‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 30 sur 112 · NÉGOCIATION DU DUC AUPRÈS DE L'EMPENKUR · texte numérisé non relu

NÉGOCIATION DU DUC AUPRÈS DE L'EMPENKUR

qu'ils en avaicot été affranchis, on ne les avait plus inquiélés pour ce sujet. Les cantons approuvèrent leur conduite el résolurent de les soutenir. Ils écrivirent même à l'empereur le 27 mars 1542, pour lui représenter les droits du louable corps helvétique, et le prier d'imposer silence au procureur fiscal de la chambre impériale de Spire. Gette lettre ne produisit pas tout l'effet qu'on en aurait pu attendre, Le procureur fiscal de celte chambre impériale continua ses sommations à la ville de Bâle, eu à l'abbé de St. Gall, Les Bernois furent d'avis qu'on les soutint l'un et l'autre, et ordonnèrent à leurs députés, le 11 février 1543; à la diète de Bâle, de faire chercher dns les archives le diplômo de l'empereur Maximilien , qui contenait l'exemption dont on vient de parler, accordée aux canlons, à leurs sujets, et à tous les membres dé leur confédération. !

Le due de Savoie, pendant le temps de sn prospérité, avait toujours refusé de reconnaître 604 liaisons de vasselage avec l'empire à cause de son duché. Maïs dès qu'il oût été dépouillé de ce duché et du Piémont par le roi de France, el des Pays-de-Vaud et de Chablais parles Bornoïs, les Fribourgeoïs et les Vallaisans , il recourut. à l'empereur, son beau-frère, et à In diète de l'empire, pour pouvoir rentrer dans ses états por leur moyen, Il parut en personne l'an 1541 , à la diète de Ralisbonne, offrant de faire hommage à l'empire de ses terres, D'un autre côté le roi de France, pour parer le coup, ÿ envoya aussi on ambassadeur, nommé Raimond, chargé d'offrir à la dièto de prêter hommage à l'empire pour le duché de Savoie, dont il s'était emparë, Les états de

* Steuler 1, pe 12%, b, Grand [. fuform. in supplem. p.71. * Inste. 20 et 88.

ALLES N'AMÈNENT AUCUN RÉSULTAT. 177 Vempire ne furent pas disposés à agréer la proposition du roi de France, qui depuis longtemps était ennemi déclaré de l'empereur. Cependant on ne put pas employer la force pour rétablir le duc. Les circonstances du temps ne le permettaient pas. On prit donc le parti d'écrire au nom de l'empire aux neuf cantons de Zurich, Lucerne, Uri, Schwyu, Unterwald, Zoug , Glaris , Schaffouse et Appenzell, en date du 22 avril 1541, pour les engager à disposer les états de Berne, de Fribourg et de Vallais, à restituer au duc de Savoie les terres qu’ils lui avaient prises. Ces neuf cantons communiquèrent celle lettre aux députés des lrois états intéressés, qui y répondirent de bouche, et rendirent raison de leur conduite et de leur refus. ‘ L'année suivante 1542, les députés de Ferdinand, roi des Romains et ceux des princes ct états de l'empire, assemblés à Spire, revinrent encore à la charge, el écrivirent aux dix cantons non intéressés, (le 6 mai }, pour les prier de porter les Bernois et les Fribourgeois à rendre au duc de Savoie les pays qu'ils loi avaient pris. Les cantons firent voir cette lettre à leur première assemblée au deux cantons intéressés, et Les pressèrent d'y faire réponse. Les Bernoïs répondirent, qu'ils écriraient eux-mêmes à ces princes au sujet de celle affaire, sans qu'il fut nécessaire d’en importuner les cantons. Ceux-ci ne furent pes contens de celte réponse et exhortèrent les Bernois à' faire réflexion sur les maux qui pourraient leur arriver s'ils s'opiniétraient à garder ce pays; mais cependant les Bernoïs furent fermes, et la chose en demeura là. ? Il arriva dans le même temps que Baptiste de l'Ile, en-

4 Calv. Ep. 38. Stettler 1. c.

* MSC. Amp p. 178.

178 NÉGOGIATIONS DE HasRIGACE voyé de l'empereur en Suisse, écrivit à son maître que Jés Bernoïs avaient fait un traité avec le roi de France, pour contrer en Bourgogne. Ceuxsei l'ayant su, lui en donnèrent un démenti. !

