‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 40 sur 112 · MÉFORNATION DANS LE COMTÉ DE CHIAVENNA · texte numérisé non relu

MÉFORNATION DANS LE COMTÉ DE CHIAVENNA

Co fut environ ce lemps-là que la réformation commença à étre répandue parmi les sujets des Grisons au delà des Alpes. Dès l'année précédente la Valteline reçut les premières semences de la doctrine de la vérité, Elle en eut en partie l'obligation à un gentilhomme s6culier, de la famille des Capaulis, qui, animé d'un saint zèle pour la vraie religion, allait de lieu en lieu précher ct enseigner dans celle provinco: Jusqu'à ce qu'il y vint des ministres. Cos premières semences de la réformation fructifièrent de telle manière, que cotte année | les Soi gneurs des trois ligues, dans leur assemblée quise tenait à Davos, pormirent à lours sujets évangôliques de la Valtolive, de prendre des maitres d'école pour instruire leurs enfans dans la maison, ou en public, et décrétèrent que tout homme qui serait chassé pour Jaureligion, aurait une retraile sûre dans le pays des Grisons et dans ses dépendances, pourvu que sa doctrine fit

et qu'il füt fidèle à l'état, et qu'il en donnät ung caution suflisante. * .

Là-dessus quelques geutilshommes du comté de Chiavenna appelèrent Augustin Mainard, religieux Piémontais, qui avait été fort inquiété en Italie à cause de sa religion, afin qu'il leur préchât la doctrine Evangélique dans la chapelle de Hercules do Salis. Ce gentilhomme fit présent de cote chapelle à la nouvelle Eglise, ol | donna pareillement la maison qui était jointe à La cha= pelle, pour étre le logement du pasteur, Maïs les se dofnèrent tant de mouvement contre cclte Eglise naissante, qu'ils firent révoquer la liberté de consciencn qui avait été accordée, et firent chasser du comlé, non seulement les docteurs, mais aussi tous ceux qui avaienl

4 Houing: 760. Anborn 244.

DES MÉNÉTIQUES S'% INFRODUISENT. Li embrassé la réformation. Ce qui les anima particulibrement contre les réformés, fut le zèle indiseret, dit-on, d'un jeune garçon, nommé Barthélemi Paravicini, qui pendant une nuit alla brisor.el renverser les images dans une Eglise de Caspan. * Ce ne fut que l'an 1662 qu’on accorda de nouveau aux réformés de ces quartiers là pleine ot cotièro liberté do conscience.

Ces mêmes Eglises, tant de la Valteline et du comté de Chiavenna, que de la Basse-Engadine, furent troubléos colle annôo par des moines quo la persécution excitée en Calabre et en d'autres provinces d'Halie, avait contraints de s'enfuir dans ces montagnes. Ils étaient rois : François, et Jérôme qui se disaient disciples d'Ochia, et Camille qui s'appelait Rénô. Ce dornier fut d'abord maître d'école à Tirano, dans la Valteline, ot de là, l'an 1545 il alla das le Haut-Porgell, à Vicosoprano, Ces moines faisaient un pot pourri des erreurs anabaplistiques et sociniennes. « ls rejetaient le St, Baptéme, et sous prétexte que Lont se fait conformément au décret de Dieu, ils détruisaïent la différence du bien et du mal; ils enseigaaient que Dieu rendait l'homme heureux, non por le mérite de Jésus-Christ, maîs par pure grâce ; que les'ames ne seront point heureuses avant le dernior jour. ©» — Jérôme fut contraint de bonnehpure do quitter le pays. François se fit un fort parti et exeita do grands troubles, Mais les partisans de la vérité ne demeurèrent pas non plus dans le silence, Il 8e fituné dispute publique de religion où les réformés eLles catholiques se joignireut ensemble contre ces moines, Gallicius, régent au collège nouvellement établi à Coire, fut appelé à celle dispute,

% Houing. 764.

2 Hotting. 761.

us IMSPUTES DANS LES GRISONS.

At fui sécondé par Campell et par Travers, Le résultat de la dispute fut, que François déclaré faux doeleur et hérétique fur banni des trois ligues des Grisons, Maïs sa doctrine ÿ avait gagné un si grand nombre dé par- Lisons, qu'icnusèrent encore longtémps des troubles dans ces Eglises. *

