LETTRE DE LUNIER
ment du corps el du sang de Jésus-Christ; nous n'avons Jamais enseigné et nous n'enseigacrons pas non plus maintenaht, que Jésus-Christ descende du ciel, de la droïte de Dieu d’une manière visible ou invisible, où qu’il y remonte ; nous sommes, constamment atachés à cel article du symbole : « Îlest monté au ciel, et il s'est assis à la droite de Dieu, d'oùil viendra etc. » De savoir donc, de quelle manière le corps et le sang du Seigneur nous est offert dans la Cène, lorsqu'on s'assemble selon sa Parole, et qu'on encélèbre l'institution, c'est ce que nous laissons et remettons à la Toute Puissance divine, | Nousne faisons ici mention ni de monter, ni de deseene | dre, maisnousnous altachons simplement auxparoles du | Seigueur, «ceciest mon corps, ceciest mon sang, »Mais | sinousnenous entendons pas encore pleinement departet d' , le partile meilleur et le plas avantageuxqu'ily ait | à prendre, c'est de nous traiter réciproquement en amis et d'espérer les meilleures choses les uns des autros, jusqu'à ce qu'on puisse parvenir à une parfaite unions
»11 remet encore à Bucer et à Capiton le.soin de travailler à la réunion, ajoutant; « donnons lieu au st “Esprit et travaillons à établir une sainte et fraler= nelle union. Pour nous et pour ce qui me particulier, mettant À quartier toute animosité, j'aurai pour vous une sincère amitié, » — 11 dit, qu'on a grand. besoin de Dieu pour ce grand ouvrage, parce que Satan s'y opposcra de toutes ses forces, par ses suppts; qua. pour prévenir ses machinatiôns, au lieu d'écouter
itre, il faut plutôt se
dispositions, de peur, dit-il, que notre dernière be tion ne devienne nn jour pire que la première. » A l'égard de l'excommunication ou du pouvoir dos
AUX ÉTATS RÉTORMÉS DE LA SUISSE. “i defs, ( continue-t-il, ) je ne me souviens pas qu'il y
ait jamais eu de contestation ou de division sur ce sujet éntre nous ; ét à cet égard, je crois que vos Eglises sont même mieux réglées que les ndtres, Si donc tout le reste va comme nous lo souhaitons, la réunion par la grâce de Dieu ne rencontrera aucun obstacle de notre part. — Amen!
» 1] finit sa lettre par de nouveaux vœux pour l'établissement d'une bonne réanion entre les Eglises protestantes pour la gloire de Dieu, {pour le salut des ames, pour la destruction du diable et du pape, el de tous ses sec= totcurs. ! »
I paraît par cette lottre que Luther s'était bien radouci envers les Suisses; ct qu'au lieu dés mauvais sentimens qu'il avait eus de leur foi, après avoir vu leur confession et leur éclaircissement, il avait appris à en juger plus favorablement, de sorte qu'il les regardait désormais comme des frères, avec qui il souhaitait sincère men de contrecier une union ferme el entière, Il est bon en particulier de remarquer sur ce qu'il dit de la présence du Seigneur dons ln Cèno; qu'il n'y reconnaît point que le corps du Scigneur y descende du ciel, ni d'une manière visible, ni d’une manière invisible, ni * qu'il en remonte au ciel ; qu'il leisse cela à la toute puissänre de Dieu; par où l'on voit qu'il ne regardait pas le dogme de l'ubiquité, comme un article de foi, ni comme Le vrai sens de la confession d'Ausgbourg, et de la concorde de Witcberg, car s'il l'eût cru, il aurait rejeté bien-cracmént la confession helvétique, qui rejelte cotte ubiquité; car selon lui on peut participer véritablement u corps et an sang du Seigneur dans la Ste, Cène sans
! Hospin. #77. TS.
52 LETTRE OÙ LUTHER ce corps y descende en aucune manière, ni visible,
ni invisible, Et cela est d'autant plus digne de remar= que, que les Suisses s'étant servis de cet argument, que Jésus-Christ est monté au ciel et qu'il n'en descend point, pour prouver qu'il n'est point présout à la Cène d'une présence corporelle et locale, Luther n’y oppose rien. Au reste il paraît que Luther connaissait parfaitement ! l'éloignement qu'avaient quelques-uns de ses sectaieurs pour Ja réunion, El ne le dissimule pas; ctcomme par es prit prophétique, il dit, que si l'on n'établit pas l'union dans ce temps-là; la dernière condition des proteslans sera pire que la première. L'évènement a bien fait voir qu'il avait raison, — Le 26 janvier de l'année suivante 1538, On reçut à Berne la kettre de Luther, qui y fut porlée par un messager dépéché par les seigneurs de Bâle. Dès le lendemain on convoqua le conseil souverain avec les ministres dela ville pour en entendre la lecture, et délibérer ensuite sur ce qu'il y avait à faire. On fut charmé de voir los bonnes et paciliques dispositions de Luthor, On demanda aux ministres ce qu'ils en pen= saient, Ils témoignèrent étre satisfaits, donnèrent do grandes louanges à Luther, et proposèrent ce qu'ils croyaient qu'on devait faire pour mettre la dernière main à la réunion, Les scigneur pprourèrent et dès ce même jour ils défondiront sévèrement de parler contré Ja concorde, sous de grosses peines. !
