‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 15 sur 60 · S OPPOSITION DIS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

S OPPOSITION DIS CATHOLIQUES

que satisfaction^, défendit de chanter les psaumes en allemand' dans les temples , où on ne les avait pas encore chantés ; mais cette défense pensa causer de nouveaux troubles^ si les députés de Zurich et de Berne n'eussent portos les réformés à s'y soumettre.

Cependant les théologiens catholiques refusèrent d'obéir à ces nouveaux règleroens. Loin de conférer amia* blement sur les points controversés avec les théologiens réformés 9 les uns quittèrent la ville, et les autres criaient en chaire d'une manière séditieuse contre les réformés ; et pour cette cause on leur défendit de prêcher. *- Ainsi quatre églises, la cathédrale , S. Pierre, S. Théodore, et S. Ulrich, furent quinze jours sans prêche et sans messe.

Les commis de la Bourgeoisie s'en plaignirent au Sénat j le priant de pourvoir' les églises de bons prédicateurs^ afin que le peuple fût édifié : ce qui leur fut promis.^ Le dimanche suivant, (24 janvier) Sébastien Muller^ prédicateur de S. Pierre zélé catholique monta en chaire , et y prêcha d'une manière violente contre les réformés , les chargeant d'injures grossières Quelques réformés qui étaient allés l'écouter, eurent à ce sujet de grosses paroles avec quelques catholiques et peu s'en fallut qu'il n'y eût des coups donnés. A cotte occasion toute la bourgeoisie réformée s'assembla el chargea ses commis de se plaindre au sénat, que les règlemens nouveaux y concernant la prédication et la messe, n'étaient point observés; et de demander, que les églises fussent pourvues de bons prédicateurs , qui leur préchassent la pure Parole de Dieu. Le sénat les

* Wurslis. 1. c. page 868. Klaub. IJd. 120.

* Id. ibid.

ASSBttBLÉB ET l>iUB6lLATI0M DB LA BOURGEOISIE. 79

renvoya avec de bonnes paroles , leur promettant de leur donner dans pea une réponse favorable. ^ Mais quinze jours se passèrent sans qu'on leur rendît aucune réponse ; et cependant les catholiques continuaient dans leurs emportemens ^ usant de menaces, d'in*^ jures et d'invectives sanglantes contre les réformés. ' Tout cela rendit le sénat suspept aux commis ; et craignant que leur bourgeoisie ne les soupçonnât eux-mêmes de collision avec les magistrats , ils convoquèrent toute la bourgeoisie , le lundi 8 février. Huit cents hommes s'assemblèrent aux Cordèliers ; et après avoir prié Dieu de les diriger dans leurs délibérations^ où il s'agissait de sa gloire, ils convinrent de demander ces deux choses au sénat : «P. Que d'autant qu'on n'observait point le traité » et que les catholiques persévéraient dans leurs menacçs et dans leurs insolences, on ne voulait plus souffrir, que les sénateurs^ qui étaient parens ou alliés des Ecclésiastiques papistes, assistassent aux délibérations du sénat, lorsqu'il js'agissait de la religion, mais qu'ils en fussent exclus; cependant sans aucun préjudice de leur honneur. 2^. Que comme la magistrature était entre les mains d'un petit nombre de personnes , qui disposaient trop des affaires à leur gré, on souhaitait qu'à l'avenir les sénateurs ne fussent point élus sans la participation des Sizeniers ; m les chefs des tribus, (Zunfft-Meister) ni les Sizeniers^ sans la participation de la bourgeoisie. » Le sénat voulut d'abord dissoudre cette assemblée par sa seule autorité ; mais les bourgeois n'étant pas disposés à obéir, il se trouva fort embarassé, et demeura assem-

* Wurstis. p. 569. Klaub. 191.

' Wurstis. 1. 7. G. 25. KJaob. ifSt.

M LBS BOUE6KOI8 INSISTKHT AVEC rBRUCTÉ.

blé dès le matin jusqu'à cinq heures du soir^ avec les commis. * Enfin il ordonna aux commis de retourner auprès des bourgeois , et de les exhorter à prendre patience jusqu'au lendemain, les assurant qu'on leur donnerait une réponse, dont ils auraient lieu d'éirc satisfaits. Les commis exécutèrent leur ordre, quoiqu'avec peine. Mais le calme ne dura pas long-tems. Les bourgeois refléchissant ce soir même sur ce que le sénat avait été assemblé tout le jour sans leur donner une réponse décisive, soupçonnèrent quelque complot caché, et craignirent qu'on ne les eût séparés, pour les égorger sans peine durant la nuit. ' Là dessus, sortant de table à six heures du soir , ils se communiquèrent leur pensée les uns aux autres , et dans un moment il se trouva 1200 hommes assemblés, et bien armés. Ils firent venir leurs commis, et les chargèrent de demander que le sénat s'assemblât incessamment , voulant absolument avoir une réponse finale ce jour-là même. Le sénat assemblé délibéra sur celte affaire jusqu'à neuf heures du soir, et envoya les commis aux bourgeois, pour leur représenter, que le temps ne permettait pas de délibérer à fond sur une affaire de celte importance , mais qu'ils devaient se retirer et attendre jusqu'au lendemain, qu'on leur rendrait sûrement réponse. Les bourgeois, (regardant cette proposition comme un leurre qu'on leur présentait pour les dissiper) refusèrent de se séparer, et dirent qu'absolument une fois pour toutes ils voulaient avoir une réponse cette nuit même. Les seigneurs , voyant leur fermeté, et jugeant bien qu'il n'y avait pas moyen de reculer

* Wurstis 1. c. page 569. 570. Klaub. 125. 12&. < Wurstis. 1. c. page 569. 570. Klaub. 129. W^.

MBSURBS P&ISE9 PAR LBS BOU&GBOIS. 8t

davantage , leur accordèrent enfin leur demande concernant les sénateurs alliés ou parens des prêtres , et les assurèrent que quant au reste on réglerait les affaires de la religion et de la police de la manière qu'ils le souhaitaient. Les bourgeois acceptèrent celte réponse; mais n'ayant pas tout ce qu'ils demandaient ^ ils n'en furent pas satisfaits, et ne voulurent point se séparer et se retirer dans leurs maisons que cette affaire ne fût entièrement finie. Cependant pour ne pas paraître avoir trop de dureté pour leurs magistrats y ils laissèrent lever le sénat; naais d'autre côté, ayant toujours dans l'esprit le soupçon de quelque complot^ ils ne négligèrent pas les précautions nécessaires pour leur sûreté. Ils se partagèrent en trois corps, qui se logèrent en trois quartiers différens. Ils pointèrent six pièces de canon près de l'hôtel-de- ville; ils se barricadèrent et tendirent les chaînes des rues, allumèrent les fanaux des carrefours et firent faire bonne garde sur les tours et aux portes ; ce que voyant quelques magistrats, entr'autres Henri Mellinger, bourgmaître, et son gendre Egolff d'Offenbourg^ conseiller, ils se retirèrent secrètement cette même nuit de la ville. Leur évasion augmenta le soupçon des bourgeois , de sorte qu'ils redoublèrent leur vigilance, et ramassèrent encore une plus grande quantité d'armes a feu et d'autres, et se renforcèrent jusqu'au nombre de deux mille. ^ Le jour étant venu , mardi 9 février , vers les huit heures du matin, les commis des bourgeois leur rapportèrent de la part du sénat que les sénateurs qu'ils avaient désignés seraient exclus des délibérations quand il s'agirait d'affaires de religion ; ils étaient douze en tout ,

* WttfsUs. 1. c. 571. Klaub. 126.

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