‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 12 sur 60 · S EXCOMMUNICATION CONT&B MOUBON · texte numérisé non relu

S EXCOMMUNICATION CONT&B MOUBON

excomiBunioa&ioR contre les bourgeois de Mondons js-ils ne le satisfaisaient pas y même avec pouvoir d'implorer le bras séculier. Le conseil de Moudon députa^ le 7 avrils quatre personnes de son corps pour aller à Rome solliciter la levée de cette excommunication. Cornas fit mettre en prison ces députés par deux fois a Rome ; mais le gouverneur ayant reconnu leur innocence^ les fit relâcher à chaque fois. Quand Cornas fut de retour de Rome à Mbudon^ Tan 1525, le conseil voulut à son tour le faire mettre en prison , mais Pierre deBeauforl^ alors baillif et gouverneur du Pays-de- Vaud, lui en refusa la permission. Ce procès dura dix années entières. Les parties plaidèrent en cour de Rome et ailleurs^ par devant des juges délégués du pape; et pendant tout ce temps*là les députés de Moudon étaient excommuniés. Enfin ^ comme la chose traînait extrêmement en longueur y le duc de Savoie s'en mêla cette année et les mit d'accord à Chambéry au mois de mai. L'un- des articles de l'accord fut que Cornas consentait à ce que les députés pussent obtenir d'être relevés de leur excommunication. II fallait aller à Rome la demander au pape Clément Vil. Mais comme la chose était fort difficile , à cause de la guerre qui était alors en Italie^ ils s'adressèrent a Sébastien de Montfaulcon^ évéque de Lausanne y pour le prier de suspendre cette excommunication pour un certain temps, jusqu'à«>ce qu'ii^' en eussent obtenu l'entière absolution du pape ; déclarant qu'ils voulaient toujours être enfans obeissans aux commandemens de la* sainte mère Eglise. L'évêque leur accorda leur requête et suspendit celte excommunication pour trois mois et demi , savoir dès le cinquième jour d'octobre, date de son octroi, jusqu'au 20 janvier. Le motif qu'il donne de cet octroi mérite

POUR UM FAIT PiCUNIAlEE. 63'^

alienUon. «Désirant^ dit-il^ de pourvoir au salut de leur aroe^ comme nou» y sommes obligés^ en considé^ raDt que notre S. Eglise ne ferme jamais son giron à quiconque recourt à elle ^ etles trës-méchantes erreurs, semées dans notre diocèse par les faux dogmes do Luther (il voulait parler de la réformation de Berne et du canton) , et craignant qu'à l'occasion des choses susmentionnées (ce long et fameux procès et Texcommunication lancée en conséquence), il ne s'en produise encore d'autres, etc. » Sans doute cette tyrannie du clergé romain aliénait extrêmement les esprits , et les disposait à goâter la réformation. C'est ce que le bon évéque sentait fort bien. Les députés de Moudon présentèrent requéle^au pape Clément Vil pour avoir l'absolution dont je viens de parler. Il en renvoya l'examen au prévôt d'Aosle, avec pouvoir de les absoudre, ce qu'il fit le 12 octobre. Il fallut encore porter Tacte de leur absolution à Lausanne, pour y être ratifié et confirmé, comme i( le fut le 30 avril 1529 par Claude de Montfaulcon , docteur es droit, trésorier et officia! de révéquo. *

On vient de voir de quel œil l'évéque de Lausanne reg^daii les réformés et la réformation. Il fut extrêmement irrité contre les Bernois, a cause de la leur, et il leur donna dès lors diverses preuves de son inimitié; mais ce fut justement ce qui lui attira sa ruine. « f^ana est sine çirihus ira, r> Elles seraient trop longues a rapporter. Je me contenterai d'en mettre ici deux traits qu'il fit cette année. Il fut fort irrité contre les Lausannois de ce qu'ils avaient donné du secours

^ Oa peut voir toutes les pièces' de ce procès dans les archives de Moudon.

6& IHIMITIB DB l'ÉYBQUB DB LAU8AVIIB CONTRB BBRNE.