Nous verrons ci-après la suile de cette affaire. De. temps de parler de Genève. .
VL On a vu * ci-dessus l'origine des troubles qui agi= tèrent l'Eglise naissante de Genève. Il s'agissait de la
4 Born. Mansol. IL Part, 494. 19%. 495, 198.
2 Tom. IV ehep. VI, Liv, XVL.
ANABAPTISTES À GENÈVE. 5 confessiou de foi dressée par G. Farel, à laquelle il avait joint Les dix commandemens du décalogue, Le magistrat l'avait faite recevoir de lous les bourgeois, leur faisant prêter serment de l'observer, Outre cola l'Eglise fut ns core troublée par deux anabaptistes flamands, nommés Hermann de Liège, et André-Benoît, qui vinrent à Genève à l'entrée du printemps et gegnèrent quelques conseillers qui les éppayèrent. Is obtinrent d'être entendus devant le conseil, et présentèrans les articles de lear
+ offrant de les soutenir dans une dispute pu-
blique contre les ministres. Le conseil ne Lrouvait fes à propos que la dispute se fit publiquement. H croyait qu'il valait mieux que ces matièrés fussent agitées devant le grand conseil, Mais Farel et Calvin demandèrent instamment que la dispute se Fit en public, et on le leur ac corda. Elle se fit donc au couvent de Rive, en présence des conseils et d'an grand nombre d’autres auditeurs. La dispute fut fort vive et dura plusieurs jours. Savion dit, ! qu'elle duradix jours. Maisily a lica de croire que ces dix jours doivent être entendus tant des disputes par= ticulières, que Farel ot Calvia eurent à soutenir conts'eux devant les particuliers, que de celles qu’ils soutinrént en pablic, Eoconséil juges que les ministres avaiant fermé la bouche aux anabaptistes et trouva à propos de faire cesser mu plutôt ces contestations qui étdient plus propres à * ébranler la foi qu'à l'affermir, 11 défendit aussi à Farel et sax autres ministres, de plus disputer avec de telles
Dh som rint aérmitet les deux anabaptistes et leur dit, que leurs dogmesne se pouvant prouver par l'Ecritore Sainte, il Les avait jugés erronnés, et qu'ils devaient les
#Liv. I.
si TROUNLRS À GENRVE
rétracler el en demander pardon à Dieu, Ils répondirent, qu’ils ne les rétractéraient point, etque leur conscienceneleleurpermettait pas. Là-dessus le grand conseil assemblé le 19 mars, leurprononça un arrêt de bannissement à cux et à leurs seclateurs, avec défense de remettre le pied dans Genève, sous poine de la vie. — Cet 1 fat exécuté lentement à l'égard des bourgeois, puisqu'il se trouva encore des anabaptistes à Genève au mois d'octobre suivant, Cependant cette secte s'y dissipa peu-è-peu. Les Jeux docteurs, Hermann et Benoît s'en allérent au Pays-de-Vaud, où ils ne trouvèrent pas des auditeurs disposés à les écouter. Après cet orage qui aurait pu avoir des suites lâcheuses, s'il n’eût été prévenu de bonne heure, il en survint un beaucoup plus terrible qui pensa renverser l'Eglise de fond en comble. A: Genève, comme partout ailleurs, il avait &16 plus aisé de | réformer la doctrine et le culte, que les mœurs. H#y trouvait on grandnombre de personnes, qui, accoutumées
à vivre dans la licence et dans la débauche, refasaient de se soumettre à la discipline qu'on voulait étsblir. H y avait encore plusieurs personnes qui élaient papistés dans l'ame, et qui voyaient avec regret les changemens qu’on avait faits, et qu'on faisait encore dans la religion ! Ils ne voulaient pas envoyer leurs enfans aux écoles | nouvellement établies, et les envoyaient à des écoles pa | pistes. Enfin il se trouvait encore quelques anabaptistes dans la ville. Tous ces gens-là s'opposaient, comme de | concert, quoique par différens motifs, aux bons établissemens qu'on voulait faire, et ils prenaient pour prétexte leurs franchises et leurs libertés; comme si c'edt été une
ee Boset. 4V, 4. Savion ib, Spon 974, not, h. Bere vie de Cal= CR
AU SORT DE LA MACIPLISE, 5 infraction de leurs privilèges, que de vouloir les à vivre selon los règles de l'Evangile. Les ministres préchnient vivement contre les désordres; mais plus ils préchaient et plus les vicieux se roïdissaient. Le connil essayait dé remédier au mal, en informant conire les crimes et les péchés qui se commettaicnt, et on enjoignant aux pères d'envoyer leurs enfans aux écoles publiques, sous peine de pordre lour bourgeoisie. ‘ La confession de foi composée par Farel, ayant été imprimée, on en distribua des exemplaires par la ville dès le printemps, ? Mais cola no produisit pas un grand effet. Ce qui faisait le plus de peine aux vicieux, ?’était l'excommunication dont ils ne pouvaiont pas entendre parler. Cependant les minietres pressaient les magistrats d'établir des réglemens fixes pour la religion, et Calvin, qui n'avait rien d'ailleurs qui le relint à Genève, y vi vant et servant { l'Eglise à ses dépens, menaçait de se retirer, Ils représentaient aux magistrals que c'élait un mépris des sacremens que d'admettre les gens à la Ste. Cène, sans savoir s'ils avaient renoncé à l'idolâlrie etaux superstitions du papisme. Ils requéraient donc, que le peuple. fût appelé par dizaine poar préter serment sur la confession de foi, Les magistrats agréèrent colle représentation et, par ordonnance du grand conseil, on assembla la bourgeoisie, izaine, bommoes, femmes et enfans, dans le temple de St-Pierre, le dimanche 29 juillet et les suivans, Farel préchait et exhortait ses auditeurs à vivre dans l'union de la foi et selon la doctrine de l'Evangile. Ensuite le secrétaire de la ville montoit en
TA Roset, IV, 4.