Camille voulait aù commencement parsître un zélnteur de l'Evangile. Maïs près qu'il eut la des théologiens de Zurich éontre Luthér, ilentreprit de soutenir contr’eux ; « que dans la Sainte Cène on ne fait qu'une commémoration toute nue dé la mort de Jésus Christ, sans qu'on ÿ participe aucunement au corps dé Jésus-Christ, » Bullingér écrivit contre lui uné réfalation datée du 18 septembre 1545. Augustin Mainatd se mit aussi sûr les rangs pout réfater Camille; maïs celui-ci allant de mal en pis, avança encore; « que lés screens né scèlear point l'allinnce de Dieu, ni par conséquent là grâce qu'ilious fait en Jésus-Christ. » Il poussa méme la dispüto si loin sur cette afairo, l'an 1647, qu'il menaça Moinard de se séparer do lui, ct de ne plus assister au service divin qu'il ferait, s’il ne ceusait d'ensoigner sa dactriné { qui était celle de Zurich } en chaire, Maïnard se moquà de sa menace et continua d'enseigner sa doctine comme.auparavant. C’est quelque chose de pitoyable que les travers où l'esprit de l'homme peuttom= ber sur les matières de religion. Tandis que Camille d'un côté ravalait si fort l'usage et l'excellence des sa cremens, d'un autre François Stanesr, de Manlone, et François Niger eutrèrent dans cette querelle, mais se jetant dans une extrémité opposée ; ils énseignèremt ; e que les sacremens sont des instrumens par, lesquels

Hoting. Le.

RÉFORME À LOCAUAO. us Dieu communique, ipso facto, sa grâce justifiante et ré- Bénérante, » Mainard out aussi à comballre contre ces nouveaux docteurs et soutint contr'eux ; & que l'usoge des sacremens consistait à scéler la grâce de Dieu, et pour ce qui regarde la grâce salutaire elle-même, celle do la justification était due uniquement au sang de Jésus Cbrist, et celle de la sanctification uniquement à l'opération du 84, Esprit. # »

L'an 1545 la doctrite Brangélique fut préchéo dans le baillioge de Lugano, dens le lieu nommé Murchot, par an ecclésiastique, nommé Gabriel. Mais il n'y pat pas tenir longtemps, Les papistes s’opposèrent à lui avec lant de violence, qu'il se rit contraint do quitter la place, Ainsi ils retira à Zurich. *

A Locarno la doctrine Evangétique fut aussi préchéo avec assez de suecès par un cordelier qui se servait des écrits de Bullinger, A fat appelé de 1h à Venise, et onfin à Génes, 11 y avait aussi dans ee lieu là, je veux dire à Locarno, um bon coclésisstique, nommé Joan Beccaria, (que Ballingor appelait un homme Irès-innocent et trèsfidèle ) qui dès l'an 1536 avait été éclairé de la lumière de La vérité, étant alors âgé de vingt-huit ans. H commiuniqua ses lumières à ses compatriotes. Il servait li dans le collége. Ayant récouvré une Bible italienne et les commentaires de divors doctours allemands sur la Sainte Ecriture, il lut eos livres avec application et y trouva La doctrine salutaire.

Rompli de l'abondance et de l'excellence de cette luinière divine, dl on fit part à ses écoliers et h ses amis, e4 il y Bt tant de progrès, qu'ila mérité lo titre d'Apôtee des

1 Hotting. 762.

> Hd ib.

250 CORSPIRATION.

Locarnois, d'autant plus qu'il a beaucoup souffert pour cette Eglise, et avec elle, comme on le dira daus son lieu. Cet homme écrivant à ses amis leur parlait d'u autre ecclésiastique, nommé Varnerio di Castiglione, qui travaillait avec feuit dans la prédication de ur

louait aussi beaucoup un autre prédicateur de l'ordredes Cordeliers, nommé Benoît, et surnommé Locarno, dis sant de lui : « I est le principal de ceux qui annoncent purement l'Evangile parmi les Haliens. » Ce n'était pas sans raison, eur il n'y avait point d'endroit considérable en Hfalie où il n'eût préché. Ainsi l'an 1546 il précba avec beaucoup de succès , enir'autres à Palerme, capitale de la Sicile, à Génes et à Milan, quoique le général de l'ordre le fivépier avec soin: !

XIV. Les Dornois avaient raison de RG le pase « sage par leurs térrés aux troupes étrangères qui allaient au service de France. Es eurent avis d’une conspiration contre Genève et le Pays-de-Vaud. C'est pourquoi ils en voyèrent une garnison de 2,000 hommes à Genève. et ordonnèrent, le décembre, une levée de troupes pour étre en état de se défendre. * Et l'année suivant äls écrivirent le 13 juillet aux Genevois de ne pas permettre aux Espagnol: ux Jialiens de passer par leurs terres, comme eux aussi (les Bernoïs) y mettaient bon ordre, ? à cause des divers complols, qu'on faisait secrètement contr'eux. En effet ils mirent le 6 novembre 6,000 kom mes sur pied, { pour étre préis à tout évènement.

Le bruit courut à Berne que les Neuchâjelois avaient

C {En p. 726. 705.

