverture de la dis= pute il mit sur le tapis celte question : « A l'égard de quelle nature Jésus-Christ a la domination du ciel et de Ta terre? Car, disait-l, si c’est à l'égard de la nature divine; celte domination né lui a pas été donnée depuis" son incarnolion, Si c'est à l'égard de la nature humaine elle est dévolue à sa mère par droit d'héritage, depuis qu'il est mort sans enfant. » Farel répondit à cette ob= + jection, maîs avant que de le faire il lui représenta qu'on n'était pas là pour traiter de cos sortes de questions; que: le but de la dispote était de montrer à ce peuple assem= blé; que la doctrine des réformés est véritable et tirée dés la Parole de Dieu; que la religion des papistes au con= Araire est impie et pleine d'al ‘abominations ; qu'ainsi il fal=
‘+. Gallas. p. 20. 24. ve.
3 te. de ls Ré, de Sutue T. Hp. 350 etc.
3%, Gallas, p. a.
20 CANOLI PASTEUR À LAUSANNE.
bailliage. Mais LL. EE, de Berne le renvoyèrent à Lau sanne avec une vire censure, et le recommandèrent à P. Viet en ces termes - « Nous vous avons destiné ledocteur Carol pour collègue dans le ministère. Comme il est nouveau venw, vous le dirigerez par vos conseils, et vousJui montrerez comment il doit se conduire, selon votre prudence et l'expérience que vous avez dans cette Eglise-M. ! Cela arriva au commencement de novenibré de l'an 1496. ? Caroli se contint perdant quelque temps dans les bornes de la modération chrétienne; mais au bout de peu de moïs Viret étant allé faire un tour à Ge= nève, il crut devoir proliter de son absence, et, étant monté en chaire, au lieu de prêcher à la manière aceoutumée, {se mit à lire un papier écrit cn Forme de thèses, . oùil prétendit prouver la nécessité de prier pour les morts, et finit la lecture en disant qu'il ne prétendait » point rocovoir des leçans d'un jeune homme; * voulant désigner par là Viret, du moins les gens sensés qui l'en tendirenl le crurent ainsi. On en donna avis à VireL qui revint incessamment à Lausanne et lui Gt des reproches" de ce qu'il avait prêché sans sa partic:
nouvelle. « Je suis votre collègue , disait-il, nous devons nous communiquer nos pensées el ne rien précher de particulier, l'an sans l’autre, Si vous avez acquis quelque nouvelle lumière, découvert quelque mystère, ayez lw bonté de m'en faire part. Vous savez que je suis docile. Si vous me montrez quelque chose de meilleur que ce, que j'ai appris jusqu'à présent, je l'embrasserai volons tiers. Mais si vous avez préché quelque doctrine crronée,
2 CAROLI ACCUSE D'AMIAMISME
publique, pour l'acquit de ma conscience, j'ai, honorables Seigneurs; j'ai quelque chose à vous exposer que j'ai long-temp# caché sous silence et dissimulé. C'est qu'il y a plusieurs ministres, tant à Genève que dans voire pays, qui sont infectés de l'impiété arienne; » et tout de suite il fit une longue liste de ministres, gens de bien , qu'il chargeait par cette accusation; mais sans en donner aucune preuve. * Tout le monde fut surpris de celte équipée à laquelle on ne s'attendait pas, — Calvin lui répondit sur le el :
a I y a peu de jours, dit-il, Eu Caroli me donnañ manger. J'étais alors son trés-cher frère. Il me chargeaît * de faire ses complimens à Farel. I] traitait de frères tous ceux qu'il accuse aujourd'hui d'être hérétiques. El pro= vestait qu'il voulait perpétuellement entreténir une union fraternelle avec nous. Il ne faisait nulle mention d'aria- ‘nisme! Où était alors la gloire de Dieu P Où était l'hon= eur des seigneurs de Berne? Où était la pureté de la foi? Où était l'unitéide l'Eglise ? Ou il faut que vous ayez été perde à Dieu ei aux hommes, eu que vous ayez wahi méchamment la vérité, où hien il doit paraître clairement devant tout Île monde que c'est un autre motif que celui que vous prélextez, qui vous a engagé à porter celle aceusation. Car, où était votre conscience , de faire déjà deux fois la Ste:-Cène avec un collègue arien ? Si vou une étincelle de vraie piété ou de zèle-pur, souffririez-vous, sans mot dire, que vos frères el vos collègues reniassent le Fils de Dieu? Voudriez-vous vous souiller de la contagion d'une telle i impiété, en commu niquantavec eux? Mais supposé qu'il n'importe point de savoir quel est ce zèle qui vous anime; je vous demande:
Via p. 2 55.
