‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 5 sur 112 · CAPITON ET BUCEN DE JUSTIFIENT · texte numérisé non relu

CAPITON ET BUCEN DE JUSTIFIENT

solution que le pape donna à Carol, était conçu en terme teès-injurioux contre les Bernois, qui en furent fort piqués. * Mais c'est assez parlé de Caroli. Revenons aux travaux entrepris pour la réunion.

V. Plusiours ministres de la ville et du canton de Berne nese fiaient pas à Wolfang Fabricius Capito, et | à Martin Bucer, disant même, que dans leurs négociaions pour la paix et pour l'union des Eglises, et dans leurs livres imprimés, ou autres écrits, savoir ; dans les Rétractations de Bucer et dans one lettre à Luther, ils s'étaient éloignés de la Sainte Ecriture, des articles de la dispute de Berne et de la confession helvétique faite à Bâle, e1 qu'ils avaient écrit contre ces choses. Ces deux docteurs l'ayant appris allèrent à Berne pour se justifier, et en chemin faisant passèrent h Bâle, où avec la permission do la soigneurie, ils prirent avec eux Oswald, Myconius et Simon Grynœus. Ils se présentèrent devant le comseil de Berne, et se plaignirent des soupçons qu'on avait contre eux, priant Bb, EE, de leur permeutre de se purger en leur présence devantles mi nistres de leur ville er de leur pays, et devant les doc teurs Blois qu'ils avaient amenés. On le leur accorda, el ces docteurs promirent d'interposer leurs bons offices, pour procurer la paix, ce qu'ils firent aussi. LD, EE. marquèrent un jour et convoquèrent un bon nombre demi nistres, lant de la ville que du pays. Le jour étant venu, Capiton et Bucer se juslifièrent par un long discours, dont les seigneurs furent contens, et pour plus satisfaction, ils rendirent raison de leur foi et dressèrent un abrégé de leur doctrine, touchant la Éénc; comme s'en suit :

(ble. Gross.

DEVANT ERA PASTEURS Da DERXE. 45

« Nous croyons et enscigaons que notre seigneur Jéaus-Christ, lorsque nous sommes assemblés à sa Ste. Table, en son nom, est au milieu de mous, lui-même, tout entier, vrai Dieu et vrai homme; et que quand l'Eglisé et ses ministres célèbrent la Ste. Cène, distribuent le sacrement et le reçoivent, le Lout selon sa Parole, et de la manière qu'il l'a institué, alors le Seigneur luimême, notre Sauveur et notre Sacrilicateur Eternel, fait et administre lout, ayant établi pour cela le ministère de l'Eglise, dans les paroles et les signes extérieurs. C'est pourquoi nous ne doutons point; nous confessons, cnscignons, et désirons de lémoigner, par lout ce que Je Scigncur pourrail jamais nous donner en corps el en ame; que tous ceux qui sont dans une telle Eglise de Jcus-Christ, qui vont à £a Table, et reçoivent le St. Sacrement, ne renversant point les paroles du Seigneur, mais y croyant et s0 Lenant à l'institution du Seigneur, regoivent la véritablement le-vrai corps et le vrai sang de Christ, aveclessignes visibles, etlepossèdent tout entier, non divisé, vrai Dieu et vrai homme, non pas pour leur étre une nourriture périssable du ventre, mais pour une nourriture de l'ame à la vie éternelle ; non pas qu'on l'y puisse comprendre ou découvrir par aucune péaétralion de l’entendement, mai seulement par la foi; en sorte "que, de cette manière, Notre Seigneur et Sauveur conserve en son entier son vrai corps humain, et sa gloire céleste ot son emploi de Sauveur, de sorte qu'il a soul la gloire d'être l'auteur de notre sslut, gloire qui n'appartient à aucune créature, et que copendant le pain que nous romponé et la coupe que nous buvons et à laquelle nous bénissous 16 Seigneur, sont nne vraie, réelle et actuelle communion avec Jésus-Christ , afin qu'il vive éternellement en nous et nous en lui. Nous croyons donc, con-