LA PRÉVOTÉ. st conclu un traité avec le due de Guise, tuteur du jeune duc de Longuerille, leur comie, et que par co traité l'on avait rétranché à leur maître d'école et à un ministre la pension qui leur avait été assignée, ebquemême on avait congédié quelques ministres, Comme cette nouvelle sembloït menacer de ruive la réformation dans le Pays de Neuchâtel, les Bernoïs éerivirent le 11 mai aux Neuchätelois, pour leur demander la vérité du fait, afin que sachant comme la chose s'était passée, ils y pussent mettre ordro. ! Mais ils surent bientôt que ce bruit était faux,

A ÿ out celte année quelques troubles dans la prévôté au sujet de la religion. L'état de Berne avait fait un 1railé avec l'évêque titulaire de Bâle ( Seigneur temporel et spirituel de cos vallées) par lequel il était r6glé: «que dans la prévôté les lieux qui sont éntrée dans l'alliance ou traité de combourgooisio de Berno, auraient la liberté de garder la religion de l'évêque, ou de prendre celle: de Berne à la pluralité des suffragos. — Il arriva done cote année, qu'il y eut quelques personnes de Môriswyler, qui embrassèrent la religion réformée, et là dessus le ministre de Moutier-Grand-Val y allait de lomps en Lemps, apparemment à lour requête, pour lear précher. Cependant les paysans dans leur communaolé ayant délibéré sur la religion qu'ils choisiraient, le papisme eut la pluralité des suffrages. Le ministre de Moutier ne laissa pas d'y aller précher, L'évéêque le troava mauvais ot demanda que le ministre s'abstint d'aller préchor dans ee liou là, disant, que ai los réformés de Müriswyler voulaient avoir des préches , ils devaient aller les entendre à Moutiers. *

% Houing, 765.

22 VAUDOIS CAUÉLLEMENT PERSÉCUTÉS.

L'an 1546, le jeudi eprès la Chandcleur, ceux de la prévôté renouvelèront leur alliance où combourgeoisis perpétuelle avec Borne. Les chanoines de Moutiers qui s'étaient transportés à T'ellsberg, où Delémont, et qui étaient auparavant compris dons cetle alliance, en Farent exclus, ou plutôt ils s'en exclurent eux-mêmos à cause de la différence de religion, et firent alliance avec la ville de Soleure. L'alliance de la prévôté avec Borne fut encore renouvelée l'an 1558, * et elle l'a été encore quelques fois depuis, particulièrement l'an 1714.

Les pauvres Vaudois ou réformés des Vallées du Piémont perséeutés par lesennemis de la vérité, recoururent l'an 1598 aux cantons Evangéliques, leur envoyant leur confession de foi avec une description exacte de leur gouvernement ecclésiastique, et les prièronl d'avoir la charité d'intercéder pour eux auprès du roïqui était alors | souverain Scigneur du Piémont, On leur accorda de bonne grâce leur requéle et on était prêt à dépuler au | roi en leur faveur ; mais comme la violence de la cution eut été arrêtée par la sagesse de Guillaume Du Bellaÿ, licatenant de roi à Turin qui fit voir au roi V'innocence de ces pauvres gens qu'on avait accusés fausse= ment d'être des rebelles, on s'en tint pour le cop à la simple résolution: mais la fureur des persécuteurs n’6tait pas pour s'arrêter en si beau chemin. Ils recommencèrent leurs instances auprès du roi et Int remplirent tellement l'esprit contre ces gens qu'enfin ce cha une déclaration sollicitée par le cardinal De Fournon, pour persécater dans la Provence particulièrement à Mérindol et à Cabrières où les Vaudois étaient établis € avaient vécu paisibloment depuis 300 ans, Elle y fut

4 Id. ibid

ANTÉRCESSION INUTILES, 205 exécutée de la maniore la plus barbare digne des canmibales 01 des anthropophages de l'Amérique, Aux premières nouvelles qu'on eut du dessein des catholiques, Calvin se donna de grands mouvemens pour préveair un si grand mal, H fit un voyage à Zurich.et à Berne, où il sollicita les conseils et s'entrotint avoe los théologiens de ces deux villes eur celle affaire aussi bien que sur d'autres. A éerivis de plus aux cantons réfonmés une leure lrès-forto pour les prier d'igtorcéder auprès du roi de France pour ces pasrres gens; eb ayant appris que cos cantons avaient une conférence à Arau, le 24 mai, il s'y rendit et lour parla encore d'une manière très-pressante. Les cantons écritirent au rai de la manière la plus forte, dont ile purent s'aviser pour adoucir son esprit envers les Vaudois, mais prévenu par los calomnies des faux #élés il ne fi aucune alention à leur lettre, illeur répondit même fort séchement qu'ils n'awaiout pas plus à s'informer do son gouvernement que lui ne se meuait en peine du leur. Nonobstant une réponse si pou graciouse, Calvin voulut l'année suivante aller Jai-méme se jeter aux piods deco monarque demander grâce pour les Vaudais ; mais étant 1ombé malado dans le temps qu'il Callait partir et Farel se 1ropvant trop appesami par l'âge poar entreprendre ce voyage, on on charges Vires qui porta des Jeures de recommandation noa seulement de la part des élus réformés do la Suisse, mais aussi.de la part des étais prolestans de La digue de Smalcalde. !