Boisrigaot, ambassadeur de Franco on Suisse , pro posa aux deux villes de Fribourg ei de Soleure, de eautioñmer le roi, 08 maftré, auprès des villes de Strasbourg ou de Constänée, pour la smme de 200 mille éoûs , leur offrant pour assurance au lieu de rière-caution, les comtés de Genevois el de Neuchâtel, avec pro: messe de donner ün équivalent pour ce dernioncomié à la duchesse dé Longuéville à qui il appartenait. H proposa encore en particulier aux Bernois de se saisir dé la Val d'Aoste atec le secours des Vallaisans et des troupes du rol , et d'accorder ensuite le passage par leurs terres h 1500 Suisses, qu'il avait lovés, pour mettre en garnison dans les villes de Piémont. Enfin il leur représénta, que comte il d'y avait point encore lieu de eroîre que le roi son maître pûl avoir la paix avoc l'emperenr et le duc de Savoie, il était Lout-isfait à propos d'établir une bonneintelligence entre là cour de France ct eux, et d'admeltre le pays de Savoie dans la paix faite, quelques an nées auparavant, l'an 4516 k Fribourg. Les Bernois cons senlirent ïcedernierartielé, et après quelques difficultés

ecordèrent encore le passage demandé pour les 1600 Suisses; mais quant à la conqaëte de Ia Val d'Aoste, ils n'en voulurent rien, Ce pays ne leur convenritullement: Il ne leur convenait pas mieux d'avoir si près d'oux mn voisin plus puissant qu'eux. Quad ils eurent appris ln nôgociation de Boïsrigaut nvec les villes de Fribourg @t de Soloure, ils s'y opposèrent vivement. Comme ils en

% Ensir, 61

AVEC FRIROURG ET SOEUR. Lu voyaient alors, le 20 janvier, des députés à Neuchâtel pour l'affaire de Forcl, ils les chargèrent de parler decette négociation à De Prangins, gouverneur du comié de Neu« <hâtel, de lui représenter qu'ils ne souîriraient point que ces deux villes qui étañent catholiques fussent mises en possession de Neuchâtel, non pas méme par voie de simple engagement où d'antichrèse; que cela porterait un trop grand préjudice au droit dé bourgeoisie qu'ils avaient avec la ville de Neuchâtel, e1 aux Neuchâtelois eux-mêmes, surtout à l'égard de la religion ; que le feu marquis Rodolf, comte de Neuckätel, lour avait promis de ne jamais engager ce come; qu'ainsi ils l'exhortaient par tout ce qu'il devait (il était bourgeois de Berne) à LL. BE. d’empécher l’exéeution de ce projet. ! L'opposition de l’état de Berne fut efficace, le projet tomba, et il n'en fut plus parlé.

François I‘ fut fort irrité controles cantons non inté

laisans à la sollicitation des états de l'empire; Hbs’en prit particulièrement aux Zuricois, et leur écrivit une lettre lrès-vive ettrès-offensante hcesujet, Les Bernois l'ayant su, en furent fâchés, et dans les instructions qu'ils donnèrent aux députés qu'ils onvoyërent à la diète de Bade, le 23 octobre, on les charges de travailler de concert avec ceux des aoires cantons, à soutenir l'honneur de celui de Zurich, reconnaissant que les Zuricoïs n'avaient rien fait dans cello occasion que de convenable à de bous et fidèles confédérés ; voulant quant à eux les Lonir pour bien cxeusés, Ils les chargèrent en même lemps de conférer avec les députés de Zurich, et de leur faire com-

4 Stetler M, 128, Inbte. 7.

180 ACHVETA ET L'ABBÉ D'ENSIOLEN.

prendre ques'ilsvoulaient répondre aux états de l'empire, il fallait lo faire avcc modération, et sans contrer trop avant en matière, * , 3

Le canton de Schwytz eut une affaire à peu près sem blable à celle des trois prélats de Suisse , avec l'un d'eux qui était l'abbé d'Einsidien, à l'occasion de quelque difficulté qui était survenucentre ces deux parties, L'abbé, (au lieu de recourir aux canlous, comme cela se devait naturellement), recourut au doyen du chapitre de la ca thédrale de Constance qui porta d'abord l'affaire à Rome, ety cita lo canton do Schvwrytz. Ceux de Scwytz s'en plaiguirent aux autres cabtons, qui s'assemblèrent à Rapperschwyl pour accommoder cette affaire, Les Bernois furent d'avis, le 14 janvier, de soutenir ceux de Schwylz contre les pratiques des Romanistes. Si les catholiques savaient ouvrir les yeux, et faire usage de leur raison, îls comprendraient sans peine, qu'un prétre étranger n'a aucune aulorilé sur eux, et qu'il n’a de pouvoir M que ce que leur imagination lui en prête. *