[0] AMITIÉ COMEXTÉS ENTAR CADTON, BUCER,

fessons, enseignons, que c'est la méthode la plus édifiante pour l'Eglise, et la plus propre pour la consolation des bonnes ames, de parler et précher ainsi au peuple, touchant ce St, Sacrement, que l'on incalqne toujours bien et expose fidèlement, que dans le St, Sacrement, quand nouslecélébrons suivant l'institution duSeigneur, | nous y avons OL recevons son vrai Corps EL#ON vrai sang, et non pas seulement du pain et du vin; car quant à co qu'on pourrait appréhender, qu'on n’entendit de travers les paroles du Seigneur; on peut bien prévenir ce mal sans altérer ou changer les paroles dont le Seigneur s’est servi en parlant de ces siens dons! »

Après cette déclaration des sentimens des deux docteurs, les ministres du canton, convoqués à Berne par ordre du souverain, s'élant assemblés pour examiner celte aflaire, convinrent unanimément d'être satisfaits de ces deux docteurs et de leur confession de fai. Et ces docteurs en échange furent fort satisfaits des minise ires Bernoiïs, parce qu'ils enseignaient aussi, que dans le St. Sacrement on ne reçoit pas des signes vuides, maïs (selon la confession de Bâle ) on y reçoit véritables mea le corps et le sang du Seigneur,

Les scigoeurs de Berne donnèrent là-dessus une dé- <laration, portant : « Qu'ils trouvaient, que ces deux docteurs avaient agi chrétiennement et fidélement ence. qu'ils avaient fait pour la paix de l'Eglise; qu'ils poux aient recevoir celle confession après celle de Bille, parce qu’elle leur paraissait chrétienne et conforme à la Ste, Ecriture; enfin, qu'ils reconnaitront pour frères au Seigneur tous ceux qui la signeront, espérant, direnLils, qu'ils en useront de méme envers nou:

Ensuite les ministres ayant représenté à lours.seignours qu'ils étaient tous unanimement d'accord de s'en

w SUR Les TERMES DE FRINATÉ ET DE PERSONNE.

que Calvin dans ses Hastitutions de Théologie, * publiées ” deux ans avant colle aventure, soutient fortement l'u-

sage de cos doux expressions comme nécessaires pour … l'explication de ce mystère, et réfale même ceux qui les

condamnaient. El est vrai que Calvin ? voulait qu'à l'exemple des anciens Pères, on tolérât ceux qui con damnaient cet usage, pourvu qu'ils ne le fissent pas par malice ou par opiniâtreté, et qu'instruits pér l'expé= rience du besoin qu'on a de ces expressions, ils s'ac= coutumassent peu à peu à s'en servir; au lieu que lés mivisires de Berne ne voulaient point tolérer ceux qui étaient tels, ni les admettre au St. Ministère, Et ce fut sans doute ce qui fournit un prétexte à l'accusation dont de viens de parler.

Les docteurs de Strasbourg conférèrent avec les mi: mistres de Berne, au sujet de ces expressions, comme aussi au sujet de la question, si le nom de Dieu, JE- HOVA, que nous traduisons ordinairement par l'Eternel ) convient à Jésus-Christ, Ils donnèreét leur sentiment par éerit (le 22 septembre. Voyez les pièces jus tificatives, } sur ces matières. Ils dirent, que quant à euxils se sorvaient volontiers des mots de Trinité ot de Persoune, et qu'ils s’en serviraient encore à l'avenir; qu'ils exhorteroft les autres à s'en servir aussi; que ce= pendant, si quelqu'un par un scrupule mal entendu en. pas s'en servir, ils lui feront connaitre qu’ils regard cela comme une superstition qu'ils désapprouvent, mais que cependant ils le supporteront ot ne le chasseront pas de l'Eglise comme hétérodoxe; quoique du reste ils ne prennent point en mauvaise part que l'Eglise de