En sYNODR À LAUSANE ent de se joindre à eux pour obtenir de LE, BE. la con= vocation'd’un synode à Lausanne. Le lendemain Calvin et Viret parurent devant le sénat; ils y exposèrent l'aceu« sation que Cerok avait portée contre plusieurs ministres, et demandèrent la convocation d'un synode. Le sénat leur promit d'en convoquer un incessamment, * * En effet, peu de jours après, vers le milieu de mars, le synode fut convoqué à Lausanne, Il s'y trouva plus de cent ministres du canton de Berne, une vingtaine du comté de Neuchâtel, et 1rois de Genève, Farel, Calvin et Corauld.— Caroli, que la peur avait d'abord saisi et qui s'était sauvé à Neuchâtel , ayant repris cou rage, #3 rendit aussi. L'assemblée fut formée dans le temple de St.-François, Gaspar Grosmann, ou Mégander, théologien de Berne, qui avait été député avec quelques seigacursde l'Etat et qui dirigeait, l’action après la prière, proposa à l'assemblée l'accusation que Caroli avait por= tée contre plusieurs ministres, de n'avoir pas des senli= mens droits sur la Sie.- Trinité et sur la divinité éternelle de Jésus-Christ.— Comme les trois ministres de Genève étaient, venus là de leur propre mouvement et sans étre, appelés, et qu'on w’avait rien à leur demander, Mégander s'adressa d’abord à Viret et lui demanda quel était son sentiment sur celle importante matière. Viree donna sa confession en ces termes : « Eu confessant un seul Dieu nous comprenons le Père avec sa Parole éter= nelle et son Esprit sous une seule essence de divinité. Bt en appelant Dieu le Père, nous entendons queson Fils et. son éspri sont avec lui un vrai Dieu éternel, Cependant nous ne confondons pas le père avec la Parole, ni la Parole avec l'Esprit. Car nous croyons que le Fils est
A L'OCCASION DE CAROL, Lu autre que le Père, et que l'Esprit aussi est différent du Fils; quoiqu'il n'y ait qu'une seule essence, C'est pourquoi aussi nous ne disons pas que le Père nile S4.-Esprit ait été fait chair, mais seulement la Parole; en sorte que Jésus-Christ seul est vrai Dieu et vrai homme. Car il a revêtu notre eboir dans le temps déterminé pour notre rédemption; il a participé à notre humanité , les doux nolores n'étant point confondues en lui, mais unies. » ! — Virét ayant donné celte confession, elle fat remise par écrit aux seigneurs députés de Berne, pour ln présenter au sénat, Caroli la critiqua et fit un long discours pour montrer, qu'elle était trop courte, Lrop obscure et trop sèche. Après quoi il se mit à réciter le symbole du premier concile de Nicée, et celui de St.-Athanse ; mais il le fil avec des gestes si pou graves, et des mousemens de léte el de corps #i exiravagans, qu'il ft rire toute celte grave assemblée. Après avoir réeité les trois premicrs articles du symbole de St.-Athanase, il demeura court au quatrième; c'est pourquoi, changeant de discours, il revint à joler des soupçons sur la foi de plusieurs ministres.