Il y eutcette année divers mouvemens dans la Thurgovie pour et contre la réformation. L'abbesse de Ten niken ou Dænikon, abbaye de religieuses, embrassa Ia réformation. Les Scigneurs de Borne voulurent qu'on lui donnât une pension vingère, Labbé de ne voulut pas lâcher certains ro qui avaient été destinés pour l'entretien de deux ministres, celui de l'Eglise TaderAuer et celui de Beuwysen. Les éanloas eaiholiques , conseigneurs du pays, appuyaïent cot abbé, et prétendaient faire valoir en sa (aveur le 1raité de paix do religion. Les Bernoïs de leur côté avec les autres canlons

MOLVEMENS EN FAURGONEE, “si réformés, | aussi <onseigueurs du pays, souliurent les droits de ces deux ires, etchargérent, le S février, leurs députés à la diète, de faire voir que le traité de paix leur était favorable plutôt que contraire, *

y eut du tumulte à Weinfelden, à cause de quelques personnes animées d'un zèle indiscrer, qui r'avisorent de briser les images. Ce lieu-là est habité par des gens des deux religions, Be baillif de la Thurgovie qui était catholique, fit faire des informations fort vives con 1re les auteurs de celte action. Et même les cantons catholiques s’en prirent au ministre du lieu, et le citbrent à comparaître devant eux à Bade. Les Seigneurs de Borne chargèrent, le 5 février et le 20 mars, leurs députés à la diète de défendre l'innocence du ministre, de s'opposer à la rigueur excessive da baïllif de la Thurgovie, et méme de recommander les briseurs d'images, autant du moins que le traité de paix le pouvait permettre?

A1. On a vu ci-dessus que Les Bernoïs avaient accordé le passoge au roi de Franco pour 1500 Suisses qui devaïent aller en Piémont. Une partie de ces soldals qui était du canton d'Appenzell, passantà Lausanne, ÿ donna occasion à un grand tulle. L'un d'eux voulut changer , une pièce d'or; ils'éleva une querelle entre le soldat cv le changeur; et d'abord les autres soldats prenant parti pour leur camarade, et la bourgcoïsic pour leur combourgcois, on en vint aux bâlons ot aux épées; ot sans los soins des magisirals qui y accoururent, pour arréter ln fureur des combattans , il y aurait ou beaucoup de sang

* Tnstr, b, 8.

A nat, 17 et 8, À Iniste, 47 ot 20.

452 vumuLTE À GENÈVE PAR DES SOLDATS SUISSES. répandu, Gependant ils ne purent si bien faire, qu'il n’y eut plusicurs personnes blessées des deux côtés, et un soldat tué. Le bruit même courut à Betne, que le lieutenant de la compagnie et quelques autres avaient été tu: c'est pourquoi LL. BE. voulant être instruits au juste de ceue aflaire, ordounèrent (le 24 juin) au conseil de Lau sauue, de leur cavoyer quelques persoancs de soneorps, pour le 6 de juillet, afin de leur apprendre la vérité. *

Ces mêmes troupes composées de soldats grisons et du canton d'Appeuzell, causèrent aussi du tumulte àGenève, wùelles arrivèrent Le 12 juin, au nombre de 33 enseignes. Al s'émut une querelle «i vive entre les capitaines et rs soldats de cos deux différens corps , qu'ils coururent aux armes; ct d'abord la bourgeoisie prit aussi les armes pour apaiser de tnmulte. Le conseil envoya faire commande. ment à s0n de trompe, aux combaitans, de se tenir en repos. L'auteur de la querelle fut mis en prison avec quelques autres, et les capitaines s'étant cxcusés lemicux qu'ilé purent auprès duconseil,-obüiarent leur élargissement. Cela donna occasion aux Genevois d'avertir l'ambassadeur de France et les capitoines, de passer à Genève enseigne par enseigne, eLuog par grosses troipes, comme ilé venaient de faire, d'autant plus que des troupes trop nombreuses pouvoieut devenir suspecles. ?