# Liv. L Ch. XIN, 6.2.6. 5 # Loc. cit, 6.5.

LES suIGNEUNS DE BENNE rONTS Cowress DE pucen. 47 Berne ne veuille pas tolérer et admettre au Si. Minis- 1ère ceux qui rejettent l'usage de ces ex 1

A l'égard du nom de Jehova, donné à Jésus-Christ, et qui désigne celui qui a toujours eu de soi-même l'exis+ tence « qui a se ipso semper babuit, ut esset, » ils disent, que quand on purle de la divinité de Jésus-Christ, où Jui attribue avec raison loutes les choses qui nppartiennent proprement à Dieu, parce qu'alors on regarde aniquement à l'Essence d'un seul Dieu, ( mettant à pee la distinction qu'il ja entre le Pere et le Fils; et qu'ain:

à cet égard on dit avec vérité, que Jésus-Christ est a ritablement Dieu, l'unique, l'Eternel, qui existe par luimême. Et à cela n'est point opposé ce que les écrivains ecclésiastiques ont dit, que le Verbe ou le Fils de ns est du Père, même selon son essenceéternelle, parce qi cette désignation de personnes a lieu, dorsqu'l s'est HE ds Fils d'avec le Père. ele. ele. »

Les scigneurs de Berne furent si satisfaits de la con duite et de la doctrine de Bucer, que soubailant de con Aribucr à accéler l'ouvrage tant désiré de la réunion générale des Eglises protestantes; ils voulurent que leurs ecclésiastiques signassont lo eatéchisme de ce docteur. Us le firent lous excepté Caspar Grossmann. Ce savant homme avait été sppelé à Bérne de Zurich, l'an 1528 "pour y exercor l'emploi de professeur en théologie, et il sen était acquitté pendant neuf à dix ans avec approation, avait composé un catéchisme qui n'était pus d'accord en tout avec celui de Bucer ; el comme ce cajéchisme avait été reçu à Berne , il soutenait qu'on devait s'y tenir et n'en point recevoir d'autre de la main d'un docteur étranger, Celle résistance déplut aux scigacurs de Berne, qui la regardèrent comme un obsjacle à la réunion qu'ils souhaitaient ace lant d'ardeur, C'est

48 NévONSE UE LOTUER pourquoi ils congédièrent Grosmann , quoique d'ailleurs approuvé pour sa doctrine et pour sa conduite, Bucor même étant à Berno, avait déclaré en présence de Capiton, de Myconius, de Grynœus et de quelques autres savans, que le catéchisme de Grossmann ne ronfermait, rion de mauvais ; mais, disait-il, il y avait quelque chose à ajouter, Cola arriva dans le mois de décembre. 4 Gross= moon 60 retira quelques semaines après à Zurich, où il fut reçu à bras ouvert, et pourvu au bout de quelque temps d’un miaïstère de la ville,

Vers la fin de l'année on reçut la réponse de Luther à la lettre des états réformés de la Suisse. Elle était datée du 1%, décembre, * « Après un pelit compliment surce | qu’il a tant tardé à leur répondre, il leur lémoigne qu'il. a eu une très-grande joie, de ce que meltant à quartier l'aigreur dont ils avaient été animés contre lui, et les soupçons qu'il y avait eu entre leurs ministres el ceux de Saxe, ils étaient séricusement disposés à la concorde. 11 prie Dieu de consommer heureusement cet ouv: qu'il reconnait être difficile, parce que la division était

ur se guérir sans cicatrice, ( ce sontses!

termes } et qu' it de part et d'autre des gens qui. n'approuvaient pas celte réunion, Que cependant, si de part d'autre on se porle sérieusement à cet ouvrage, le Scigaeur le fera réussir heurcusement par sa (Buther entendait par-là Amsdorfl et quelques Saxons, qui, (comme Mélancton s’en plaigoait à ses amis)| #œ mirent d'abord à déclamer contre cette réunion. 2} Pour celte cause il les prie de melre ordre, qu

“Ms. Gross. Perner, Mausol. TI Part, 100, 101. * On la trouve tout entière dans Hospinien. pag. 275. 276. 2 Hospénien. 977. a.

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