Calvin l'ayant écouté jusqu'à la fin, sans l'intcerompre, se leva et fit un long discours pour se justifier ct pour rendre raison de sa foi, D'abord'il se plaignit vivement dela méchanceté do Caroli, qui, sans autre cause qu'une passion criminelle qui l'animait, troublait l'Eglise et em- Péchait les progrès de l'Evangile por des accusations atroces qu'il portait contre des pérsonnages, non-seulement innocens, mais même qui avaient rondu de grands services à l'Eglise, Venant ensuite au fait: « Caroli,
26 CALVIN SE AUSTITIE,
dit-il, nous fait une querelle sur la nature de Dieu et sur la distinction des personnes en Dieu ; mais moi, je reprends la chose de plus haut, et je lui demande, s'il croit qu'il y ait un Dieu? car je proteste devant Dieu et devaot les hommes qu'il n'a pas plus de foi qu'un chien ou un pourçeau. » El il raconta en même temps à quelle occasion Caroli leur avait fait à tous si brusquement une querelle de cette nature; et afño qu'on ne pôt pasidire que les ministres de Genève ne s'étaient pas purgés, äl donva une longue confession de sa foi qui avait été ap+ prouvée par ses collègues. ‘ Je la rapporterais Loute en= lière, si sa doctrine n'était pas suffisamment connue par ses ouvrages ; je me conlenterai donc, pour ne pas grossir inutilement mes extraits, de la donner ici en abrégé, en le faisant parler lui-même : « L'homme étant nalurellement aveugle, quand il s'agit de connaître la majesté de Dieu , de sorte qu'il ne peut que tomber dans diverses erreurs, lorsqu'il veut juger de lui par lui-même, nous ne devons le chercher que dans sa Parole, et ne parler de lui que selon sa Parole, etc. Voulant done donner une confession de foi, que tous les gens de bien puissent approuver, nous la ferons suivünt la rogle que nous avons dans la Parole de Dieu; car la foi est par V'ouïe et l’ouïe par la Parole de Dieu , etc. Ce n'est pas que nous ne voulions admétire d'autre confession de foi que celle qui est composée de paroles de l'Ecriture cousucs superslitieusement ensemble, mais nous soute nons, qu'elle doit étre conçue dans des termes, qui expriment avec précision le sens de l'Ecriture, et qui ne présentent rien de choquant aux orcilles des gens du bien, ete.
Sa CONFESHON DE rOù “ » 1. Nous croyons et nous ndorons un seul Dieu que l'Ecriture sainte nous annonce, el tel qu'elle nous le décrit, savoir : d'une essence éternelle, infinie et spiritelle, qui a seul en lui-même et de lui-même la vertu de subsister et qui la donne à toutes les créstures. Nous rejetons les Anthropomorphites avee leur Dieu corporel et les Manichéens avec leurs deux principes.
= IL. Cependant nous reconnaissons dans une seule essenco divine le Père avec sa Parole éternelle ct son Esprit. Et cn employant eolte distinction, nous ne nous imagioons pas trois dieux, comme si le Porc était quelque autre chose que la Parole; d’un autre côté nous ne regardons pas ces noms comme de simples épithèses qui servent à désigner Dicu on diverses manières, : selon ses œuvres, mais nous croyons, avec les écrivains sers tiques, que dans ln très-simplo unité de Dieu il y a ces iroïs hypostases, c. d, subsistances, qui, quoiqu'elles ne sont que dans une seule et méme essence, ne sont point confondues entre'lles. Ainsi quoique le Père Soit un seal Dieu avec lu Parole et son Esprit, cependant le Père n'est pas la Parole et la Parole n'est pas l'Esprit. » HIT. Cela se prouve solidement par le 1& de l’Ecriture , qui donne au Fils les noms de Dieu et lui attribue la gloire et les œuvres de Dieu, et parcillement l'au St.-Esprit, et nous ordonnant de baptiser au nom ASE Sp Sepi ci notre Dieu celui au nom duquel nous sommes bap- Cependant cette même Ecritare nous fait entendre qu'il y a quelque distinetion entre Je Père ei la Parole, Ventre la Parole et le St.-Esprit : ninsi nous reconnaissons dans une seule essence éternelle et infinie, le Père avec la Parole ot le St.-Esprit, mais sans confondre le Père avec la Parole, ni la Parole avec le St-Esprit. Nous
Li CONFESSION DE FOI DE CALVIN.