aox Bernois pour la guerre de Hasli. * Ce secoigrs^ qui consistait en soixante-six arquebusiers ^ étant de retour , l'évéque voulut mettre ces soldats en prison , pour les punir de leur expédition , qu'ils avaient faite contre son gré. Mais eux firent ensemble une espèce de conjuration pour leur défense , et se promirent réciproquement avec serment^ que si Tévéque voulait mettre la main sur quelqu'un d'entr'eux, tous les autres emploieraient tout .leur pouvoir pour le délivrer, ^ et qu'ils se soutiendraient les uns les autres jusqu'à la mort. L'évéque ^ ayant su cette conjuration , n'osa pas les entreprendre et les laissa en repos. Mais il déchargea sa colère sur un pauvre cordelier français réformé, nommé Jean Clerc. ^ Après la dispute de Berne, ce cordelier s'en retournant chez lui , passa par Fribourg, s'y croyant en sûreté a l'abri du sauf-conduit qu'il avait de^ Bernois , et étant à table , il dit : «c Que les Bernois avaient fait chrétiennement de changer cette fausse religion en une chrétienne, d Sur quoi il fut saisi par les Fribourgeois , qui le menèrent garotté à Tévéque de Lausanne, et l'accusèrent d'hérésie. Les Bernois prièrent Tévéque (par une lettre du 9 mars) de relâcher ce moine, en considération du sauf-conduit qu'il avait d'eux, s'il ne voulait pas les chagriner. L'évéque leur ayant répandu , que ce moine était détenu justement pour ses hérésies ; les Bernois lui écrivirent : a Qu'ils n'étaient pas contens de sa réponse ; le priant encore une fois de le relâcher, a moins qu'il n'eût d'autres crimes que celui de la prétendue hérésie; sur tout qu'il se gardât bien de le faire torturer et de le

* Msc. Pinaut.

« B. r^l. Miss. 275. b. 276. Î81.

L'éVBQUE BliCOMTENTE LES LAUSANNOIS. &&

faire mourir^ qu'aatrement ils useraient de représailles sar quelqu'un de ses gens. »

L'évéque leur répondit gracieusement et leur promit de relâcher ce moine; mais il ne tint pas parole^ au contraire 5 il le fît transférer à RipaiUes^ après l'avoir détenu quelques semaines dans ses prisons .

Cependant les Lausannois se plaignirent aux Bernois de la conduite de leur évéque ; * de ce qu'il mettait des étrangers dans ses cours de justice , à l'exclusion des bourgeois; et que contre la prononciation faite entre lui et eux^ par les trois villes de Berne ^ Fribourg et Soleure (portant qu'il ferait battre de bonne monnaie, sous peine d'une certaine amende) , il avait fait battre une monnaie qui ne valait rien. Les Bernois en écrivirent, le 31 mars, à Tévéque , l'exhortant à casser cette monnaie et à en faire battre de meilleure. L'évéque ne répondit rien à cette lettre ; c'est pourquoi les Bernois lui écrivirent de nouveau pour le même sujet, le 26 mai; et en même temps lui reprochèrent la violation de la parole qu'il avait donnée pour le relâchement du moine Jean Clerc ^ lui demandant qu*il le mit enfin en liberté. Je n'ai pas pu découvrir la suite de cette affaire.

L'évéque voyant les Lausannois liés avec ceux de Berne par un traité d'alliance , craignit qu'ils n'imitassent leur conduite à l'égard de. la religion. Pour préve*> nir un tel changement, il fit assembler toute la bourgeoisie, le dimanche 8 mars, et les fit exhorter fortement à persévérer dans l'ancienne religion et à rejeter ce qu'il appelait le luthéranisme. Je dis qu'il les fit exhorter, car il n'assista pas lui-même à l'assemblée. Il

* Ibid. 276et281.

t)6 LES LAUSANKOIS PERSISTENT DANS LE CATHOllClSME.

aurait cra poui-étre déroger à sa grandeur et k sa dignité s'il avait pris la peine d'adresser en personne à «on peuple quelque exhortation pastorale. En même temps il fit faire des plaintes de ce que les conseils s'étaient saisis du grand hôpital de Notre Dame^ disant t[ue ses prédécesseurs l'avaient fondé; en quoi il se trompait y car cel hôpital avait été fondé seulement avec l'approbation de l'évéque Guillaume de Ghampvent, ' l'an 1282; et non à ses dépens ^ ni par ses soins. Sur le premier article^ les boui^eois répondirent sèchement : a Nous sommes tous bons chrétiens, et que celui qui fera faute «oit puni par voie de droit, i» Sur le second article, ils dirent: a4}ue s'ils s'étaient chargés de l'hôpital, c'était à cause de sa pauvreté, les ecclésiastiques, qui en avaient U direction , l'ayant laissé ruiner , ou l'ayant même ruiné par leur mauvaise conduite. » ^

Skis quelque aigreur qu'il y eût entre la ville et l'évéque, les Lausannois étaient toujours bons catholiques; quelque liaison qu'ils eussent avec les Bernois, ils avaient toujours le même attachement pour leur religion. Ils le firent voir vers la fin de cette année. Après que les troubles du pays de Hasli eurent été terminés, les seigneurs de Berne, renvoyant à Lausanne les soldats que cette ville leur avait donnés, leur -firent sans doute quelque ouverture sur la religion. H est certain par les registres qu'on leur fit alors une proposition de cette nature, et die ne put venir que des Bernois, ^quoique ces registres ne les nomment pas Quoi qu'il en soit, les conseils et les bourgeois^ assemblés pour délibérer sur ce siijet, furent tous dû sentiment qu'ils

* Vu Tactc de la fondation.