3 Savion Lib. cit p. m. 204.
5 Roset. IV, 9, # Savion 210, Bexe Vie de Cal.
s TROUBLES À GENÈVE
chaire, lisait la confession de foi, et Les syndics faisaient
prêler sermont aux bourgeois de l'obscrvèr. ! Mais Los rebellesne voulurent pas se trouver à ces assemblées, ni
prêter cesorment ; el commo ile élaient des plus apparens* de la ville, ils murmuraient hautement contre le conseil,
<t refusaienk tout à plat d'obôir.
Vers la fin d'octobre Calvin * publia un petit caté= chisme, qu'il avait composé pour l'instruction de la jeu= messe, fut impriméà Zurichet introduit à Genève, eten suite dans toutes les Eglises réformées de France. C'est celui qu'on imprime ordinairement à la fin des Pseumes.
Enlin le conseil pressé par les ministres, arrêtn lo 15 novembre, * qu'il seroit ordonné aux réfractaires de vuider la ville. Mais ils étaient en trop grand nombre et 1rop puissants, pour qu'on pût exécoler cet ordre de vive force. Aussi le conseil n'osa point l'entreprendre, pour ne point commettre son autorité. Les réfractaires voyant cela en devinrent plus insolens. Plusieurs méme de ceux qui avaient prêté le serment, se joïgnaient à eux, se plaignaïont du secrétaire de la ville de ce qu'il les avait fait parjurer, en prétant serment sans'savoir coqu'ils fai= saïent. L! arriva méme que des députés do Berne étant allés a Genève, pour quelques différends survenus entre les deux villes, à l'occasion des terres de St.-Vietor et Chapitre, les rebelles se confrirent do l'autorité de ces äéputés, publiant qu'ils avaient dit, que les Genevois. s'étaient parjurés en prétant serment sur celte confession: Farel et Calvin appelés devant le grand conseil, le 26 novembre, soutinrent que leur confession de foi était
4 Rosct, L, c. Savion 204.
3 Roset, IV, 10, Savion 205, 5 Rosot Lie. Savion p. 206,
AS SUIRE DE LA DINCIPLINR. sr bonne. Et même de leur propre mouvement ils en écris virent aux seigneurs de Berne, qui, ayant fait examiner celte confession par leurs ministres comme on l'a déja dit ailleurs, * la trouvèrent bonne, et désavouèrent leurs députés, Malgré tout cela les réfractaires en viurent à un tel excès d'insolence, que leur conduite différait peu d'une rebellion ouverte. Ils se distinguaient des autres en portant des Îleurs vertes, et par moquerie ils s'appe= laient en profanent frères en Christ. Ils injuriaient les syndics, qui sont les quatre premiers magistrats de la ville, Et dans les conseils généraux qui s’assemblèrent le 1, 18, 25 novembre, et le 2 décembre ils parlèrent avec la dernière insolence, tirant même l'épée contre ceux qui s'opposaient à eux. Farel et Calvin donnèrent incessamment avis de celte division aux seigneurs de Berne, ce qui les obligea de députer deux conseillers à Share le:8 Séonaiee, pour trureiles x rétablir la
paix. ?
Copondant les entres so fortifièrent si bien, et eurent tellement gagné le peuple, que le 3 février do l'année suivante 1538, ils firent élire pour les syndics de l’année quatre personnes de leur cabale, dont trois n'étaiént pas méme du conseil. ?
Pondaot cos divisions inlestines la ville do Genèvo n'était pas sans inquiétude au débors, par les bruits qui se répandaicat de quelque irruption d’ennemis dont ella était monacée ; co qui obligea les Genevois à se forifier le mioux qu'ils pouvaient. Ils bâtirent de nouvelles mu railles et rent de l'artillerie, et pour ce dessein ils fons
# Voyez Tom. IV. Liv. XVI chap, IL.
2 B, Instr, BC, p. 169.
# Savion et Doset. L c.