réjelons l'extravagance d'Arius qui dépouillait le Fils de et celle de Macédonius qui n'enten-
daÿt par le St.-Esprit que les dons de la grâce que Diou
répandsur les hommes. Mais nous n'admetions pas mieux
l'erreur de Sabellius qui no voulait reconnaître aucune
distinction entre le Père, le Fils et le St.-Esprit,
» IV. Et quant à Jésus-Christ, nous reconnaissons en lui deux natures ; car avant qu’il revétit notre chair, il était la Parole éternelle engendrée du Père avant les siècles, vrai Dieu, d’une même essence, puissance a majesté avec le Père, Jehova même, qui a tonjours existé de lui-même et a donné aux autres la vertu de subsister, elc. ; et en lui donnant le nom de Parole, nous n'entendons pas une parole qui frappe l'air et qui passe ; mais la sagesse qui réside perpétucllement auprès dé Dieu, et qui a été la source de toutes les prophéties.
# V. Quoique l'Ecriture nous propose distinclement ces propriétés, attribuant à Jésus-Christ tantôt ée qui s'appartient qu'à Dieu, tantôt ce qui convient à l'homme, cependant elle exprime aussi de telle manière la conjonction de ces propriétés qui est en Jésus-Christ, qu'elle les communique quelquefois entre elles, comme quand il est dit que * Dieu a acquis l'Eglise par son song, el que ? le Fils de l'homme est dans le ciel, pendant qu'il, était encore sur la terre ; façon de parler que les anciens, ont appelé : communication de propriétés, ete. #
» Ainsi nous condamnons Lous ceux qui veulent où renverser, ou diminuer ou obscurcir la majesté divine
AIbid. 58 — 45.
Y Act, XX.
# Sean 1.
A Ibid. A5 — 45.
# EAnOET EN ADPRLLE À RERNE vous n'avez pas pu venir jusqu’au 4° article du symbole d'Athanase. Que deviendriez-vous donc, si la mort vous saisissait maintenant, et que le diable voulüt vous avoir, puisque vous vous êtes formellement dévoué à la perdition, éternelle si vous n'étiez armé de ce bouclier. » Et pour ce quai est du symbole, que répondriez-vous, si je vous niais que ce symbole soit l'ouvrage du concile de Nicée? Car il n'est pas croyable, que les Sts.-Pères, voulant comprendre les choses les plus nécessaires dans un formulaire avec toute La brièvelé possible, se soient servis de vaines répétitions comme celles-ci; « Dieu de Dieu, lamière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ete. » St.-Augustin lui-même, tout zélé qu'il est pour ce sym= bole, en combat fortement cet article ; « Je crois en la. Ste. Eglise. » Il soutient que c'est un mystère de parler vicieuse, et traite d'ignorans ceux qui s’en servent, elc. Enfin, pour couper court, le synode ayant entendu les partis etexaminé mûrement la matière, reçut la confes= sion des ministres de Geneve comme benne et orthodoxe, et déclara Caroli coupable de calomnie, et jugea
qu'il méritait d'être déposé comme indigne d'exercer le saint ministère. !
Caroli appela à Berne de cette sentence. À cette 0c= casion los seigneurs de Berne appelèrent les parties au synode de leur capitale qui été convoqué vers la fin de msi, comme je l'ai déjà dit. Le conseil souverain assista, On y examina l'accusation que Caroli avait contre Farel, Calvin et Viret, et contre divers ministres du Pays-de-Vaud. Cette affaire fut tr Ÿ gravité et l'attention que l'importanc je Caroli plaïda pour soutenir son accusation avec beaucoup
bid A6, 47 60.