Celle ane la poste s'avança dans la Suisse, cuse fit sealir à Berne el dons son canton, à Neuchâtel et dans Lootle comté, el ce fléau de Dieu y li périr beaucoup de movde, Les Scigaeurs de Berne reconunandèrent aux ministres de visiter soigecusoment les malades, quoique avec loutes les précautions possibles, pour se garantirde

! Stetilor 11. 420. b, Welacb. Misr. 50. b.

°R «87, Sasion.

PESTÉ EN SUISSE LT À GEDÈVE, 183 la contagion. Jacques De ln Place, ministre de Morges, refusait de visiter les postiférés, soit par grainle, soit par complaisance pour quelques personnes ; il en fut visomepk censuré par le Souverain; LL. EE. voulant que les ministres redoublassent leurs soins, à proportion de la grandeur du mal, bion loin de se relâcher; puisque plus les maladies sont mortelles ct plus les malades ont besoin de secours spirituels. ?

Ce fléaa de Dieu se fig aussi sentir à Genève. La persécution violente qui se faisais aux réformés en France + en Tialie, attirait à Genèveun grand nombrede personnes, etmême des familles entières qui s'y réfugiaient, pourservir Dieu en liberié de conscience. Ceute affluence d'éirangers était toute propre à y porter la contagion, et avec a contagion la disette /qui y Fat très-gronde cette année et la suivante. Il était nécessaire d'avoir un minisre pour visiter les pestiférés, qui étaient relégués dans un petit hôpital à Pleinpaleis. Il n'y en eut que trois, qui eurent le courage d'offrir leurs services pour faire ces visites : Calvin, Sébastien Chatillon, et Pierre Blanchet. "Fous les autres le refusèrent. Ces troistirbeent entr'eux aa sort k qui ferait celte périlleuse fonction, et lo sort état tombé sur Chatillon (qui voutat être conou dans la suite sous le nom.de Castalion, ) La peur le saisit, il chan ges de sentiment, et se dédit. Ainsi Calvin ot Blanchet devsient de nouveau tirer au sort entr'eux deux ; mais le conseil ne voulut pas permelire que Calvin s'y exposät. Ainsi Blanchet servit volontairement à ce triste emploi, ety mourut, © — Un riche marchand allemand, nommé Cleberguer, qui demneurait Lamtôt à Lyon, el Lamtôt à Ge

À Farol Ep. tned, 816.

* Savions Ruset. 1Ÿ, 58. Hotimg 740

164 STORE DE CAS SLION, nëvo, donna dans ce temps de disette et de calamité publique deuxcents aunes de drap pour vétir les pauvres del’hôpital. —Castalion était natif de Chatillon en Bresse, et rôgent au collège de Genève. Il était aussi ministre, et préchait quelques fois, H so Gt de mauvaises affaires par ses sermons, proposant de Lemps en Lemps des doc trines qu'on n'avait point approuvées, eL dés sentimens particuliers ; qu'il aurait bien pu garder pour lui par exemple: que le livre des cantiques de Salomon n'était pas cænonique, maischarnel, un ramas de chansons amous reuses ele. Ses collègues lui ayant fait des remontrances la-dessus, il en eut du dépit et prit cela pour nn affront qu'ils lui faisaient par orgueil. Cependant il se tint tramquille, où du moins il ne fit aucun éclatjusqu'l'an 1544, que dans'un jour de congrégation (le 30 mai) ildéclama. violemment contre Calvin et les autres ministres, lesace cusant tout ouverteinent d'être des orgurilleux, des vor luplueux,el gens qui ne pouvaient pas souffrirqu'on leur contredit, Le conseil indigué de celle incartade faite publiquement dans le temple en présence de tout le peuple contreses pasteurs, voulut l'obliger à prouver ees secusa= fions ; otcommeilne put pas le faire, onle déposa comme un calomnialeur par un arrél rendu Le 12 juin. de cette année là, #près quoi il se retira à Bâle. ‘ Calvin ot après lui Bèze écrivirent avec chaleur contre lui l'accusant de diverses choses. Castalion de son côté se défendit vigou= reusement£ en faisant pourtant paraître beaucoup de modération, Il y a lieu de croire, qu'il n'était pas à boaucoup près aussi méchant que Calvin e1 Bèze le dépoi- Bnaient; mais il ne me paraît pas non plus qu'il fütum - aussi saïnt homme, que certoines gens le voudraient faire

1 avions Rosat. IV, €. 69

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