' Manuel Laos. 32tf b.

DÉRi^eLKVBNT DO CLSKGft. 67

exprimèrenl en ces lermes : a De vouloir vivre bien et honnêtement comme- leurs prédécesseurs; de vouloir être bons chrétiens et vivre selon Dieu, sans s'astreindre pourtant h faire aucun statut. » *

Cependant ; comme les ecclésiastiques scandalisaient tous les honnêtes gens par leur vie déréglée ; que non* seulement les chanoines séculiers de la cathédrale, mais aussi les chanoines réguliers de S. Maire^ et les Dominicains et les Cordeliers de la ville tenaient des concubines dans leurs couvens; l'assemblée, dont je viens de parler, jugea nécessaire d'arrêter le cours de ces désordres, et députa cinq conseillers pour aller parler à ces bons ecclésiastiques, et leur dénoncer de nouveau* de chaeser leurs concubines de leurs maisons religieuses , ' et de vivre honnêtement selon Dieu ; ce qui fut exécuté le lendemain. ^

Je n'ai pas trouvé dans les registres quel fut le succès de cette députation; mais la suite le fit bien voir, et les plaintes étranges que les Lausannois portèrent cinq ans après, je veux dire l'an 1533^ contre les dérègletnens incroyables de leur clergé, et que j'ai rapportées ailleurs^ ^ démontrèrent que ces gens-là étaient des pécheurs absolument incorrigibles. Ainsi il n'y a pa^ lieu de s'étonner si dans le temps de la réformation on les traita avec un peu de dureté. On les regardait presque

* Manuel Laos. 3S3.

' Celte dénonciation leur avait iié déjà faite l'année précédente

' Ab eorom Religionibus.

* Ibid.

^ Yoyex-lcs dans le Discours préliminaire du tome I, page

68 FUIBOURG ÉCRIT A LAUSAUNB.

comme des monstres, indignes de la moindre consi-* dération.

Il y a beaucoup d'apparence qu*il8 portèrent des plaintes à Fribourg contre les Lausannois à cette occasion (car c'était là leur refuge ordinaire) , et qu'ils les y accusèrent de méditer quelque changement de religion, sous .prétexte de réformer les mœurs de leur clergé. Quoi qu'il en soit^ les seigneurs de Fribourg écrivirent fortement aux Lausannois sur ces matières. La bourgeoisie fut assemblée , le samedi 26 décembre^ pour entendre la lecture de leur lettre. Après cette lecture y il fut résolu de députer quelques conseillers à Fribourg pour informer ces seigneurs de la vérité, et leur dire : « Que le sentiment général de la bourgeoisie était de vivre bien et selon Dieu , comme leurs prédécesseurs, sans s'astreindre pourtant à aucun règlement, ni se soumettre à aucune peine. » *'

Cette année, il arriva qu'un prêtre, vicaire de Pully, accompagné de quelques autres hommes, tua un chapelain , nommé Louis Perret. Il fut saisi par les officiers de l'évéque et conduit en prison. Quelques jours après, il trouva le moyen de s'évader de la prison et de se sauver dans le couvent des Gordeliers de S. François. L'évéque , craignant apparemment de se commettre avec les moines s'il entreprenait seul de violer leurs privilèges et leurs immunités , s'adressa au conseil et le fit prier, par deux de ses officiers , l'un chanoine et l'autre châtelain d'Ouchy, de lui aider k faire saisir ce prisonnier. Le conseil députa quatre conseillers pour . requérir le frère gardien du couvent, de laisser prendre ce vicaire, lui promettant que cela ne tirerait point

* MaDuel Laus. 335. b.