AT PARAIT DEVANT LE SYNODE. EL de hauteur et de confiance; mais avec peu de sincérité. Les trois docteurs lai répondirent, et il ne leur fut pas difficile de le convaincre d'imposture et de se justifier devant cette auguste assemblée. Aussi les juges-1-elle innocens, et les déchargea de l'accusation que Carok
. avait portée contre aux, ! Ceja étant fait, LL. EE, demandèrent à Farel, à Calvin et à Viret, s'ils avaient à dire quelque chose contre Caroli; voulant, S'il s'était rendu coupable par quelque endroît dans son ministère, qu'on le rapportät. Ceroli eonsterné s’opposa d'abord à cela, disant que des gens qu'il venait d'accaser de crime atroce, ne pouvaïiont pas étre requs légitimement à por ler des accusations contre lui. Le sépat lui répondit : qu'il les avait bien accusés, mais qu'il avait été fort éloigné de prouver son accusation, et ordonua de nouveau aux trois docteurs de dire librement ce qu'ils jugeraient à propos. Caroli voyant qu'ilne gagnaitrien par ses subterfages, crut qu’il ferait bien de prévenir leurs aceusations en s'accosant lui-même. Il déclara donc publiquement les fautes qu'il avait commises, la débauche où il était tombé en France à l'égard des femmes, ei la perfidie avec laquelle il avait non seulement dissimulé ses sentimens en matière de religion, mnis même livré aux perséeuteurs deux jeunes hommes dé sa connaîssance, dont il
“approuvait la conduite dans le fond de son cœur .Quand “iLeut Bai, Farel se leva, et lui reprochant de n'avoir pas tout dit, il rapporta les débauches honteuses dans lesquelles Caroli avait vécu à Paris avec des femmes pros Aituées, jusques-là qu'il avait été accusé d'entretenir cinq ou six femmes à la fois. 11 explique aussi plus au long l'affaire des deux jeunes hommes, dont Caroli n'a-
* Ibid. 6$. 66, Vie de Calvin.
EL] VIRE BY GARDLI vait parlé qu'obseurément, Dans le 1emps que Carol élait curé d'Alençon, un jour de la Fêto-Dicu et Landis qu'on portait solennollement en procession le vénérable, deux jeunes hommes animés d'un zèle indiscret, g'avi= sèrent de pendre quelques images. Le peuple en fureur les suisit ot les traîna en prison, et Caroli les y lit garder rivée de doux juges, qu'il savait étre des perséculeurs ou platôt des bourreoux inhumains, lou Jours prêls à répandre le sang; de sorte qu'il [ut caase que ces deux jeunes hommes, qui n'cussent mérité tout au plus qu'un léger châtiment, perdirent misérablement la vie par la main du bourreau. *
Viret se leva ensuite, et voulut d'abord rapporter la conduite que Caroli avait tenue à Lausanne pendantle court espace de temps qu'il y avait exercé le ministère. Mais l'assemblée lui ordonna de proposer en peu de mots la dispute qu'il avait eue avec Coroli au sujet dela prière pour Les morts. Comme il allait parler, Garoli prit la pas role et dit, qu'il voulait apporter les preuves sur les quelles il fondait sa doctrine. Viret y consentit; mais pour ne pus allonger l'action mal à propos, ik fut convenu que Caroli donnerait ses raisons par écrit, et Vireb. sa réponse de la même mon Je rapporterai l'use et l'autre de ces pièces en abrégé :
Caroli posa donc cette se « L'Eglise catholique an |
ie pieusement pour tous les fidèles qui sont morts, ao qu'ils soient délivrés de la mort, et qu'ils ob tiennent la vie du siècle avenir. » Pour la prouver ileup: posoit deux choses : 1°. Que les fidèles morts sont mem bres.de l'Eglise de Jésus-Christ ; RES ? Dieu ne prend
