‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 14 sur 60 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

QUI COm'IENT £NTR*AirrRES CHOSES LA lUéFOBMATIOK DE BALE ET DE SCH AFFHOI7SE ; LES PREMIERS MOUVEMENS DE GUERRE DE RELIGION , ET LA PAIX QUI LES SUIVIT.

L'anube 1529 a été signalée ^ dans la Suisse^ par de grands événemens. On y a vu , entr'aotres, la réformalion de deux cantons y Baie et Schaffhouse , et de plusieurs autres lieux , avec une guerre civile qui semblait d'abord devoir entraîner de grands maux, mais qui fut heureusement terminée presque aussitôt que commencée, sans avoir causé la moindre effusion de sang. On peut y joindre le colloque ou la conférence de Marbourg y entre des théologiens choisis de l'Allemagne et de la Suisse , sur les articles de religion qui divisaient les églises protestantes.

I. Les commencemens de la réformation de Bâie furent un peu tumultueux , mais la fin en fut heureuse et tous les troubles qui s'y étaient élevés , pour cause de religion , se terminèrent sans qu*il fut fait aucun mal k personne ni en son corps, ni en ses biens. Le nombre des réformés était de beaucoup plus grand que celui des catholiques, car ils étaient 2500 contre 600. Le sénat croyait avoir suffisamment remédié aux

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désordres par son dernier décret; mais la division allait toujours en croissant. * C'est pourquoi , le mercredi 23 décembre 1528^ trois cents bourgeois et plus, tirés de toutes les tribus de la ville , s'assemblèrent dans l'abbaye des Jardiniers, mais sans armes, et y dressèrent une requête fort longue et fort pressante, par laquelle ils priaient leurs magistrats , au nom de Dieu , et pour rétablir l'union et la conGance dans la ville , d'abolir enfin la messe et d'interdire la prédication aux catho^ liques , jusqu'à ce qu'ils eussent prouvé leur doctrine par l'Ecriture , offrant de reprendre la messe d'abord qu'on leur aurait montré, par la Parole de Dieu, qu'elle est bonne, «c Mais, si elle est une abomination devant Dieu, disaient-ils, pourquoi voudrions-nous, pour faire plaisir auic prêtres ,. nous attirer la colère de Dieu , etc.?^ Pourquoi voudrions-nous combattre contre la vérité et eontre le S. Esprit ?» Et se proposant l'objection qu'on faisait alors contre la prétention des réformateurs y tirée de ce que les controverses de religion avaient été suffisamment éclaircies, depuis long-temps, par les con* ciles et par les pères de TEglise , ils répondaient : a Qu'on ne pouvait pas suivre les conciles avec sûreté, parce qu'ils ont souvent erré et prononcé contre la vérité, et qu'ils ont été opposés les uns aux autres^ etc.» Ils répondaient ensuite à la requête que les catholiques pouvaient présenter , pour être maintenus dans leur ancienne religion : « Vous pouvez juger ^ disaient-ils^ laquelle de nos deux requêtes est la plus raisonnable, etc. Ils demandent d'être laissés dans leurs anciens usages , qui ne servent ni à la gloire de Dieu, ni à la paix de la ville. Nous^ au contraire, nous demandons une chose

• Wurstis. Lib. 7. C. 21. klauber 115.

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moment à autre , ils se virent jusqu'à 3000 ; s'éunl partagés en trois corps, ils passèrent la nuit sous les armes. Le sénat s'assembla précipitamment et envoya des députés aux deux partis , pour leur ordonner de se retirer et de mettre bas les armes ; mais aucun d'eux ne voulut obéir ^ étant également animés de la crainte d'une sur* prise. Enfin le sénat leur proposa de choisir des commis qui agiraient au nom de tous , mais qui ne pourraient rien conclure sans la participation de toute la communauté^ et que tout le reste se retirerait. Cette proposition fut acceptée ; les réformés choisirent trente hommes d'entre eux , et les catholiques en choisirent aussi quelques-uns. Pendant tout le temps que ces troubles durèrent^ on ne laissa que deux portes de la ville ouvertes avec une bonne garde.

Le sénat s'assembla quatre jours consécutifs, sans prendre aucune résolution ; et le mardi 29 , il reçut une requête des catholiques qui demandaient instamment d'être laissés au bénéfice du dernier édit, et en liberté de conscience. * Cependant le bruit de ces troubles de Bâle s'étant répandu par la Suisse , les cantons de Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Schwytz, et quelques autres, et les villes de Strasbourg et de Mulhouse y envoyèrent des députés , pour offrir leur médiation. Le sénat les reçut avec joie , et leur donna perifiission d'interposer leurs bons offices, pour rétablir la paix. Le même jour, (mardi 29 décembre) le sénat nomma quatre conseillers, et quatre bourgeois, qu'on chargea de chercher un moyen pour accorder les deux par-

* Wurstis. 1. c. page 566. Klaub. 116.

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lies. Ces huit commis convinreni ensemble des quaire articles suivans : *

3> 1^. Qu'on prêcherait publiquement Tcvangile dans tous les temples.

» 2"*. Que les prédicateurs conféreraient ensemble au moins une fois chaque semaine, pour s'instruire mutuellement dans la Parole de Dieu.

x> 3^. Que ceux qui introduiraient quelque nouveauté contre la Parole de Dieu , ou qui ne pourraient pas prouver leur doctrine par récriture , seraient déposés de leurs emplois.

s> 4^. Que pour ce qui regarde la messe, personne ne devra entreprendre de rien prescrire aux magistrats ; ni contraindre quelqu'un par la force à aller à la messe , ou a la quitter ; mais qu'on laissera à chacun pleine liberté de conscience. »

Ces articles ayant été proposés aux deux partis , les réformés ne les trouvèrent pas suffisans pour rétablir la paix, c'est pourquoi ils refusèrent de les accepter, demandèrent une réponse plus satisfaisante, et prie* rent les Suisses réformés de les soutenir, à forme de leur alliance. Le sénat pour les satisfaire révoqua le quatrième article, et à sa place il fut dît, qu'on tiendrait une dispute publique sur la messe , le second dimanche après la Pentecôte, et qu'en attendant, on ne célébrerait la messe que dans trois temples une seule fois chaque jour, savoir la grande messe . ^ Les catholiques furent mécontens de ces règlemens, et demandèrent que les réformés se contentassent des cinq temples qu'on leur avait cédés. Le sénat, pour leur donner quel-

^ Wurstis. 1. c. S66. Kkub. 117.

* Id. ibid.

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