Mais toutes ces intercossions furent inutiles, » Menier président au parlement d'Aix, Soigoeur d'Oppède, leva des troupes et les joiguit avec celles que le vice-légat

UMouting. 7ÉA. Moser. LV. 72,

2 PENSÉGUTION DES YAUDOIS.

d'Avignon lui fournit ; il alla exterminer ces misérables et on fit un massacre aniversel sans distinction d'âge ni de sexe à la réserve de ceux qui purent se sauver dans les rochers. « C'est minai qu'en parle Mézeray: (p. 538.) On détruisit quatre-vingt villages dans lesquels ôn brûla plus de neuf cents maisons. On saisit six cents hommes des plus vigoureux qu'on envoya en galères. On en tun plus de trois mille. Oppède commit dans celle occasion des cruautés dont les diables même (je pense) auraient horreur. Entre autres il fit enfermer quatrecents femmes dans une grange pleine de foin et de paille, après quoi il y mit le feu pour les brûler toutes vives, e1 siquel qu'une de cés misérables entreprenait de se sauver, 806 soldats qui entouraient la grange les faisaient rentrer à grans coups d'épées et de halebardes ; ainsi il m'en échappa pas une seule. Le roi lui-mdme, quand'ileut appris cos choses en fut saisi d'horreur. Il en eut laconscience chargée et bourreléo, et lors de sa mort quine turda pas longtemps après ce massacre barbare, {ear il mourut à deux ans de 1à), ilrecommanda expressément à Henri I son fils et son successeur de prendre information de ces choses et d'en faire une punition exemplaire, w'ayant pas prétendu que les choses fussent jamais poussées si loin. ! Il n'avait pourtant pas la conseience fort délicate sur cet article puisqu'il avait fait brôler plusiours Luthériens à Paris et dans le reste du royaume. XV. Celte année on vit enfin un conciledans la chrétienté après vingt-huit ans d'attente ou environ. Comme . dans ce siècle-là les'peuples étaient autant infatués de conciles qu'on les regarde aujourd'hui avecmépris où avec indifférence, et que de tous côtés on demandait

% Hotiing. 765.

CONCILE A RENTE 2 une assemblée dé celte nature dans 1n pensée qu'elle servirait à terminer les divisions de la chrétienté, le pape fit semblant d'y consentir et offrit d'en convoquer an à Mantoue et ensuile à Vicence ; mais l'uno et l'autre de ces villes étant en Italie, les états de l'empire rejetèrent celte proposition et voulurent que le concile s’assem= blât dans l'Allemagne et qu'on y eût pleine liberté dé parler. Ainsi et le roi Ferdinand et les états demandèrent que le concile fat convoqué à Ralisbonne ou à Cologne. Le pape de son côlé ne voulait pas en entendre parler, jugeant bien que si le concile se tenait en Allemagne il n'en serait pas le maître. L'exemple de ce qui était arrivé dans les conciles de Constance et de Bâle, quoiqu'ils cussent fait bica péu dechosts, lui faisait pour. Copendant pour paraître donner quelque satisfaction à ces princès il envoya son lôgat le cardinal Moron, l'an 1542, à la dièto assemblée à Spire pour leur proposer Iaville de Trente, Co cardinal Gt an beau discours bien étudié pour éblouir les Allemands. I leur dit: que comme par la longueur du temps il arrive du change mont dans les affaires des hommes, qu'ainsi aussi l'Eglise et l’état ecclésiastique avaient dégénéré de sorte qu'une réformation était non seulement utile, mais mémo presque nécessaire ; que le pape voulant convoquer un con-

© sile pour travailler à cet excellent ouvrage, aurait mieux aimé fe voir dans le cœur de l'Italie comme à Plaisance ou à Bologne ; mais que par considération pour le roi Ferdinand et pour les princes et les états de l'empire qui tune ville d'AHemagne, il avait trouvé un

milieu ; e’était la ville de Trente qui étant dans le Tyrol, dans la dépendance de la maison d'Autriche , dans les frontières de l'Allemagne et de l'Italie, ensorte qu'on ÿ parlait également allemand et italien, devait leur agréer

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