1 Lib. cit. p. 66. 67 — 70.
# Matth, XXL Hébe, XI,
ANGOMEXS DE CAROL, 5 point à honte de s'appeler leur Dieu; que Jésus-Christ # est mort el est ressuscité, afin qu'il ait la domination sue les morts etsurles vivans. St, Augustin dit aussi; * « Les ames des geus de bien morts ne sont point séparées de l'Eglise; » 2. Que ceux qui sont morts ul n'ont pas encore reçu les promesses nila parfaite qui les attend ; car ils attendent l'immortalité de Jeurs corps. cle. — Cela supposé il alléguait les raisons suivanles :
19. « Jésus-Christ a prié pour tous leflélus, tant pour ceux qui avaient vécu avant loi, que pour ceux qûi vivaïent alors, et pour ceux qui vivraient dans la suite ; car il s'est offert pour eux. Or il a prié efficacement pour tous ceux pour lesquels il s'est offert; Gone pour les fidèles morts. Or il demandait pod ceux qui sont ses membres, l'accomplissement des promesses évangéliques, savoir : la résurrection et la vie avenir.
29. » Jésus-Christ prie maintenant pour tous ses mem bres, demandant qu'ils soient accomplis. Les morts sont membres de son corps, par la première suppositioæ. Doncetc.
30: » Jésus-Christ vivant dans une chair passsible, x prié d'être délivré de la mort, €. d. d'être ressuscité, Je
is done demander la même chose pour moi par lui,
Dee puis por moi, je le puis pour tout le corps de
, Les Ru er Rom.
VAXL Non seulement toute créature est en travail etc.
fans de Dieu, et rédemption de leurs corps ; done il Thom. XIV.
% DeGiv. Dec, Lib, XX. C. 0.
5 ANGUMENS DH CAROL.
la' demandait; car « soupirer et demander » viennent de la même sourceComme St. Paul demandait pour tous les élus, j'en dois faire autant,
5°. » Jésus-Christ nous a appris à prier, que le règne de Dicuvienge, Mais le rogne de Dieu ne scra pas accompli qu'a la résurrection, lorsque le péché ot la mort seront détruits, et que Jésus-Christ remettra le règne à Dicu. Celui donc qui dit; ton règne vionne, demande Ja résurrection et la vie éternelle.
80, «Il nous a aussi appris à diré : « Délivre-nous du malinl Par conséquent; du péché, de la mort et de l'enfor,
7. » La charité exige que je demande pour mon frère le même bien que je demande pour moi, non seulement pendant celte vie, mais aussi après Ja mort. Si je dois prier pour ÎL nt qu'il ait rondu l'esprit; pourquoi la mort le priverait-elle de cet office de charité?
89. » Enfin on peut demander sainlement lout ce que Dieu a promif et qu'il n'a pasencore exécuté; telle qu'est la résurreelion et la vie éternelle. On peut donc prier, pour la résurrection des morte, ele. { »
Voici ca abrégé ce que Viret répondait à ces raïsons ;
19, » Ce qui estdit que Jésus-Christ a prié pour tous ses élus sans en oxcepler ceux qui avaient vécu avant sa venue, L. ne #6 rapporte pas à loute sorle de prières mais à celle qu'il fit sur son sacrilice, demandont qufil fût accepté de son Père pour la rédemption dos fidèles. Elle est donc tellement liée avoc ce sacrilice qu'il fautla ! limiter à cela ote. LE. Que si l'on voul tirer à conséquence <eue prière do Jésus-Christ, il faul imiter son exemple en demandant comme lui, non que les morts ressus-
Mlbid, 71-73.