ABBAYB DE MONTHERON. 69

à conséquence et qu'on lui donnerait un acte en forme portant assurance qu'une telle conduite ne préjudicierait point aux immunités de son couvent ; ce qui fut fait. Tel était le tour qu'il fallait prendre pour arracher un meurtrier du pied des autels , lesquels y selon la pratique de TEglise romaine, sont l'asile des scélérats.* Les Lausannois eurent encore une autre affaire avec le cardinal Serviatis, au sujet des biens de Monlheron , petite abbaye située dans le bois du Jorat, a deux lieues de Lausanne. Ce cardinal, qui l'avait obtenue d'un pape et qui en prenait le titre d'abbé , y tenait un religieux qui, sous le nom de prieur, n'était que son fermier et lui en envoyait les rentes à Rome, ne réservant que ce qu'il fallait pour nourrir maigrement les religieux et laissant dépérir les bâlimens faute de réparation. Au commencement de cette année , 1528 , les religieux s'en plaignirent au conseil de Lausanne, le priant de les soutenir, puisque la ville avait droit d'avoierie sur leur maison. Es réitérèrent la même demande au mois d'avril suivant, que leur prieur était venu à mourir. Le conseil les écouta favorablement et, le 28 mai, il leur donna deux curateurs ou administrateurs , un chanoine et un conseiller, avec pouvoir d'en retenir les rentes et de les appliquer au profit de cette maison. Peu de jours après ^ un moine était couru à Rome, auprès du cardinal Serviatis , pour prendre de lui cette abbaye a ferme ; il souhaitait que le conseil de Lausanne le reconnût en cette qualité; on le lui refusa. Les Lausannois firent plus. Le lundi après le dimanche de la Trinité ils élurent, de leur propre autorité, un abbé de Montheron^ et déférèrent cette dignité à un cha-

^ Ibid. 3t9. b.

70 TRAITÉ d'ALLIAMCB DE aURlCH^ BBRNE ,

noÎDC de leur cathédrale^ nommé Âmédée Ravier, en son absence ; et députèrent quelques conseillers à Hontheron pour présenter ceUe élection aux moines da lieu qui l'agréèrent. ^ Mais les Lausannms ne se sou* tinrent pas dans cet acte de vigueur ; Tesprit de la catholicité, dont ils étaient remplis, ne le leur permettait pas. Ainsi le cardinal demeura en possession de Tab* baye et continua d'en tirer les rentes jusqu'à Tannée de la réformation , comme on l'apprend par la suite des registres.

Dans le même temps , les seigneurs de Zurich et de Berne voyant que les cantons catholiques témoignaient tant d'animosité contr'eux et qu'ils s'étaient engagés réciproquement à persévérer dans la religion romaine^ prirent aussi des mesures pour leur conservation et pour celle de la réformation qu'ils avaient établie. ^ Ainsi ^ le 25 juin , les deux villes firent ensemble un traité particulier d'alliance et de combourgeoisie chrétienne, par lequel elles s'engagèrent mutuellement : 1^ A se défendre et a se soutenir, tant pour le temporel que pour le spirituel. 2° A protéger leurs sujets des seigneuries communes qui souhaiteraient la réformation et qui l'embrasseraient à la pluralité des suffrages. 3® A laisser entière liberté de conscience à ceux qui voulaient persévérer dans la religion romaine ; le tout avec cette expresse réserve , que pour tout le reste , c'est-à-dire pour tout ce qui ne regardait point la religion , elles observeraient toujours exactement, envers les autres cantons, tous les devoirs qui leur étaient imposés par leurs alliances réciproques. Au mois de novembre sui-

* Manuel Laus. 3â5. 328. b.

' Stettl. II. 20. Houing. h3%

s. GAIX, BIBNIVB, MOLHOUSB , BALE BT COBSTAMCB. 7f

▼anl^ les deux cantons reçurent la ville de S. Gall dans cette nouvelle alliance^ et^ l'année suivante , 1529, Bienne^ en janvier^ à la réquisition de Berne, et Mulhouse^ en février, à la réquisition de Zurich. Enfin, Bâle y entra aussi le 3 mars. L'état de Zurich s'était déjà lié, le 25 décembre de Tannée 1527, par un traité semblable avec la ville de Constance, qui avait embrassé la réformation peu de temps auparavant. * Les Bernois avaient fait la même aUiance le 31 janvier 1528. Il était stipulé dans ces traités , que cette alliance durerait dix ans. Que quand ces villes seraient attaquées, pour cause de religion , elles se défendraient récipro^ quemetit de toutes leurs forces et chaque partie à ses propres dépens. ^ Les deux cantons firent comprendre la ville de Constance dans le nouveau traité conclu avec S«r Gall et successivementt avec les autres villes réformées de la Suisse. Les ambassadeurs de Tempereur et les envoyés de la ligue de Souabe s'en plaignirent aux Cantons , dans une diète assemblée a Lucarne. Hais on leur répondit, en peu de mots : a Qu'ils n'avaient point de raison de se plaindre puisque, dans ces^ traités d'alliance, on avait réservé l'empereur et l'em* pire comme aussi la maison d'Autriche et toutes les al» Kances plus anciennes. ^ i>

U est temps de parler du Pays-des-&risons. La réformation y fit des progrès celte année. La paroisse de Davos et quelques autres abolirent la messe ^ les images et tout le reste de l'attirail catholique; nonobstant la vive résistance du parti opposé. ^ Il y eut aussi deux

* Hottinfir. 58&. Bahn. 686.

' B. Instr. H. S90.

' Bahn. 688.

^ HoUing. AS7. Scult. 148.

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