NÉTETATION DE VIREr. ss
éitent en gloire, mais que leurs péchés leur soient par-
+ donnés. IE. Jésus-Christ dans sa prière n'a point fait
mention des morts, mais des apôtres premièrement, eb
ensuile de tous ceux qui eroîraient en lui, EV. n'y de-
mande autre chose pour ses élus, sinon qu'ils soient
gardés du malin; ce qui ne se rapporte pas aux morts. ele.
29. » Il en faut dire toutautant de son iatercession dans le ciel, qui n'est natre chose que la vertu éternelle de sa mort et de sa résurrection, Sa mort est une espèce d’intercession éternelle pour la rémission des péchés, et la résurrection une fntercession pour la vie éternelle. I ny a nulle conséquence de là à nos prières.
80. » La prière dont parle l'auteur de l'Epitre aux Hébreux est celle que rapportent les évangélistes : « Père! s'il êst possible que celte -coupe passe etc. » F1 quand on accorderait que Jésus-Christ demandait sa résurrec= tion, cela ne Lire point à conséquence pour nous; parce qu'il n'est pas nécessaire que nous réssuscilions avant l'accomplissement du règne de Jésus-Christ; aa lieu que Jésus-Christ élant le fondement de l'espérance de la vie pour les autres hommes, il était nécessaire qu'il ressuscilôt promptement.
4. = Si les enfans de Dicu soupirent, c'est parce qu'ils sont scellés par l'Esprit de Dicu qui est en cux une ar- “he de leur bienheureuse résurrection. Mais il ne s'en suit pus do là qu'il faille soupirer l'un pour l'autre. IL n'es pas vrai que dans le passage allégué, Rom. VIIL St, Paul aît soapiré pour lui-même et pour les autres en mémelemps; ear ses paroles supposent la certitude du salut, qui est la source de ces soupirs ; of, je ne sais pas, si un autre est assuré de son salut. D'ailleurs quand l'Écriture rapporte ces désirs des saints, elle en exprime
5 vaikurs Pan LE8 NONTS. Ê en méme Lemps la cause, qui est non lant l'envie de voir hôter le jour du Seigneur, que l'ennui que leur causent les misères de colle vie et surtout le péché. 5°, » Quand nous demandons que le règne de Dieu vienne, cela regarde la gloire de Dieu plutôt que notre avantage. EL. D'ailleurs on n'y demande pas que Dieu veuille hâter le jour du jugement ( car ce serait deman= der une chose préjudiciable à ce règne plutôt qu'avantageuse. ) Mais qu'il fasse luire la lumière de son Esprit dans ses élus, el qu'il résiste par sa puissance à ses ad- +ersaires jusqu'au jou qui améncra la perfection de son règne. LL. A raisonner comme fait Caroli, on peut prier pour Jésus-Christ, pour les anges, pour le ciel, pour ln terre et pour Loutes les créatures, ct demander pour elles, qu'elles soient délivrées de la corruption et que toutes choses soient faites nouvelles, car cela ausbi a été prédit.
6°. » Quant au malin, dont nous prions Dicu de nous délivrer, ce n’est autre chose que la tentation même, que nous prions Dion de délournor; en sorte que des deux membres de colte demande, le socond n'est qu'une © explication du premier, Dé là vient que St. Luc ! ne l'a point rapporté. C'est là la signification ordinaire de ca, mot dans l'Evangile. Matth. XIIL 1 Jean I. Eph. VE. JL Thosal, HE, Joou XVIL, où Jésus-Christ prie 4 Père, non d'ôter les siens dé ce monde, mais de les livrer da malin, faisant sentir qu'autre est le malin, dont il s'agit et autre d'être té du monde, ce qui signifie . |
A tci Viset s'ost rapporté à la Volgato, qui efoctivemont m'a point ces mots : Sad libera mas æ mule, Mais il aurait di plutôt, sen rapporter aux msc. grecs, qui lous contiennent ces pa roles, aussi bien que la Version Syriaquo. Quant au reste, eottn petite énexactitude ne détruit on rien la solidité de sa réponse.